Archive pour le 16 septembre 2014

Après les exposés des experts, pour clore cette seconde journée d’audience, le président Almy diffuse des images muettes des inondation de 2010, puis il demande à René Marratier de venir à la barre

René Marratier maire de la Faute-sur-Mer au moment des faits, poursuivi pour "homicide involontaire" et "mise en danger de la vie d’autrui", le 28 février 2010 la tempête Xynthia avait fait 29 morts par submersion d'une partie du territoire de la commune © Franck Dubray / Maxppp
© Franck Dubray / Maxppp René Marratier maire de la Faute-sur-Mer au moment des faits, poursuivi pour « homicide involontaire » et « mise en danger de la vie d’autrui », le 28 février 2010 la tempête Xynthia avait fait 29 morts par submersion d’une partie du territoire de la commune.
Ces images tournées depuis l’hélicoptère de la gendarmerie témoignent de l’ampleur du désastre. La mer a mangé la terre. L’eau atteint le haut des fenêtres des habitations. Toutes pareilles, un seul niveau en rez de chaussée. Par centaines. Muettes, ces images aériennes expriment encore plus fortement l’ampleur du drame qui c’est joué là. En bas, au ras de la mer. Dans la salle des témoins pleurent.

Le président appelle à ce moment René Marratier maire de la Faute-sur-Mer au moment des faits.
« Que vous inspirent les exposés des experts et ces images Monsieur Marratier ? »
René Marratier : « ces exposés sont riches d’enseignements, si nous avions bénéficié de ces soutiens pour nos compétences intellectuelles limitées, pour des élus comme nous… si la communication qui nous a été faite aujourd’hui l’avait été avant, nous aurions agit différemment. Je n’avais pas les compétences, je n’avais pas les armes… »

Le président le coupe : « Pour autant vous avez remis en cause tous les témoignages. Vous avez dit aux gendarmes, je n’avais pas connaissance de faits précédents identiques… Tout le monde dans la commune, les scientifiques de l’université de Nantes, tout le monde connaît les tempêtes du 20ème siècle. Sauf vous ! Vous dites si j’avais su ! Pourtant votre territoire est soumis en permanence au risque de submersion… »
René Marratier la voix faible : « Je ne pouvais pas imaginer une telle catastrophe, je suis fautais depuis 38 ans, j’ai toujours fait en fonction des moyens de la commune ». Il ajoute :  » la nuit je ne dors plus.. » Le président le coupe, il ne s’agit pas de vous Mr Marratier mais de ce que vous avez fait ou décidé de faire en tant que maire » !

Le président :

« Vous assénez partout la certitude qu’il n’y avait pas eu de danger, alors que vous avez décidé de libérer l’urbanisation. Qu’est-ce qui fait que vous avez occulté ce risque majeur auquel est exposée la population ? »

René Marratier : « Je ne sais pas on ne nous a jamais rien dit ». « Comment ça ! » s’agace le président ! Vous avez fait partie de commissions créées à la suite de la catastrophe de 1941 justement pour que pareil drame ne surviennent plus, et vous nous dites je ne savais pas ? » « Oh juste pendant trois ans pas plus », répond Mr Marratier !

Le président lève les yeux au ciel  et reprend : « C’est dramatique dans votre cas cet autisme par rapport aux événements historiques, comment avez vous pu passer à côté d’informations aussi objectivement indiscutables ? » « On a a appris avec nos humbles moyens ». « Vous avez refusé d’écouter les habitants, il ne vous est jamais venu à l’esprit qu’en construisant sous le niveau de la mer, un jour elle allait reprendre ses droits ? »

« N’avez vous pas mis la charrue avant les bœufs en entreprenant de construire des pavillons avant de renforcer les digues ? » Mr Marratier : « on aurait peut-être dû ». « Et pourquoi avoir refusé de mettre en place sur votre commune un Plan de Prévention des Risques d’Inondation? Pas de réponse. Silence.

On entend un sanglot dans la salle. Glaçant !

Le maire de l'époque René Marratier.

Au deuxième jour du procès dit «de la tempête Xynthia», le tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne a regardé un film retraçant le phénomène d’inondation survenu dans la nuit du 27 au 28 février 2010.

Envoyé spécial aux Sables d’Olonne

La Faute sur Mer est une presqu’île champignon, un très jeune rejeton du Vieux-Continent: au tout début du XVIIIe siècle, année où un grand cartographe, Claude Masse, a jeté sur le papier les contours de la Vendée, la bande de terrre qui sert de paravent à l’estuaire du Lay, face à l’Atlantique, ne s’est pas encore formée, explique au tribunal des Sables d’Olonne Thierry Sauzeau, un historien cité comme témoin par Me Corinne Lepage, partie civile, au deuxième jour du procès de la tempête Xynthia.

L’universitaire, passionnant, se fait presque psychanalyste quand il explore le curieux processus mental de refoulement des catastrophes qui semble avoir affecté les habitants de cette partie du littoral. La Faute, submergée dans la nuit du 27 au 28 février 2010 et transformée en tombeau pour 29 victimes, a subi, de tout temps, la colère des éléments. Or, depuis une quarantaine d’années, la commune avait connu un véritable boom immobilier, voyant prospérer, bien imprudemment, campings et lotissements.

Une région régulièrement frappée par les catastrophes maritimes

La Faute, année zéro: nous sommes en 1794 et l’on sait que les lieux sont peuplés par une famille au moins. On le sait pour une bien triste raison: tous les hommes ont été massacrés lors des guerres de Vendée. En 1811, le cadastre napoléonien fait état des quelques maisons, édifiées au sommet des dunes. Les «relais de mer», ces étendues régulièrement noyées par les grandes marées ou les tempêtes, ne servent qu’à faire paître des bêtes ou reposer des bateaux entre deux courses. Ainsi va la vie au fil des ans. Au XXe, entre les deux guerres, avec la vogue des bains de mer, on bâtit, toujours sur les points hauts, quelques belles demeures que l’occupant allemand s’empressera de réquisitionner. «A l’époque, poursuit M. Sauzeau, on connaît l’océan, on sait ce que sont ses colères et nul n’ignore que la zone la plus sensible est celle dite de la Belle Henriette, sur l’ancien estuaire du Lay».

On ne sait d’autant mieux que la chronique locale est richement garnie en la matière: 1711, 1788, 1890… La région est régulièrement frappée de catastrophes maritimes. «En mars 1937, rappelle le témoin, un épisode n’est pas sans annoncer ce qui se passera avec Xynthia. En novembre 1940, un historien, futur professeur au Collège de France, décrit une nuit de cauchemar. En février 1941, La Faute est encore une fois submergée». Mais à l’époque, on s’en soucie guère: seules des vaches sont menacées, les autochtones restent placides sur les buttes, ils attendent que la marée baisse et qu’avec elle, repartent les eaux. A noter que des digues existent déjà; des tentatives pour les rehausser ont d’ailleurs échoué car elles sont arrimées à un sol meuble qui s’enfonce si leur poids devient trop important. En 1956, un rapport des Ponts et Chaussées indique ques ces ouvrages sont submersibles, et peu susceptibles d’amélioration. En 1957, une submersion de plus est enregistrée. Nous sommes à la veille du développement balnéaire à outrance, inspiré par le «désir de rivages» qui s’empare d’une population française désormais rompue aux congés payés et enrichie par les 30 glorieuses.

Alors on construit sur les prés à vache, sur les «relais de mer», sur le moindre pouce de ce polder vendéen. Les permis deviennent de simples formalités. Au mépris des règles élémentaires de prudence, on autorise les maisons de plain-pied quand un étage pourrait sauver des vies s’il était obligatoire. On croit aux vertus des digues comme jadis, ailleurs, on misait sur la ligne Maginot. En février 2010, après une quarantaine d’année de trompeuse somnolence, la mer ne se donnnera même pas la peine de briser les digues: elle passera par-dessus pour noyer les lotissements.

«Une génération n’a pas assuré la transmission dans la période 1957-2010, analyse Thierry Sauzeau. Les nouveaux arrivants n’ont pas eu accès à une connaissance validée de l’aléas qui aurait dû justifier plus de vigilance». Pourquoi cette mémoire de l’eau mortifère s’est-elle éteinte? Comment a-t-on pu oublier, ici, dans l’étau du Lay et de l’Atlantique, que rien n’arrête des flots déchaînés? Le 28 février 2010, en pleine nuit, 1,2 million de mètres cubes se déverse dans la cuvette de La Faute, à raison de 360 m3 par seconde au plus fort de la tempête: tout le monde avait donc oublié 1937, 1940, 1941, 1957? Interrogé par le président, le maire de l’époque René Marratier, qui comparaît avec quatre coprévenus, affirme: «Je suis Fautais depuis 38 ans, jamais j’aurais imaginé une pareille catastrophe. Je n’ai vécu que la tempête de 1999, celles d’avant j’en ai entendu parler de façon minime».

Avant la précieuse déposition de Thierry Sauzeau, le tribunal avait visionné un court-métrage pédagogique, sorte d’infographie animée retraçant la nuit tragique. On y voit, en accéléré, le bleu manger la terre. A la fin, 29 petits drapeaux triangulaires indiquent l’emplacement des corps découverts par les sauveteurs. La mer est repartie: quand reviendra-t-elle?

"Je n'avais pas les compétences, je n'avais pas les armes", a dit ce mardi l'ancien maire de La Faute-sur-Mer.
« Je n’avais pas les compétences, je n’avais pas les armes », a dit ce mardi l’ancien maire de La Faute-sur-Mer.. PHOTO/Photo AFP

L’ancien maire de La Faute-sur-Mer en Vendée René Marratier a été sévèrement malmené à la barre ce mardi soir, lors du procès du drame de la tempête Xynthia, par le président du tribunal qui a fustigé son « autisme absolu par rapport aux antécédents historiques » d’inondations de sa commune.

« De mémoire de Fautais, jamais une inondation ne s’est produite à La Faute-sur-Mer »: cette déclaration, plusieurs fois réitérée par l’ancien maire aux lendemains de la catastrophe du 28 février 2010 qui avait fait 29 morts dans la commune, a fait bondir ce mardi le président du tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne, Pascal Almy, qui a poussé l’ancien édile dans ses retranchements après une journée où ont été évoqués tous les précédents historiques d’inondations de la commune.

Le président a fustigé l’« autisme absolu par rapport aux antécédents historiques »de l’élu, qui bafouillait à la barre alors qu’un historien venait de rappeler que la commune avait été soumise a des inondations à plusieurs reprises au début du XXe siècle, les dernières fois en 1940, 1941 ou encore 1957.

« L’information historique, elle est massive », a lancé le président à l’ancien élu, dont le journal municipal avait publié, justement en juin 2009, un article sur ces précédentes inondations.

Mais René Marratier a maintenu qu’il n’avait pas eu connaissance de ces précédents.
« C’est tragique d’enseignement », a même déclaré le maire à la barre, après les éclairages apportés ce mardi par les spécialistes convoqués pour expliquer les causes du phénomène Xynthia.

Le maire a aussi tenté d’invoquer ses « faibles compétences intellectuelles, mentales », qui ne lui ont pas permis de comprendre avant la catastrophe les risques auxquels étaient exposés ses administrés. « C’est dommage qu’il ait fallu cette catastrophe » pour qu’on lui explique, a-t-il même affirmé.

« Je n’avais pas les compétences, je n’avais pas les armes », a-t-il encore lancé.
Et le président de lui lancer qu’avant la catastrophe, au-delà des études scientifiques, « dans l’histoire, il y a justement des signes des risques qui pèsent sur votre commune ».

« Votre territoire est soumis en permanence au risques d’inondation, régulièrement vous avez des tempêtes qui viennent ravager le littoral de La Faute-sur-Mer », a ajouté M. Almy.

« J’en ai entendu parler mais de façon minime », a finalement reconnu l’ancien maire, arguant qu’il n’était que depuis 38 ans sur la commune, tout en répétant:« Je n’ai pas la mémoire ancienne d’inondations sur la commune. »

René Marratier a sa marionnette aux guignols de l’info (voir à partir de la 2eme minute)

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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