Elle a failli y rester. De l’eau jusqu’aux épaules, coincée entre ses meubles bringuebalés par la montée des eaux. En revenant hier dans sa maison, dans le quartier de la Pointe, à L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), Evelyne Deluze hésite entre les rires, quand elle n’arrive pas à enfiler ses bottes, et les larmes, quand elle retrouve son voisin sain et sauf. Dans la pénombre de sa petite maison, elle a vu venir sa fin et celle de sa mère, 92 ans. «J’ai été réveillée par un glouglou. Bizarre, je n’avais pas mis en route ma machine à laver. Pas de courant… Avec ma torche, je découvre l’eau. Partout. Et ça rentrait… Je remontais les bouquins quand j’ai entendu un potin d’enfer. D’abord, j’ai cru que le tonnerre avait fracassé mon Velux. En fait, c’est la baie vitrée qui avait explosé. Elle était pourtant derrière le volet roulant baissé, et c’est du double vitrage !» Son salon est rempli de boue et de verre cassé. «A 3 heures moins le quart, j’ai appelé les pompiers. Ils n’ont jamais pu venir. Je faisais des signes aux hélicos.» De son portable, elle téléphone en claquant des dents à sa fille, à une dizaine de kilomètres. «Je lui ai dit : « Je vous adore tous, adieu… » A travers la baie vitrée, je voyais arriver la vague.»

Juste un duvet. Le matelas du lit médicalisé de sa mère dérive. Trempée, elle grelotte. Dans cette maison de plain-pied, impossible de trouver à tâtons des vêtements secs. Juste un duvet, en haut d’une armoire. Les gendarmes finiront par venir les chercher, dimanche à 11 heures. En hypothermie, la vieille dame sera alors admise à l’hôpital. Dehors, sa voiture a été déplacée de cent mètres, coincée contre une haie. «Je l’avais depuis un mois.» Dans l’herbe du jardin dévasté, un mètre ruban : «Il était dans ma chambre, de l’autre côté de la maison.» La baie vitrée est fracassée. Le lavabo de la salle de bain est plein de vase. Seuls les cadres aux murs sont intacts. Elle retrouve son sac, les papiers sont trempés. Il sera vite temps de penser aux assurances : «Il y a un «formulaire catastrophe» à la mairie.» Fatalisme ? «J’ai toujours dit que ça arriverait», lâche Evelyne.

Ici, tout est en zone inondable. Comme le lotissement de l’Ostrea à La Faute-sur-Mer, commune voisine de L’Aiguillon-sur-Mer. C’est dans ces deux villes qu’on a relevé le plus de morts (27). La Faute est en partie située sur une presqu’île, bordée par la mer d’un côté et l’estuaire du Lay de l’autre. Un réseau de digues avait été construit après les grandes tempêtes de 1926 et 1929, le long de l’estuaire, pour protéger la presqu’île. «C’est vrai que c’est une zone à risque. D’ailleurs, pour tout achat, toute location, on prévient que le site est inscrit au PPRI, le Plan de prévention des risques inondation. Bien sûr, il y a des jours de pluie interminables, parfois des arbres qui tombent, mais on n’a jamais eu de sinistre», dit-on à l’Agence de la plage qui loue des villas à la saison dans le lotissement. En ce «pays gagné sur la mer», les digues ont pourtant montré leurs limites. Celles de L’Aiguillon, caillasses et enrochements, comme celles de La Faute, terre et vase. L’assaut de l’Atlantique n’a, semble-t-il, été ni uniforme ni logique. «Nos digues les plus basses, qu’on était justement en train de restaurer, ont bien tenu», note Jean-Michel Gaborit, secrétaire de mairie à La Faute.

«Etage». A L’Aiguillon, le maire, Maurice Milcent, indique que si les digues se sont en partie rompues, «ça n’est pas le problème». «On a eu une surcote d’un mètre d’eau d’un seul coup. Même sans problème de digue, on aurait eu le même effet…» Négligence urbanistique, pour plier devant la demande immobilière ? «On nous oblige à faire des maisons d’un seul niveau, type pêcheur. Si on nous laissait ajouter un étage…» glisse l’édile. A La Faute, on botte en touche : «La mairie est trop petite, nous n’instruisons pas les permis de construire, laissés à la direction de l’Equipement. Quant au plan de risque inondation – qui n’est pas encore approuvé -, il couvre toute la commune.» Bénévole dans le gymnase où sont hébergés les sinistrés, un homme explique : «La zone est connue comme à problème depuis Napoléon. Le lotissement s’est rempli avec des retraités venus des villes. M’étonnerait pas que certains attaquent en justice…»

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