Archive pour le 29 novembre 2011

Après 21 mois en Vendée, Jean-Jacques Brot rejoint le Finistère. Au cours de cette période, il aura dû faire face à l’exceptionnelle tempête de février 2010.
Entretien 

Si vous deviez garder une image de la Vendée, ce serait laquelle ?

Une image liée à Xynthia. Ça ne peut pas être autrement. C’est un drame qui marque une existence. Il a été psychologiquement éprouvant et professionnellement prenant. Depuis le 28 février 2010, il ne se passe pas une journée sans que nous ne consacrions du temps à cette tempête et à ses développements. Et c’est très loin d’être terminé.

Avec le recul, est-ce que vous referiez la même chose ?

Pendant la période de préalerte, oui. Je ne vois pas ce que je pouvais faire de plus compte tenu des éléments que j’avais en ma possession à ce moment-là. Si on devait envisager des changements, c’est en terme de pédagogie dans la communication, concernant l’après-secours. On a agi dans un temps extrêmement précipité. Je pense que les grandes réunions publiques, comme nous l’avons fait pour annoncer les zones noires, ça n’a pas été une réussite.

Est-ce que vous avez été soutenu pendant cette période par le gouvernement ?

Oui. Ce soutien n’exclut pas un sentiment de solitude. Mais je le répète, le soutien, de la part du gouvernement, ne m’a jamais fait défaut. Il m’a aidé pour que je puisse tenir un langage de fermeté et de vérité aux habitants. Je peux comprendre qu’il subsiste chez certains des sentiments de frustration, d’incompréhension, voire même d’injustice. Mais je peux leur assurer que nous n’avons agi que pour créer les meilleures conditions de sécurité.

Est-ce que vous diriez que les populations sont aujourd’hui à l’abri ?

Non. Plusieurs Plans de prévention des risques d’inondation (PPRI) sont en cours mais il manque des plans de communaux de sauvegarde (PCS). On a fait des progrès considérables, mais c’est encore insuffisant.

Est-ce que la « jurisprudence » Xynthia a fait son effet dans l’esprit des élus, ceux de la côte en particulier ?

Il y a une prise de conscience objective et déterminée des élus. Mais je suis parfois frappé par la capacité d’oubli de certains, voire de déni. Il faut des piqûres de rappel. Ça s’appréciera dans la durée.

L’enquête est toujours en cours. Il y aura un procès ?

Oui, je pense. La justice ira au bout du processus, avec des conclusions qui seront proportionnées au drame vécu. De nombreuses personnes seront appelées à la barre, car cette affaire touche à beaucoup d’intérêts. Je suis impliqué en qualité de témoin et je serai amené à prendre la parole le moment venu. Je considère cette échéance avec beaucoup de sérénité.

Est-ce qu’on exerce son métier de préfet de la même manière après avoir vécu Xynthia ?

Non. Il y a eu 29 morts, plus de 750 personnes sauvées, des responsabilités multiples. Je n’avais jamais connu pareil événement, avec une telle intensité. La sécurité civile est devenue une obsession. A mon arrivée dans le Finistère, j’ai d’ailleurs l’intention d’organiser des exercices pour vérifier si tout est opérationnel sur le plan de l’alerte et des secours.

Vous pensez avoir restauré l’image de l’État ?

On a cultivé l’impartialité républicaine et l’application du droit, dans le respect des personnes. J’ai appliqué la politique gouvernementale avec une marge d’appréciation que je revendique. Le gouvernement apprécie qu’on dise la vérité. La loyauté ne veut pas dire déférence ou servilité. On peut faire de grandes choses dans la franchise et en étant soi-même.

Au cours de votre passage, la Vendée a connu un autre événement, politique celui-là, avec la « démission » de Philippe de Villiers de la présidence du conseil général. Vous avez été surpris ?

Oui. C’est la première fois dans ma carrière, et sans doute la dernière, qu’un président du conseil général me remet sa démission. Qui plus est un homme politique de la dimension de Philippe de Villiers. Ça n’est pas banal, venant de quelqu’un qui a été candidat deux fois à la présidentielle. Lui et Bruno Retailleau, avec leurs différences, ont essayé de faire naître une culture du risque après Xynthia.

Est-ce que la Vendée, avec ce changement à la tête du Département, a changé d’époque ?

C’est plus l’époque qui a changé. Cela dit, qui dit changement d’homme dit changement de style. Les deux hommes ne sont pas de la même génération, ils sont très différents, et ils ont une intelligence hors pair.

Quel conseil vous donneriez à votre successeur ?

(Silence). Je me demande si la règle qui s’impose n’est pas de s’abstenir de donner des conseils. Surtout quand on a vécu un événement aussi tragique que Xynthia.

Recueilli par Jean-Marcel BOUDARD et Philippe ECALLE.
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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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