Inondation en Vendée après la tempête Xynthia le 28 février 2010

Pour Brice Hortefeux, après le passage de la tempête Xynthia, « il faut procéder par étapes : aujourd’hui, c’est le temps du recueillement et de la solidarité« . Et il tente de désamorcer la polémique : « Ce qui s’est produit notamment en Vendée, c’est une conjonction extraordinairement rare, pour ne pas dire exceptionnelle de grande marée, de dépression, de la tempête elle-même et le fait que cela s’est produit la nuit« . Au niveau local, ce sont les élus, comme Ségolène Royal, ou le président du conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, qui se refusent à parler de dysfonctionnements. Reste que la polémique est bel et bien lancée, et qu’elle vise notamment les maires des communes touchées.

Des constructions derrière les digues

Première question : y a-t-il eu laxisme au niveau des constructions dans les zones côtières ? Une étude menée récemment par la DDE de Vendée considérait ainsi la commune de la Faute-sur-Mer, durement frappée par la tempête, comme une zone sensible construite « sur de vastes espaces gagnés sur la mer, ne tenant pas compte de la mémoire du risque« . Et elle mettait en garde : « la conjonction de deux phénomènes, de crue dans l’estuaire du Lay et de submersion marine pourrait avoir un impact très important sur les zones densifiées à l’arrière d’un réseau de digues vieillissant« . Le réseau de digues avait été construit après les grandes tempêtes de 1926 et 1929, le long de l’estuaire du Lay, pour protéger la presqu’île. Or, notait l’étude, « plus de 3000 maisons sont construites derrière ces digues en terre (…) 40.000 personnes fréquentent quotidiennement la commune en été. La rupture des digues sur ce secteur engendrerait des dégâts majeurs aux biens et aux personnes« .

Les digues ne seraient toutefois pas directement en cause dans la catastrophe du week-end, se défendent les élus. « Il n’y a aucun souci avec les digues » et « les digues ont résisté« , a affirmé Patrick Maslin, adjoint au maire de la Faute-sur-Mer. Pour l’élu, l’eau est venue de la mer « par la pointe d’Arçay » et ses dunes, a-t-il poursuivi. « Jusqu’à maintenant l’eau n’était jamais venue par là« . Françoise Babin, autre adjointe, avance de son côté que les inondations mortelles s’expliquent avant tout par une « énorme vague qui est passée au dessus de la digue« . Les deux élus se sont défendus contre le soupçon d’une urbanisation à outrance dans ces zones très basses par rapport au niveau de la mer. « Les constructions sur la commune sont toujours maîtrisées et réalisées dans les règles de l’art. On a construit un peu, pas à outrance« , a déclaré Françoise Babin.

Bras de fer sur la prévention des risques

Autre question : si la rupture des digues n’est pas en cause, la réglementation au niveau local intégrait-elle bien tous les risques ? Depuis juin 2007, un plan de prévention des risques d’inondations (PPRI) a institué une zone de 50 mètres non constructible à partir de la digue. Mais cette question de l’entrée en vigueur d’un plan spécifique traînait en fait depuis des années, révèle Le Parisien, et c’est la préfecture qui est montée au créneau pour lui faire voir le jour devant le peu d’empressement des élus. Car, assure le quotidien, beaucoup voyaient d’un mauvais oeil cette restriction apportée aux possibles futures constructions. Dans certains cas, des permis de construire ont été accordés en dépit des préconisations du PPRI. En novembre dernier, affirme Le Parisien, le conseil municipal de La Faute-sur-Mer avait d’ailleurs manifesté son hostilité à ce plan de prévention, demandant au préfet de retarder l’enquête publique.

A quoi le maire de La Faute-sur-Mer répond dans le même journal que cette contestation du PPRI porte uniquement sur des questions de forme :  » Il y a des corrections à apporter, c’est pour cette raison qu’il n’a toujours pas été approuvé« . Il n’est pas sûr par ailleurs que ce plan de prévention aurait limité les dégâts. Comme le note Françoise Babin, la « zone rouge » définie par le PPRI comprend des habitations déjà construites, antérieurement à 2007, dont certaines en dessous de 2 mètres du niveau de la mer.

Evacuer ou pas…

Troisième question : les élus ont-ils tardé à prendre des mesures d’urgence lors de la tempête, et notamment à ordonner des évacuations ? Samedi, dans les départements concernés par l’alerte rouge, Météo France annonçait des « vents violents » et « de très fortes vagues déferlant sur le littoral« , avec le risque d’une « élévation temporaire du niveau de la mer pouvant submerger certaines parties du littoral« . Une mise en garde suffisante pour évacuer ?

Mais sur ce point, mairies et préfecture se renvoient la balle. « Si les mairies avaient demandé des évacuations, nous l’aurions fait« , commentait ainsi mardi matin sur Europe 1 Béatrice Lagarde, sous-préfète des Sables d’Olonne. Mais la même Béatrice Lagarde reconnaît que « l’ensemble du département était concerné » par l’alerte de Météo France, dont le bulletin donnait « la liste habituelle des dangers (arrachement des toits, circulation routière perturbée, chutes d’arbres…) sans mettre un accent particulier sur les risques d’inondations« . Les maires affirment aussi, pour leur part, que rien ne laissait prévoir une inondation : « Nous n’étions absolument pas sensibilisés à la puissance avec laquelle les vagues allaient frapper« , commente le maire de La-Tranche-sur-Mer dans Le Figaro. « Or le phénomène s’est révélé exceptionnel : ici, la mer a soulevé à plus de huit mètres de haut des rochers de 800 kg« . Les prévisionnistes eux-mêmes avouent leurs limites : « le risque de montée des eaux était clairement notifié, mais il n’était pas quantifié« , souligne dans Le Figaro Alain Ratier, directeur général adjoint de Météo France.

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