Archive pour le 1 octobre 2013

Trois ans après Xynthia, qui a ici coûté la vie à 29 personnes, René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer (Vendée), est renvoyé devant le tribunal. L’élu nous ramène sur les lieux du drame.

René Marratier
Paru dans leJDDRéné Marratier, en 2010. (Maxppp)

Il n’y a pas longtemps, il a reçu un cercueil assorti d’un petit mot : « Quand est-ce qu’on te fout dedans, espèce d’ordure? » Son avocat l’a prévenu : « Avec le procès, cela risque de reprendre… » René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer (Vendée), comparaîtra en septembre 2014, avec quatre autres personnes, pour « homicides involontaires et mise en danger de la vie d’autrui » lors de la tempête Xynthia. Au vu de nombreux manquements présumés, le juge d’instruction le renvoie en correctionnelle pour « avoir involontairement causé la mort » de 29 personnes, le 28 février 2010.

« Je sers de bouc émissaire », s’insurge l’élu. Ce jeudi, il nous reçoit en mairie, en compagnie de son conseil, Me Seban. Puis nous emmène sur les lieux du drame, la « cuvette de la mort ». L’endroit où, vers 3 heures du matin, des vagues meurtrières ont déferlé par-dessus la digue, piégeant les habitants endormis. Depuis, les maisons ont été rachetées par l’État puis rasées. Seuls des monticules de gravats témoignent de leur existence passée. Ainsi qu’une rue, bordée de lampadaires, qui disparaît au milieu des herbes. À la place, ce sont des champs, des fleurs sauvages et quelques arbustes.

« Je ne vois pas quelle erreur manifeste j’ai pu faire »

Au volant de sa Mercedes, René Marratier commente : « Là, vous aviez la résidence Claire Joie. Six personnes y sont mortes. Mais ce lotissement a été fait bien avant que je sois maire. » Même argument dans d’autres secteurs traversés. Le juge lui reproche pourtant d’avoir délivré des permis de construire qui « violaient les règles de sécurité ». L’élu de 61 ans se défend : « Les services de l’État, qui instruisaient les permis, ont donné des avis favorables. Je les ai suivis. C’était à eux de dire si la hauteur minimale ne respectait pas la cote de référence. »

À l’angle d’une rue, il arrête sa voiture. Ici aussi, des maisons ont été « déconstruites ». Une plaque noire rappelle les noms des victimes, leurs âges : de 2 ans et demi à 88 ans. Des travaux doivent démarrer en novembre pour y mettre une stèle, en faire un lieu de commémoration. Plus loin, près d’une passerelle, 29 mâts seront érigés. « J’y pense tous les matins en me levant, assure ce moustachu peu expansif. On est humain avant tout! » De là à admettre sa responsabilité, il y a un pas : « Je ne vois pas quelle erreur manifeste j’ai pu faire. C’était une catastrophe naturelle. »

Un golf à la place d’une des zones sinistrées?

À l’emplacement du secteur endeuillé, le maire rêve d’implanter un golf. « Cela ne risque pas de choquer ? », interroge Didier Seban. « C’est sympathique, un golf, verdoyant, arboré, réplique l’élu. Et on ne peut pas laisser les choses en l’état. » Car cela fait beaucoup de terrains en friche, 550 maisons rasées dans une commune d’environ 900 habitants (35.000 l’été). René Marratier déplie Top Infos, le bulletin municipal, pour montrer les aménagements proposés : « Sur 30 à 40 hectares de zones “déconstruites”, nous voulons faire une zone maraîchère, un boulodrome, une ferme pédagogique, voire un centre de thalasso pour chevaux… »

Puis l’élu nous emmène sur la fameuse digue est, dont la vulnérabilité était pointée bien avant Xynthia. « La commune n’est pas propriétaire de cette digue », martèle-t?il. « Nous avons tout de même engagé des travaux pour la rehausser, mais le chantier venait à peine de démarrer en février 2010… » Aujourd’hui, l’ouvrage s’élève à 5,10 m. La justice reproche à M. Marratier de ne pas avoir « organisé de dispositif particulier de surveillance de la digue » la nuit de la tempête. En dépit de l’alerte rouge de Météo France, l’élu n’a contacté ni le propriétaire ni la préfecture. Il n’a pas informé la population, a pris l’apéritif chez un ami et dîné au restaurant avant de rentrer chez lui vers minuit. « J’ai ouvert les vitres de ma voiture, tout était tranquille, plaide-t-il. A posteriori, c’était le calme avant la tempête. »

Trois ans après, quelques jolies bâtisses se dressent encore près de la digue. Des curieux observent, appareil photo en bandoulière. « C’est la troisième fois que nous venons, explique ce retraité lyonnais. Mais on se demande toujours pourquoi certaines habitations ont été épargnées. » En réalité, les zones « noires » ont été revues à la baisse. Certains propriétaires ont donc eu le choix : rester ou vendre.

L’élu refuse de vendre à l’Etat sa maison soumise à expropriation

Le plan de prévention du risque inondation (PPRI), lui, a fait des mécontents. « Les gens ont du mal à comprendre pourquoi, à quelques mètres de distance, avec la même hauteur d’eau, des habitants se retrouvent en zone rouge [inconstructibles], d’autres en zone bleue », critique René Marratier. Le plan est désormais affiché en mairie. Mais la justice reproche à l’édile d’avoir fait obstruction à sa mise en place (il n’était pas adopté au moment de Xynthia), d’avoir privilégié l’urbanisation et de ne pas avoir informé la population des risques de submersion. « PPRI, plan communal de sauvegarde, plan de secours… Comment voulez-vous qu’une petite ville puisse suivre? soupire Me Seban. D’ailleurs, c’est l’État qui devait élaborer le PPRI. Pourquoi ne lui reproche-t-on rien, à lui? »

La visite passe aussi par la maison du maire, soumise à expropriation. L’État a proposé 420.000 euros. L’élu a refusé. Sur le mur de son garage, il nous montre la trace laissée par l’inondation : « J’ai eu 60 cm d’eau. Mais l’État m’a mis un trait jaune à 1,50 m… » Et le « petit maire », comme il le répète, de citer La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Va-t-il se représenter aux municipales? Il ne se « prononce pas pour l’instant ». Mais n’a pas l’air prêt à abandonner, après cinq mandats : « Il faut être combatif, apporter la preuve que vous avez géré votre commune avec volonté patriotique. » En 2008, il a été élu avec plus de 60 % des voix. Après Xynthia, les électeurs jugeront… René Marratier risque cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.

Marie Quenet, envoyée spéciale à La Faute-sur-Mer (Vendée) – Le Journal du Dimanche

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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