Archive pour la catégorie ‘Polémiques’

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Par Noria Ait-Kheddache

Xynthia a tué 52 personnes à ce jour. Après l’émotion, l’heure est aux interrogations. Comment et quand décide-t-on d’évacuer une zone où le danger pour les populations est imminent? Fallait-il passer à l’acte?

La Rochelle, le 28 février dernier.REUTERS/Regis Duvignau

La Rochelle, le 28 février dernier.

Constructions en zone inondable, vents d’Ouest importants, marée d’une hauteur exceptionnelle… La combinaison de ces trois facteurs a entraîné la mort de 52 personnes malgré l’alerte rouge lancée vers 16 heures par Météo-France. « La tempête était prévisible s’accordent les experts. On savait qu’en cas de réunion de ces trois facteurs (vent, zone inondable, marée haute), on risquait de courir à la catastrophe. » Est-ce à dire qu’il fallait évacuer les zones les plus risquées?

Sur le terrain, élus locaux et préfectures pensent avoir fait de leur mieux. La préfecture de Vendée n’a pas prononcé d’évacuation. Sur France Info, le préfet de cette région critique les donneurs de leçons, les « y’a qu’a, faut qu’on » qui se permettent des jugements, alors que même les experts ont été surpris par le phénomène. « Jamais une alerte rouge n’a déclenché l’évacuation de la population explique Jean-Jacques Brot. Quatre départements étaient en vigilance rouge. Qui fallait-il évacuer? Ceux du littoral ou de l’intérieur des terres? » Pour sa défense, il explique que « personne n’aurait pensé que la situation aurait été si dramatique ».

La préfecture de Charente-Maritime non plus n’avait pas prévu d’évacuation. Dominique Bussereau, le président du conseil général de Charente et secrétaire d’Etat aux Transports, a affirmé lundi sur RTL que « les services de l’État » n’avaient pas commis d’erreur avant la tempête. Il a prit la défense du préfet de Charente-Maritime. « Ancien directeur de la sécurité civile, il avait fait tout ce qu’il fallait, les gens étaient prévenus. »

« Evacuer ou non, c’est presque du ressort de l’Etat »

Jointe par téléphone, la préfecture de Charente-Maritime explique qu' »une évacuation se décide en fonction des circonstances (nature des risques, conditions climatiques). Qu’elle est « mise en application avec la coordination de différents corps, pompiers, police, endroits pour accueillir la population ». Mais à la question de savoir s’il fallait évacuer ou non, la préfecture refuse de répondre. On se contente de lâcher: « L’analyse de la situation ne permettait pas de décider d’une évacuation. » On n’en saura pas plus.

Le passage de la tempête Xynthia le 28 février 2010 a fait au  moins 52 morts en France.AFP/Xavier Leoty

Le passage de la tempête Xynthia le 28 février 2010 a fait au moins 52 morts en France.

A la question de savoir s’il fallait évacuer, René Marratier, maire de La Faute-sur-Mer confie à Ouest-France« Tant qu’on n’a pas tous les éléments, on ne peut pas savoir… Evacuer ou non, c’est presque du ressort de l’Etat. Moi je n’ai compris la gravité de la situation qu’au dernier moment. C’est trop facile ensuite de dire, il y avait qu’à… Comment voulez-vous qu’on le sache? Aujourd’hui, c’est terrible. On a 23 morts à La Faute et environ 300 sinistrés…  »

« Pour une tempête, aucune évacuation n’est prévue »

Du côté de la sécurité civile, le lieutenant-colonel Patrick Valli souligne que ses services, qui sont en relation permanente avec Météo-France, ont alerté les préfectures concernées. « C’est ensuite à elle de décider de ce qu’elles prévoient en fonction des risques. » Le seul rôle de la sécurité civile est donc d’alerter des risques encourus. Placées en alerte rouge, les préfectures n’avaient pas prévu d’évacuer. « Le problème, c’est qu’en principe, pour une tempête, aucune évacuation n’est prévue. On dit même aux gens de rester chez eux, de ne pas utiliser leur voiture… »

« Les mesures d’évacuation d’une population sont très compliquées, rappelle Patrick Champagne, du cabinet privé de prévention des risques Eaux et Perspectives. On parle d’une zone où vivent des milliers d’habitants. Si les autorités décident d’évacuer mais de manière tardive, cela peut entraîner d’autres accidents. De nombreux habitants se retrouveraient sur les routes, cherchant à fuir. Dans la panique, il y aurait alors de nombreux accidents de la circulation. Sans compter, le vent fort qui entraînerait la chute de nombreux arbres. »

Un peu oublieuses des recommandations des directions départementales de l’équipement, les mairies vendéennes ont pris la tempête en plein dans le chouan…Au moins, les maisons ont-elles vraiment les pieds dans l’eau…

René Marratier est un patron routier sympa. Il porte une jolie moustache et une grosse chaîne d’or autour du cou. C’est aussi, depuis 1989, le maire de La Faute-sur-Mer, la station maritime décapitée par tempête et marée, ce week-end.

René Marratier est un maire moyen, je veux dire le prototype du type qui dirige votre village. Il pourrait être le vôtre. Et comme cet élu aime ses administrés, il ne leur veut que du bien. Ainsi, en octobre 2008, quand la Direction Départementale de l’Equipement de Vendée s’inquiète (pour que la pénarde DDE s’inquiète il en faut beaucoup), se préoccupe de l’avenir de La Faute-sur-Mer, le bon René Marratier conteste les fonctionnaires de mauvais augures. Point d’histoire.

Le fautif maire de la Faute-sur-mer

A Nice, en ce début d’automne 2008, lors des « Journées du Génie côtier » (ne pas confondre avec le QI de Jean-Claude Gaudin), Stéphane Raison ingénieur à la DDE de Vendée, présente l’ épineuse situation de La Faute-sur-Mer et celle de sa voisine l’Aiguillon : « La conjonction de deux phénomènes, de crue dans l’estuaire du Lay et de submersion marine pourrait avoir un impact très important sur le zones densifiées à l’arrière d’un réseau de digues vieillissant ». Stéphane parle de raison. Dit sans le dire tout en le disant, en mots gentils et savants, «  Ici ça craint gravement ».

Et voilà qu’à l’époque, sur l’écran noir de nos nuits blanches, celui de France 3 Pays de Loire, apparait le bon René Marratier : «  Comment, comment ! De mémoire de citoyen d’ici on n’a jamais vu une goutte d’eau mouiller nos bottes. On ne peut interdire à de braves gens, qui se sont saignés pour avoir leur maison, ici d’y vivre… ». Le préfet et sa DDE peuvent aller faire digue ailleurs, pourquoi pas à côté, de Nantes à Montaigu : Marratier, décentralisation dans la décentralisation, est maître chez lui.

Le bon roi René ne veut détruire ses châteaux d’été

Le bon roi René croit défendre la sécurité des êtres en la confondant avec leurs biens. C’est mieux que rien. Imaginez Marratier envoyant les pelleteuses contre tout ces «  Ca me suffit », ces si modestes pavillonnettes de mer ? Impossible. Et dites-moi, après un coup comme ça, comment être réélu ? Donc on tergiverse. Finalement une bande de 50 mètres, le long de la digue, sera désormais inconstructible. Mais les maisons qui sont déjà là, et bien on les laisse. Inch’Allah prient ces vendéens, ce qui est insane, si près du donjon du marquis de Villiers.

Réflexion au bord de l’eau - JPG - 23.3 ko

Réflexion au bord de l’eau
© Oliv’

Au début du XXe siècle il n’y avait pas un chat dans cette pointe de La Faute, normal puisqu’il n’y avait pas un homme. Dans son antique sagesse, lui savait qu’il ne fallait pas s’installer là. C’est après la Grande Guerre que quelques villas ont poussé. En 1930, à la suite des tempêtes de 26 et 29, on a construit un réseau de digues, puis, petit à petit, mit des gens derrière elles : « 3 000 maisons et 40 000 habitants en été », disent les horribles de la DDE. Ils devaient être contents, les Fautais, de vivre dans cette sérénissime Venise vendéenne… Attendaient-ils que Pinault leur construise un musée ? Cet enchaînement de la bêtise est tragique. Des hommes sont morts sans jamais avoir eu le sentiment de prendre un seul risque. Qu’un hollandais habite sous le niveau de la mer ? Il n’a pas le choix ? Mais à la Faute ou l’Aiguillon, à quoi bon le polder…

Quand la flotte monte ou que roulent les avalanches, regardez les images à la télé, il est très rare que l’eau ou la neige bousculent des murs anciens. Non, on voit toujours le modeste travailleur qui pleure après sa machine à laver boueuse, ou désormais perchée sur le toit du voisin.

Entasser le populo sur les rives débordantes

Mais qui l’a mis ici, l’employé courageux et en larmes ? Son bon maire, pas même corrompu, qui veut du monde autour de lui, des commerces, maintenir le nombre des classes à l’école et gonfler les muscles de la Communauté de communes. Alors on entasse le populo dans des cuvettes qui attendent l’eau ou sur des rives débordantes. Ensuite, comme à Segré (49), on va casser les pieds des paysans, faire des barrages dans leurs champs afin que les crues ne viennent plus vomir dans les si jolis lotissements. Notez, en passant, qu’il est heureux que peu de maires habitent dans ces endroits-là. L’élite est sauve.

Jadis à Chamonix, on a vu sur la carte de prévision des risques, un tracé d’avalanche faire magiquement le tour d’un terrain, pourtant placé au beau milieu du front de la coulée. Ne cherchez pas, un ami de la mairie, ou un élu, était le propriétaire de la parcelle enchantée. Constructible, bien sûr.

Heureusement, cette frénésie du lotissement, si sauvage, se calme pas mal. Depuis que des maires, ces maîtres du permis du construire, se retrouvent devant les tribunaux après la catastrophe. Alors que, le plus souvent, la seule chose que l’on devrait laisser aux édiles, pour leur éviter la pression immobilière, c’est la construction des cimetières.

Comment une tempête de l’ampleur de Xynthia, pourtant bien annoncée par Météo-France, a-t-elle pu entraîner un bilan aussi lourd  ? Au lendemain de la catastrophe qui a fait une cinquantaine de morts, on s’interroge. Plusieurs facteurs sont entrés en ligne de compte, avec un début de polémique sur les régles d’urbanisme dans le sud de la Vendée, zone la plus touchée.

LA CONJONCTION DE LA TEMPETE ET D’UNE FORTE MAREE. Météo-France avait annoncé la tempête et placé en vigilance rouge les départements les plus exposés.  Des mises en garde avaient été diffusées pour prévenir de possibles dégats importants. Jean-Marie Carrière, directeur des services de prévision, estime sur Le Monde.fr que la tempête Xynthia avait fait l’objet d’une « bonne prévision ».

Mais c’est la conjonction entre l’heure de passage de la tempête et l’horaire de la marée haute qui a modifié la donne. « Les deux marégraphes des Sables-d’Olonne (Vendée) et de La Pallice (à La Rochelle) ont mesuré de surcotes (hauteur d’eau en plus de celle de la marée) de 150 à 160 cm. Or dimanche matin, les plus importantes surcotes se sont produites au moment de la marée haute. A marée basse, on n’aurait pas eu d’effets notables de cette surcote », ajoute Joël Hoffman, responsable de la prévision marine à Météo France, interviewé par l’AFP.

LES BRECHES DANS LA DIGUE DE L’AIGUILLON (85). C’est près de cet ouvrage édifié à l’époque napoléonienne qu’est située la zone la durement touchée par la tempête. Bilan : 26 morts sur les communes d’Aiguillon-sur-Mer et la Faute-sur-Mer, dont les secteurs résidentiels ont été submergés. La digue longue de 8 km a cédé en quatre endroits, sous les coups de boutoir d’une mer déchaînée.

« Il va falloir reconstruire des digues suffisamment puissantes, solides et hautes. Elles sont très anciennes, n’étaient peut-être pas faites pour supporter un tel choc. Il faut maintenant en tirer les conséquences », a déclaré lundi matin sur France Inter Ségolène Royal. Le président Nicolas Sarkozy a d’ailleurs demandé à Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, d’élaborer un « plan digue » afin de prévenir ce genre de catastrophe.

L’URBANISATION DE SECTEURS POTENTIELLEMENT INONDABLES. Plusieurs communes vendéennes touchées par les inondations se trouvent dans des secteurs de bord de mer protégés par des digues. Pourquoi a-t-on autorisé les constructions dans ces zones potentiellement inondables ?

En 2008, un reportage de France 3 à l’Aiguillon-sur-Mer et La Faute-sur-Mer mettait en évidence les enjeux liés à l’urbanisation. On y explique qu’une partie du secteur situé derrière la digue a été urbanisé récemment, avant que l’Etat n’y mette un frein par le biais du plan « prévention du risque inondation et submersion marine ». Une mesure qui n’était pas du goût du maire de La Faute-sur-Mer, lequel estimait que l’on pouvait encore étendre les zones pavillonnaires à condition de surélever de quelques dizaines de centimètres les futures maisons.

Il reste qu’au lendemain de la tempête, plusieurs personnalités politiques estiment que les règles de construction sont trop lâches sur le littoral. »Il faut construire autrement sur la côte partout en France, a affirmé Philippe de Villiers sur France Info. Je pense que l’Etat impose des normes qui sont respectées par les maires le plus souvent, mais qui ne sont pas assez sévères ». Du côté du gouvernement, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno s’est prononcée en faveur d’un durcissement des règles de construction le long du littoral, rapporte Le Nouvel Obs.com.

La Faute-sur-Mer, un secteur très touché par la tempête Xynthia.
La Faute-sur-Mer, un secteur très touché par la tempête Xynthia./IDE

TEMPETE – En front de mer, le secteur de La Faute-sur-Mer a été balayé…

La presqu’île de La Faute-sur-Mer et sa voisine d’en face sur l’estuaire, L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), se retrouvent au centre d’une polémique sur l’urbanisme en zone littorale après la tempête Xynthia. Les deux communes ont recensé 26 des 51 décès provoqués par la catastrophe, selon le dernier bilan. Sur place lundi, le président de la République a annoncé une «mission d’inspection» qui devra rendre un premier rapport «sous dix jours» pour «comprendre ce qui s’est passé dans la baie» et un «plan digue» national. Car le drame a rappelé à tous celui de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), où 46 personnes avaient péri le 22 septembre 1992, emportées par l’Ouvèze.

Construit avec l’accord de l’Etat

Daniel Bordelet, 61 ans, a ainsi fait construire son petit «pavillon Phoenix» il y a trois ans, sur la Pointe de l’Aiguillon. Aujourd’hui, le sol de la maison est jonché de boue, d’herbes et de roseaux. «Quand nous l’avons fait construire, le terrain n’était pas classé comme inondable», rapporte cet ancien artisan métallurgiste, venu du Loiret couler une paisible retraite avec son épouse.

«Il a été classé comme semi-inondable quelques mois après la fin des travaux. En fait, il aurait dû carrément être mis en zone rouge.» Les maires refusent d’être les boucs émissaires: «Tout ce qui a été construit l’a été avec l’accord des services de l’Etat», répète René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer. Les élus locaux nient aussi que les digues aient cédé, estimant que l’eau est remontée par la Pointe d’Arçay. Pourtant, la DDE les avait mis en garde contre les risques d’inondations.

A L’Aiguillon-sur-Mer, Guillaume Frouin

TIMOTHÉE BOUTRY ET ÉMELINE CAZI | 02.03.2010, 07h00

Cela ne devait être qu’un écrit de plus dans la joute administrative qui oppose la commune de La Faute-sur-Mer et la préfecture de Vendée depuis des années. Le 19 novembre dernier, le conseil municipal de la commune, une des plus touchées par la tempête Xynthia, avait manifesté son hostilité au plan de prévention du risque inondation (PPRI) de l’estuaire élaboré par la préfecture.

Les contraintes imposées par ce plan notamment en termes de restrictions de constructions n’étaient pas du goût des élus. Le conseil avait donc décidé à l’unanimité de demander au préfet de retarder l’enquête publique. Cette décision prend une toute autre ampleur depuis ce week-end et relance le débat sur l’urbanisation des zones inondables en France.«Un état d’esprit peu responsable d’un certain nombre d’élus»

Une étude du Commissariat général au développement durable relève d’ailleurs qu’entre 1999 et 2006 près de 100 000 logements ont été construits en zones inondables sur l’ensemble du territoire. « L’adoption immédiate de ces mesures n’aurait sans doute pas eu de conséquence vis-à-vis de cette tempête mais elle est révélatrice d’un état d’esprit peu responsable d’un certain nombre d’élus », raille un observateur local.

Depuis 2001, l’Etat cherche à faire appliquer dans l’estuaire du Lay donc sur les communes de La Faute et de L’Aiguillon un plan de prévention du risque d’inondation. Le document prévoit de réduire les zones d’urbanisation et d’interdire toute construction sur les zones rouges, celles à fort risque d’inondation. Elles sont nombreuses sur la presqu’île. Les maires, qui refusent de voir s’endormir leur cité balnéaire, traînent des pieds. Les années passent, le dialogue se crispe. Devant le manque d’empressement des élus, le préfet de Vendée a décidé en juin 2007 de prendre un arrêté portant application anticipée du PPRI.

En clair, à compter de cette date, la préfecture ne délivre plus aucun avis favorable pour des certificats d’urbanisme et des permis de construire en zone rouge. Concernant les zones bleues, elle assortit ses avis d’un certain nombre de prescriptions comme la construction sur pilotis ou l’installation de l’électricité en hauteur. Mais dans certains cas, les maires ont décidé de passer outre et les juges n’ont pas systématiquement donné raison au préfet qui attaquait les élus devant le tribunal administratif.

Hier, face à la polémique, René Marratier, le maire de La Faute, jurait « accepter le PPRI sur le fond et ne le contester que sur la forme ». « Il y a des corrections à apporter, c’est pour cette raison qu’il n’a toujours pas été approuvé.  » Il jure que « l’enquête publique sera lancée en 2010 »… contrairement au voeu du conseil municipal de novembre dernier.

Elle a failli y rester. De l’eau jusqu’aux épaules, coincée entre ses meubles bringuebalés par la montée des eaux. En revenant hier dans sa maison, dans le quartier de la Pointe, à L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), Evelyne Deluze hésite entre les rires, quand elle n’arrive pas à enfiler ses bottes, et les larmes, quand elle retrouve son voisin sain et sauf. Dans la pénombre de sa petite maison, elle a vu venir sa fin et celle de sa mère, 92 ans. «J’ai été réveillée par un glouglou. Bizarre, je n’avais pas mis en route ma machine à laver. Pas de courant… Avec ma torche, je découvre l’eau. Partout. Et ça rentrait… Je remontais les bouquins quand j’ai entendu un potin d’enfer. D’abord, j’ai cru que le tonnerre avait fracassé mon Velux. En fait, c’est la baie vitrée qui avait explosé. Elle était pourtant derrière le volet roulant baissé, et c’est du double vitrage !» Son salon est rempli de boue et de verre cassé. «A 3 heures moins le quart, j’ai appelé les pompiers. Ils n’ont jamais pu venir. Je faisais des signes aux hélicos.» De son portable, elle téléphone en claquant des dents à sa fille, à une dizaine de kilomètres. «Je lui ai dit : « Je vous adore tous, adieu… » A travers la baie vitrée, je voyais arriver la vague.»

Juste un duvet. Le matelas du lit médicalisé de sa mère dérive. Trempée, elle grelotte. Dans cette maison de plain-pied, impossible de trouver à tâtons des vêtements secs. Juste un duvet, en haut d’une armoire. Les gendarmes finiront par venir les chercher, dimanche à 11 heures. En hypothermie, la vieille dame sera alors admise à l’hôpital. Dehors, sa voiture a été déplacée de cent mètres, coincée contre une haie. «Je l’avais depuis un mois.» Dans l’herbe du jardin dévasté, un mètre ruban : «Il était dans ma chambre, de l’autre côté de la maison.» La baie vitrée est fracassée. Le lavabo de la salle de bain est plein de vase. Seuls les cadres aux murs sont intacts. Elle retrouve son sac, les papiers sont trempés. Il sera vite temps de penser aux assurances : «Il y a un «formulaire catastrophe» à la mairie.» Fatalisme ? «J’ai toujours dit que ça arriverait», lâche Evelyne.

Ici, tout est en zone inondable. Comme le lotissement de l’Ostrea à La Faute-sur-Mer, commune voisine de L’Aiguillon-sur-Mer. C’est dans ces deux villes qu’on a relevé le plus de morts (27). La Faute est en partie située sur une presqu’île, bordée par la mer d’un côté et l’estuaire du Lay de l’autre. Un réseau de digues avait été construit après les grandes tempêtes de 1926 et 1929, le long de l’estuaire, pour protéger la presqu’île. «C’est vrai que c’est une zone à risque. D’ailleurs, pour tout achat, toute location, on prévient que le site est inscrit au PPRI, le Plan de prévention des risques inondation. Bien sûr, il y a des jours de pluie interminables, parfois des arbres qui tombent, mais on n’a jamais eu de sinistre», dit-on à l’Agence de la plage qui loue des villas à la saison dans le lotissement. En ce «pays gagné sur la mer», les digues ont pourtant montré leurs limites. Celles de L’Aiguillon, caillasses et enrochements, comme celles de La Faute, terre et vase. L’assaut de l’Atlantique n’a, semble-t-il, été ni uniforme ni logique. «Nos digues les plus basses, qu’on était justement en train de restaurer, ont bien tenu», note Jean-Michel Gaborit, secrétaire de mairie à La Faute.

«Etage». A L’Aiguillon, le maire, Maurice Milcent, indique que si les digues se sont en partie rompues, «ça n’est pas le problème». «On a eu une surcote d’un mètre d’eau d’un seul coup. Même sans problème de digue, on aurait eu le même effet…» Négligence urbanistique, pour plier devant la demande immobilière ? «On nous oblige à faire des maisons d’un seul niveau, type pêcheur. Si on nous laissait ajouter un étage…» glisse l’édile. A La Faute, on botte en touche : «La mairie est trop petite, nous n’instruisons pas les permis de construire, laissés à la direction de l’Equipement. Quant au plan de risque inondation – qui n’est pas encore approuvé -, il couvre toute la commune.» Bénévole dans le gymnase où sont hébergés les sinistrés, un homme explique : «La zone est connue comme à problème depuis Napoléon. Le lotissement s’est rempli avec des retraités venus des villes. M’étonnerait pas que certains attaquent en justice…»

La commune de la Faute-sur-Mer en Vendée est l’une des plus mortellement touchées par la tempête Xynthia. Or, alors que le maire assure avoir délivré des permis de construire dans les règles, un rapport de la Direction départementale de l’Equipement datant de 2008 cherchait à « raviver la mémoire du risque -d’inondation-  dans les conscience collective » .

Alors que la commune vendéenne de la Faute-sur-Mer a vu 26 de ses habitants décédés suite au passage de Xynthia, les risques importants d’inondations dans certaines zones étaient connus depuis longtemps. Dans un rapport de la DDE, Stéphane Raison, son auteur, ingénieur des Ponts et Chaussées,  expliquait en 2008 que « la conjonction de deux phénomènes, de crue dans l’estuaire du Lay et de submersion marine, pourrait avoir un impact très important sur les zones densifiées à l’arrière d’un réseau de digues vieillissant« .

Stéphane Raison précise que quelques 3.000 maisons auraient été construites dans les années 80 derrière une digue en terre érigée suite aux tempêtes de 1926 et 1929. Or, cette digue « a été entretenue dans le temps par apport de matériaux divers, sans contrôle de leur qualité ni de leur provenance (…) Cet ouvrage n’a jamais fait l’objet d’un diagnostic approfondi de la part du maître d’ouvrage. la rupture des digues sur ce secteur engendrerait des dégâts majeurs aux biens et aux personnes en regard de la carte des aléas« , écrivait-il en 2008.

« La conjonction de ces deux risques ne s’est jamais réalisée »

En dépit de ces recommandations, le maire de la Faute-sur-Mer avait obtenu l’accord de la cour administrative d’appel de Nantes pour la délivrance d’un permis de construire à un camping en bordure de l’estuaire de la rivière le Lay. « S’il a pu être constaté au cours du siècle écoulé, d’une part, l’ouverture de brèches dans le massif de dunes (…) et d’autre part, la rupture, en 1999, d’une autre digue en terre de l’estuaire, il est constant que la conjonction de ces deux risques ne s’est jamais réalisée« , justifiait la juridiction dans un jugement en date de décembre 2003.

« Tout ce qui a été construit l’a été en zone constructible avec l’accord des services de l’Etat« , a tenu à rappeler  René Marratier, maire de La Faute-sur-Mer, lundi,  lors de la venue de Nicolas Sarkozy auprès des sinistrés de la baie de L’Aiguillon

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