Au lendemain des inondations qui ont fait au moins onze morts dans le Sud de la France, Wendy Bouchard, entourée de spécialistes, s’est penchée sur les lacunes du système français en termes de prévention des événements climatiques.

LE TOUR DE LA QUESTION

Après le temps de l’émotion, celui des questions : comment éviter que des drames semblables à celui qui a frappé l’Aude dans la nuit de dimanche à lundi, faisant au moins onze morts, n’endeuillent à nouveau la France ? « À Nîmes (où de nombreux secteurs sont inondables, ndlr), la municipalité a choisi, ponctuellement, d’acquérir à l’amiable et de détruire des maisons situées dans les espaces les plus exposés », avance Sylvain Rode, maître de conférence en aménagement et urbanisation du territoire, invité de l’émission de Wendy Bouchard, mardi sur Europe 1. « Mais pour les zones de moins forte vulnérabilité, on ne peut pas raser des villes entières et l’enjeu se déplace vers la culture du risque : comment anticiper la gestion de crise ? Comment informer la population des bons gestes ? »

« Il faut éduquer la population, lire les bulletins météo ». « À La Faute-sur-Mer, il s’est passé exactement la même chose », souligne Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et avocate des victimes de la tempête Xynthia, qui avait causé la mort de 29 personnes et des dégâts considérables dans cette commune de Vendée en 2010. « Ça se passe la nuit, alors comment on fait ? Il faut quelque chose de très local, ça peut-être la sirène de la ville, ou un camion de pompiers que l’on fait tourner dans les rues », avance-t-elle. « Le hiatus, aujourd’hui, il est dans le fait de prévenir les gens. »

Dans l’Aude, la vigilance rouge n’a été déclenchée qu’à 6 heures du matin, alors que les pluies torrentielles tombaient déjà depuis plusieurs heures. Un délai qui doit inviter Météo France à améliorer ses outils de précision, mais surtout la diffusion de ses informations, selon le prévisionniste Emmanuel Bocrie : surpris dans leur sommeil, les habitants n’avaient pas pris la mesure de l’alerte orange en vigueur dès le dimanche. « Il faut éduquer la population, lire les bulletins météo », estime le spécialiste. « On fait référence à des événements analogues pour que les gens aient conscience de ce qui va se passer… Nos amis des Dom-Tom, quand on parle d’une alerte cyclonique, de quelque niveau que ce soit, ils savent très bien ce qu’il faut faire. En métropole, il faut qu’on apprenne à avoir cette même culture. »

« Des quartiers qui puissent être inondés de temps en temps ». Outre la communication au moment de la crise, comment mieux anticiper ces phénomènes naturels ? « Il y a des outils juridiques qui existent », répond d’abord Corinne Lepage. « Les plans communaux de sauvegarde sont précisément faits pour expliquer aux gens ce qui va aller mal. Mais dans certaines communes touristiques, ce n’est pas très agréable de dire : ‘chez nous, il peut se passer ceci ou cela’. Il y a des élus qui n’ont pas très envie d’en parler, c’est ce qui s’était passé à La Faute-Sur-Mer », déplore-t-elle.

Sylvain Rode avance lui des pistes applicables en amont. « Toutes ces catastrophes incitent à réfléchir à un urbanisme résilient, qui soit adapté à la possibilité de l’inondation. On sort de la logique dite de protection structurelle, où on a l’illusion de vouloir contrôler les cours d’eau. » Comment ? « En créant des quartiers qui puissent être inondés de temps en temps, avec des dégâts minimes et un retour à la normale rapide. » L’expert cite l’exemple d’un quartier de la ville de Romorantin, dans le Loir-et-Cher, « conçu comme un affluent temporaire de la rivière » : « lorsque l’inondation surviendra, aucun habitant ne sera touché dans son logement. »

ENTENDU SUR EUROPE 1
Je trouve inadmissible que dans toutes les zones inondables, on n’exige pas encore qu’il y ait une ‘pièce de survie’

« On continue d’imperméabiliser les sols, on fait des parkings ». Des initiatives encore trop minoritaires selon Corinne Lepage. « On continue d’imperméabiliser les sols, on fait des parkings, on fait des aménagements qui ne sont pas adaptés. (…) Il faut de la pédagogie pour les individus, mais le reste incombe aux pouvoirs publics », alerte-t-elle. Et d’illustrer : « Je trouve inadmissible que dans toutes les zones inondables, on n’exige pas encore qu’il y ait une ‘pièce de survie’ : les gens qui ont 80 ou 85 ans, on ne va pas les mettre sur le toit. Il faut réfléchir aux manières de les financer. »

Une réflexion qui doit s’accélérer au vu de la fréquence des phénomènes naturels observés par météo France : « avec le changement climatique, on va avoir une augmentation des épisodes de très fortes précipitations », prévient Emmanuel Bocrie. « Entre 1961 et 2015, on a multiplié par 2,7 le nombre d’épisodes de forte pluies qui valent une vigilance rouge. »

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

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