Archive pour le 29 mai 2010

L’association des victimes des inondations fautaises (Avif) a organisé une marche silencieuse ce samedi, à la mémoire des disparus. Une banderole portant les prénoms et âges des défunts, qui avait été installée bien en vue sur le rond-point Fleuri, avant d’être ôtée par les services communaux, a été remise en place sur le même rond-point, et des fleurs déposées au pied. « Nous ne voulons pas qu’on oublie ces 29 personnes disparues suite à des erreurs humaines », déclare Yannick Lange, président de l’Avif. Du côté de la mairie, c’est un autre son de cloche. « Les 29 victimes, des proches, des amis, nous ne les oublions pas, et nous ne les oublierons jamais. Mais la commune et ses habitants ont le droit de continuer à vivre, sans être en permanence dans une ambiance morbide, que cette banderole contribue à entretenir. »

Les familles des victimes de la tempête et des habitants de La Faute-sur-Mer portent plainte.

Par TONINO SERAFINI

Après le choc de la perte d’un proche, l’inévitable période de deuil et le délai nécessaire au montage juridique des dossiers, le temps des recours en justice est venu. Hier matin, Me Corinne Lepage a déposé auprès du procureur de la République des Sables-d’Olonne 41 plaintes émanant de familles de victimes de la tempête Xynthia, qui a fait 29 morts dans la nuit du 27 au 28 février à La Faute-sur-Mer. A ces plaintes individuelles s’ajoute celle de l’Association des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer (Avif).

Ces plaintes contre X visent les délits d’«homicide involontaire», de «mise en danger de la vie d’autrui» et d’«abstention de combattre un sinistre», sorte d’équivalent du délit de «non-assistance à personne en danger» pour les catastrophes majeures. Et aussi de «prise illégale d’intérêts» pour «faire la lumière sur les liens entre élus et opérateurs immobiliers», précise Me Benoît Denis, collaborateur de Corinne Lepage. Ces recours vont être joints à l’enquête préliminaire ouverte quelques jours après la catastrophe.

«Miraculés».«J’ai besoin de comprendre ce qu’il s’est passé.» «Comment en une nuit tant d’hommes, de femmes et d’enfants ont pu mourir à La Faute-sur-Mer ?» disent pêle-mêle les membres de familles de victimes ou les rescapés (lire ci-contre). Outre les proches des personnes décédées, on compte parmi les plaignants des habitants qui ont échappé de justesse à la mort : souvent en se hissant sur les toits de leurs maisons, parfois en restant accrochés pendant des heures aux barres d’une véranda, le corps plongé dans l’eau glaciale, en attendant l’arrivée des secours. Nombre d’entre eux se considèrent comme des «survivants», des «miraculés», et peinent aujourd’hui à retrouver une «vie normale».

Promoteurs. Des propriétaires de résidences secondaires, qui auraient pu se trouver sur les lieux lors de la tempête, ont aussi porté plainte. Parmi eux, Ludic Taillefait. Ce week-end-là, il avait prévu d’aller à La Faute-sur-Mer avec sa femme et ses deux enfants. Mais un impératif professionnel les a contraints à rester chez eux, à Saint-Hilaire-du-Bois (à l’intérieur des terres, en Vendée) : «Rétrospectivement, je me dis que nous avons eu beaucoup de chance. Notre résidence secondaire se trouve en plein dans la zone de La Faute-sur-Mer où l’on a recensé le plus de victimes.»

Dans les plaintes déposées hier, personne n’est mis en cause explicitement. Mais on devine la volonté des victimes de faire émerger d’éventuelles responsabilités d’élus locaux, de promoteurs immobiliers ou de représentants de l’Etat. «C’est un drame d’une ampleur nouvelle qui mérite que toute la lumière soit faite afin d’en tirer les conséquences pour cette affaire et pour d’autres qui pourraient survenir», souligne Corinne Lepage. Les questions posées touchent notamment à «l’urbanisation d’une zone de marais où des constructions n’auraient jamais dû être autorisées», et à la «façon dont a été gérée la prévention une fois les bulletins d’alerte météo publiés», souligne l’avocate. Le travail de la justice sera probablement long. «Les victimes posent des questions simples et sont légitimement en attente de réponse, pointe Me Benoît Denis. Mais dans ce type de dossier, les réponses sont souvent longues et complexes à obtenir.»

Photo Rodolphe Escher

Interview

Liliane Turcan et Jacqueline Millet. pointent l’attitude de la mairie après la perte de leur mère et de leur sœur :

Par TONINO SERAFINI

«Aujourd’hui, nous avons besoin de réponses. Nous ne comprenons pas pourquoi, en une nuit, 29 personnes sont mortes à La Faute-sur-Mer. On souhaite savoir quelles sont les responsabilités. Pourquoi n’a-t-on pas averti les gens de l’ampleur de la tempête ? Pourquoi n’ont-ils pas été évacués préventivement ? On a du mal à accepter tout ça. Nous avons perdu notre sœur Maryvonne âgée de 61 ans et notre mère de 82 ans qui habitaient ensemble dans la zone la plus meurtrie. Il y a une quinzaine de jours, l’Avif [l’association des victimes, ndlr] a organisé une marche silencieuse. Nous avons inscrit les prénoms et l’âge des personnes décédées sur une banderole que nous avons plantée sur un rond-point fleuri. Mais au bout de quelques jours, la mairie a demandé son enlèvement. Nous trouvons cela très choquant. De même, nous n’avons jamais reçu un mot de la mairie nous présentant des condoléances. Des gens sont morts, tant pis. C’est incroyable que l’on porte si peu de considération à des gens qui habitaient la commune depuis tant d’années. Notre mère et Maryvonne y étaient installées depuis cinquante ans.

«En ce qui nous concerne, nous habitons en Touraine. La veille du drame, nous avons entendu à la radio qu’il y avait un avis de tempête en Vendée. Mais nous ne nous sommes pas inquiétées. Des tempêtes, il y en a eu d’autres à la Faute-sur-Mer. On a pensé au vent violent, mais pas aux vagues dévastatrices. Le lendemain matin, nous avons essayé de joindre maman et Maryvonne. En vain. Dans un premier temps, on a pensé que la tempête avait abîmé les lignes téléphoniques.

«A 13 heures, la télévision montrait les images terribles des inondations. Nous avons appelé la gendarmerie et la préfecture, sans parvenir à obtenir d’informations. En prenant des contacts avec notre famille sur place, nous avons su que notre mère et notre sœur étaient portées disparues. A 14 heures, l’une de nous [Liliane, ndlr] a pris la route et est arrivée sur place à 17 heures. Là-bas, pas de nouvelles. Et vers 17 h 30, nous avons su que notre sœur et notre mère avaient été retrouvées noyées. Le lendemain, nous sommes allées identifier les corps. Elles portaient les lettres B et C. Elles avaient été retrouvées parmi les premières. Nous savons qu’on ne pouvait pas arrêter l’eau. Mais il aurait fallu prévenir et évacuer les gens.»

Recu à l’AVIF ce jour

(AFP)

LA ROCHELLE — Deux députés de Charente-Maritime membres de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la tempête Xynthia ont demandé vendredi une audience au Premier ministre pour évoquer les conditions dans lesquelles a été réalisé le zonage après les intempéries du 28 février.

« Nous avons décidé, Maxime Bono (député-maire PS de La Rochelle qui préside cette mission) et moi, de demander dès ce soir (vendredi) une audience au Premier ministre compte tenu de la gravité de la situation », a annoncé le député (UMP) Jean-Louis Léonard, également maire de Châtelaillon-Plage (Charente-Maritime), à l’issue de la visite de terrain menée jeudi et vendredi.

« La situation est grave, toutes ces auditions nous ont permis de découvrir le niveau de gravité et les conséquences extrêmement perverses de cette méthode. Nous avons décidé qu’il était de notre responsabilité (…) d’en avertir tout de suite le Premier ministre parce que les effets risquent d’être irréversibles avant même que notre rapport ne soit sorti », a dit le rapporteur de la mission.

« La méthode pour définir les zonages est extrêmement anxiogène », a-t-il encore affirmé, dénonçant « un profond mépris des services de l’Etat vis-à-vis des habitants ».

« Le témoignage des élus est assez accablant. Quand on a 25 maires qui vous tiennent exactement le même discours, ils ne peuvent pas avoir tort en même temps (…) Nous avons constaté une perte totale de confiance des maires envers les services de l’Etat. Un fossé s’est creusé, un abîme », a déclaré M. Léonard.

Maxime Bono a pour sa part dit que les visites de terrain ont confirmé, à ses yeux, que « la méthode employée pour la définition des zonages est une méthode absurde ». « Si chacun s’accorde à dire que les services de l’Etat ont été d’une parfaite efficacité avant et pendant la catastrophe, il y a une très forte improvisation sur l’après-crise », a ajouté le maire de La Rochelle.

« On nous a menti » sur la localisations des zones où les maisons devront être détruites, a dit M. Léonard. « Certains habitants sont stupéfaits d’avoir eu 1,20 m d’eau chez eux et qu’on ne s’intéresse pas à eux. Il y a là une profonde iniquité et nous avons posé la question au préfet: pourquoi ces zones n’ont pas été considérées comme zones à danger? Il nous été répondu très clairement que la méthode a été strictement la même partout, ce qui est à l’évidence un mensonge », a affirmé le maire de Châtelaillon-Plage.

La mission d’information de l’Assemblée nationale a été constituée début avril pour déterminer les raisons des dégâts causés par Xynthia, qui a fait 53 morts principalement en Vendée et Charente-Maritime. Une mission d’information sénatoriale sur Xynthia s’est également rendue sur le terrain en avril.

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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