Archive pour la catégorie ‘Informations’

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La Faute 001

 

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François Pelletant Headshot

Si dans ma commune de Linas je délivrais des permis de construire dans des zones inondables, aussitôt le Préfet ou n’importe quel autre citoyen me traînerait devant le Tribunal Administratif , ils obtiendraient l’annulation pure et simple de ma décision et ce serait justice. Si je décidais d’exposer, tel ou tel habitant à un risque connu, aussitôt je serais renvoyé devant le Tribunal de Grande Instance pour mise en danger de la vie d’autrui et ce serait justice.

Cela, tout responsable public pourrait le connaître de la même façon. J’ai l’habitude de dire que le système est bien fait et que des garde-fous sont omniprésents pour que si d’aventure, il y avait un fou dans les 36.000 maires de France, celui-ci ne pourrait pas prendre de décisions néfastes.

J’ai donc toutes les peines du monde à comprendre comment le Maire de la Faute-sur-Mer en 2010, puisse être ce fou sans limites et sans entraves. Comment ce maire aurait-il put donner libre cours à un délire autocratique, alors que partout et de tout temps l’administration française n’a de cesse que de surveiller, encadrer, contrôler et sanctionner les élus locaux?

Puis-je me permettre de lâcher le mot que beaucoup de « Premiers Magistrats » ont en tête? Bouc émissaire. Après tout, qui pleurera sur le sort de René Marratier, quand le juge prononcera sa sentence? Qui seront les derniers fidèles à venir visiter l’ancien maire de la Faute-sur-Mer si celui-ci doit aller en prison?

Le 15 octobre dernier, quatre années de prison dont trois fermes ainsi qu’une amende de 30.000 euros ont été requises à l’encontre du principal prévenu dans le procès Xynthia.

Au tribunal correctionnel des Sables d’Olonne, René Marratier n’est pas seul dans le box des accusés: son ex-adjointe à l’urbanisme, Françoise Babin, le fils de cette dernière, Philippe Babin, agent immobilier, Président de l’Association des Propriétaire des digues de La Faute, et un ancien responsable de la DDE, Alain Jacobsoone, poursuivi pour ne pas avoir suffisamment alerté du danger qui se préparait ce jour du 28 février 2010 dans la station balnéaire où 29 personnes ont trouvé la mort.

Depuis le 15 septembre, date du début du procès, l’ancien maire comparait, pour « homicides involontaires aggravés », encourant 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. Ce que lui reproche le Ministère Public: quatre heures et demie de réquisitoire pour lister le manque d’informations sur les risques encourus des Fautais, l’absence de Plan Communal de Sauvegarde (PCS), la délivrance d’une dizaine de permis de construire irréguliers ne respectant pas la cote dite de « référence », les mesures d’obstructions répétées à l’encontre des injonctions préfectorales en matière de sécurité pour un territoire vulnérable, sans oublier d’insister sur le fait que la catastrophe était annoncée depuis la veille et que le « coup de semonce » de 1999 aurait dû inciter vivement le maire à anticiper. Plus que de la négligence, le procureur martèle une « violation de manière délibérée d’une obligation particulière de sécurité ».

Pour le parquet, l’ancien maire n’avait qu’un but: régner sur sa ville en « tout puissant, ne souffrant aucune discussion », ne pensant qu’à son intérêt personnel et qu’à sa réélection.
Pour sa part, Françoise Babin tente de se dédouaner en invoquant sa mauvaise compréhension des normes techniques, rejette la responsabilité sur une DDE fautive d’émettre des avis favorables, évoque une certaine malchance pour des dossiers mal traités ou des réunions de travail non tenues, le tout générant le sentiment qu’elle serait peut-être, elle-même, la véritable victime de ce drame.

Au-delà du malheur qui a frappé les familles des victimes, ce procès nous ramène à des réflexions de fond qui, de façon récurrente, font débat en société: les responsabilités des élus en matière d’urbanisme, les conflits d’intérêts sans oublier la désignation objective de responsables présumés.

En matière de délits non intentionnels, des peines avec sursis sont généralement prononcées contre des élus, parce que, justement, il n’y a pas volonté de commettre un délit. En l’espèce, le procureur Lafaye estime, lui, que la responsabilité des prévenus est écrasante.

L’ancienne Ministre de l’Environnement, Corinne Lepage, avocate de l’Association des Victimes (AVIF) et de 120 parties civiles, a visé dans sa plaidoirie les élus « cupides » de la Faute qui ont fait « le choix commun d’aller vers une urbanisation massive », au mépris des risques d’inondation, que le maire « connaissait parfaitement ».

Ce dernier et Mme Babin n’ont de cesse de répéter qu’ils n’avaient pas connaissance de ces risques pointant du doigt les services « défaillants » de l’Etat qui ont, effectivement, validé certains permis de construire avant qu’ils ne soient autorisés par la commune.

Qui croire? Qui accuser? Qui doit assumer? Peut-on imaginer, un seul instant, que personne, à La Faute, n’ait pensé ou n’ait eu le temps d’élaborer un PCS.

Pascal Almy, président du Tribunal, interroge l’ancien maire sur l’absence et l’obligation de mise en place du Document d’Information Communal sur les Risques Majeurs (Dicrim), compte tenu de la vulnérabilité de la commune. En retour, il est invoqué la complexité à mettre en œuvre ledit document qui requiert, selon le prévenu, des compétences pointues qu’il ne possédait pas.

S’agissant de l’annonce à la population de l’arrivée d’une tempête, l’ancien maire réaffirme qu’il n’avait pas le matériel nécessaire. Apparemment, la « culture du risque » ne faisait guère partie des priorités d’une ville implantée dans une région régulièrement frappée par les catastrophes maritimes. A en croire l’accusation, il n’y avait pas d’information de la population digne de ce nom et ce, malgré des mises en demeure répétées de la Préfecture.

Quid de l’autorité de l’Etat? Quid de la formation des élus? Quid des compétences des fonctionnaires en Mairie? Quid des ressources humaines et des budgets dans les collectivités territoriales?

S’agissant des activités professionnelles, Mme Babin, par ailleurs présidente de la commission de l’urbanisme de la Ville, agent et promoteur immobilier, cogérante avec son fils de l’agence immobilière de La Plage également poursuivi, la position de l’ancienne première adjointe est sans équivoque: « il n’y avait pas de problème particulier » assurant qu’elle avait toujours essayé de séparer ses activités d’ordre privé de ses missions d’élue. 200 maisons ont poussé à La Faute grâce aux diligences des sociétés Babin. D’aucuns diront: essayer, ce n’est pas réussir !

On peut s’interroger enfin, sur l’absence de représentants de la Préfecture sur le banc des accusés. Mais jusqu’où remonter la chaîne des prises de décision?

Les débats ont mis en lumière le contexte de l’époque, notamment l’attitude ferme dans l’affichage mais mollassonne dans l’action des services de l’Etat ; le procureur ne s’y arrêtera pas, au grand regret de la défense.

Ces interrogations ne trouveront certainement pas, ni dans l’immédiat, ni peut-être jamais, des réponses pertinentes. Ce qui restera, sans aucun doute, c’est le manque patent de compassion du prévenu.

Dans les mois et les années qui suivirent la catastrophe, René Marratier apparait, aux yeux des familles des victimes, comme un homme détaché, avare d’empathie à leur égard. Au troisième jour de ce procès, Renaud Pinoit, président de l’AVIF, dresse le portrait d’un maire au cœur sec, aussi peu pressé de réconforter les sinistrés que d’honorer la mémoire des disparus. L’intéressé s’en excuse à la barre et demande pardon, regrettant de passer pour un homme dépourvu d’humanité. L’authenticité de l’ex-édile lui est contre-productive, de sorte qu’au-delà des faits qui lui sont reprochés, il risque de se voir plomber par l’oubli d’une minute de silence au premier conseil municipal qui a suivi la catastrophe ou le refus d’apposer une stèle qui pourrait incommoder vacanciers et acheteurs de villas, bien que cela ne constitue nullement un délit. René Marratier est-il l’un de ces hommes qui ne savent pas traduire leurs émotions, ou faire semblant d’en éprouver?

La responsabilité de l’ancien maire est indéniable, en tant que premier magistrat de sa commune, mais elle ne peut être pointée comme unique bouc émissaire de ce drame. Au-delà de celle des co-prévenus, c’est tout un système sociétal que nous devons interroger aujourd’hui.

L’accession à la propriété à tout prix, la pénurie de surfaces foncières, les difficultés budgétaires pour de nombreuses collectivités territoriales, le morcellement des chaînes de décisions, sans omettre une certaine indifférence grandissante de l’individu d’aujourd’hui pour ses congénères. Un cocktail mortifère planant dans bon nombre de structures, publiques ou privées, qui participe d’une ambiance de détachement quasi général pour la cité, annonçant une perte de conscience professionnelle qui pourrait bien nous mener à notre propre perte.

Cet ouvrage doit protéger la partie nord de la commune, là où la mer était passée lors de Xynthia.

Les travaux de la digue du Platin débutent cette semaine à La Faute-sur-Mer. Cet ouvrage doit protéger la partie Nord de la commune, là où la mer était passée lors de Xynthia.

Élus et représentants des entreprises étaient sur le terrain, vendredi, pour lancer le chantier. Il s’agit d’un maillon fondamental dans la protection de la commune, à l’endroit le plus vulnérable de sa façade du côté de la mer.

5,70 m NGF

Partant de l’extrémité de la digue existante devant le chemin de la Bergerie, l’ouvrage s’étendra sur 578 mètres jusqu’au-delà du camping des Tulipes. Il suivra le tracé de l’actuel cheminement situé à la cote d’environ 4,20 m NGF, et sa tête se situera à 5,70 m NGF, un rehaussement conséquent.

Le coût des travaux s’élève à 1 578 843 € HT. La part incombant à la commune est de 30 %, le reste étant subventionné par l’État (40 %), la Région (15 %), le Département (15 %).

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