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Le gouvernement va débloquer plus de 26 millions d’euros en faveur des agriculteurs et ostréiculteurs affectés par la tempête Xynthia, dont le bilan officiel est d’au moins 52 morts.

En visite en Vendée, le département le plus touché par la tempête qui a frappé la France le week-end dernier, le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a assuré mercredi que l’Etat ne laisserait « aucune exploitation sur le bord du chemin ».

Au total, 11.000 hectares de terres agricoles ont été recouverts d’eau de mer.

Lors d’une réunion avec des ostréiculteurs et des agriculteurs à L’Aiguillon-sur-Mer, l’une des deux communes les plus durement frappées, le ministre a annoncé cinq millions d’euros d’aides à la trésorerie en faveur des agriculteurs.

Le Fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA) sera par ailleurs activé. Créé en 1964, ce fonds permet d’indemniser les dommages non assurables.

S’agissant des ostréiculteurs, Bruno Le Maire a promis un plan de 20 millions d’euros pour les aider à reconstituer leur matériel détruit par la tempête. Ils bénéficieront en outre de 1,5 million d’euros pour faire face aux besoins immédiats de trésorerie (intérêts d’emprunt, cotisations sociales…).

« Je reviendrai sur place d’ici quelques semaines pour m’assurer que ces mesures soient bien mises en place et efficaces », a déclaré le ministre.

SOLIDARITÉ

Bruno Le Maire avait auparavant visité une exploitation agricole inondée à Sainte-Radégonde-des-Noyers, une autre commune de la baie de L’Aiguillon, où des cadavres de moutons noyés jonchaient le sol, recouverts de paille.

Jean-Paul Rault, 38 ans, a ainsi perdu dans la nuit de samedi à dimanche 600 moutons et 50 veaux. Il n’a désormais plus que trois brebis, qui s’ajoutent aux six autres bêtes qu’il fait actuellement exposer au Salon de l’agriculture à Paris.

L’agriculteur a toutefois pu sauver ses 150 bovins, en les abritant chez des voisins. « La solidarité du monde agricole, c’est ça qui m’a remis du baume au coeur », a-t-il confié devant Bruno Le Maire.

« Le problème, aujourd’hui, c’est la présence du sel dans le sol, qui ne permet plus de récolter pendant une dizaine d’années », a expliqué à Reuters Antoine Priouzeau, un agriculteur voisin également sinistré. « Pour libérer le sodium, il va falloir répandre du calcaire pendant des années. »

Bruno Le Maire a dit avoir demandé aux préfets de procéder dans les jours à venir à une évaluation financière des besoins, « département par département, exploitation par exploitation.

Le ministre devait ensuite se rendre en Charente-Maritime voisine, sur l’Île de Ré et à La Rochelle, pour une réunion avec des agriculteurs et des ostréiculteurs locaux.

« L’impact de la tempête a été extrême », souligne Jacques Sourbier, président de la section régionale conchylicole des Pays de la Loire. « La moitié des professionnels de notre région ont été touchés, soit environ 150 exploitations. Certains d’entre eux ont tout perdu: bâtiments, véhicules, bateaux… »

CULTURES MENACÉES

Le conseil régional des Pays de la Loire devait débloquer mercredi un « plan tempête » de 10 millions d’euros. La région devrait également participer à hauteur de plusieurs millions d’euros au cofinancement du programme national de reconstruction des équipements (digues, cordon dunaire…).

Les prairies étant très sensibles à la salinité, la principale source d’alimentation des élevages en Poitou-Charentes et dans les Pays de La Loire pourrait être affectée par les inondations.

Selon l’Institut national de recherche agronomique (Inra), les céréales dans ces régions qui contribuent à un peu plus de 7% de la production nationale de blé tendre pourraient être touchées, même s’il est trop tôt pour faire des estimations.

Les surfaces côtières noyées sont celles qui obtiennent souvent les meilleurs rendements céréaliers dans les deux départements de la Charente-Maritime et de la Vendée.

Le maïs qui doit être semé dans quelques semaines est moins résistant au sel de mer, précise l’Inra. La résistance au sel des plantes est variable. Le blé et l’orge font partie des céréales les plus tolérantes au sel, capables de supporter 7 à 9 grammes par litre. L’eau de la mer en contient 4 à 5 fois plus.

« Tout va dépendre du temps d’immersion, du niveau de salinité du sol une fois la mer retirée et du lessivage qui pourra intervenir avec les pluies dans ces régions qui sont particulièrement pluvieuses », a expliqué à Reuters Nader Katerji, directeur de recherche à l’Inra.

Avec Valérie Parent à Paris, édité par Sophie Louet

Trois jours après le passage de la tempête Xynthia qui a ravagé la côte Atlantique, le gouvernement a promis des aides aux agriculteurs et producteurs d’huîtres sinistrés ainsi que la présentation dans les deux mois d’un plan de consolidation des digues du littoral français.

Les premières estimations des dégâts sont d’au moins un milliard d’euros, alors que le bilan officiel des intempéries est passé à 53 morts avec la découverte d’un corps à La Faute-sur-Mer (Vendée), une des communes les plus touchées.

Le Premier ministre, François Fillon, se rendra jeudi en Vendée pour une messe en hommage aux victimes, en la cathédrale de Luçon.

Le commissaire européen à la Politique régionale, Johannes Hahn, est également attendu sur place jeudi, la France ayant annoncé en début de semaine son intention de solliciter une aide du Fonds de solidarité de l’Union européenne (FSUE).

Denis Kessler, le président du groupe de réassurance Scor, a estimé autour du milliard d’euros la facture des dégâts, dont la moitié serait à la charge des compagnies d’assurance.

L’agence de notation Fitch Ratings a estimé pour sa part que Xynthia était la catastrophe la plus grave à toucher la France depuis les tempêtes Lothar et Martin, fin 1999, qui avaient coûté 6,9 milliards d’euros aux assureurs.

En visite à L’Aiguillon-sur-Mer, l’une des deux communes les plus durement frappées, le ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, a annoncé que l’Etat allait débloquer cinq millions d’euros d’aides pour la trésorerie en faveur des agriculteurs locaux.

Le Fonds national de garantie des calamités agricoles, qui permet d’indemniser les dommages non assurables, sera par ailleurs activé.

Le ministre a promis 20 millions d’euros aux conchyliculteurs et pisciculteurs vendéens et charentais pour les aider à reconstituer leurs équipements détruits par la tempête. Ils bénéficieront en outre de 1,5 million d’euros pour leurs besoins immédiats de trésorerie.

« La moitié des professionnels de notre région ont été touchés, soit environ 150 exploitations. Certains d’entre eux ont tout perdu: bâtiments, véhicules, bateaux », a déclaré Jacques Sourbier, président de la section conchylicole des Pays de la Loire.

UN PLAN DIGUES DANS DEUX MOIS

Quelque 11.000 hectares de terres agricoles ont été submergés par la mer rien qu’en Vendée, au risque de les rendre impropres à toute culture pendant un certain temps.

Bruno Le Maire a demandé aux préfets de procéder rapidement à une évaluation financière des besoins, « département par département, exploitation par exploitation ».

A Paris, le plan national de renforcement des digues annoncé lundi par Nicolas Sarkozy a été évoqué en conseil des ministres, le gouvernement s’engageant à le présenter dans les deux mois.

La secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, Chantal Jouanno, a indiqué qu’il s’agissait d’abord d’estimer, « sur les 1.350 km de digues qui sont le long du littoral, celles qui sont plus ou moins en bon état et celles sur lesquelles il va falloir des travaux en priorité ».

Dans l’immédiat, une inspection des digues et des zones à risque sera menée et devrait déboucher sur un pré-rapport dans les dix jours, a-t-elle précisé.

Les dégâts les plus importants causés par Xynthia l’ont été là où des digues ont lâché sous la pression des vents violents combinés à une forte marée et une puissante dépression.

Chantal Jouanno a chiffré le coût du renforcement des digues à environ un million d’euros par kilomètre et précisé que le plan prévoirait un financement de l’Etat sur cinq ans.

Un autre de ses éléments concernera les dispositifs de prévention des risques dans les plus de 800 communes françaises « construites sous le niveau de la mer, en zone basse », dont la secrétaire d’Etat a jugé qu’ils n’étaient pas suffisamment appliqués.

« Il faut qu’on accélère leur mise en oeuvre, voire qu’on renforce les dispositions légales », a-t-elle dit.

Dans un communiqué, Christian Garnier, vice-président de l’organisation écologique France nature environnement (FNE), estime que ce plan, « si utile qu’il soit, ne masquera pas l’indispensable élaboration d’une stratégie d’adaptation du littoral au changement climatique ».

« Forte de l’expérience des Pays-Bas et de la Grande-Bretagne, il n’est pas normal que la France ne se soit pas déjà engagée dans une politique qui combine intelligemment repli stratégique et consolidation des défenses pour un coût acceptable », dit-il.

Service France, édité par Sophie Louet

S’il est encore difficile de chiffrer le coût des dégâts de la tempête Xynthia, l’Etat et les collectivités territoriales n’ont pas attendu pour promettre des aides qui se chiffrent en millions d’euros. 20minutes.fr établit un premier panorama de ces chiffres.

Pour les victimes
Ce sont essentiellement les assureurs qui devraient prendre en charge leur indemnisation. Ils devraient débourser plus d’un milliard d’euros selon une information du Figaro.

«L’estimation officieuse de l’ordre d’un milliard d’euros de dommages est du domaine du plausible», a déclaré ce mercredi Bernard Spitz, président de la Fédération française des sociétés d’assurance (Ffsa), renvoyant à la «fin de semaine» pour un coût global qui devrait concerner aussi bien les particuliers que les professionnels, les associations et les collectivités.

Du côté des aides exceptionnelles, Nicolas Sarkozy a déjà proposé un plan de 3 millions d’euros. Depuis, le Conseil général de Vendée a prévu 500.000 euros pour les familles les plus démunies de son département.

Pour les communes
Le Conseil général de Vendée est le seul à s’être déjà avancé avec un plan global de défense contre la mer de 7,5 millions d’euros, des subventions exceptionnelles de 100.000 euros pour les deux communes les plus touchées (l’Aiguillon-sur-Mer et la Faute-sur-mer) et des subventions «catastrophe naturelle» d’un million d’euros pour les communes concernées.

Pour les entreprises
Le ministère du Commerce a annoncé rapidement un plan d’aide aux PME de 10.000 euros par entreprise de moins de 1 million d’euros de chiffre d’affaires hors taxes (8.000 euros pour les dépenses d’investissement liées à la restauration des locaux et de l’outil de travail et 2.000 euros pour l’indemnisation des pertes d’exploitation).

Son homologue de l’Industrie a prévu des prêts de 100.000 à 500.000 euros pour les constructeurs de bateaux de plaisance de Charente-Maritime.

Le Conseil général de Vendée s’est lui prononcé pour 1,5 million d’euros en faveur de l’économie touristique et 1 million d’euros pour les infrastructures portuaires.

Pour les exploitants agricoles et maritimes
Le Conseil général de Vendée va débloquer 3 millions d’euros pour les ostréiculteurs, conchyliculteurs, pêcheurs et agriculteurs.

De son côté, le ministère de l’Agriculture a divisé son plan d’aide en deux. Les agriculteurs toucheront 5 millions d’euros d’aides immédiates et les ostréiculteurs pourront compter eux sur 1,5 millions d’euros d’aides immédiates et 20 millions d’euros pour la reconstitution de leur matériel.

Aides à venir
Le Conseil régional des Pays de la Loire doit voter ce mercredi soir un plan d’aide global de plus de 10 millions d’euros.

Encore en phase d’«inventaire», le Conseil général de Charente-Maritime n’a pas annoncé de plan d’aide, de même que le Conseil général des Deux-Sèvres qui discute conjointement ce mercredi de mesures avec la région Poitou-Charentes.

Enfin, le ministre du Budget, Eric Woerth, a annoncé dimanche des mesures fiscales en faveur des personnes et des entreprises des zones, dont le remboursement des taxes foncières et d’habitation.

Corentin Chauvel
Catastrophe mercredi 03 mars 2010
  • Vingt-neuf corps ont été retrouvés dans le secteur de la baie de  l'Aiguillon-sur-mer.

    Vingt-neuf corps ont été retrouvés dans le secteur de la baie de l’Aiguillon-sur-mer.

    Photo : Philippe Cherel
Les obsèques de deux habitantes de l’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), une mère de 80 ans et sa fille de 60 ans, se sont déroulées mercredi après-midi en l’église de la commune. Une centaine de personnes participait à la cérémonie discrète et silencieuse.

La majorité des victimes sont des retraités

Au total, 29 corps ont été retrouvés dans le secteur, dans l’anse de la baie de l’Aiguillon, qui a été frappée de plein fouet par la tempête et noyée sous les eaux, avec la conjonction de vents très violents et d’une marée de fort coefficient. Les victimes sont pour la plupart des retraités, parfois des couples de retraités.

Messe hommage jeudi à Luçon

Depuis mardi, 17 corps ont été transférés au presbytère de l’Aiguillon-sur-Mer où une chapelle ardente a été installée. Dans la commune voisine de La Faute-sur-Mer, où la submersion d’un lotissement situé en zone inondable a provoqué plusieurs noyades, le cimetière a été inondé et « il est difficile de savoir quand il sera possible de procéder à des inhumations », selon un bénévole.

Une messe solennelle à la mémoire des victimes est prévue jeudi après-midi en la cathédrale de Luçon, en présence du premier ministre François Fillon.

PARIS – Le plan national de renforcement des digues annoncé lundi par Nicolas Sarkozy après le passage de la tempête Xynthia sera dévoilé dans deux mois et fera l’objet d’un financement de l’Etat sur cinq ans, annonce Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie.

Zone inondée à La-Faute-sur-Mer, en Vendée. Le plan national de  renforcement des digues annoncé lundi par Nicolas Sarkozy après le  passage de la tempête Xynthia sera dévoilé dans deux mois et fera  l'objet d'un financement de l'Etat sur cinq ans, annonce Chantal  Jouanno, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie. (Reuters/Régis  Duvignau)Zone inondée à La-Faute-sur-Mer, en Vendée. Le plan national de renforcement des digues annoncé lundi par Nicolas Sarkozy après le passage de la tempête Xynthia sera dévoilé dans deux mois et fera l’objet d’un financement de l’Etat sur cinq ans, annonce Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie. (Reuters/Régis Duvignau)

S’exprimant à la sortie du conseil des ministres, elle a précisé qu’il s’agissait d’abord d' »estimer, sur les 1.350 km de digues qui sont le long du littoral, celles qui sont plus ou moins en bon état et celles sur lesquelles il va falloir des travaux en priorité« .

Dans l’immédiat, une inspection des digues et des zones à risque sera menée et devrait déboucher sur un pré-rapport dans les dix jours, a-t-elle précisé.

Le passage de Xynthia a fait 52 victimes en France, selon un bilan officiel, pour l’essentiel sur le littoral atlantique où des digues ont lâché sous la pression des vents violents combinés à une forte marée et une puissante dépression.

Chiffrant le coût du renforcement des digues à environ un million d’euros par kilomètre, la secrétaire d’Etat a souligné qu’une des difficultés de l’exercice serait l’identification des propriétaires, car « il y a aujourd’hui plusieurs propriétaires par digue« .

Un autre élément du plan concernera les dispositifs de prévention des risques dans les plus de 800 communes françaises « construites sous le niveau de la mer, en zone basse« .

« Ce sont des dispositions qui existent depuis 1995, qui ne sont pas suffisamment appliquées – il y en a 46 approuvées sur plus de 800 communes -, ce n’est pas normal« , a dit Chantal Jouanno, ajoutant : « Il faut qu’on accélère leur mise en oeuvre, voire qu’on renforce les dispositions légales« .

« Il y aura un rapport dans un délai maximum de deux mois, avec des travaux et un plan de financement sur cinq ans« , a-t-elle conclu.

La côte vendéenne a été particulièrement touchée par la tempête. L’eau apportée par la mer recouvre encore par endroits les maisons. Les secours s’organisent. Les habitants, toujours sous le coup de l’émotion, tentent de réagir.

Vendée, envoyé spécial.

La ville est groggy. Comme sonnée sous les coups de boutoir conjugués du vent et de la marée. Hier, lundi 1er mars, il est 10 heures, à L’Aiguillon-sur-Mer, en Vendée. Dans les rues de cette défunte cité balnéaire, partout le silence, et l’eau et la boue aussi. Les commerces ont gardé portes closes. L’entrée de ville, il y a peu encore faite de champs et de récoltes, a laissé place à une mer, une mer glaireuse à perte de vue. Et dans les rues praticables, des riverains errent, regards hagards, à la recherche, à la recherche de quoi, de pas grand-chose, de plus grand-chose. Ils errent et prennent en photo les empreintes du désastre, avec pour modeste paravent la pluie ininterrompue dissimulant les larmes.

Une vieille dame soutenue par les bras de ses deux enfants chancelle, vacille, et semble, elle aussi s’effacer sous le déluge. Sa maison est dévastée. « Que voulez-vous qu’on fasse  ? » s’interroge l’un d’eux. « On ne sait même pas par où commencer », poursuit l’autre avant de tous les trois s’en aller. Jacques, un voisin, lui, est plus loquace et chanceux, si tant est que ce terme ait ici encore un sens. Il explique  : « J’ai le privilège de vivre en hauteur, ma maison étant à double étage. Dimanche, vers 2 h 30, j’ai entendu le bruit assourdissant du vent dans mes cheminées. Je suis venu voir et en trois minutes, j’ai pu constater jusqu’à un mètre d’eau. Sous la pression, ma baie vitrée a littéralement explosé. J’habite pourtant à un kilomètre de la mer. »

les secours s’affairent

Non loin de là, un canal. Désormais, le Lay dort comme éreinté de ses débordements du week-end. Sur ses flancs en partie dénudés, jonchent à présent les blanches coques des bateaux retournés. À sec. Désolation. « Je suis pêcheur, je connais bien la mer mais je ne m’attendais pas à ça. Avec les vents provenant du sud, quand j’ai entendu l’alerte rouge, j’ai été prudent, je me suis méfié mais je ne m’attendais pas à un tel raz-de-marée », concède Michel, lui aussi victime de Xynthia. Et de lâcher  : « Le drame est que l’on nous annonce encore de nouvelles victimes. Quelle tristesse, quelle catastrophe. » Pourtant depuis l’aube, les secours s’affairent. Silence encore et malgré tout. Un flot continu de sirènes atones. Pompiers et gendarmes colorent en demi-ton ce silence angoissé. Seuls de rares hélicoptères déchirent le recueillement. À La Faute-sur-Mer – commune mitoyenne et aussi meurtrie –, un quartier, celui de l’Ostréa, reste entièrement sous l’emprise de l’eau. Là où les toits font office de radeaux.

L’armée de terre veille afin de dissuader curieux et téméraires. Les plongeurs sapeurs-pompiers, quant à eux, visitent méthodiquement, une à une, les maisons. Le snack-bar de l’avenue des Chardons sert de central de sécurité. Un des plongeurs explique  : « Nous vérifions qu’il n’y ait plus de personnes enfermées. Même si c’est délicat à dire, par endroit l’eau peut atteindre encore un mètre cinquante à deux mètres de niveau. »

Fatalisme, croyance et solidarité

Tout en nettoyant et vidant le reste d’eau à l’aide de seaux, deux hommes discutent. « Dans cette histoire, nous avons oublié un mot. Fatalité. Les anciens le diront, la mer finit toujours par reprendre ses droits. Et ce peu importe les digues », remarque Jean-Claude. Son ami abonde  : « L’appât du gain a fait prendre des risques à certains. Un jour, cela se paie cash. Les constructions se sont multipliées à grande vitesse alors que, nous le savons, la région est située sur des zones inondables. Ah le fric, le fric. »

Non loin d’eux, un homme, lui aussi occupé à sauver ce qui peut encore l’être, s’agace des nombreux va-et-vient  : « Ça suffit, ce n’est pas de journalistes dont nous avons besoin mais d’aide. Ce n’est pas des photos que nous voulons mais des bras. » Un appel que semble avoir entendu Jimmy, venu proposer ses services. Sa compagne l’a fait également avant de partir travailler  : « Ma copine a dû partir au travail, elle s’est même changée dans la voiture pour gagner du temps. Moi, j’ai appelé mon employeur pour avoir ma journée et je me mets à disposition », explique-t-il. Et de conclure  : « Je ne connais personne, je ne suis pas du coin mais, en tant que Vendéen, je souhaite apporter mon aide. Vous savez, la solidarité, ça compte. »

Lionel Decottignies

Hier matin, presque tous les sinistrés de L’Aiguillon et de La Faute-sur-Mer avaient été relogés. La plupart du temps chez d’autres habitants. Le gymnase où ils avaient été hébergés se muait en vestiaire géant.

«C’est affreux ce qu’on a vécu, explique en contenant des sanglots un sinistré de La Faute-sur-Mer, âgé de 80 printemps. Avec ma femme, on a attendu les secours pendant de longues heures. On était en sous-vêtement avec de l’eau jusqu’au cou. On a frôlé l’hypothermie. Aujourd’hui, on n’a plus rien. Pas même de vêtements. C’est pour cela qu’on est venu.» À leurs côtés, le couple d’amis qui les héberge et les soutient moralement. «On ne sait pas combien de temps on va rester chez eux. Par contre, on sait qu’on ne veut plus habiter ici. On est traumatisés. Le moindre bruit de chasse d’eau nous fait sursauter.»

«On va quitter la commune»

Nicole Débrie et Maurice Butin, qui sont délogés à la même enseigne sont aussi de cet avis. «La Faute, c’est fini. On va réinvestir ailleurs, dans les terres», explique Maurice, 81 ans, qui porte sous les bras deux paires de chaussures et quelques vêtements. «On a failli mourir. On est restés près de sixheures, accroupis sur un placard, la nuque sous le plafond», poursuit Nicole. «On se frottait pour avoir chaud.On a aussi tenté de passer par le plafond. Il était trop solide. On n’avait rien pour le faire.»

«Des voisins sont morts»

«Ma compagne m’a sauvé la vie, poursuit Maurice. Comme les portables ne passaient plus, je m’étais mis dans l’idée de nager pour chercher de l’aide. Elle m’en a empêché. Elle avait raison. Si j’avais ouvert la porte, nous aurions été emportés.» Le couple raconte aussi qu’il a perdu des voisins. «Une personne handicapée qui n’a pu lutter et son petit-fils âgé de quelques mois.»(*) Hier, ces témoignages étaient légion dans le gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer qui, pendant trois jours, a servi de cantine et de dortoirs aux sinistrés. «Presque tous les gens ont trouvé un toit. Excepté cette dame avec son petit chien, qui ne veut pas partir d’ici», expliquait un homme de la Sécurité civile chargé du pôle relogement. Dans le même temps, une femme se présentait à l’accueil proposant les clés de résidence secondaire pour quelques mois. «On n’a pas eu à chercher. Les gens qui pouvaient aider sont venus spontanément.»

Un immense vestiaire

Depuis hier aussi, les sinistrés peuvent venir y chercher des vêtements. En quelques heures, la salle omnisports s’est muée en immense vestiaire dans lequel s’entassaient des centaines de sacs. Dehors, des camionnettes réquisitionnées par des communes vendéennes on déchargeait le produit de la solidarité locale. Vêtements qui étaient ensuite triés par sexe et par taille. Impressionnant. «C’est fou. C’est la télé qui nous a appris qu’on pouvait se procurer des habits ici s’emporte un sinistré les nerfs à fleur de peau. La municipalité de La Faute-sur-Mer est en dessous de tout. On ne reçoit aucune information. Pourtant on a été recensés. Les élus préfèrent pérorer devant les caméras en compagnie du président de la République.»

* Cinq couples ont été retrouvés dans les maisons inondées dans le quartier de La Pointe, à La Faute-sur-Mer.

Quatre jours après le passage de la tempête Xynthia sur le littoral atlantique, la Vendée, le département le plus touché avec 29 décès (un corps a encore été découvert ce mercredi matin à la Faute-sur-mer) et deux disparus selon les chiffres de la préfecture, commence à enterrer ses morts.

Les premières obsèques doivent avoir lieu ce mercredi.

Mardi soir, quelque 150 fidèles, souvent des proches des sinistrés et des victimes, ont assisté à une messe de recueillement à L’Aiguillon-sur-Mer, dans le sud du département. «J’avais besoin de réconfort intérieur, témoigne Elizabeth au micro de RTL, dont le père de 82 ans est décédé dans les inondations. Partout, on nous dit qu’il ne faut plus construire. C’est terrible qu’il faille toujours attendre qu’il y ait une catastrophe pour que les gens bougent. Je ne sais pas si on peut tenir Dieu responsable de l’inconscience des hommes».

Un message de Benoît XVI

Le président du conseil général du département, Philippe de Villiers, a appelé à une minute de silence jeudi à 15 heures au moment de la messe d’hommage aux victimes en la cathédrale de Luçon. Le Premier ministre François Fillon sera présent et, selon la radio RTL, un message du Pape Benoît XVI sera lu pour l’occasion.

Enfin, une messe sera célébrée le dimanche 7 mars à 18 h 30 à Notre-Dame de Paris à l’intention des victimes de la tempête Xynthia par le cardinal André Vingt-Trois.

«La tempête qui a frappé notre pays, spécialement dans les départements de l’Ouest, a semé la mort et la désolation. Nous prions pour les trop nombreuses victimes et tous les sinistrés. (…) En ce moment cruel, la solidarité de tous doit être un premier réconfort», écrit le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris.

Conjonction de vents violents et de fortes marées, la tempête Xynthia a fait au moins 52 victimes, essentiellement en Vendée et en Charente-Maritime. Les dégâts matériels sont considérables.

leparisien.fr

L’AIGUILLON SUR MER – Quatre jours après le passage de la tempête Xynthia, la Vendée commençait à enterrer ses morts mercredi alors que le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire s’est rendu sur place, à la rencontre des agriculteurs qui ont tout perdu.

Une ostréicultrice fait sécher ses vêtements de travail le 2 mars  2010 à l'île de RéAFP/Pierre Andrieu

Une ostréicultrice fait sécher ses vêtements de travail le 2 mars 2010 à l’île de Ré

La Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA) a estimé « plausible » mercredi l’hypothèse d’un coût de plus d’un milliard d’euros de dégats en France.

La décrue se fait désormais nettement sentir et permet aux secours de commencer le nettoyage dans les zones les plus sinistrées.

Le ministre de l’Agriculture est arrivé en fin de matinée chez Jean-Paul Rault, un agriculteur qui a perdu 600 moutons et 200 bovins à Sainte-Radegonde-des-Noyers, dans le marais vendéen noyé par les eaux.

« Nous ne laisserons aucune exploitation au bord du chemin« , a déclaré M. Le Maire, en reconnaissant que la tempête était tombée « au pire moment pour les agriculteurs« , déjà en pleine crise. « On va mettre les enveloppes financières nécessaires« , a-t-il ajouté sans vouloir donner de chiffres.

A Paris, le conseil des ministres de mercredi a examiné les conditions de mise en oeuvre du plan de reconstruction et de renforcement des digue, alors que de nombreux édifices ont cédé sous l’effet de la tempête Xynthia.

A la Faute-sur-Mer, une des communes les plus touchées, le niveau de l’eau a nettement baissé dans les lotissements envahis par la mer, même si certaines maisons ne restent encore accessibles qu’en barque à proximité de la digue de l’estuaire du Lay.

La  Faute-sur-Mer accessible en barque le 2 mars 2010AFP/Frank Perry

La Faute-sur-Mer accessible en barque le 2 mars 2010

Les pompiers et la Sécurité civile, s’affairaient pour les uns à aider les habitants à vider les caves, ou à dégager les voitures et autres troncs d’arbre charriés par la tempête. La recherche des disparus continue, alors que 29 corps ont été retrouvés dans le secteur. Au niveau national, la Sécurité civile a dénombré 52 morts mais les chiffres restent à vérifier.

Localement, les autorités, du côté de la préfecture ou de la justice, se refusent à toute indication sur les identités, mais les avis d’obsèques du quotidien régional Ouest France montrent que de nombreux retraités, parfois des couples de retraités, figurent parmi les victimes.

De premières cérémonies d’obsèques doivent avoir lieu mercredi à l’église de l’Aiguillon-sur-mer, d’autres obsèques étant prévues à la cathédrale de Luçon jeudi à l’occasion de la messe d’hommage aux victimes. Le Premier ministre François Fillon a prévu d’assister à cette messe solennelle.

Le président Nicolas Sarkozy avait demandé lundi au ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo de préparer ce plan après s’être rendu en Vendée et Charente-Maritime.

Nettoyage d'une maison inondée le 2 mars 2010 à l'île de RéAFP/Pierre Andrieu

Nettoyage d’une maison inondée le 2 mars 2010 à l’île de Ré

Interrogé par l’AFP, ERDF a estimé qu’il y avait encore 14.300 abonnés privés d’électricité mercredi matin en France.

Les dégats ont été considérables, notamment pour les ostréiculteurs et les entreprises de construction maritimes. Mais la Scor, la compagnie de réassurance française, ne considère pas en tout cas la tempête Xynthia comme un « événement sérieux » pour son entreprise, à la différence par exemple du tremblement de terre au Chili.

« La plupart des dommages, notamment ceux dus aux inondations, sont couverts par une société publique, et nous ne couvrons que les dommages liés au vent« , a-t-il expliqué.

Un nouveau corps a été retrouvé mercredi matin en Vendée dans la zone de la Faute-sur-Mer, portant à 29 morts le bilan de la tempête Xynthia dans le département, a-t-on appris mercredi auprès de la préfecture.

Le corps n’est pas encore identifié. L’administration ignore si la personne fait partie des deux disparus encore signalés mercredi matin dans la zone. Aucune précision n’a été fournie sur les circonstances et le lieu précis de la découverte.

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Téléchargements
Voici les liens des plus longues vidéos concernant la tempête xynthia
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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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Vidéos
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