Archive pour le 22 septembre 2014

Un survivant de la tempête Xynthia, qui estime avoir été désinformé du début à la fin, a raconté le calvaire de sa famille à la barre. Poignant.

Un quartier de la Faute-sur-Mer sous les eaux après le passage de la tempête Xynthia.
Un quartier de la Faute-sur-Mer sous les eaux après le passage de la tempête Xynthia. © BERTRAND GUAY / AFP

Un survivant de la tempête Xynthia s’est souvenu lundi, au procès du drame de La Faute-sur-Mer (Vendée), que des « poissons » nageaient parfois au bout de son terrain, avant que n’y soient construits les lotissements dans la cuvette où 29 personnes ont trouvé la mort lors de la tempête de février 2010. « J’ai vu 40 à 50 cm d’eau dans le lotissement, c’était plus que des mares… Il y avait des mulets, des poissons qui nageaient au pied de mon terrain », a témoigné Thierry Berlemont, installé en 1997 avec sa femme Chantal et leurs deux filles dans l’Océanide 2, l’un des premiers lotissements de la « cuvette mortifère ».

Habitant à une centaine de mètres de la digue, loin du « petit ruisseau » qui passait là, se rappelle Chantal, ils verront se construire les lotissements tout autour. « Même la nuit on pompait la flotte, les pompes fonctionnaient à plein régime » pour assécher les terrains, puis sont venus « les remblaiements. Il y avait des chantiers partout, ça construisait, ça construisait… », raconte son mari. On leur refusera en 2004 un agrandissement d’un étage, pour raison « d’esthétisme ». Ils ajouteront donc une chambre au rez-de-chaussée, avec des « matériaux très costauds ». « On a construit notre propre piège qui a failli nous coûter la vie », regrette-t-il. « On ne m’a jamais dit qu’il y avait des risques d’inondation. Du début à la fin, on a été désinformés », accuse-t-il à la barre. « Notre pavillon était surélevé de 28 cm par rapport aux autres, je ne sais pas pourquoi », ajoute-t-il, trouvant comme seule explication qu’il était à l’époque le seul habitant en résidence principale.

« Et s’il n’y avait pas eu les 28 cm ? » demande le président Pascal Almy. « On serait morts », répond Thierry Berlemont dans un souffle. Les bras écartés, les mains agrippées à la barre, il raconte comment, avec sa femme et ses deux filles, ils ont survécu.

Hurlements dans l’eau glacée

Réveillé dans la nuit par les cris de ses filles, inconscient des risques de submersion marine, le couple a d’abord cru à une fuite d’eau. « J’ai entendu un bruit comme un aquarium à côté, du côté du garage. J’ai ouvert la porte et ça a été l’hécatombe, l’eau s’est engouffrée », se souvient le mari. « L’eau rentrait comme un torrent, c’était d’une violence inimaginable », décrit son épouse. Le couple se retrouve épuisé, dans l’eau glacée. « J’ai entendu mes filles hurler de l’autre côté de la porte », lâche Thierry Berlemont. « C’était insupportable », se remémore sa femme, tremblante d’émotion. Les époux essayent en vain d’ouvrir la porte de la chambre où sont prisonnières les deux adolescentes. C’est dans un dernier « moment de révolte » que le père réussira enfin à faire céder la porte et à les libérer.

Il entraîne ensuite sa famille sur le toit, enlève des tuiles et ils se glissent à l’abri du vent dans le faux grenier, alors que l’eau atteint la deuxième rangée de tuiles sur la toiture. « On a su à ce moment-là qu’on était des survivants », dit-il. « J’ai vu des silhouettes partout sur les toits. On a entendu, tous, des hurlements dans tous les sens », mais « le plus dur pour nous, c’est quand les cris ont été remplacés par le silence », raconte celui qui verra certains voisins se battre, d’autres sombrer. « Depuis Xynthia, il n’y a pas une journée où je ne me sens pas coupable d’avoir mis mes enfants dans cette cuvette », lâche-t-il, avant de décrire les difficiles lendemains de la catastrophe pour sa famille, entre dépressions et dénuement.

Cinq prévenus, dont l’ancien maire de la commune René Marratier comparaissent, principalement pour homicides involontaires, dans ce procès qui réunit plus de 120 parties civiles. Deux entreprises de construction comparaissent aussi en tant que personnes morales. Le procès doit durer jusqu’au 17 octobre, avant le jugement prévu le 12 décembre.

Ce père est parvenu à sauver sa famille. Malgré tout, il ne peut se défaire du sentiment de responsabilité. Pour avoir acheté sa maison à La Faute.

Ce lundi matin, face au tribunal, Thierry Berlemont raconte la nuit effroyable passée à lutter. Pour sauver sa vie, celles de sa femme et de ses deux filles. Il a tout mis en œuvre et y est parvenu. Serrés les uns contre les autres, autour de la cheminée, sur le toit de la maison, puis réfugié dans un faux grenier, « nous savions que nous étions survivants ».

Au petit matin, « les cris avaient été remplacés par le silence. À ce moment-là, nous avons compris que des gens étaient morts. » Il évoque aussi cet instant de bonheur en voyant le voisin d’en face sain et sauf. « Il s’était endormi sur son matelas qui flottait. » Et aussi cet ami« qui s’est extirpé par une petite fenêtre qui n’était pas prévue dans les plans de la maison ».

Le statut de victime pour se reconstruire 

Quatre ans et demi plus tard, le traumatisme demeure. Malgré tout ce que Thierry Berlemont a entrepris, « chaque jour, il y a le sentiment de culpabilité. Parce que c’est moi qui ai pris la décision d’acheter la maison à La Faute. Je considère avoir mis mes enfants et ma femme en danger. Être responsable de leurs hurlements cette nuit-là. »Les reproches qu’il a souvent entendus « pour avoir construit à cet endroit, c’est terrible. Ça me remet en question. Ce sentiment est partagé par de nombreuses personnes. Il ne disparaîtra jamais. » Le procès va les aider « à mettre des mots sur cette culpabilité, nous donner le statut de victime. C’est la première chose pour la réparation. Si on n’a pas ça, on ne pourra pas avancer. »

Charlotte Berlemont, sa sœur et ses parents ont échappé à la mort en grimpant sur le toit de leur maison. Aujourd’hui âgée de 21 ans, la jeune fille témoigne.

« Réviser mon bac de français »

« J’ai laissé tous mes souvenirs d’enfance dans cette maison, à La Faute-sur-Mer. » En ce début de deuxième semaine de procès, Charlotte Berlemont témoigne, les sanglots dans la voix. La jeune fille âgée aujourd’hui de 21 ans, sa sœur et ses parents ont échappé à la mort en grimpant sur le toit de leur maison durant la tragique nuit du 28 février 2010.

Les souvenirs ressurgissent, les blessures s’ouvrent à nouveau. Ce week-end-là, le programme de Charlotte était bien établi. Étudiante en 1re littéraire, « j’avais prévu de réviser mon bac de français. J’avais un oral blanc le lundi. » La tempête a tout balayé.

« J’ai toujours eu peur du vent »

Le samedi soir, « je me suis couchée avec ma sœur. J’ai toujours eu peur du vent. Mon père m’avait laissé une lampe torche en cas de coupure d’électricité. À 3 h 30, j’ai entendu un énorme craquement. Il n’y avait plus de lumière. Je me suis levée. J’avais de l’eau jusqu’aux chevilles. J’ai réveillé ma sœur. »Silence dans la salle d’audience… Le récit de Charlotte est interrompu par ses larmes. La jeune fille surmonte son émotion et poursuit : « J’ai essayé d’ouvrir la porte de la chambre. Je n’y arrivais pas. J’ai demandé à ma sœur d’ouvrir la fenêtre mais l’eau arrivait déjà jusqu’au rebord. » Puis, son père, de l’autre côté, réussit à entrouvrir la porte alors que l’eau monte à une vitesse fulgurante. « Nos parents nous ont rejoints. Nous sommes montés sur le lit mezzanine. »

« Je n’arrivais plus à nager »

Avec son téléphone portable, elle tente d’appeler sa meilleure amie, les pompiers. En vain.« Lorsque le lit a été atteint par le niveau de l’eau, on a sauté. Ma mère qui ne sait pas nager, ne voulait pas. Ma sœur a crié  » Il faut qu’on y aille ! » » La famille essaie ensuite de sortir de la maison. « Je n’arrivais plus à nager. L’eau était très froide. Mon père m’a dit de lâcher le chien. On dégageait tous les objets qui nous gênaient. »

« On voyait des lumières »

La porte d’entrée défoncée, tous parviennent à monter sur le toit en prenant appui sur un muret d’1,80 m. « On s’est allongés pour ne pas tomber. Il y avait énormément de vent. Au loin, on voyait des lumières. Nous étions persuadés qu’il s’agissait des secours. Mais c’étaient des personnes elles aussi sur leur toit avec des lampes torches. » La famille se rassemble autour de la cheminée alors que l’eau continue à monter. « Mon père a enlevé des tuiles pour accéder à un faux grenier. Et on a attendu. On n’a jamais pleuré. »

« Ma meilleure amie en vie »

Au petit matin, « il faisait beau. Après, on a commencé à entendre les hélicoptères, à voir les bateaux. On a su que l’on allait être sauvés. Et là, on a craqué. »Arrivés au camping des Flots bleus, « on nous a donné des couvertures et de l’eau. Ma meilleure amie était en vie. Je l’ai prise dans mes bras. Des amis de mes parents nous ont hébergés. »

« J’ai perdu toute confiance en moi »

Quelles conséquences de cette nuit d’horreur sur sa vie ? « J’avais un oral de Français avant l’été. De 14 de moyenne, je suis passée à 5 et 6 au Bac. J’avais perdu toute confiance en moi. J’ai toujours caché à mes parents que je n’allais pas bien. Ils étaient en difficulté. Je ne voulais pas qu’ils se préoccupent de moi. Quand je sortais avec mes amis, j’avais des crises d’angoisse. »Depuis deux ans, la jeune fille suit des études d’infirmière à Rochefort. « J’ai besoin d’aider l’autre. » Le procès « remue plein de choses. J’ai du mal en ce moment. »

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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