Archive pour le 20 novembre 2015

le procès Xynthia. à 5min38

La tempête Joachim, qui balaie depuis jeudi soir la Bretagne avec des rafales jusqu'à 130 km/heure, a mobilisé les secours toute la nuit de jeudi à vendredi, sans faire de victimes mais en provoquant dégâts et perturbations, près de 400.000 foyers se retrouvant privés d'électricité.
La tempête Joachim, qui balaie depuis jeudi soir la Bretagne avec des rafales jusqu’à 130 km/heure, a mobilisé les secours toute la nuit de jeudi à vendredi, sans faire de victimes mais en provoquant dégâts et perturbations, près de 400.000 foyers se retrouvant privés d’électricité. – Damien Meyer afp.com

20 Minutes avec agence

Réinventer les tempêtes d’hier pour mieux anticiper les dégâts que provoqueront celles de demain, tel est l’objectif d’une étude bretonne qui a recensé, analysé et même rejoué le scénario de précédentes tempêtes dans l’optique d’en faire émerger des modèles de référence.

Car s’il est aujourd’hui possible d’anticiper de près d’une semaine l’arrivée des tempêtes, il était jusqu’à présent quasiment impossible d’en évaluer l’impact sur l’activité humaine, faute de modèles existants.

Une base de données de tempêtes

Météo-France a donc travaillé avec différents services spécialisés afin de réaliser une base de données de tempêtes ayant frappé la Bretagne, un secteur géographique « très complexe avec un risque de submersion très disparate selon les zones », dixit Franck Baraer, responsable du service études et climatologie de la direction interrégionale Ouest de Météo-France.

Le projet Vimers, lancé en 2011, s’est ainsi appuyé sur une base de 200 tempêtes ayant eu lieu entre 1958 et 2014 pour retenir un échantillon de 25 tempêtes ayant frappé entre 1987 et 2014.

Des tempêtes équivalentes avaient déjà frappé au 20e siècle

« En 1999, quand la tempête Lothar est arrivée sur les écrans des prévisionnistes, les modélisations ne ressemblaient à rien de ce que nous connaissions. Des gens avec 20 ou 30 ans d’expérience disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça », se souvient Franck Baraer. Or une tempête équivalente avait déjà frappé la France en 1935, mais était passée, depuis, aux oubliettes.

Même constat en 2010, avec Xynthia. La vigilance tempête, mise en place après 1999, avait certes été activée, mais le risque de submersion marine, mentionné par Météo-France dans son bulletin, n’avait pas attiré l’attention. Dans le seul village de La Faute-sur-mer (Vendée), 29 personnes avaient péri noyées, alors que dans cette même commune, des tempêtes équivalentes avaient déjà frappé au 20e siècle, là encore, sans que ces événements n’aient été enregistrés.

Des modélisations de vagues

Les équipes de Météo-France ont ainsi cherché à rejouer certaines tempêtes passées, et à en générer d’autres, plausibles. Des modélisations de vagues ont même été testées sur certaines parties du littoral breton. Et les résultats sont édifiants. La modélisation a en effet permis de mettre en évidence des surcotes possibles de 2 à 2,5 mètres sur certaines zones littorales de l’est de la Bretagne.

Par comparaison, la surcote à La Faute-sur-Mer lors du passage de Xynthia était de 1,80 m. « Notre rôle de météorologue, c’est de montrer que c’est possible. Il faut que les élus, les gens qui vivent en bord de mer, le sachent », termine Franck Baraer. Ces modélisations de tempêtes dévastatrices sont disponibles dans le rapport Vimers, sur le site de la Dreal Bretagne.

Le flot violent a tout ravagé dans les maisons la nuit du 26 février 2010. - Le flot violent a tout ravagé dans les maisons la nuit du 26 février 2010. - (Photo archives Patrick Lavaud)

Le flot violent a tout ravagé dans les maisons la nuit du 26 février 2010. – (Photo archives Patrick Lavaud)

C’était l’heure de la retraite, ils rêvaient d’un pavillon près de la mer. La nuit de la tempête Xynthia, l’eau les a submergés.

 Un rêve les pieds dans l’eau… la tête aussi !

La nuit de la tempête Xynthia, ce 26 février 2010 où pour la première fois de son histoire la Vendée est placée en vigilance rouge, l’eau est montée très vite. Et très haut.
Dans ces lotissements bâtis à La Faute-sur-Mer sur des terres basses, coincées entre l’estuaire du Lay et la mer, le niveau de l’eau est monté jusqu’à 2,80 m. Il a noyé tous ces jolis pavillons de plain-pied bâtis surtout pour des retraités. Des maisons devenues des pièges pour vingt-neuf personnes : seize femmes, dix hommes et trois enfants.

«  Je l’ai mis derrière la porte pour pas que la marée l’emporte  »

Pendant une heure, la présidente Martinez, rappelle les faits de cette nuit de tempête. Le vent et la marée d’équinoxe conjugués poussent une eau glacée et visqueuse au-dessus du remblai de terre servant de digue.
Il est 3 h du matin quand la digue Est est victime d’une surverse, un passage de l’eau au-dessus de sa crête, en cinq points. Elle durera jusqu’au pic de la marée à 4 h 17.
« Les premiers appels aux secours sont parvenus à 3 h 21 », rappelle la présidente. « A 4 h 13 des personnes appellent et disent que l’eau atteint le plafond. »
Après ce récit technique, la cour prend la réalité en pleine figure, les témoignages terribles des victimes piégées par l’eau. Élisabeth Tabary glace l’assistance. « Cette nuit-là, j’ai perdu mon mari et mon petit-fils de deux ans et demi. Ils (NDLR : ses parents) avaient mis dix ans pour l’avoir. Ils étaient arrivés la veille. Nous étions si contents de le voir, on ne l’avait pas revu depuis Noël.
On a joué avec lui toute la soirée. On n’a pas regardé la télé, on n’a pas vu les infos, on n’a pas su pour l’alerte. Quand il a fallu se coucher, on a décidé de garder le petit avec nous en bas. Nos enfants sont montés à l’étage accessible depuis l’extérieur.
L’eau est montée très vite. Mon mari était sous oxygène, il a rapidement été très mal. On s’est dit des choses très personnelles et je savais que c’était fini pour lui. J’ai crié, mais les enfants n’entendaient pas.
J’avais le petit dans les bras, il m’a dit j’ai froid, j’avais déjà de l’eau jusqu’au ventre. Il s’est affaissé sur moi. Il était violet. C’était fini. Je l’ai laissé derrière une porte pour pas que la marée l’emporte. Quand je me suis réveillée, j’étais aux urgences à La Roche-sur-Yon. »
La même question en boucle. La même réponse aussi quand la cour demande : « Vous saviez que vous étiez en zone inondable ? » « Non, on ne nous a rien dit. En mairie, il n’y avait aucune information. Le notaire ne m’a rien dit quand j’ai acheté le terrain », racontent plusieurs personnes.
Pourtant, certains connaissent le secteur de longue date, son histoire, cette langue marécageuse devenue une ville.« Je me souviens qu’avant il y avait des vaches, là, elles avaient souvent de l’eau jusqu’aux rotules », raconte Gérard Ferchaud, sauvé par le bateau qui était posé sur sa remorque dans son jardin.
« Avant, on allait chercher des têtards à cet endroit-là », se souvient Martine Beauget qui pleure ses beaux-parents.« Vingt ans plus tard, c’était devenu une ville. On a oublié le danger. »
La mer a repris ses droits dans ces lotissements bâtis dans une cuvette correspondant au lit majeur du Lay. Et personne n’a voulu vouloir le danger. « On a fait confiance, mais on ne nous a jamais parlé du risque d’inondation », reconnaît Pierre Métais ancien du bâtiment. « Maintenant, je sais qu’une digue c’est une fausse protection. »
A La Faute, l’État a dépensé 118M€ pour racheter et détruire les maisons les plus exposées. « Moi, j’ai plus de maison », remarque Martine. « J’ai une tombe. »

L’audience reprend lundi à 10 h avec l’audition de quatre parties civiles et l’interrogatoire de l’ancien maire René Marratier.

repères

Salves et passes d’armes

Pour la première fois, hier, défense et parties civiles ont commencé à se «  chercher  » tandis que l’ancien maire, René Marratier, essuyait les premières salves venues des témoignages des victimes appelées à la barre.
C’est l’audition du président de l’AVIF, Renaud Pinoit, qui déclenche les hostilités. Il évoque le jour d’après. Ce qui a fait défaut. Le symbolique, les fleurs, les petits mots pour les proches des victimes, l’absence de minute de silence lors du conseil ; et puis l’essentiel, l’évacuation que le maire n’a pas décidée ni organisée en urgence ; l’absence de salle mise à disposition pour les victimes.
« Savez-vous que c’est le préfet qui a décidé que l’accueil des victimes se ferait à L’Aiguillon ? Savez-vous que la doctrine de Sécurité civile prévoit qu’on n’évacue pas dans ces cas-là ? », rétorque Me Seban l’un des trois défenseurs de René Marratier.
« Vous avez été candidat à des élections politiques M. Pinoit » poursuit l’avocat en provoquant un « oh » outré sur les bancs des parties civiles. « C’est donc que vous pensez qu’il y a des choses à améliorer. »
« Oui, je pense qu’on ne peut pas éviter les inondations bien sûr, mais on aurait pu éviter les morts en informant mieux les gens ils auraient pu se préparer se réfugier dans des maisons à étage. »

Emmanuel Coupaye
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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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