La Faute-sur-Mer sous les eaux. Dans la nuit du 27 au 28 février,  la commune est submergée par les eaux, provoquant la mort de 29  personnes. Selon le préfet, Jean-Jacques Brot, la mobilisation de 600  secouristes a permis de « sauver 200 vies. Et ça, on ne le dit pas  assez. »
La Faute-sur-Mer sous les eaux. Dans la nuit du 27 au 28 février, la commune est submergée par les eaux, provoquant la mort de 29 personnes. Selon le préfet, Jean-Jacques Brot, la mobilisation de 600 secouristes a permis de « sauver 200 vies. Et ça, on ne le dit pas assez. »

Dans la nuit du 27 au 28 février, la tempête Xynthia semait la mort en Vendée. Un mois après, cette nuit continue de hanter sinistrés et secouristes. De l’alerte météo au premier corps retrouvé, en passant par l’angoissante montée des eaux, retour sur ces 24 heures qui ont bouleversé le département, à partir des témoignages collectés par notre rédaction.

15 h 45 Saint-Vincent-sur-Jard.

Jean-Jacques Brot visite la maison de Clemenceau. Grand admirateur de Jean Moulin, le tout nouveau préfet de Vendée s’imprègne de l’histoire du département. Il écourte sa visite pour rejoindre la préfecture après un appel de son directeur de cabinet. Les prévisions météo pour la nuit sont inquiétantes. Le préfet ne le sait pas encore, mais il est parti pour l’une des semaines les plus éprouvantes de son existence.

16 h 30 la pointe de l’Aiguillon.

Deux jours qu’elle ne voit plus picorer les oiseaux. C’est la pleine lune. Et une grosse tempête est annoncée. Anita est inquiète. En voyant sa voisine, une femme qui souffre de gros problèmes respiratoires, elle lui conseille de partir. « Et d’aller coucher chez sa mère ». Par la fenêtre, un peu plus tard, elle la voit quitter les lieux avec un oreiller et un matelas

« Des risques d’inondations importantes »

16 h 30 Météo France.

La station envoie un bulletin d’alerte rouge. Il évoque « des risques d’inondations importantes, qui peuvent être à craindre ». Le bulletin est adressé aux médias, aux élus et à tous les services concernés.

17 h 46 préfecture de La Roche-sur-Yon.

Le préfet réunit la cellule de vigilance. Un point de situation est fait.

18 h Poitiers.

Catherine entre sur l’autoroute. Son week-end familial au Futuroscope se termine. Sur les panneaux lumineux, un message d’alerte annonce la tempête. « On a compris que ça allait souffler fort à L’Aiguillon. » Elle arrive dans le Sud-Vendée en fin de soirée. Ça souffle. Mais pas d’inquiétude.

20 h caserne des Sables.

Samuel Veillard, pompier professionnel, prend sa garde. Un ami, propriétaire de bateau, le prévient que « ça souffle beaucoup ». Et que la mer monte à des niveaux préoccupants.

20 h 30 centre-ville de La Faute.

Christophe, sa femme et ses deux enfants se préparent à une nuit plus agitée que d’habitude. « On s’est cloisonnés dans la maison. Les enfants dormaient à l’étage. Moi, je devais reprendre le boulot le lendemain. »

« Le premier bip pour une fuite d’eau »

22 h préfecture.

Nouvelle réunion. Tout le monde est sur le pont. Autour du préfet, des responsables de Météo France, pompiers, gendarmes, policiers, services du Département, ERDF, la Ddass, le Samu, la direction départementale des territoires et de la mer (ex-DDE) et la direction de la cohésion sociale. Décision est prise de fermer le pont de Noirmoutier et un contact est pris avec les maires de Noirmoutier, de L’Aiguillon et de La Faute, pour une surveillance accrue des digues.

23 h à L’Aiguillon.

Odette appelle son fils et sa belle-fille, qui vivent à La Faute, pour savoir si tout va bien. « Ça tape. » Elle leur propose de venir les chercher. Sa belle-fille l’en dissuade fortement.

1 h 30 casino des Dunes

Gia Khanh Pham, le directeur depuis 18 ans, décide de fermer les portes de son établissement « un peu plus tôt ». « D’habitude, le samedi soir, on ferme à 3 h. Mais depuis la tempête de 1999, je ne veux pas prendre de risque. » Il reste une dizaine de clients, qui acceptent de partir. Par prudence. Les salariés en font autant. Dans la foulée, Gia tente de joindre sa fille, qui habite à la pointe de l’Aiguillon. Sa maison commence déjà à prendre l’eau. Il est un peu plus de 2 h du matin.

2 h à la Pergola, restaurant de la Pointe de l’Aiguillon.

L’océan est en train de lécher la terrasse du restaurant. « Ça n’arrive jamais. On s’est dit que ce n’était pas normal, et que l’eau allait encore monter. » Nadine et Alain, les patrons, ouvrent les portes pour que l’eau puisse couler. Puis ils s’installent sur le comptoir du zinc. Ils y resteront jusqu’à 4 h 45.

3 h 12 premier bip pour les pompiers.

Louis Baquéro, pompier détaché à L’Aiguillon, est appelé « pour une fuite d’eau ». Quelques minutes plus tard, nouvel appel, mais cette fois pour un sauvetage de personne. Le centre de secours est sous les eaux. « Avec mes trois collègues, on s’est retrouvé à la mairie, avec Maurice Milcent. On a pris nos tenues de plongée. On s’est changé derrière la mairie et on a débuté les sauvetages. »

3 h 33 à La Faute

Dans le lotissement de l’Anse de Virly, Jacky se réveille brutalement. Il regarde son réveille-matin et entend des bruits persistants dans les canalisations. Ce fameux « glou-glou » dont parlent tous les sinistrés. « C’est comme le bruit d’un robinet qui coule. » Son épouse se réveille à son tour. Une demi-heure plus tard, l’inondation est à son comble. Le couple a de l’eau jusqu’à la poitrine. « Il a fallu s’accrocher. »

Toujours à La Faute, en vacances chez des amis, Annick vit le même drame. Les meubles tombent, l’eau monte à une vitesse folle. Jusqu’à 1,50 m. : « On voulait sortir, on a nagé, puis on s’est réfugiés sur le toit de la maison. Nous y sommes restés quatre heures, à appeler au secours. C’était la nuit, le vent. »

Le coup de fil au préfet

3 h 35 à la préfecture

Les pompiers alertent le directeur de cabinet du préfet, Frédéric Rose. « Ils parlaient d’une montée soudaine et brutale sur l’Aiguillon. » Le directeur de cabinet informe immédiatement le préfet. Une autre réunion est programmée pour 5 h du matin.

4 h à La Faute

Annette et son mari ont compris. Ils ne s’affolent pas encore, s’installent sur le buffet, prennent deux bougies, prêts pour une nuit de froid et d’humidité. Ils commencent à paniquer quand la porte d’entrée explose sous la pression de l’eau. « On a eu très peur. »

4 h caserne des pompiers

A la caserne des pompiers des Sables-d’Olonne, Samuel Veillard est chargé de se rendre « sur place » à la demande de son major, Didier Thierry. Il organise une expédition en bateau vers la pointe de L’Aiguillon, avec une dizaine d’hommes. En quelques heures, la troupe a déjà effectué « sept sauvetages et une quinzaine de mises en sécurité ».

4 h 15 L’Aiguillon

La mer arrête de monter.

5 h au restaurant la Pergola.

« L’eau commence à descendre », remarque Nadine le Gall. Les époux descendent de leur « balise ». A l’aide d’une lampe torche, ils commencent à faire un état des lieux. Les dégâts sont considérables.

5 h à la préfecture.

Des fonctionnaires de l’État viennent spontanément prêter main-forte à leurs collègues. Il faut notamment faire face à l’afflux d’appels de personnes qui cherchent à avoir des nouvelles de leurs proches. Une dizaine de fonctionnaires sont installés dans la salle Tiraqueau pour répondre aux familles.

8 h au PC de la préfecture.

L’information du décès d’une personne arrive. Le préfet quitte La Roche-sur-Yon pour rejoindre les lieux de la catastrophe.

8 h 10 Longeville

Mickaël Raclet, sauveteur nautique bénévole rattaché à la caserne de Longeville, est appelé au téléphone. « Je ne m’y attendais pas, je n’étais pas de garde le samedi soir. On m’a demandé de me rendre à l’Aiguillon. J’étais loin d’imaginer l’ampleur des dégâts. » Les pompiers arrivent de toute la Vendée. Mickaël, lui, a passé sa journée dans l’eau entre 9 h 30 et 18 h 30. « J’ai récupéré des corps. On avait l’angoisse d’en trouver, derrière chaque fenêtre, derrière chaque porte. L’eau était froide, et le fait de ne pas savoir à quoi s’attendre a été très éprouvant. J’espère que ce sera la seule intervention de ce type pour l’ensemble de ma carrière. Il me faudra pas mal de temps pour m’en remettre. »

8 h 45 La Faute.

Tony, un voisin, vient chercher James et son épouse avec une yole. « Je n’ai jamais rien vu d’aussi bizarre. On passait au-dessus des voitures. » D’autres naufragés sont embarqués sur la yole, dont une personne handicapée.

10 h 42 place de l’Aiguillon, au PC crise.

Le préfet est sur place depuis 9 h. On vient lui annoncer officiellement le décès de cinq personnes. « C’est épouvantable, raconte le préfet. Là, on sent que ça devient de plus en plus tragique. »

16 h La Faute

Louis Baquéro fait une pause. Le pompier prend conscience de l’ampleur de la catastrophe. « Avant, j’étais dans l’action. J’ai agi par réflexes sans prendre le temps de réfléchir ». Au PC crise, les autorités évoquent le chiffre de 29 morts.

Benoît GUÉRIN,

Recueillis par Philippe ÉCALLE,

Loïc TISSOT et Cyrille CALMETS.

Ouest-France

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Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

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