« 1 ... 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 ... 162 »

Les Sables-d’Olonne (France) – Le tribunal correctionnel des Sables d’Olonne déplace jeudi après-midi son audience à La Faute-sur-Mer, là même où 29 personnes sont mortes lors du passage de la tempête Xynthia en février 2010, un moment fort, redouté par les familles des victimes et les survivants.

« Certains n’y sont jamais revenus« , rappelle Renaud Pinoit, le président de l’association des victimes. « Très peu de personnes sont restées à La Faute. Il y a même des gens qui ne veulent plus habiter sur le littoral parce que, le bruit de l’eau, ça leur fait peur« .

Après une semaine de témoignages poignants, le tribunal et les parties civiles doivent arriver en bus sur les lieux pour 15h00.

La zone sera bouclée par des gendarmes et l’audience s’ouvrira officiellement dans la tristement célèbre « cuvette mortifère » de La Faute-sur-Mer, d’anciens marais inondables où les premiers habitants de la commune, des paysans, faisaient autrefois paître leurs vaches.

Le tribunal entamera son déplacement par la digue Est, celle qui a été submergée la nuit du 28 février 2010 par les effets conjugués d’une surcote du niveau de la mer liée à la tempête et d’une forte marée, qui ont fait déborder l’estuaire du Lay.

Puis il va cheminer de la digue vers la rue des Courlis, la rue des Bécassines, avant d’entrer dans le lotissement des Doris pour enfin terminer par la rue des Voiliers, des noms légers devenus synonymes du drame pour les survivants.

Dans le seul lotissement des Voiliers, sept des 29 victimes ont trouvé la mort.

La plupart des maisons ont été démolies et là où étaient érigés de coquets pavillons de vacances ou des résidence principale, ce ne sont que friches d’où surgissent ici et là les arbres qui avaient été plantés pour agrémenter les jardins.

– Terrains jusque-là réservés aux animaux –

Un choc supplémentaire pour ceux qui y ont vécu ou qui ont perdu ici des membres de leurs familles.

Pour rappeler les faits, un expert géomètre va implanter le long de la digue des panneaux à la hauteur des emplacements des maisons dans lesquelles des personnes sont décédées.

Lors du passage dans l’ancien lotissement des Doris seront aussi indiquées les hauteurs de plafond des maisons implantées sur les lieux ainsi que les hauteurs d’eau maximales atteintes.

De cette manière, les magistrats et les parties civiles pourront comprendre comment plusieurs des victimes ont été noyées, piégées dans leurs logement de plain pied dotés de volets électriques que l’irruption de l’eau a rendu impossibles à rouvrir.

Le long de la digue, qui a fait l’objet de travaux de relèvement depuis 2010, la hauteur réelle qu’elle avait au moment de la tempête sera aussi rappelée par des repères.

Aux origines du drame, le développement touristique de cette modeste petite commune balnéaire au cours des cinquante dernières années: de plus en plus de permis de construire ont été accordés sur des terrains jusque-là réservés aux animaux parce qu’inondables, toujours plus près de la digue, à un niveau de plus en plus bas.

Il s’agissait principalement de résidences secondaires ou de maisons où des retraités avaient investi toutes leurs économies pour finir leurs jours au bord de la mer.

Au total, 522 maisons ont été « déconstruites » par l’État dans la commune depuis le drame. Placées en « zones noires » après la tempête, ces maisons ont été rachetées, pour la plupart à l’amiable, par l’État avant leur déconstruction. D’autres ne l’ont été qu’à l’issue de procédures d’expropriation.

Cinq prévenus, dont l’ancien maire de la commune, René Marratier, comparaissent, principalement pour homicides involontaires, dans ce procès qui réunit plus de 120 parties civiles. Le procès doit durer jusqu’au 17 octobre, avant le jugement prévu le 12 décembre.

Audrey Vairé

Pendant la tempête Xynthia, les frères Dubois ont perdu leurs parents. Ils ont découvert les corps, ensemble. Une épreuve terrible, qui a été très difficile à raconter.

Ce mercredi, au tribunal, les témoignages des dernières parties civiles se sont succédé à la barre. Le témoignage de Daniel Dubois, en début d’après-midi, a été particulièrement émouvant.

Cet homme de 53 ans était très proche de ses parents, avec qui il travaillait. La nuit de la tempête Xynthia, il n’était pas à La Faute-sur-Mer et n’a pas vu les nouvelles au matin.

Après un coup de fil inquiétant, il décide de se rendre sur place. « En arrivant à L’Aiguillon, j’ai aperçu les hélicoptères. Tout de suite, j’ai été très inquiet », explique-t-il, ému.

Il rejoint son frère : « je n’arrive pas à trouver les parents », lui dit ce dernier. Les deux frères prennent une barque et s’en vont vers la résidence de leur parents. « Là-bas, j’ai tout cassé pour pouvoir passer », explique-t-il avant de craquer.

« Je criais ma douleur »

« Ils sont morts comme des rats », s’effondre-t-il. Dans la salle, l’émotion est là. Certaines personnes sortent même du tribunal. Il raconte ensuite comment il les a trouvés, enlacés dans la cuisines, nus. « On les a déposés sur le lit, qui flottait. » Daniel Dubois se demande s’ils ont essayé de s’échapper, ce qu’ils ont vécu… « Je criais ma douleur. » 

Puis, tout s’enchaîne. Il faut reconnaître les corps, annoncer la nouvelle au reste de la famille, reprendre le travail… « Au bout de trois semaines, j’ai craqué, j’en pouvais plus psychologiquement et physiquement. J’ai demandé mon premier arrêt de travail en 30 ans. »

Les obsèques de ses parents ont eu lieu à Luçon. 1000 personnes étaient présentes, ils ont ensuite reçu 500 cartes, dont des mots de Philippe de Villiers, du maire de Luçon, de Nicolas Sarkozy… Mais rien de la part de la mairie de La Faute-sur-Mer…

« Je n’en pouvais plus, j’allais lâcher. Ma fille m’a dit ‘Papa je t’aime, je vais t’aider ». Ophélie et Alain ont raconté, à la barre, cette nuit d’horreur le 27 février 2010

Procès Xynthia : comment un père et une fille se sont mutuellement sauvé la vie
Jeudi, les victimes de Xynthia retourneront sur les lieux du drame à La Faute. Certains n’y sont pas retournés depuis le 24 février 2010.© PHOTO

AFP XAVIER LEOTY

 

« Papa je t’aime, je vais t’aider » : le tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne se déplace jeudi à La Faute-sur-Mer, où sont mortes 29 personnes lors de latempête Xynthia, après une semaine de témoignages très émouvants, dont celui d’un père et de sa fille qui se sont sauvés mutuellement la vie.

« Je voulais qu’ils  sorte avant moi, je ne voulais pas le laisser« , murmure Ophélie, 17 ans à l’époque. Ophélie Marcos et son père Alain arrivent le samedi 27 février 2010 à La Faute-sur-Mer pour faire une surprise à leur marraine le lendemain, pour son anniversaire.

Mais à 3 heures, ils se réveillent dans une maison envahie par les eaux, prisonniers. A l’intérieur, la lune éclaire par intermittence les meubles qui flottent comme autant de dangers potentiels sur une eau glacée. Après de nombreuses péripéties, Ophélie va réussir à sortir par une fenêtre tandis que son père est arrêté net par un morceau de cloison qui s’effondre.

Il se dégage mais perd ses repères et tâtonne en vain les parois à la recherche d’une issue. Au bout de trente minutes, il ne lui reste que de quoi passer la bouche au niveau du plafond pour avaler un peu d’air. L’eau glacée lui immobilise peu à peu les membres.

Dehors, Ophélie s’est accrochée à la gouttière. Elle croit son père mort. Ses membres s’engourdissent peu à peu. « Je me disais que j’allais rester accrochée en attendant mon tour », arrive-t-elle à prononcer péniblement à la barre, laissant couler les larmes.

« Je n’en pouvais plus, j’allais lâcher »

Son père prend une dernière fois son souffle, et, à bout de force, trouve enfin la fenêtre. Il rejoint sa fille, épuisée comme lui. Ils échangent des regards désespérés, explique-t-il, la gorge nouée.

Alain Marcos n’arrive toujours pas aujourd’hui à expliquer comment, à ce moment-là, il a trouvé la force d’attraper Ophélie et de la jeter sur le toit. Lui est resté accroché à la gouttière. « Il m’a regardée, il m’a dit ‘Laisse-moi, lâche-moi la main, je n’ai plus la force de monter‘ », sanglote-t-elle.

« Je n’en pouvais plus, j’allais lâcher« , explique Alain. « Ma fille m’a dit ‘Papa je t’aime, je vais t’aider’ et elle m’a tiré, elle m’a hissé sur le toit ».

« Je chantonnais pour ne pas qu’il entende les gens qui crient »

L’eau atteint les premières tuiles du toit. « On avait très froid, il y avait un vent énorme… « , décrit Ophélie. Ils vont enlever quelques tuiles et se réfugier sous les combles, s’enroulant dans la laine de verre pour se réchauffer.

Alain Marcos, en hypothermie, menace de s’endormir. Ophélie lui donne des coups pour le réveiller. Dehors, « il y avait des cris, je chantonnais pour ne pas qu’il entende les gens qui crient« , décrit-elle, effondrée, à la barre. « Elle a chanté des chansons, elle m’a tenu éveillé toute la nuit, elle a été remarquable, elle m’a sauvé la vie », remercie Alain alors que dans la salle tout le monde retient son souffle, captivé par l’émotion de leur récit.

Évacués le matin par les secours, hébétés, il va leur falloir dix minutes pour retrouver enfin la mémoire, se souvenir de leurs noms. « On avait l’impression d’avoir fait la guerre« , explique Ophélie. Autour d’eux tout n’est que souffrance et désespoir. « On essaye de trouver un visage qu’on connaît, un sourire », dit Ophélie. En vain. Ils finiront de surcroît par apprendre que leur marraine n’a pas survécu à cette nuit d’horreur. Aujourd’hui des cauchemars les hantent encore. Des réveils en pleine nuit avec « l’impression de se noyer, qu’on étouffe ».

Les parties civiles vont terminer cette semaine d’intense émotion jeudi parl’audience organisée sur les lieux du drame. Le tribunal va cheminer dans ce qui était auparavant des rues traversant des lotissements, aujourd’hui devenus des friches, le long de la digue submergée cette nuit-là, avec des panneaux indiquant les hauteurs d’eau, la hauteur des maisons mais aussi les lieux où ont été retrouvés les morts.

Le procès de l’ancien maire et de quatre autres prévenus va durer jusqu’au 17 octobre. Jugement attendu le 12 décembre.

Audrey Vairé

Les audiences des parties civiles continuaient ce mardi après-midi avec les témoignages de trois rescapés. Parmi eux, Elisabeth Tabary, qui a perdu son mari et son petit-fils.

Ce mardi après-midi, les témoignages des parties civiles se sont succédé aux Atlantes. Dominique Caillaud, 59 ans, a ouvert le bal, en racontant son histoire. Il a réussi à sauver son beau-père, sa belle-mère, sa femme et ses deux enfants avec un canoé. Pourtant, il ressent tout de même de la culpabilité, car il n’a pas pu secourir ses voisins.

Après lui, Renée Chiron, sa belle-mère a témoigné. « Je parle aussi au nom de mon mari, Michel, qui s’était constitué partie civile mais est décédé entre-temps. » Leur maison à La Faute-sur-Mer, c’était leur fierté. Elle parle des fleurs, des rosiers qu’on pouvait y trouver. « Là-bas, c’était le paradis des fleurs. Aujourd’hui, il n’en reste que quelques photos. »

L’histoire d’Élisabeth Tabary, un moment fort

La semaine du drame, Élisabeth Tabary et son mari gardaient exceptionnellement leur petit-fils, Raphaël.

« Le soir de la tempête, nous n’avions pas allumé la télévision, pour pouvoir se consacrer entièrement à notre petit-fils. » À 3 h 15, cette ancienne infirmière est réveillée par le bruit du téléphone qui a sauté. Elle va dans la cuisine, se rend compte qu’il y a de l’eau. Immédiatement, elle réveille son mari.

« Il a tout de suite compris et m’a dit :  »c’est la digue qui a pété, on va mourir.«  J’ai tout de suite été chercher Raphaël », explique-t-elle. Le couple essaye d’appeler au secours, mais personne ne répond.

Très vite, tout se met à flotter. Elle garde son petit-fils dans un bras et s’accroche à une poignée avec l’autre.

« L’eau arrivait, on ne pouvait pas sortir. Elle arrivait en cascade, c’était invraisemblable. À un moment, mon mari me dit qu’il n’a plus d’oxygène et que c’est fini pour lui. On a eu le temps de se dire au revoir.

Puis, le petit est devenu lourd. Je l’ai vu devenir violet, je l’ai gardé contre moi tant que j’ai pu. Quand c’était terminé, je l’ai coincé derrière la porte, pour que son corps ne parte pas au loin. »

Après cela, elle s’est jetée à l’eau, « pour mourir ». Plus tard, elle se réveille à l’hôpital, sans se souvenir comment elle est arrivée là.

« J’ai réalisé que mon mari était mort, que Raphaël n’était plus là. Je ne voulais pas vivre. Ma vie s’est arrêtée ce jour-là. » Hier, le 22 septembre, Raphaël devait fêter ses sept ans.

Son témoignage, véritable temps fort de la journée, a ému les personnes présentes au tribunal. Demain mercredi, les audiences des parties civiles se poursuivent.

© JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre, défend les parties civiles dans le procès de la Faute-sur-Mer. Alors que l’audition des victimes de la tempête Xynthia se poursuit, elle insiste sur le particularisme de cette affaire.

Le procès du maire de La Faute-sur-Mer présente-t-il un enjeu national ?

Oui, mais dans la seule mesure où il existe d’autres cas dans lesquels des élus ont délibérément construit dans des zones à haut risque. Mais c’est d’abord  un procès très particulier, car les comportements reprochés aux élus dans cette dramatique affaire sont heureusement très peu fréquents. Ce procès n’est pas le procès des maires en général ! Nous sommes dans un cas d’école… de très mauvaise école !

Mais il pose plus largement la problématique du développement économique versus la protection des habitants, et de la mauvaise évaluation des intérêts de la commune, à court et long termes.

Quels sont les arguments des parties civiles ?

Contrairement à ce qu’écrit la grande presse, ce n’est pas un procès compassionnel. Bien sûr, la dimension humaine y est particulièrement forte et  tragique. Mais il s’inscrit dans du droit « dur », du droit pénal !

En étudiant l’immense dossier (des dizaines de milliers de pièces !), je suis atterrée de découvrir le comportement des personnes mises en cause. Nous allons défendre le fait qu’il s’agit non seulement de fautes pénales, mais aussi de fautes personnelles, et non de service.

Vous contestez l’argument selon lequel ce procès est aussi celui des services de l’Etat ?

Cet argument ne tient pas.

D’abord, même si l’Etat était reconnu aussi fautif, cela ne changerait rien à la responsabilité pénale des personnes mises en cause. Parce que chacun a des compétences et donc des responsabilités.

Ensuite, l’argument selon lequel une petite commune est démunie ne tient pas la route non plus. Ce n’est pas la vérité : La Faute-sur-Mer est une commune riche, surclassée, avec un budget de fonctionnement de 4,5 millions d’euros !

La Faute-sur-Mer s’est surdensifiée au cours des mandats de monsieur Marratier et ce dans des zones de plus en plus dangereuses.

L’Etat a-t-il insuffisamment contrôlé cette surdensification ?

L’opposition de la préfecture à cette surdensification a été constante. Depuis vingt ans, la mairie a bataillé contre la préfecture pour ne pas établir de plan de prévention des risques inondations (PPRI), pour ne pas subir de normes strictes, en évitant toute véritable communication et sans mettre en place de plan de sauvegarde. Elle a voté contre les travaux  sur la digue et a demandé à sursoir sur l’enquête publique sur ces travaux parce que la demande émanait de propriétaires privés…

La seule chose qu’on pourrait reprocher aux services de l’Etat, c’est de ne pas s’être montrés plus fermes  à l’égard de la commune de La Faute-sur-Mer. Mais la réduction des moyens de l’Etat a  pour effet de réduire ses moyens de contrôle. Visiblement, la structure du contrôle de légalité en Vendée est très modeste et pâtit d’une mauvaise organisation des services.

Il n’y a donc pas carence de l’Etat ?

La loi Littoral est en vigueur depuis le 3 janvier 1986 ; la jurisprudence est depuis bien fixée… De très nombreux élus de communes littorales sont sérieux ! Ils respectent la loi et ont mis en place de véritables mesures de protection des habitants. Quelques autres n’ont de cesse que de ne pas appliquer la loi Littoral. C’est le cas de la Faute-sur-Mer. Tous les espaces construits l’ont été non seulement  en violation de la loi littoral, mais au-delà, en dépit du bon sens !

M. Marratier, il faut le rappeler, n’est pas le seul mis en cause. Dans cette commune, la famille de la première adjointe joue un rôle ambigu à tous les niveaux : propriétaires de terrains, lotisseurs, agents immobiliers, président de l’association de la digue… Même si le délit de prise illégale d’intérêt n’a pas été retenu, cela fait beaucoup ! Il y a eu manifestement des intérêts dans les prises de décision, même s’ils n’ont pas été jugés suffisamment puissants, pour caractériser un délit.

2014 09 23 CM

Un survivant de la tempête Xynthia, qui estime avoir été désinformé du début à la fin, a raconté le calvaire de sa famille à la barre. Poignant.

Un quartier de la Faute-sur-Mer sous les eaux après le passage de la tempête Xynthia.
Un quartier de la Faute-sur-Mer sous les eaux après le passage de la tempête Xynthia. © BERTRAND GUAY / AFP

Un survivant de la tempête Xynthia s’est souvenu lundi, au procès du drame de La Faute-sur-Mer (Vendée), que des « poissons » nageaient parfois au bout de son terrain, avant que n’y soient construits les lotissements dans la cuvette où 29 personnes ont trouvé la mort lors de la tempête de février 2010. « J’ai vu 40 à 50 cm d’eau dans le lotissement, c’était plus que des mares… Il y avait des mulets, des poissons qui nageaient au pied de mon terrain », a témoigné Thierry Berlemont, installé en 1997 avec sa femme Chantal et leurs deux filles dans l’Océanide 2, l’un des premiers lotissements de la « cuvette mortifère ».

Habitant à une centaine de mètres de la digue, loin du « petit ruisseau » qui passait là, se rappelle Chantal, ils verront se construire les lotissements tout autour. « Même la nuit on pompait la flotte, les pompes fonctionnaient à plein régime » pour assécher les terrains, puis sont venus « les remblaiements. Il y avait des chantiers partout, ça construisait, ça construisait… », raconte son mari. On leur refusera en 2004 un agrandissement d’un étage, pour raison « d’esthétisme ». Ils ajouteront donc une chambre au rez-de-chaussée, avec des « matériaux très costauds ». « On a construit notre propre piège qui a failli nous coûter la vie », regrette-t-il. « On ne m’a jamais dit qu’il y avait des risques d’inondation. Du début à la fin, on a été désinformés », accuse-t-il à la barre. « Notre pavillon était surélevé de 28 cm par rapport aux autres, je ne sais pas pourquoi », ajoute-t-il, trouvant comme seule explication qu’il était à l’époque le seul habitant en résidence principale.

« Et s’il n’y avait pas eu les 28 cm ? » demande le président Pascal Almy. « On serait morts », répond Thierry Berlemont dans un souffle. Les bras écartés, les mains agrippées à la barre, il raconte comment, avec sa femme et ses deux filles, ils ont survécu.

Hurlements dans l’eau glacée

Réveillé dans la nuit par les cris de ses filles, inconscient des risques de submersion marine, le couple a d’abord cru à une fuite d’eau. « J’ai entendu un bruit comme un aquarium à côté, du côté du garage. J’ai ouvert la porte et ça a été l’hécatombe, l’eau s’est engouffrée », se souvient le mari. « L’eau rentrait comme un torrent, c’était d’une violence inimaginable », décrit son épouse. Le couple se retrouve épuisé, dans l’eau glacée. « J’ai entendu mes filles hurler de l’autre côté de la porte », lâche Thierry Berlemont. « C’était insupportable », se remémore sa femme, tremblante d’émotion. Les époux essayent en vain d’ouvrir la porte de la chambre où sont prisonnières les deux adolescentes. C’est dans un dernier « moment de révolte » que le père réussira enfin à faire céder la porte et à les libérer.

Il entraîne ensuite sa famille sur le toit, enlève des tuiles et ils se glissent à l’abri du vent dans le faux grenier, alors que l’eau atteint la deuxième rangée de tuiles sur la toiture. « On a su à ce moment-là qu’on était des survivants », dit-il. « J’ai vu des silhouettes partout sur les toits. On a entendu, tous, des hurlements dans tous les sens », mais « le plus dur pour nous, c’est quand les cris ont été remplacés par le silence », raconte celui qui verra certains voisins se battre, d’autres sombrer. « Depuis Xynthia, il n’y a pas une journée où je ne me sens pas coupable d’avoir mis mes enfants dans cette cuvette », lâche-t-il, avant de décrire les difficiles lendemains de la catastrophe pour sa famille, entre dépressions et dénuement.

Cinq prévenus, dont l’ancien maire de la commune René Marratier comparaissent, principalement pour homicides involontaires, dans ce procès qui réunit plus de 120 parties civiles. Deux entreprises de construction comparaissent aussi en tant que personnes morales. Le procès doit durer jusqu’au 17 octobre, avant le jugement prévu le 12 décembre.

Connexion
Attention

Afin d'éviter tout abus, vous devez maintenant vous enregistrer sur le blog afin de pouvoir faire un commentaire.
Cliquez ici pour vous enregistrer
Cliquez ici pour modifier votre profil
Cliquez ici si vous avez oublié votre mot de passe
Loading

Vigilance

Détail Vendée

Agrandir et historique
Stats
Précisions
Ce site n'est pas le site de l'AVIF, ni d'aucune autre association.
C'est un site qui appartient à une société privée et relate ce qu'il se dit dans la presse, associations, localement ... depuis le 28/02 en laissant la parole à chacun et ceci sans censure ni pression.
Si vous souhaitez accéder au site officiel de l'AVIF, veuillez cliquer ici
Faites un don
Aidez à l'hébergement de ce site sur serveur dédié.
Merci d'avance aux donateurs.

Com. récents
Sondage récent

Le changement de nom de la commune en "La Faute-sur-Mer la Presqu'île"

  • Je suis contre (84%, 213 Votes)
  • Je suis pour (12%, 31 Votes)
  • Je n'ai pas de position (4%, 10 Votes)

Total Votants: 254

Loading ... Loading ...
Historique
novembre 2014
L Ma Me J V S D
« oct    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
Téléchargements
Voici les liens des plus longues vidéos concernant la tempête xynthia
N'oubliez pas de faire clic droit enregistrer sous:

Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

Vous pouvez lire toutes ces vidéos avec VLC
Vidéos
Suite à une mise à jour, certaines vidéos ne sont plus accessibles sur le site, nous y travaillons et rien n'est perdu. Si toutefois vous souhaitez en voir une en particulier envoyer l'adresse de la page concernée à contact@lafautesurmer.net nous la traiterons en priorité. Merci