La côte vendéenne a été particulièrement touchée par la tempête. L’eau apportée par la mer recouvre encore par endroits les maisons. Les secours s’organisent. Les habitants, toujours sous le coup de l’émotion, tentent de réagir.

Vendée, envoyé spécial.

La ville est groggy. Comme sonnée sous les coups de boutoir conjugués du vent et de la marée. Hier, lundi 1er mars, il est 10 heures, à L’Aiguillon-sur-Mer, en Vendée. Dans les rues de cette défunte cité balnéaire, partout le silence, et l’eau et la boue aussi. Les commerces ont gardé portes closes. L’entrée de ville, il y a peu encore faite de champs et de récoltes, a laissé place à une mer, une mer glaireuse à perte de vue. Et dans les rues praticables, des riverains errent, regards hagards, à la recherche, à la recherche de quoi, de pas grand-chose, de plus grand-chose. Ils errent et prennent en photo les empreintes du désastre, avec pour modeste paravent la pluie ininterrompue dissimulant les larmes.

Une vieille dame soutenue par les bras de ses deux enfants chancelle, vacille, et semble, elle aussi s’effacer sous le déluge. Sa maison est dévastée. « Que voulez-vous qu’on fasse  ? » s’interroge l’un d’eux. « On ne sait même pas par où commencer », poursuit l’autre avant de tous les trois s’en aller. Jacques, un voisin, lui, est plus loquace et chanceux, si tant est que ce terme ait ici encore un sens. Il explique  : « J’ai le privilège de vivre en hauteur, ma maison étant à double étage. Dimanche, vers 2 h 30, j’ai entendu le bruit assourdissant du vent dans mes cheminées. Je suis venu voir et en trois minutes, j’ai pu constater jusqu’à un mètre d’eau. Sous la pression, ma baie vitrée a littéralement explosé. J’habite pourtant à un kilomètre de la mer. »

les secours s’affairent

Non loin de là, un canal. Désormais, le Lay dort comme éreinté de ses débordements du week-end. Sur ses flancs en partie dénudés, jonchent à présent les blanches coques des bateaux retournés. À sec. Désolation. « Je suis pêcheur, je connais bien la mer mais je ne m’attendais pas à ça. Avec les vents provenant du sud, quand j’ai entendu l’alerte rouge, j’ai été prudent, je me suis méfié mais je ne m’attendais pas à un tel raz-de-marée », concède Michel, lui aussi victime de Xynthia. Et de lâcher  : « Le drame est que l’on nous annonce encore de nouvelles victimes. Quelle tristesse, quelle catastrophe. » Pourtant depuis l’aube, les secours s’affairent. Silence encore et malgré tout. Un flot continu de sirènes atones. Pompiers et gendarmes colorent en demi-ton ce silence angoissé. Seuls de rares hélicoptères déchirent le recueillement. À La Faute-sur-Mer – commune mitoyenne et aussi meurtrie –, un quartier, celui de l’Ostréa, reste entièrement sous l’emprise de l’eau. Là où les toits font office de radeaux.

L’armée de terre veille afin de dissuader curieux et téméraires. Les plongeurs sapeurs-pompiers, quant à eux, visitent méthodiquement, une à une, les maisons. Le snack-bar de l’avenue des Chardons sert de central de sécurité. Un des plongeurs explique  : « Nous vérifions qu’il n’y ait plus de personnes enfermées. Même si c’est délicat à dire, par endroit l’eau peut atteindre encore un mètre cinquante à deux mètres de niveau. »

Fatalisme, croyance et solidarité

Tout en nettoyant et vidant le reste d’eau à l’aide de seaux, deux hommes discutent. « Dans cette histoire, nous avons oublié un mot. Fatalité. Les anciens le diront, la mer finit toujours par reprendre ses droits. Et ce peu importe les digues », remarque Jean-Claude. Son ami abonde  : « L’appât du gain a fait prendre des risques à certains. Un jour, cela se paie cash. Les constructions se sont multipliées à grande vitesse alors que, nous le savons, la région est située sur des zones inondables. Ah le fric, le fric. »

Non loin d’eux, un homme, lui aussi occupé à sauver ce qui peut encore l’être, s’agace des nombreux va-et-vient  : « Ça suffit, ce n’est pas de journalistes dont nous avons besoin mais d’aide. Ce n’est pas des photos que nous voulons mais des bras. » Un appel que semble avoir entendu Jimmy, venu proposer ses services. Sa compagne l’a fait également avant de partir travailler  : « Ma copine a dû partir au travail, elle s’est même changée dans la voiture pour gagner du temps. Moi, j’ai appelé mon employeur pour avoir ma journée et je me mets à disposition », explique-t-il. Et de conclure  : « Je ne connais personne, je ne suis pas du coin mais, en tant que Vendéen, je souhaite apporter mon aide. Vous savez, la solidarité, ça compte. »

Lionel Decottignies

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