Dans les deux communes vendéennes les plus touchées par la tempête, les habitants semblent encore sonnés par la lourdeur du bilan et l’ampleur des dégâts

La nuit de la tempête la hante encore. « Sans l’aide de mon compagnon, je me serais noyée, raconte Yvonne Bireau, 53 ans. Il m’a sortie deux fois de l’eau alors que je coulais. » Dans sa maison du quartier de la pointe d’Arçay, à La Faute-sur-Mer, l’un des plus touchés par la tempête, l’eau est montée jusqu’à 1,50 mètre dans la nuit de samedi à dimanche. « Regardez, je suis couverte de bleus, tous les meubles me sont tombés dessus ! », s’exclame-t-elle.

Par chance, Yvonne et son compagnon Christophe, grand gaillard de 55 ans, sont parvenus à s’extraire de la maison vers 4 heures du matin. « On a marché plus de 700 mètres avec de l’eau jusqu’au cou, pieds nus et en pyjama, poursuit Yvonne, encore transie de froid. Aujourd’hui, je n’ai plus rien, ni maison, ni voiture. Même les vêtements que je porte ne sont pas à moi. Ce sont des amis de La Rochelle qui nous ont recueillis. »

« En moins d’un quart d’heure l’eau est montée jusqu’à 1,80 m »

Comme beaucoup de rescapés de La Faute-sur-Mer, le couple s’est rendu lundi 1er mars au matin au gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer, transformé en cellule d’accueil des victimes. À l’intérieur, des lits de camp alignés les uns à côté des autres ont permis aux sinistrés de passer la nuit au sec. Aux côtés des pompiers et des gendarmes, des bénévoles sont à l’écoute de ceux qui entrent et sortent, à la recherche d’un proche, d’un renseignement ou simplement de réconfort.

Assis sur une chaise, Maurice Butin, 81 ans, a encore du mal à se remettre de ses émotions. La nuit de la tempête, lui et sa femme Nicole sont restés plusieurs heures debout sur un meuble de leur cuisine, dans leur maison de La Faute-sur-Mer située non loin du port.

« On dormait quand ma femme a entendu un grand bruit d’eau, se souvient-il. À peine levés, on a glissé sur le carrelage trempé et en moins d’un quart d’heure l’eau est montée jusqu’à 1,80 mètre. » Le couple a été récupéré au petit matin par les pompiers. Depuis, ils sont hébergés dans la maison de leur fille, épargnée par la montée des eaux.

Le bilan pourrait s’alourdir

Leur voisine Claudine Abraham, qui a « la chance d’avoir une maison avec étage », a passé cette fameuse nuit d’angoisse au sec. « Nous sommes allés dormir en haut avec mon mari quand nous avons vu l’eau monter à toute vitesse, explique cette retraitée de 67 ans, les pieds chaussés de pantoufles. La maison est dévastée, les meubles sont sens dessus dessous, le canapé a même atterri sur la table du salon. »

Une amie récemment installée à L’Aiguillon leur a prêté des vêtements et les hébergera le temps qu’il faudra. « Ce qui compte, c’est que nous sommes toujours là, ajoute-t-elle. Plusieurs de nos voisins ont péri noyés. » Parmi les 26 personnes décédées à cause de la tempête, 23 seraient originaires de La Faute-sur-Mer, selon son maire René Marratier.

Si l’identification des victimes prendra du temps, l’élu confie que beaucoup d’entre elles sont des personnes de plus de 60 ans. Toute la journée de lundi, les pompiers ont procédé à de nouvelles investigations dans les maisons restées closes, et le bilan pourrait s’alourdir.

« Les paysages sont défigurés »

Pour ceux qui le souhaitent, une veillée de prière est organisée chaque soir à 18 heures dans l’église de L’Aiguillon et une messe de requiem sera célébrée jeudi dans la cathédrale de Luçon, en présence de l’évêque. « Les gens sont abattus et encore sous le choc, constate le P. François Roullière, curé de la paroisse. On est là pour les soutenir et leur apporter de l’espérance. » Le premier étage du presbytère a également été mis à la disposition des personnes esseulées. De fait, la solidarité s’organise dans toute la ville.

Ici, un habitant héberge plusieurs familles, là un retraité va rendre visite à une amie injoignable. Ailleurs, un restaurateur offre le café à ceux qui n’ont plus de quoi payer. Les maires de L’Aiguillon et de La Faute, qui ont eux aussi perdu leur maison dans la catastrophe, sillonnent le terrain depuis dimanche.

« Il faut laisser passer le deuil puis engager très vite des travaux de reconstruction », estime René Marratier. Aujourd’hui, les paysages sont défigurés. Sur la route de la Pointe, à L’Aiguillon, gravats, voitures couchées, détritus et vérandas brisées offrent un triste spectacle. Loin des images de carte postale de ces deux stations balnéaires, que les habitants aimeraient tant retrouver.

Florence PAGNEUX, à L’Aiguillon et La Faute-sur-Mer

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