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Charlotte Berlemont, sa sœur et ses parents ont échappé à la mort en grimpant sur le toit de leur maison. Aujourd’hui âgée de 21 ans, la jeune fille témoigne.

« Réviser mon bac de français »

« J’ai laissé tous mes souvenirs d’enfance dans cette maison, à La Faute-sur-Mer. » En ce début de deuxième semaine de procès, Charlotte Berlemont témoigne, les sanglots dans la voix. La jeune fille âgée aujourd’hui de 21 ans, sa sœur et ses parents ont échappé à la mort en grimpant sur le toit de leur maison durant la tragique nuit du 28 février 2010.

Les souvenirs ressurgissent, les blessures s’ouvrent à nouveau. Ce week-end-là, le programme de Charlotte était bien établi. Étudiante en 1re littéraire, « j’avais prévu de réviser mon bac de français. J’avais un oral blanc le lundi. » La tempête a tout balayé.

« J’ai toujours eu peur du vent »

Le samedi soir, « je me suis couchée avec ma sœur. J’ai toujours eu peur du vent. Mon père m’avait laissé une lampe torche en cas de coupure d’électricité. À 3 h 30, j’ai entendu un énorme craquement. Il n’y avait plus de lumière. Je me suis levée. J’avais de l’eau jusqu’aux chevilles. J’ai réveillé ma sœur. »Silence dans la salle d’audience… Le récit de Charlotte est interrompu par ses larmes. La jeune fille surmonte son émotion et poursuit : « J’ai essayé d’ouvrir la porte de la chambre. Je n’y arrivais pas. J’ai demandé à ma sœur d’ouvrir la fenêtre mais l’eau arrivait déjà jusqu’au rebord. » Puis, son père, de l’autre côté, réussit à entrouvrir la porte alors que l’eau monte à une vitesse fulgurante. « Nos parents nous ont rejoints. Nous sommes montés sur le lit mezzanine. »

« Je n’arrivais plus à nager »

Avec son téléphone portable, elle tente d’appeler sa meilleure amie, les pompiers. En vain.« Lorsque le lit a été atteint par le niveau de l’eau, on a sauté. Ma mère qui ne sait pas nager, ne voulait pas. Ma sœur a crié  » Il faut qu’on y aille ! » » La famille essaie ensuite de sortir de la maison. « Je n’arrivais plus à nager. L’eau était très froide. Mon père m’a dit de lâcher le chien. On dégageait tous les objets qui nous gênaient. »

« On voyait des lumières »

La porte d’entrée défoncée, tous parviennent à monter sur le toit en prenant appui sur un muret d’1,80 m. « On s’est allongés pour ne pas tomber. Il y avait énormément de vent. Au loin, on voyait des lumières. Nous étions persuadés qu’il s’agissait des secours. Mais c’étaient des personnes elles aussi sur leur toit avec des lampes torches. » La famille se rassemble autour de la cheminée alors que l’eau continue à monter. « Mon père a enlevé des tuiles pour accéder à un faux grenier. Et on a attendu. On n’a jamais pleuré. »

« Ma meilleure amie en vie »

Au petit matin, « il faisait beau. Après, on a commencé à entendre les hélicoptères, à voir les bateaux. On a su que l’on allait être sauvés. Et là, on a craqué. »Arrivés au camping des Flots bleus, « on nous a donné des couvertures et de l’eau. Ma meilleure amie était en vie. Je l’ai prise dans mes bras. Des amis de mes parents nous ont hébergés. »

« J’ai perdu toute confiance en moi »

Quelles conséquences de cette nuit d’horreur sur sa vie ? « J’avais un oral de Français avant l’été. De 14 de moyenne, je suis passée à 5 et 6 au Bac. J’avais perdu toute confiance en moi. J’ai toujours caché à mes parents que je n’allais pas bien. Ils étaient en difficulté. Je ne voulais pas qu’ils se préoccupent de moi. Quand je sortais avec mes amis, j’avais des crises d’angoisse. »Depuis deux ans, la jeune fille suit des études d’infirmière à Rochefort. « J’ai besoin d’aider l’autre. » Le procès « remue plein de choses. J’ai du mal en ce moment. »

2014 09 21 zapping

Vous pouvez et pourrez voir les photos du procès faites par Jean-Paul en suivant ce lien

http://www.lafautesurmer.net/album-la-faute-sous-mer/photos-du-proces-jean-paul/

Vous pouvez aussi retrouver ce diaporama en allant à la rubrique Album en sous menu du site.

Elle a parlé après son père et sa mère. Droite, dans sa jolie robe rose et son gilet noir, mais agrippée à la barre, la voix coupée de sanglots. Sandrine, 38 ans, est assistante éducative pour des élèves handicapés dans une école maternelle du Val d’Oise. Le soir du 27 février 2010, elle était en vacances à la Faute-sur-Mer chez ses parents, Gérard et Michelle. Avec elle, son mari, Vincent, leur fille Pauline, 6 ans, leur fils Maxence, 3 ans. Tous les six étaient allés dîner au restaurant. Pas «spécialement préoccupés» par la tempête. Se souvenant, comme la plupart des habitants de la Faute, qu’en 1999, il n’y avait eu que quelques bris de tuiles.

«Seule ma fille Pauline semblait un peu inquiète, raconte Sandrine. Elle nous disait: « Qu’est-ce qui va se passer? » On la taquinait: « Les vaches vont voler. » Puis, quand on a vu qu’elle était quand même angoissée, on l’a rassurée. On lui a dit: regarde, le maire aussi dîne dans le même restaurant que nous. S’il y avait un danger pour la ville, il ne serait pas là tranquille à manger.» Par téléphone, Sandrine réconforte sa sœur, qui se soucie de les savoir en «zone alerte rouge» : «C’est comme en 1999, il va rien se passer !» Puis la famille va se coucher dans leur maison du 16 bis rue des Voiliers, un pavillon de plain-pied proche de la digue Est qui borde la rivière Le Lay.

LA MER DANS LA MAISON

A 3 heures du matin, Sandrine est réveillée «par un bruit de glouglou». «Je me suis levée. Il y avait 5 à 10 centimètres d’eau par terre. J’ai appelé mon mari, mes parents.» Sandrine se précipite à la fenêtre. Dehors, près d’un mètre d’eau entoure la maison. Sa mère pousse un cri : en se levant, elle a glissé sur le sol trempé, et s’est fracturé le bras. «Avec mon mari, on a pris les enfants et on les a portés sur la table de la cuisine, pour qu’ils ne soient pas mouillés.» Tandis qu’elle retourne dans sa chambre, pour mettre des affaires en hauteur, Sandrine entend ses enfants hurler :«Maman, la table bouge !» La porte du garage vient d’exploser, la mer a envahi la maison. Tout flotte et se cogne : chaises, bibelots, buffet, frigidaire. «J’ai regardé ma mère. Je lui ai demandé : « Maman, on va mourir ? » Elle m’a dit oui.»

La voix de Sandrine se coupe. Elle pleure. «Mon mari et mon père ont dit : il faut sortir. Je ne sais pas trop bien nager quand j’ai pas pied, alors j’ai confié ma fille à mon père et je lui ai dit : tu ne la lâches pas. Mon mari a pris mon fils.» Dans 1,70 mètres d’eau gelée, en pyjama, les jambes griffées par les objets et les arbustes, les quatre adultes portant les deux enfants nagent jusqu’à une maison voisine. Elle aussi est de plain-pied mais, au milieu de la pièce principale, flotte un canapé. Ils y hissent les deux enfants et la mère de Sandrine, blessée. «A un moment, j’ai essayé d’y aller aussi, je gelais, raconte Sandrine. Mais le canapé a commencé à couler, alors je suis redescendue.» Pour tenir dans l’eau à 5 degrés, Sandrine fait «des mouvements, de la gym, tout en tenant le canapé, qui n’était pas stable».

Elle parle à ses enfants, «pour les garder éveillés, les rassurer, je ne me souviens même plus de ce que je disais, je crois que c’était n’importe quoi». Mais son fils Maxence ferme les yeux, s’endort. «Je lui criais : tu dors pas, tu dors pas. Ça ne suffisait pas alors je lui ai mis des claques. Des petites claques. Ça ne suffisait pas. Alors ensuite des grosses claques.» Sandrine arrache un rideau pour faire une couverture aux enfants. Puis se tourne et voit que son père ne bouge plus. «Il s’était mis en retrait. Je lui criais: « Papa bouge ! Papa, tu réponds ! » Il n’avait que la tête qui dépassait de l’eau. De temps en temps, il faisait un tout petit mouvement, me disait: « Tais-toi ! » Puis il était figé à nouveau.»

BATEAU SAUVETEUR

Dans la salle d’audience, une petite fille et un petit garçon aux jolis cheveux blonds bouclés frottent le dos de leurs grands-parents, de leur père, les embrassent, les serrent. Maxence et Pauline écoutent leur mère pleurer à la barre. Et ils réconfortent le reste de leur famille, qui pleure aussi. «A 6h30, poursuit Sandrine, on a entendu le bruit de moteur d’un bateau. A ce moment-là, mon père ne bougeait plus du tout depuis déjà un moment. Ma mère lui criait : tiens bon, les secours arrivent, ne me laisse pas.» Les pompiers hissent le corps du père de Sandrine, inconscient, dans le Zodiac. Mère et fille continuent leur supplique. Puis ils sont chargés dans le camion de pompiers, le père à l’avant, devant le chauffage. «J’essayais encore de faire des blagues pour mon petit garçon, dit Sandrine. Je lui disais: t’as vu, c’est super, on est dans un camion de pompiers. Ma mère, elle, continuait à crier à mon père : tu ne peux pas nous laisser maintenant, on est sauvés !»

Les pompiers les déposent au restaurant Poséïdon, premier point de regroupement des sinistrés. «Je voulais allumer une bougie pour les enfants, mes mains tremblaient tellement, je ne pouvais pas la prendre.» Juste après l’arrivée, le père de Sandrine, bien que toujours incapable de bouger ou parler, revient doucement à lui.«Je lui disais : « si tu nous entends, remue juste un doigt », et il remuait un doigt.»Quelques instants plus tard, Sandrine l’entend tousser, elle se retourne : «Il s’était levé, les yeux ouverts ! Il était en slip, avec son chéquier à la main, il ne savait pas où il était. Je l’ai pris dans mes bras, on s’est serrés.»

LES DOUDOUS DES ENFANTS

Sandrine pleure à chaudes larmes, toujours agrippée à la barre. «Ensuite mon mari a ouvert son blouson et, à l’intérieur, il y avait les doudous des enfants. Il avait pensé à prendre les doudous des enfants. On s’est pris dans les bras, on pleurait, on se disait qu’on s’aimait.»  Sandrine, son mari et leurs enfants ont quitté les hébergements d’urgence de la Faute-sur-Mer pour rentrer chez eux, dans le Val-d’Oise, trois jours après. «J’appelais mes parents dix, vingt fois par jour, tellement je culpabilisais de les laisser là, sans rien. Ma mère était à l’hôpital, opérée deux fois pour son bras. Mon père ne pouvait pas aller la voir car il n’avait plus de voiture. Il était seul et il pleurait toute la journée. On s’est même demandé s’il avait toute sa tête. Je crois que c’était le choc.»

Trois semaines plus tard, Sandrine, Vincent, Pauline et Maxence sont retournés à La Faute-sur-Mer. Pour voir les parents de Sandrine, et pour montrer aux enfants que l’eau était repartie. «Pendant très longtemps, plus d’un an, les enfants sont venus toutes les nuits dans notre chambre. On avait mis un matelas au pied du lit. Ma fille, ça n’allait pas du tout. Elle a été voir une psychologue et on a compris : elle ne nous croyait plus. Toute cette soirée on lui avait dit qu’il n’y avait rien à craindre, qu’il ne se passerait rien. Et puis il s’est passé ça.»

Ondine MILLOT Envoyée spéciale aux Sables d’Olonne

Quatre morts dans la famille Bounaceur, le président Almy a salué « le courage du père de famille à venir s’exprimer à la barre”.

Moment fort, éprouvant de la dernière journée de la première semaine du procès Xynthia, l’audition du docteur Ahmed Bounaceur (assis en sombre avec les lunettes) dont quatre membres de sa famille ont perdu la vie : sa mère, son épouse et deux de ses fils. “J’aurais voulu mourir avant eux pour ne pas les voir mourir”. Médecin urgentiste à l’hôpital de Fontenay-le-Comte où son épouse était gériatre, le couple avait décidé de faire construire une maison pour y loger sa mère et pour y venir en week-end.
A la barre, c’est un profond abattement, “plus le procès approchait, plus c’est le cauchemar qui revenait. Et tous ces noms prononcés au premier jour, c’est l’enfer. J’ai ré-entendu ces cris qui me gâchent la vie à cause de personnes inconscientes, incompétentes”. La dépression, il l’a connue après le drame, lui dont la mission est de sauver des vies. Il n’a pu en sauver qu’une, celle de sa petite fille. La tragique nuit sont décédés sa mère, 73 ans, sa femme, 44 ans, Ismaël, 7 ans et Carnil, 13 ans. Sa vie et celle de sa petite, “c’est parce que j’ai pu la hisser sur le toit de la maison”.
Cette maison il la voulait avec un étage, “le constructeur a refusé”. A aucun moment “on m’a parlé de risque, mais  j’étais surpris qu’il y avait la digue et une zone de 50 m où on ne pouvait pas construire, sensées préserver les autres maisons. M. Babin m’a envoyé vers M. Maslin qu’il disait le meilleur constructeur. Le projet maison étage, M. Maslin a dit que ce n’était pas possible de construire un étage dans ce lotissement car avec le remblai il y avait risque de bouger”. Ahmed Bounaceur a voulu voir un autre constructeur, “Philippe Babin m’a très vite téléphoné et m’a assuré un très rapide permis de construire. Je l’ai obtenu en 15 jours. J’ai alors fait confiance au professionnel, il en a abusé”.
Le maire et les élus sont mis en cause : “à Oléron ou à Noirmoutier ce sont eux qui sont venus frapper à chaque porte pour prévenir, pour voir si ça allait. Ici on n’a vu personne. Ils n’ont pas fait leur devoir, pire, au courant qu’il va y a voir catastrophe, ils n’ont ni prévenu ni protégé, c’est de l’inconscience”. Le président : “Au centre de secours de L’Aiguillon, avez-vous vu le maire ?”. Ahmed Bounaceur : “Non, seulement les voisins et collèges du Samu de La Roche. Pas un mot, pas une fleur. Aucun appel, aucun geste de Monsieur Marratier, aucune aide financière de la mairie de La Faute”.

Ahmed Bounaceur, le courage de ce docteur, venu à la barre s'exprimer.
Ahmed Bounaceur, le courage de ce docteur, venu à la barre s’exprimer.
Les Sables-d’Olonne, 85

«Une nuit d’horreur»: la première semaine du procès Xynthia s’est achevée dans une avalanche d’émotions, avec les témoignages poignants des survivants de la tempête qui a tué 29 personnes en février 2010 à La Faute-sur-Mer (Vendée).

Les rescapés devront à nouveau affronter un moment douloureux avec le déplacement du tribunal jeudi après-midi sur les lieux du drame, alors que certains survivants n’y sont pas retournés depuis la nuit tragique.

Au fil des témoignages des cinq premiers jours d’audience, les gorges se sont nouées, certains témoins n’arrivant plus à parler à la barre, étouffant leurs sanglots.

Fabrice Derepas, un habitant du lotissement des Voiliers, a raconté comment, réfugié sur son toit, il a vu, impuissant, ses voisins sombrer dans les eaux noires après avoir lutté contre la force des flots. «Quand Patrice et Murielle ont disparu, j’ai réalisé que dans les maisons autour de moi il n’y avait aucun signe de vie, on était seuls», lâche-t-il, très ému.

«J’ai failli mourir, si les sauveteurs n’étaient pas venus à 06H30, je ne serais plus là…» a raconté Gérard Fourgereau. «C’était une nuit d’horreur», a commenté sa femme, Michelle.

Pourtant le couple de retraités, qui accueillait ce week-end-là enfants et petits-enfants, s’était couché serein, malgré l’avis de tempête, car ils avaient dîné la veille dans le même restaurant que le maire de la commune. «M. Marratier est au restaurant ce soir, donc il ne va rien se passer de grave», assureront-ils aux petits-enfants.

Le témoignage du Dr Bounaceur, qui a vu mourir cette nuit du 28 février, sa mère, sa femme et deux de ses quatre enfants, noyés dans leur maison de vacances devenue prison mortelle, a marqué les esprits. «Chaque jour, j’entends les cris, les pleurs de mes enfants», a expliqué, dans un silence de plomb, celui dont la famille a payé le plus lourd tribut à la tempête.

Puis son ton s’affermit: «Je ressens de la culpabilité, je me dis que j’ai fait confiance à des gens qui sont incompétents» et à un maire «qui n’a pas alerté la population» le soir de la tempête.

– «Sans doute pas assez d’information» –

Tous ont pointé du doigt le manque de compassion et d’action de René Marratier, maire à l’époque du drame, poursuivi notamment pour homicides involontaires.

Les témoignages se succèdent et la froideur de M. Marratier envers les sinistrés est sur toutes les lèvres, comme lors de ce premier conseil municipal après la tempête, sans minute de silence pour les 29 morts.

Les victimes expliquent n’avoir jamais été informées par la mairie des risques d’inondation. Seuls ceux que des lanceurs d’alerte, les époux Anil, avaient réussi à sensibiliser, avaient en mains les cartes pour réagir.

«Effectivement, il n’y a sans doute pas eu assez d’information», a reconnu pour la première fois l’ancien maire mercredi. Le livret d’information sur les risques d’inondation, qui devait être distribué aux habitants, était resté à la mairie.

Cette nuit-là, l’eau qui a submergé la digue Est de la commune est montée jusqu’à 2,80 mètres dans certaines maisons du lotissement des Voiliers, dans la «cuvette mortifère» où sont décédées la majorité des victimes.

«On a parqué les gens» dans ces lots de 300 m2, s’indigne Évelyne Deregnaucourt, agent immobilier, sinistrée, alors que, dans ces anciens pâturages inondables, «les vaches avaient de l’eau jusque-là (en indiquant sa taille) même en été!» Interrogée sur les raisons de la construction de ces lotissements, sa réponse est sans appel: «Le fric», lâche-t-elle.

Pour beaucoup de rescapés, après le choc de la tempête est arrivé celui des zones noires, annonçant la déconstruction des maisons à risque, plus de 500. «Ça a été comme une deuxième petite mort», sanglote Bernadette Le Roy, une sinistrée.

La semaine prochaine, outre le déplacement sur les lieux du drame, le tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne continuera à entendre les témoignages des parties civiles.

Le procès doit s’achever le 17 octobre. Le jugement est attendu pour le 12 décembre.

AFP

Le docteur Ahmed Bounaceur a perdu deux de ses enfants, sa femme et sa mère lors de la tempête. Son témoignage, sobre et concis, a bouleversé l’assistance.

Procès Xynthia. Ahmed Bounaceur:

Ahmed Bounaceur, 51 ans, médecin urgentiste au pôle santé à Fontenay-le-Comte, a perdu sa mère, sa femme et deux de ses enfants le 28 février 2010. Depuis cette funeste nuit, cet homme dont le métier consiste à sauver des vies ne s’est jamais exprimé publiquement.

Aucune question éludéeVendredi après-midi, droit dans son costume sombre, il s’est approché lentement de la cour, à la demande du président Almy, s’est appuyé à la barre, a salué les magistrats du parquet, les avocats d’une voix calme et solennelle. On va rapidement comprendre que sa présence aujourd’hui n’existe qu’au prix d’un violent effort. Ahmed Bounaceur n’éludera aucune question, mais prévient qu’il ne s’étendra pas sur les atroces détails de son drame. Le juge lui donne la parole, il parle vite, très vite.

Insupportable »Depuis deux semaines que je sais que ce procès va avoir lieu, j’ai débuté à avoir des cauchemars. J’espère trouver le courage pour le faire. Entendre les prénoms de mes enfants, de ma mère et de ma femme, c’est une deuxième souffrance. Et savoir qu’il y a à côté de moi des gens qui par leur inconscience et leur incompétence ont causé la mort de mes proches, c’est insupportable. »

« Je vois les corps flotter » »J’entends encore les cris, les pleurs de mes enfants, terrorisés par l’eau qui monte. Nous sommes tous réfugiés dans la chambre de mon fils Camil, ma femme, ma mère et mes trois enfants. Ma femme appelle les secours. On lui dit qu’il ne faut surtout pas bouger. De dire aux enfants que c’est comme à la piscine et qu’il ne se passera rien. Mais ils ont peur. Camil me dit de faire quelque chose, de sortir. J’ai froid, je suis totalement angoissé. Je parviens à m’extirper de la maison. Je veux enlever des tuiles pour passer par le toit, mais je n’y arrive pas. En revenant, je vois les corps de ma femme et de ma mère flotter. Je comprends que ma vie vient de basculer à jamais. J’ai prié pour partir avant mes enfants. Pour ne pas les voir mourir. Puis j’ai vu que ma fille était inconsciente, en hypothermie. Je l’ai frottée pour ne pas qu’elle tombe dans le coma. J’ai passé horaire l’oreille collée sur son cœur. »

Je remonte la pente difficilementAhmed Bounaceur et sa fille survivront. Ses fils Camil, 13 ans et Ismaël 5 ans, alors que leur mère Yamina, 44 ans et leur grand-mère Nora, 73 ans, sont décédés. Ahmed et Nora Bounaceur étaient parents d’un 4e enfant, un garçon qui n’était pas présent à La Faute le soir du drame.

« Aujourd’hui, mon fils causé ses études à Paris. Il est angoissé. Quand il rentre à la maison, il rentre dans sa chambre et ne parle pas. Ma fille est encore plus mal. Elle a changé de comportement. C’est en partie ma faute. J’ai été préoccupé par mon propre deuil et j’ai oublié que ma fille aussi à côté était en deuil et avait besoin de moi. Quand à moi, je suis dépressif, sous médicaments. Je remonte la pente difficilement. Plusieurs fois par jour, j’éprouve la culpabilité d’avoir causé confiance à des gens insconscients. On m’avait dissuadé de construire une maison à étage, bien que c’était mon souhait. Et l’a construite 20 centimètres au dessous du seuil de référencement. Peut-être que ces 20 cm auraient permis à ma famille de rester la tête hors de l’eau et respirer. »

Suite à sa déposition, le docteur Bounaceur a quitté la salle, dans la plus grande discrétion.

 

photo rémy plaire, ancien militaire, a perdu sa compagne maguy pendant la tempête. © franck dubray

Rémy Plaire, ancien militaire, a perdu sa compagne Maguy pendant la tempête.© Franck Dubray

Cet ancien militaire a vécu des coups durs, tout au long de sa carrière. Il avait tout surmonté. Sauf Xynthia, qui lui a en levé sa compagne.

Rémy Plaire, 74 ans, habite à Saint-Michel-en-l’Herm. Il a perdu sa compagne, Maguy, le soir de la tempête. il a livré l’un des témoignages les plus édifiants de la semaine, par la précision des souvenirs et la justesse du verbe.

« J’habitais dans le lotissement des Voiliers. J’étais le plus proche voisin des familles Bounaceur et Rousseau. Ma compagne s’appelait Marie-Marguerite, mais tout le mode l’appelait Maguy. C’était une femme merveilleuse, qui adorait les gens et communiquait sa bonne humeur tout autour d’elle. Elle était animatrice dans une maison de retraite.

Mais à ce moment là, elle vivait un drame. Le 30 décembre 2009, sa belle-fille l’a appelée au téléphone pour lui apprendre une terrible nouvelle. Son fils, Alain, 42 ans, venait de décéder brutalement en faisant du footing. Au cours des semaines qui ont suivi, Maguy traversait une grave dépression. Elle avait fait deux attaques et avait été hospitalisée à Luçon.

« On savait que ça allait souffler »

Le soir du drame, nous sommes allés au restaurant. Maguy, qui ne mangeait plus rien depuis des jours et des jours, a commandé une énorme choucroute, garnie d’un jarret gros comme ça. Je suis désolé d’évoquer ce genre de détails, mais cela m’avait littéralement bluffé. Elle l’a mangée entièrement. Plus tard dans la soirée, elle a été malade.

Ensuite, on s’est couchés. On savait que ça allait souffler, mais on n’avait pas plus de crainte que ça. À 2 h 15, tout de même, le bruit du vent nous a réveillé. Brutalement. J’ai voulu aller chercher une échelle pour grimper dans les combles. Mais la porte du garage a explosé et l’eau et s’est engouffrée dans la maison.

« L’eau montait, montait, montait »

On s’est d’abord réfugiés sur le lit. Mais l’eau continuait à monter. Alors on s’est enfermé dans un placard. J’ai pris Maguy sur mes genoux. Elle s’est mise à réciter des chapelets de prières, par dizaines. Et l’eau montait, montait, montait. Maggy elle glissait, glissait. J’ai plongé pour essayer de la récupérer, mais je n’ai pas pu. Je l’ai tirée par une jambe et j’ai constaté qu’elle était décédée. Il ne restait que 10 centimètres d’eau sous le plafond, je respirais sur la pointe des pieds.

Je suis tombé dans les pommes. Je ne saurai jamais pourquoi, mais je me suis réveillé quelques minutes plus tard. Je vous le dit, à l’heure qu’il est, je devrais être mort. La hauteur d’eau était descendue de 40 ou 50 centimètres. Je n’étais plus au même endroit. J’ai attrapé une combinaison de ski pour me couvrir. Et j’ai à nouveau perdu connaissance. C ‘est le bruit de l’hélico, en stationnaire au dessus de la maison, qui m’a réveillé. Je me suis montré. J’ai compris qu’il m’avait vu. Il est venu me chercher. Là, j’étais dans mon élément. Dans ma carrière de mécanicien, j’ai volé en hélico des dizaines et des dizaines de fois. J’ai dit au pilote : il y a ma femme en bas. Il faut aller la chercher.

« Quatre jours après Xynthia, ma mère décédait »

Depuis cette nuit là, j’ai changé. J’étais un costaud, pas comme maintenant (il montre ses yeux, gonflés de larmes). J’ai pris 11 kg, alors que je ne mange plus. Je ne peux plus regarder un film dramatique, les larmes me montent aux yeux aussitôt. Vous pouvez pas savoir les efforts que je fais pour pas pleurer. Pourtant, des coups durs, j’en ai vécu. Comme quand il fallait aller chercher des pilotes qui avaient percuté la planète et n’avaient pas réussi à s’éjecter. Dans ces cratères, il fallait retrouver un morceau de corps humain. Je m’étais toujours remis de ces épreuves. Mais là…

Quatre jours après Xynthia, ma mère décédait. J’ai perdu la plupart de mes amis. Je me suis éloigné, retranché sur moi-même. Je ne suis plus le même homme ».

Ouest-France  

Un procès hors normes, avec 120 parties civiles, à la fois des rescapés et des proches des 29 personnes disparues dans les inondations à la Faute-sur-mer en février 2010. En marge des audiences, des psychologues assistent non seulement les victimes, mais aussi les magistrats.

 

C’est une réflexion qui est née après le procès de l’incendie du tunnel du Mont Blanc, en 2005. Face aux récits des victimes, les juges peuvent se sentir submergés par ce déferlement de douleur. Ici, aux Sables d’Olonne, le tribunal a pris les devants et missionné une psychothérapeute. Tous les soirs, après l’audience, Valérie Daniel débriefe magistrats et greffiers. La robe, explique-t-elle, ne protège pas de tout, les personnels judicaires peuvent développer des symptômes; des insomnies, l’invasion d’images récurrentes. C’est donc un vrai processus de prévention, explique la psychologue, et une première dans le monde judiciaire.

Les victimes aussi bien sûr sont suivies par des psychologues. On y est désormais habitués lors de ce type de procès. Aux Sables d’Olonne, elles sont deux à recevoir les parties civiles, dans une salle loin des regards.

Une aide nécessaire pour passer l’épreuve du procès ; le rappel des faits qui ravive le souvenir du drame, la peur de s’effondrer. Voilà pour l’urgence. Mais est-ce suffisant ?

J’ai posé la question à Anne-Lise Diet, psychologue, psychanalyste, elle est aussi administratrice de l’AVIF, l’association qui regroupe la plupart des parties civiles.Elle est assise à leurs côtés, avec un regard à la fois professionnel et amical. Ce qu’elle dit est assez inquiétant : aucun, pratiquement, ne bénéficie d’un vrai suivi psychologique :

Alors évidemment, ce n’est pas le rôle de la justice, qui est là pour déterminer les responsabilités. Mais ce moment très fort du témoignage à la barre, pour Anne-Lise Diet,cela peut être une première étape pour aller mieux :

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

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Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

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