Archive pour le 9 mars 2010

Les pompiers normands à La Faute-sur-Mer (photo lieutenant Tirelle, Sdis 76)

YVETOT.Partie mercredi dernier, la délégation de sapeurs-pompiers de Haute-Normandie est rentrée hier midi de Vendée. Témoignage d’une intervention à La Faute-sur-Mer.

Le visage du lieutenant Eric Tirelle se ferme : « Nous n’étions pas dans le cadre d’une intervention en zone inondée classique. La mort était partout. » Les seize pompiers haut-normands partis mercredi dernier pour une mission de 72 heures en Vendée, après le passage de la tempête Xynthia, resteront marqués par cette expérience.
« Aujourd’hui encore, nos collègues du Sdis 85 reçoivent des appels pour des personnes disparues. Quand nous sommes arrivés sur place, la première vision a été celle de maisons visitées par les plongeurs. Avec un grand « VU », pour celles visitées et sans victime. Avec un grand « VU » suivi de « V », pour une victime, « VV » pour deux victimes. » L’impression de travailler dans un immense sanctuaire.
Mercredi soir, les pompiers normands arrivaient à Luçon où ils recevaient leur affectation : La Faute-sur-Mer, la station balnéaire la plus touchée par la tempête Xynthia avec L’Aiguillon-sur-Mer, sa voisine. « Les collègues de L’Aiguillon nous ont raconté leur nuit de tempête : les deux villes ne sont séparées que par un pont, qui était déjà noyé quand ils sont intervenus. Et quand ils ont traversé le pont, une énorme vague a déferlé, plus haute que leur camion. Ils ont continué vers La Faute à la nage. »
Sur place, ils ont rencontré tout d’abord une population traumatisée : « Des gens qui avaient séjourné plus de 7 heures dans l’eau, jusqu’au menton, avec le plafond de leur maison qui leur comprimait la tête. C’est dingue le nombre de maisons que l’on a visitées avec des toitures éventrées de l’intérieur, des baies vitrées qui avaient cédé sous la pression de l’eau. Samedi, c’était différent : ce sont les résidants secondaires qui sont arrivés. Autant les premiers étaient touchés par la mort de proches, de familiers, de voisins, autant les autres ne nous ont parlé que de matériel, de l’électroménager perdu dans la catastrophe. »
Entre 500 et 600 pompiers venus de toute la France ont travaillé sur la zone sinistrée durant ces 72 heures de mission, avec pour impératif d’assécher les secteurs de La Faute et de l’Aiguillon. Un travail difficile qui a nécessité de refouler l’eau en mer, avec une logistique compliquée et du matériel mis à très rude épreuve.
« Les deux premières journées ont été intenses. Heureusement, le groupe des Normands a été très solidaire et très pro. A tel point que, rapidement, nous avons été totalement autonomes sur notre secteur », se réjouit tout de même Eric Tirelle.
Reste ce sentiment tragique qui marquera le jeune lieutenant. « J’ai vu certaines choses pour lesquelles j’ai éloigné nos gars. »
F. D.

Par Mathilde Bazin, publié le 09/03/2010
Le chaos règne toujours à La Faute-sur-mer

Huit jours après les inondations meurtrières causées par la tempête Xynthia, le retour au quotidien est un second choc. Pour les 40 000 Fautais à l’année ou de passage l’été, le grand nettoyage a commencé. Mais le coeur n’y est pas.

Samedi 6 mars, des voitures roulent au ralenti sous un beau ciel bleu. La scène ferait presque penser à un jour de grand départ en vacances. Les valises et la chaleur en moins. Une semaine après le passage de Xynthia, c’est un raz-de-marée d’un tout autre genre qui a déferlé ce week-end sur les communes vendéennes de La Faute et de L’Aiguillon-sur-mer. L’eau s’est retirée et des centaines de propriétaires sont venus constater l’étendue des dégâts, tentant de sauver ce qui peut encore l’être.

A la Faute-sur-Mer, après le passage de la tempête Xynthia.
A la Faute-sur-Mer, après le passage de la tempête Xynthia.

Les deux stations balnéaires, où 29 corps sans vie ont été repêchés, sont devenues de véritables bunkers avec des contrôles de police à chaque entrée. Ici, ne pénètre pas qui veut. « Au lieu de regarder ma maison comme ça et de la prendre en photo, donnez-nous plutôt de l’argent pour la reconstruire », a placardé sur la façade de son habitation un Fautais agacé par les allés et venues de badauds.

Le cauchemar continue

« Mes voisins sont des miraculés, raconte un Tourangeau venu chercher quelques rares affaires personnelles. Le monsieur de 80 ans, sa femme et leur fille se sont réfugiés au grenier. Les fenêtres de leur véranda ont éclaté. A côté, notre résidence secondaire est en bon état et nous sommes tous vivants. Ce qui nous fait le plus mal, c’est vrai, c’est tout l’argent qu’on a investi pendant des années pour l’arranger et se payer des vacances. »

Les pompiers et des équipes de la protection civile sillonnent les quartiers résidentiels de la pointe d’Arçay. Ils prêtent main forte à des propriétaires désemparés et abattus face à cet immense champ de ruines. Toute la journée, les pompes ronronnent et les karchers s’activent. Frigos, machines à laver, téléviseurs, buffets et matelas s’entassent dans les rues.

Beaucoup ont tout perdu et refusent de revenir vivre ici. D’autres, ceux qui ont vécu la catastrophe de loin, qui l’ont vu à la télé, entendu à la radio, et qui, aujourd’hui, vont vivre l’après en direct, ont toujours du mal à y croire.

Le chaos règne toujours à La Faute-sur-mer

Pour des familles entières, après des nuits d’incertitude et pas mal de kilomètres parcourus, l’heure de vérité approche. Sur la porte d’entrée, des traces noires indiquent que l’eau est montée d’une cinquantaine de centimètres. C’est moins que ce qu’ils redoutaient. Une forte odeur iodée émane de l’intérieur de la petite maison de vacances que cette famille a achetée en 1997.  » Il y a de la boue partout, se désole la mère. J’ai l’impression que l’on n’en finira jamais avec cette vase. Tout est fichu, mais il y a pire que nous. » Les casseroles sont sorties du vaisselier, éparpillées au sol. Elles rouillent déjà. Le réfrigérateur est renversé sur la table. Il y a des bigorneaux collés sur la cuvette des toilettes. De la boue partout. Le sel attaque les mains, le visage.

Besoin de parler, de raconter

« Je vais chercher mon 4X4. Dimanche, quand on m’a appelé à deux heures du matin pour me prévenir qu’il y avait de l’eau dans la résidence, explique François, agent d’entretien des espaces verts et de la piscine du domaine de la Baie, une résidence pavillonnaire de La Faute-sur-mer, j’ai sauté dans ma voiture. En arrivant, la route s’est effondrée. J’avais de l’eau jusqu’au cou. J’ai réussi à sortir par le coffre et j’ai couru, couru, la vague arrivait derrière moi. »

Sur chaque bâtisse, un, deux ou trois repères peints par les pompiers lors des opérations de recherches. Les mobile-homes du camping des Flots bleus sont les uns sur les autres. « Celui-là a traversé le carrefour, explique un habitant de Luçon chez qui l’eau peine à être évacuée. Samedi, quand j’ai vu le calendrier des marées et le vent annoncé, j’ai dit à ma femme ‘on reste à la maison, hors de question de dormir à La Faute’. On a bien fait, dans notre chambre, l’eau est montée jusqu’à 1 mètre 70. »

Alors que les politiques se déchirent autour des permis de construire délivrés par les élus communaux et l’entretien des digues, beaucoup d’habitants ne savent pas si leur maison sera détruite, quand et à quelle hauteur ils seront indemnisés. Ce qui ne présage rien de bon pour la saison estivale, le poumon économique de toute la région.

Après la tempête

Photo : DR

Photo : DR

« Une fois de plus quand les hommes se croient plus forts que la nature, celle-ci se rappelle à nous ». Ce cri du coeur nous a été adressé par un internaute de lavie.fr à la suite du débat que nous avions ouvert la semaine dernière, après les ravages meurtriers causés par Xynthia, sur le thème : Tempête : y-a-t-il des responsables ? ». Et notre internaute de nous signaler l’exemple de l’un de ses amis, fonctionnaire à la DDE de l’Aisne, qui avait dû batailler contre son propre sous-préfet pour faire respecter sa décision de ne pas accorder de permis de construire à une entreprise qui voulait s’agrandir en … zone inondable !

Heureusement, face aux pressions de sa hiérarchie, le fonctionnaire de la DDE a tenu bon. Car deux ans après son refus, le terrain a effectivement été inondé ! Le directeur de l’entreprise lui a même écrit pour le remercier de sa clairvoyance. Comme en écho de ce témoignage, le nouveau préfet de Vendée Jean-Jacques Brot ne s’est pas caché derrière la langue de bois pour faire sur France-Info le bilan de l’après-tempête : « Je tombe des nues devant l’incohérence des plans d’urbanisme », a-t-il déclaré.

En poste depuis à peine quinze jours dans ce département le plus frappé par les vents meurtriers de Xynthia – 29 morts sur un bilan total de 53 – il n’a pas mâché ses mots sur la responsabilité des élus locaux sur la délivrance laxiste de nombreux permis de construire. A La Faute sur Mer (2500 habitants), la commune la plus touchée avec celle de L’Aiguillon, les fautes relevées tournent à l’aveuglement collectif : construction de lotissements sur des terrains notoirement inondables, guérilla juridique pour retarder l’établissement d’un plan (obligatoire) de prévention des risques d’inondation (PRI), jusqu’à une manifestation de 1000 riverains organisée par la mairie pour protester contre la fermeture d’un camping construit en zone inondable !

En 2009, une étude accablante de la direction départementale de l’équipement (DDE) précisait même que cette commune était construite « sur de vastes espaces gagnés sur la mer, ne tenant pas compte de la mémoire du risque ». Un exemple isolé ? Pas vraiment . Notre enquête, publiée dans La Vie (édition du 11 mars à paraître), montre que partout en France les pressions sur la délivrance des permis de construire sont, en effet, nombreuses. Notamment sur le littoral où le prix du mètre carré constructible a tendance à s’envoler.

Ainsi, une étude officielle du Ministère de l’Ecologie révèle que, rien qu’entre 1999 et 2006, 100 000 logements ont été construits dans des zones inondables ! Sans parler du grignotage insidieux de la loi littoral et du travail accompli depuis 30 ans par le Conservatoire du même nom. Heureusement, des fonctionnaires, des associations, des élus se battent, parfois contre leur propre hiérarchie, pour faire respecter la loi. Ce sont eux les meilleurs protecteurs contre d’autres Xynthia.

Quelques jours seulement après la catastrophe qui a touché les départements de la Charente-Maritime et de la Vendée, la question de la responsabilité de l’Etat et des communes sinistrées était clairement posée par les médias.

La commune de La Faute-sur-Mer où près de 26 personnes sont mortes noyées dans leur habitation sous l’effet de la rupture d’une digue censée les protéger de la tempête, se retrouve au cœur de la polémique.

Deux éléments rapportés par différents organes de presse viennent fonder les critiques formulées à l’encontre de ses élus et de la Préfecture de Vendée.

D’une part, le 19 novembre dernier, le conseil municipal de La Faute-sur-Mer avait décidé à l’unanimité de demander à la Préfecture de retarder la mise en œuvre de l’enquête publique du projet de plan de prévention du risque inondation (PPRi) de l’estuaire qui vise à réduire les zones d’urbanisation et encadrer avec plus de rigueur les possibilités de construction (cf. « Polémique sur des constructions en zone inondable », Le Parisien, 02/02/2010).

D’autre part, un rapport rendu public en octobre 2008 du chef de service de la Direction départementale de l’Equipement (DDE) de Vendée, faisait état des risques de crue et de submersion marines dont la survenance « pourrait avoir un impact très important sur les zones densifiées à l’arrière d’un réseau de digues vieillissant » [4].

Au vu de ces deux griefs et des éléments factuels qui apportent un premier éclairage sur les causes de la catastrophe, il apparaît donc nécessaire de se poser la question du respect par les autorités concernées (préfet et maire) des dispositifs réglementaires de prévention des risques d’inondation :

ceux relatifs aux outils de planification et d’information sur les risques majeurs (I.) ;

celui, plus spécifique, relatif à l’obligation d’entretien et de surveillance des digues de protection maritime (II.).

I. Les outils de planification et d’information en matière de prévention des risques majeurs ont-t-ils été correctement mis en œuvre ?

1.-
D’après les informations disponibles sur le site Internet de la Préfecture de Vendée, le représentant de l’Etat a fait une application anticipée du projet de PPRi prévue en cas d’urgence (C. env. L. 562-2), ce qui a pour effet de le rendre immédiatement opposable à toute personne publique ou privée afin de faire obstacle au développement ou à la poursuite de l’urbanisation dans les zones reconnues à risques.

Ce premier élément appelle d’emblée deux observations :

sans la mise en œuvre de cette procédure d’urgence, le zonage réglementaire du PPRi ne serait pas encore adopté alors que le Plan a été prescrit le 29 novembre 2001 [5] ;

l’absence d’approbation de ce document a dispensé la commune de La Faute-sur-Mer de l’élaboration d’un plan communal de sauvegarde (cf. Loi n° 2004-811 du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile, art. 13) qui aurait permis la mise en œuvre d’un dispositif renforcé d’information et d’organisation des secours.

2.-
Pour autant, la commune de La Faute-sur-Mer et la Préfecture de Vendée restaient soumises au régime général – moins contraignant – de la prévention des risques majeurs, outre l’obligation d’agir qui leur incombait au titre de leurs pouvoirs de police générale (respectivement, art. L. 2212-25, L. 2212-4 et L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales).

En effet, dans les communes sur le territoire desquelles a été prescrit ou approuvé un plan de prévention des risques naturels prévisibles, le maire doit désormais informer la population au moins une fois tous les deux ans, par des réunions publiques communales ou tout autre moyen approprié, sur les caractéristiques du ou des risques naturels connus dans la commune, les mesures de prévention et de sauvegarde possibles, les dispositions du plan, les modalités d’alerte, l’organisation des secours, les mesures prises par la commune pour gérer le risque, ainsi que sur les garanties prévues à l’article L. 125-1 du code des assurances (C. env., art. L. 125-2 ; Loi no 2003-699 du 30 juillet 2003, relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages, art. 40).

Cette information est déterminée à partir d’un dossier synthétique (dossier départemental sur les risques majeurs, DDRM) établi par le préfet [6] qui comprend « l’énumération et la description des risques majeurs auxquels chacune [des] communes est exposée, l’énoncé de leurs conséquences prévisibles pour les personnes, les biens et l’environnement, la chronologie des événements et des accidents connus et significatifs de l’existence de ces risques et l’exposé des mesures générales de prévention, de protection et de sauvegarde prévues par les autorités publiques dans le département pour en limiter les effets » (C. env., art. R. 125-11-II).

Un document d’information établi par les communes concernées (dossier d’information communal sur les risques majeurs, DICRIM) reprend les informations ainsi définies par le préfet. « Il indique les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde répondant aux risques majeurs susceptibles d’affecter la commune. Ces mesures comprennent, en tant que de besoin, les consignes de sécurité devant être mises en œuvre en cas de réalisation du risque » (C. env., R. 125-11-III).

L’examen du DDRM et du DICRIM de la commune de La Faute-sur-Mer sont donc nécessaires pour apprécier la pertinence des mesures de sécurité qu’ils prévoient et leur bonne application lors de la catastrophe.

3.-
Une autre obligation s’imposait aux autorités locales en vertu de l’article L. 563-3 du code de l’environnement. Dans les zones exposées au risque d’inondation, le maire, avec l’assistance des services de l’État, doit en effet procéder à l’inventaire des repères de crues existant sur le territoire communal et établir les repères correspondant aux crues historiques, aux crues exceptionnelles et aux submersions marines.

Ces repères doivent tenir compte de la configuration des lieux, de la fréquence et de l’ampleur des inondations et de l’importance de la population fréquentant la zone.

Surtout, ils doivent être répartis sur l’ensemble du territoire de la commune et être visibles depuis la voie publique (C. env., art. R. 563-11 à R. 563-15).

La question du respect par les autorités locales de la réglementation relative à l’entretien et à la surveillance des digues de protection s’avère tout aussi déterminante.

II. Un défaut d’entretien et de surveillance de la digue de protection peut-t-il être reproché aux autorités ?

1.-
La loi n°2006-1772 du 30 décembre 2006, sur l’eau et les milieux aquatiques a posé le cadre légal d’un dispositif visant à renforcer la sûreté et la sécurité des ouvrages hydrauliques auxquels se rattachent les digues de protection.

Le décret n° 2007-1735 du 11 décembre 2007 est venu préciser les obligations mises à la charge de leur propriétaire ou exploitant (C. env., art. R. 214-112 et suivants). Ils leur incombent :

de justifier de la réalisation d’une étude de danger par un organisme agréé (C. env., art. R. 214-115) ;

de tenir à jour un dossier qui contient notamment tous les documents relatifs à l’ouvrage, permettant d’avoir une connaissance la plus complète possible de sa configuration exacte, de sa fondation et de son environnement hydrologique (C. env., art. R. 214-122) ;

d’assurer la surveillance et l’entretien de son ouvrage (C. env., art. R. 214-123) ;

de procéder à des vérifications du bon fonctionnement des organes de sécurité et à des visites techniques approfondies, et notamment avant le 31 décembre 2009, à un diagnostic de sûreté de cet ouvrage.

Le contrôle et le suivi de ces obligations incombent sur le fondement du même décret aux services de l’Etat, qui sont ainsi tenus :

d’identifier les différents propriétaires ou exploitants de digues ;

de leur rappeler leurs obligations et les inciter, le cas échéant en les y contraignant, à prendre en charge les travaux d’entretien et de restauration des digues.

La question qui se pose au cas présent est donc de savoir si l’ensemble des règles attachées au fonctionnement de ces ouvrages a été respecté, nonobstant, ainsi que le précise le rapport précité de la DDE, l’existence en 2007 d’un lourd programme de réhabilitation en cours sur la digue de protection qui a rompu lors de la tempête.

2.-
L’hypothèse d’un défaut d’entretien et de surveillance de cet ouvrage ouvre en effet la voie à l’engagement de la responsabilité du propriétaire de la digue et/ou de celui qui en assure la gestion, à savoir la commune de La-Faute-sur-Mer, ainsi que semble le préciser le rapport précité de la DDE.

En dehors de la question de l’engagement de la responsabilité pénale des autorités locales, les habitants des constructions inondées – ou leurs assureurs – pourraient ainsi obtenir réparation de leur préjudice.

Il convient de relever que cet autre terrain d’engagement de la responsabilité administrative de la commune est plus favorable que celui visant à faire sanctionner la délivrance illégale de leur permis de construire, admis avec réserve par le juge administratif.

Ce dernier considère en effet que la délivrance d’un permis de construire en zone inondable n’est pas illégale en soi – et donc fautive -, dès lors qu’existent des digues de protection et que le permis est assorti de prescriptions spéciales comme la construction sur pilotis ou à un niveau refuge à une hauteur suffisante (cf. CE 29 oct. 2008, Min. des transports, de l’équipement, du tourisme et de la mer c/ Cne de Tarascon, n°304393).

L’existence d’un défaut d’entretien et de surveillance de la digue conduirait également à écarter toute exonération au moins totale de la responsabilité de la commune, souvent reconnue par le juge dans ce domaine, qui considère que la victime ne pouvait ignorer le caractère inondable de son terrain (cf. CE, 23 janvier 1991, Cne de Vitrolles, n° 48498 ; CE, 22 août 2007, Ministre de l’Equipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, n° 260963).

La question de l’exonération de la responsabilité des autorités publiques en raison du caractère de force majeur des inondations doit quant à elle, être appréciée – et relativisée – au regard d’une jurisprudence désormais acquise selon laquelle la déclaration d’un arrêté de catastrophe naturelle n’entraîne pas obligatoirement la qualification d’un événement de force majeure (cf. CE, 2 oct. 1987, Cne de la Bastide Clairence, n° 71122 ; CAA Marseille, 19 fév. 2007, S.A. Jean Spada, n° 04MA00252).

3.-
La carence des autorités publiques, si elle s’avère caractérisée, peut évidemment se voir sanctionner devant par le juge pénal sur le fondement des articles 221-6 et 222-19 du code pénal qui répriment les homicides et blessures involontaires.

Sous l’empire de cette incrimination, un maire a été condamné pour s’être abstenu de procéder à l’évacuation d’un hameau alors qu’il avait pleinement conscience du risque d’avalanche sur ce secteur (Trib. Corr. de Bonneville, 17 juillet 2003, M. Michel C., n° 654/2003).

Cette incrimination a été au contraire rejetée dans une affaire où il a été établi que les mesures de sécurité prises avant et le jour même de l’accident étaient conformes à celles qui sont attendues de la part de responsables normalement prudents et diligents, compte tenu des informations portées à leur connaissance, et qu’aucun manquement à une obligation de sécurité n’était caractérisée (Cass. crim., 29 mars 2000, M. Lakhdari et autres, n° 99-81704).

En guise de conclusion, il convient de relever que l’ensemble des documents ci-dessus énumérés qui permettent d’apprécier les éventuelles responsabilités des autorités publiques concernées (dossiers d’information sur les risques majeurs, rapports et études sur l’entretien et la surveillance des digues, etc.) sont des documents administratifs communicables de plein droit à toute personne en faisant la demande.

Gageons que, suivant cette logique de transparence de l’action administrative, la remise du pré-rapport sur les causes de la catastrophe le 13 mars prochain par le Conseil général de l’environnement et du développement durable et l’Inspection générale de l’administration (communiqué du Conseil des Ministres du 3 mars 2010), soit l’occasion d’une diffusion la plus large possible de ces documents.

Maître Simon WILLIAMSON – Avocat au Barreau de Paris – Docteur en droit

[1] RAISON S., Le classement des digues littorales au titre de la sécurité civile : un exemple de mise en œuvre en Vendée in Xèmes Journées Nationales Génie Côtier – Génie Civil, 14-16 octobre 2008, Sophia Antipolis, http://www.paralia.fr/jngcgc/10_27_raison.pdf ; cf. J-P-D, La Faute-sur-Mer : la DDE avait prévenu des risques ?, Le Moniteur, 02/02/2010.

[2] Cf. Dossier communal d’information à destination des acquéreurs et des locataires de biens immobiliers sur les risques naturels et technologiques, http://modules.vendee.pref.gouv.fr/risquesTechno/fichiers/307_dossierRisque.pdf

[3] Le dossier départemental des risques DDRM de la Vendée est disponible sur le site Internet de la Préfecture à l’adresse suivante : http://www.vendee.pref.gouv.fr/sections/thematiques/securite/securite_civile/risques_naturels_et/dossier_departementa/downloadFile/file/Dossier_departemental_des_risques_majeurs.pdf ?nocache=1204652305.04

[4] RAISON S., Le classement des digues littorales au titre de la sécurité civile : un exemple de mise en œuvre en Vendée in Xèmes Journées Nationales Génie Côtier – Génie Civil, 14-16 octobre 2008, Sophia Antipolis, http://www.paralia.fr/jngcgc/10_27_raison.pdf ; cf. J-P-D, La Faute-sur-Mer : la DDE avait prévenu des risques ?, Le Moniteur, 02/02/2010.

[5] Cf. Dossier communal d’information à destination des acquéreurs et des locataires de biens immobiliers sur les risques naturels et technologiques, http://modules.vendee.pref.gouv.fr/risquesTechno/fichiers/307_dossierRisque.pdf

[6] Le dossier départemental des risques DDRM de la Vendée est disponible sur le site Internet de la Préfecture à l’adresse suivante : http://www.vendee.pref.gouv.fr/sections/thematiques/securite/securite_civile/risques_naturels_et/dossier_departementa/downloadFile/file/Dossier_departemental_des_risques_majeurs.pdf ?nocache=1204652305.04

Le rond point entre l’Aiguillon sur Mer et la Faute sur Mer fermé. L’Hotel du commerce est sous surveillance pour risque d’effondrement!

 L'heure est au nettoyage, une semaine après la tempête. Ici, des  habitants de La Faute-sur-Mer vident leur maison.

  • L’heure est au nettoyage, une semaine après la tempête. Ici, des habitants de La Faute-sur-Mer vident leur maison.

    Marc Roger

Les risques d’inondations étaient connus de tous à La Faute-sur-Mer (Vendée). Mais peu de monde y croyait vraiment. Malgré les alertes répétées des services de l’État.

Les alertes pour prévenir les inondations ont été récurrentes, en Vendée. Dès 2003, tirant les leçons de la tempête de 1999, l’État publiait un rapport sur les risques majeurs. L’administration identifiait neuf communes du littoral soumises « à un risque avéré d’inondation maritime avec enjeu humain ». Le même rapport relevait qu’à des degrés divers, la quasi-totalité des communes du littoral vendéen étaient menacées.

En 2008, c’est un autre document, signé de Stéphane Raison, qui tirait la sonnette d’alarme. Avec une grande précision, le chef des services maritimes de la DDE (Direction départementale de l’Équipement) montrait à quel point les deux communes aujourd’hui sinistrées – La Faute-sur-Mer et L’Aiguillon-sur-Mer – étaient menacées par la crue du Lay et la submersion marine. Il prophétisait « des dégâts majeurs aux biens et aux personnes ». Force est de constater que cet ingénieur des Ponts-et-Chaussées avait vu juste.

L’État a freiné

Sur fond de développement économico-touristique lancé à toute vapeur (la Vendée est le 2e département touristique), les alertes répétées ont-elles été prises suffisamment au sérieux ? « Il y a eu une forme de surdité de la part de certains, admet un élu vendéen préférant qu’on ne cite pas son nom. Mais c’est le cas d’un peu tout le monde, y compris des habitants. » Ce que confirme un adhérent de l’association de propriétaires privés du Havre, à La Faute-sur-Mer, qui, lui aussi, requiert l’anonymat.

Chaque année, certains d’entre eux posent caravanes ou mobile-homes pour profiter des charmes de la presqu’île. Depuis trente ans, ils réclament de pouvoir « obtenir un peu plus de confort, de l’eau et de l’électricité ». En clair, ils rêvaient de pouvoir bâtir des habitations plus durables. Avec le soutien du maire, René Marratier. Mais la préfecture a toujours freiné des quatre fers.

Le 17 septembre 2008, jour de grande marée d’équinoxe, l’association avait même invité des élus à constater « le rôle protecteur de la digue du Lay ». « On pensait que ce n’était pas inondable, tout simplement parce que ça n’avait jamais été inondé », clame un autre ardent militant de cette association de propriétaires.

Autre illustration de cette insouciance généralisée, en novembre, avec l’élaboration du Plan de prévention des risques d’inondation (PPRI), qui a fait couler beaucoup d’encre dans la commune. Agacé par les contraintes de l’État, le conseil municipal demande alors au préfet de surseoir à l’enquête concernant ce plan. Aujourd’hui, dans la commune meurtrie par Xynthia (29 morts), ils ne sont pas nombreux à critiquer le maire ou son adjointe en charge de l’urbanisme, Françoise Babin. Depuis hier, circule une pétition de soutien au maire. Comme si, dans ce « naufrage » collectif, chacun faisait désormais son mea culpa.

Dimanche 7 mars

Documentaire sur la tempête

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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