YVETOT.Partie mercredi dernier, la délégation de sapeurs-pompiers de Haute-Normandie est rentrée hier midi de Vendée. Témoignage d’une intervention à La Faute-sur-Mer.
Le visage du lieutenant Eric Tirelle se ferme : « Nous n’étions pas dans le cadre d’une intervention en zone inondée classique. La mort était partout. » Les seize pompiers haut-normands partis mercredi dernier pour une mission de 72 heures en Vendée, après le passage de la tempête Xynthia, resteront marqués par cette expérience.
« Aujourd’hui encore, nos collègues du Sdis 85 reçoivent des appels pour des personnes disparues. Quand nous sommes arrivés sur place, la première vision a été celle de maisons visitées par les plongeurs. Avec un grand « VU », pour celles visitées et sans victime. Avec un grand « VU » suivi de « V », pour une victime, « VV » pour deux victimes. » L’impression de travailler dans un immense sanctuaire.
Mercredi soir, les pompiers normands arrivaient à Luçon où ils recevaient leur affectation : La Faute-sur-Mer, la station balnéaire la plus touchée par la tempête Xynthia avec L’Aiguillon-sur-Mer, sa voisine. « Les collègues de L’Aiguillon nous ont raconté leur nuit de tempête : les deux villes ne sont séparées que par un pont, qui était déjà noyé quand ils sont intervenus. Et quand ils ont traversé le pont, une énorme vague a déferlé, plus haute que leur camion. Ils ont continué vers La Faute à la nage. »
Sur place, ils ont rencontré tout d’abord une population traumatisée : « Des gens qui avaient séjourné plus de 7 heures dans l’eau, jusqu’au menton, avec le plafond de leur maison qui leur comprimait la tête. C’est dingue le nombre de maisons que l’on a visitées avec des toitures éventrées de l’intérieur, des baies vitrées qui avaient cédé sous la pression de l’eau. Samedi, c’était différent : ce sont les résidants secondaires qui sont arrivés. Autant les premiers étaient touchés par la mort de proches, de familiers, de voisins, autant les autres ne nous ont parlé que de matériel, de l’électroménager perdu dans la catastrophe. »
Entre 500 et 600 pompiers venus de toute la France ont travaillé sur la zone sinistrée durant ces 72 heures de mission, avec pour impératif d’assécher les secteurs de La Faute et de l’Aiguillon. Un travail difficile qui a nécessité de refouler l’eau en mer, avec une logistique compliquée et du matériel mis à très rude épreuve.
« Les deux premières journées ont été intenses. Heureusement, le groupe des Normands a été très solidaire et très pro. A tel point que, rapidement, nous avons été totalement autonomes sur notre secteur », se réjouit tout de même Eric Tirelle.
Reste ce sentiment tragique qui marquera le jeune lieutenant. « J’ai vu certaines choses pour lesquelles j’ai éloigné nos gars. »
F. D.
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