Xynthia la polemique enfle la solidarite aussi

Ce mardi matin, les secouristes reprennent leurs recherches des victimes de la tempête Xynthia, qui a ravagé une partie du littoral Atlantique dans la nuit de samedi à dimanche. Ils redoutent la découverte de nouveaux corps dans les zones qui seront asséchées. D’après le dernier bilan communiqué hier soir, la tempête aurait déjà fait 51 morts et 8 personnes seraient toujours portées disparues.

Une aide de 3 millions d’euros

Plus de la moitié des victimes (26 au total) ont été recensées à La Faute-sur-Mer et à L’Aiguillon-sur-Mer, en Vendée. Deux communes qui se retrouvent au cœur d’une polémique sur l’urbanisme en zone littorale. Nicolas Sarkozy, qui s’est rendu sur les lieux hier, a annoncé une « mission d’inspection » qui devra rendre un premier rapport « sous dix jours » pour « comprendre ce qui s’est passé dans la baie » et un « plan digue » national, rapporte « 20minutes.fr ». Le président de la République a en outre promis le déblocage d’une aide de 3 millions d’euros pour les victimes.

Etat de catastrophe naturelle

En attendant, les élus locaux refusent d’être pris comme boucs émissaires : « Tout ce qui a été construit l’a été avec l’accord des services de l’Etat », répète René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer. La préfecture de Vendée, quant à elle, a ordonné dès hier un renforcement des digues pour tenter de limiter le phénomène, alors que le pompage y a débuté lundi. Notons que les communes de ce département, ainsi que celles de Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de la Vienne ont été placées hier soir en état de catastrophe naturelle en vertu d’un arrêté ministériel, et ce « au titre des inondations, coulées de boue » et « mouvements de terrain », est-il expliqué dans un communiqué.

Solidarité en marche

Mardi matin, le département du Morbihan était toujours maintenu en vigilance orange par Météo-France en raison du niveau élevé des cours d’eau en crue qui pourraient entraîner des inondations. Une vigilance valable jusqu’à mercredi 6h. Enfin, sur le terrain, les experts sont mobilisés pour estimer les dégâts dans les milliers de maisons affectées par les intempéries de dimanche. La solidarité, quant à elle, est en marche. Les rescapés sont hébergés dans différents centres, d’autres sont relogés chez des proches, des voisins. Pour venir en aide aux sinistrés de la tempête Xynthia, Didier Deschamps, ancien capitaine de l’équipe de France de football, a annoncé qu’il souhaitait organiser un match de solidarité. « On a envie de faire quelque chose pour venir en aide à toutes ces familles qui ont perdu des êtres chers », a-t-il affirmé hier sur Canal+ Sport. A.S.

Le 02/03/2010

Par Noria Ait-Kheddache

Xynthia a tué 52 personnes à ce jour. Après l’émotion, l’heure est aux interrogations. Comment et quand décide-t-on d’évacuer une zone où le danger pour les populations est imminent? Fallait-il passer à l’acte?

La Rochelle, le 28 février dernier.REUTERS/Regis Duvignau

La Rochelle, le 28 février dernier.

Constructions en zone inondable, vents d’Ouest importants, marée d’une hauteur exceptionnelle… La combinaison de ces trois facteurs a entraîné la mort de 52 personnes malgré l’alerte rouge lancée vers 16 heures par Météo-France. « La tempête était prévisible s’accordent les experts. On savait qu’en cas de réunion de ces trois facteurs (vent, zone inondable, marée haute), on risquait de courir à la catastrophe. » Est-ce à dire qu’il fallait évacuer les zones les plus risquées?

Sur le terrain, élus locaux et préfectures pensent avoir fait de leur mieux. La préfecture de Vendée n’a pas prononcé d’évacuation. Sur France Info, le préfet de cette région critique les donneurs de leçons, les « y’a qu’a, faut qu’on » qui se permettent des jugements, alors que même les experts ont été surpris par le phénomène. « Jamais une alerte rouge n’a déclenché l’évacuation de la population explique Jean-Jacques Brot. Quatre départements étaient en vigilance rouge. Qui fallait-il évacuer? Ceux du littoral ou de l’intérieur des terres? » Pour sa défense, il explique que « personne n’aurait pensé que la situation aurait été si dramatique ».

La préfecture de Charente-Maritime non plus n’avait pas prévu d’évacuation. Dominique Bussereau, le président du conseil général de Charente et secrétaire d’Etat aux Transports, a affirmé lundi sur RTL que « les services de l’État » n’avaient pas commis d’erreur avant la tempête. Il a prit la défense du préfet de Charente-Maritime. « Ancien directeur de la sécurité civile, il avait fait tout ce qu’il fallait, les gens étaient prévenus. »

« Evacuer ou non, c’est presque du ressort de l’Etat »

Jointe par téléphone, la préfecture de Charente-Maritime explique qu' »une évacuation se décide en fonction des circonstances (nature des risques, conditions climatiques). Qu’elle est « mise en application avec la coordination de différents corps, pompiers, police, endroits pour accueillir la population ». Mais à la question de savoir s’il fallait évacuer ou non, la préfecture refuse de répondre. On se contente de lâcher: « L’analyse de la situation ne permettait pas de décider d’une évacuation. » On n’en saura pas plus.

Le passage de la tempête Xynthia le 28 février 2010 a fait au  moins 52 morts en France.AFP/Xavier Leoty

Le passage de la tempête Xynthia le 28 février 2010 a fait au moins 52 morts en France.

A la question de savoir s’il fallait évacuer, René Marratier, maire de La Faute-sur-Mer confie à Ouest-France« Tant qu’on n’a pas tous les éléments, on ne peut pas savoir… Evacuer ou non, c’est presque du ressort de l’Etat. Moi je n’ai compris la gravité de la situation qu’au dernier moment. C’est trop facile ensuite de dire, il y avait qu’à… Comment voulez-vous qu’on le sache? Aujourd’hui, c’est terrible. On a 23 morts à La Faute et environ 300 sinistrés…  »

« Pour une tempête, aucune évacuation n’est prévue »

Du côté de la sécurité civile, le lieutenant-colonel Patrick Valli souligne que ses services, qui sont en relation permanente avec Météo-France, ont alerté les préfectures concernées. « C’est ensuite à elle de décider de ce qu’elles prévoient en fonction des risques. » Le seul rôle de la sécurité civile est donc d’alerter des risques encourus. Placées en alerte rouge, les préfectures n’avaient pas prévu d’évacuer. « Le problème, c’est qu’en principe, pour une tempête, aucune évacuation n’est prévue. On dit même aux gens de rester chez eux, de ne pas utiliser leur voiture… »

« Les mesures d’évacuation d’une population sont très compliquées, rappelle Patrick Champagne, du cabinet privé de prévention des risques Eaux et Perspectives. On parle d’une zone où vivent des milliers d’habitants. Si les autorités décident d’évacuer mais de manière tardive, cela peut entraîner d’autres accidents. De nombreux habitants se retrouveraient sur les routes, cherchant à fuir. Dans la panique, il y aurait alors de nombreux accidents de la circulation. Sans compter, le vent fort qui entraînerait la chute de nombreux arbres. »

Un peu oublieuses des recommandations des directions départementales de l’équipement, les mairies vendéennes ont pris la tempête en plein dans le chouan…Au moins, les maisons ont-elles vraiment les pieds dans l’eau…

René Marratier est un patron routier sympa. Il porte une jolie moustache et une grosse chaîne d’or autour du cou. C’est aussi, depuis 1989, le maire de La Faute-sur-Mer, la station maritime décapitée par tempête et marée, ce week-end.

René Marratier est un maire moyen, je veux dire le prototype du type qui dirige votre village. Il pourrait être le vôtre. Et comme cet élu aime ses administrés, il ne leur veut que du bien. Ainsi, en octobre 2008, quand la Direction Départementale de l’Equipement de Vendée s’inquiète (pour que la pénarde DDE s’inquiète il en faut beaucoup), se préoccupe de l’avenir de La Faute-sur-Mer, le bon René Marratier conteste les fonctionnaires de mauvais augures. Point d’histoire.

Le fautif maire de la Faute-sur-mer

A Nice, en ce début d’automne 2008, lors des « Journées du Génie côtier » (ne pas confondre avec le QI de Jean-Claude Gaudin), Stéphane Raison ingénieur à la DDE de Vendée, présente l’ épineuse situation de La Faute-sur-Mer et celle de sa voisine l’Aiguillon : « La conjonction de deux phénomènes, de crue dans l’estuaire du Lay et de submersion marine pourrait avoir un impact très important sur le zones densifiées à l’arrière d’un réseau de digues vieillissant ». Stéphane parle de raison. Dit sans le dire tout en le disant, en mots gentils et savants, «  Ici ça craint gravement ».

Et voilà qu’à l’époque, sur l’écran noir de nos nuits blanches, celui de France 3 Pays de Loire, apparait le bon René Marratier : «  Comment, comment ! De mémoire de citoyen d’ici on n’a jamais vu une goutte d’eau mouiller nos bottes. On ne peut interdire à de braves gens, qui se sont saignés pour avoir leur maison, ici d’y vivre… ». Le préfet et sa DDE peuvent aller faire digue ailleurs, pourquoi pas à côté, de Nantes à Montaigu : Marratier, décentralisation dans la décentralisation, est maître chez lui.

Le bon roi René ne veut détruire ses châteaux d’été

Le bon roi René croit défendre la sécurité des êtres en la confondant avec leurs biens. C’est mieux que rien. Imaginez Marratier envoyant les pelleteuses contre tout ces «  Ca me suffit », ces si modestes pavillonnettes de mer ? Impossible. Et dites-moi, après un coup comme ça, comment être réélu ? Donc on tergiverse. Finalement une bande de 50 mètres, le long de la digue, sera désormais inconstructible. Mais les maisons qui sont déjà là, et bien on les laisse. Inch’Allah prient ces vendéens, ce qui est insane, si près du donjon du marquis de Villiers.

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Réflexion au bord de l’eau
© Oliv’

Au début du XXe siècle il n’y avait pas un chat dans cette pointe de La Faute, normal puisqu’il n’y avait pas un homme. Dans son antique sagesse, lui savait qu’il ne fallait pas s’installer là. C’est après la Grande Guerre que quelques villas ont poussé. En 1930, à la suite des tempêtes de 26 et 29, on a construit un réseau de digues, puis, petit à petit, mit des gens derrière elles : « 3 000 maisons et 40 000 habitants en été », disent les horribles de la DDE. Ils devaient être contents, les Fautais, de vivre dans cette sérénissime Venise vendéenne… Attendaient-ils que Pinault leur construise un musée ? Cet enchaînement de la bêtise est tragique. Des hommes sont morts sans jamais avoir eu le sentiment de prendre un seul risque. Qu’un hollandais habite sous le niveau de la mer ? Il n’a pas le choix ? Mais à la Faute ou l’Aiguillon, à quoi bon le polder…

Quand la flotte monte ou que roulent les avalanches, regardez les images à la télé, il est très rare que l’eau ou la neige bousculent des murs anciens. Non, on voit toujours le modeste travailleur qui pleure après sa machine à laver boueuse, ou désormais perchée sur le toit du voisin.

Entasser le populo sur les rives débordantes

Mais qui l’a mis ici, l’employé courageux et en larmes ? Son bon maire, pas même corrompu, qui veut du monde autour de lui, des commerces, maintenir le nombre des classes à l’école et gonfler les muscles de la Communauté de communes. Alors on entasse le populo dans des cuvettes qui attendent l’eau ou sur des rives débordantes. Ensuite, comme à Segré (49), on va casser les pieds des paysans, faire des barrages dans leurs champs afin que les crues ne viennent plus vomir dans les si jolis lotissements. Notez, en passant, qu’il est heureux que peu de maires habitent dans ces endroits-là. L’élite est sauve.

Jadis à Chamonix, on a vu sur la carte de prévision des risques, un tracé d’avalanche faire magiquement le tour d’un terrain, pourtant placé au beau milieu du front de la coulée. Ne cherchez pas, un ami de la mairie, ou un élu, était le propriétaire de la parcelle enchantée. Constructible, bien sûr.

Heureusement, cette frénésie du lotissement, si sauvage, se calme pas mal. Depuis que des maires, ces maîtres du permis du construire, se retrouvent devant les tribunaux après la catastrophe. Alors que, le plus souvent, la seule chose que l’on devrait laisser aux édiles, pour leur éviter la pression immobilière, c’est la construction des cimetières.

Comment une tempête de l’ampleur de Xynthia, pourtant bien annoncée par Météo-France, a-t-elle pu entraîner un bilan aussi lourd  ? Au lendemain de la catastrophe qui a fait une cinquantaine de morts, on s’interroge. Plusieurs facteurs sont entrés en ligne de compte, avec un début de polémique sur les régles d’urbanisme dans le sud de la Vendée, zone la plus touchée.

LA CONJONCTION DE LA TEMPETE ET D’UNE FORTE MAREE. Météo-France avait annoncé la tempête et placé en vigilance rouge les départements les plus exposés.  Des mises en garde avaient été diffusées pour prévenir de possibles dégats importants. Jean-Marie Carrière, directeur des services de prévision, estime sur Le Monde.fr que la tempête Xynthia avait fait l’objet d’une « bonne prévision ».

Mais c’est la conjonction entre l’heure de passage de la tempête et l’horaire de la marée haute qui a modifié la donne. « Les deux marégraphes des Sables-d’Olonne (Vendée) et de La Pallice (à La Rochelle) ont mesuré de surcotes (hauteur d’eau en plus de celle de la marée) de 150 à 160 cm. Or dimanche matin, les plus importantes surcotes se sont produites au moment de la marée haute. A marée basse, on n’aurait pas eu d’effets notables de cette surcote », ajoute Joël Hoffman, responsable de la prévision marine à Météo France, interviewé par l’AFP.

LES BRECHES DANS LA DIGUE DE L’AIGUILLON (85). C’est près de cet ouvrage édifié à l’époque napoléonienne qu’est située la zone la durement touchée par la tempête. Bilan : 26 morts sur les communes d’Aiguillon-sur-Mer et la Faute-sur-Mer, dont les secteurs résidentiels ont été submergés. La digue longue de 8 km a cédé en quatre endroits, sous les coups de boutoir d’une mer déchaînée.

« Il va falloir reconstruire des digues suffisamment puissantes, solides et hautes. Elles sont très anciennes, n’étaient peut-être pas faites pour supporter un tel choc. Il faut maintenant en tirer les conséquences », a déclaré lundi matin sur France Inter Ségolène Royal. Le président Nicolas Sarkozy a d’ailleurs demandé à Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, d’élaborer un « plan digue » afin de prévenir ce genre de catastrophe.

L’URBANISATION DE SECTEURS POTENTIELLEMENT INONDABLES. Plusieurs communes vendéennes touchées par les inondations se trouvent dans des secteurs de bord de mer protégés par des digues. Pourquoi a-t-on autorisé les constructions dans ces zones potentiellement inondables ?

En 2008, un reportage de France 3 à l’Aiguillon-sur-Mer et La Faute-sur-Mer mettait en évidence les enjeux liés à l’urbanisation. On y explique qu’une partie du secteur situé derrière la digue a été urbanisé récemment, avant que l’Etat n’y mette un frein par le biais du plan « prévention du risque inondation et submersion marine ». Une mesure qui n’était pas du goût du maire de La Faute-sur-Mer, lequel estimait que l’on pouvait encore étendre les zones pavillonnaires à condition de surélever de quelques dizaines de centimètres les futures maisons.

Il reste qu’au lendemain de la tempête, plusieurs personnalités politiques estiment que les règles de construction sont trop lâches sur le littoral. »Il faut construire autrement sur la côte partout en France, a affirmé Philippe de Villiers sur France Info. Je pense que l’Etat impose des normes qui sont respectées par les maires le plus souvent, mais qui ne sont pas assez sévères ». Du côté du gouvernement, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno s’est prononcée en faveur d’un durcissement des règles de construction le long du littoral, rapporte Le Nouvel Obs.com.

La Faute-sur-Mer, un secteur très touché par la tempête Xynthia.
La Faute-sur-Mer, un secteur très touché par la tempête Xynthia./IDE

TEMPETE – En front de mer, le secteur de La Faute-sur-Mer a été balayé…

La presqu’île de La Faute-sur-Mer et sa voisine d’en face sur l’estuaire, L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), se retrouvent au centre d’une polémique sur l’urbanisme en zone littorale après la tempête Xynthia. Les deux communes ont recensé 26 des 51 décès provoqués par la catastrophe, selon le dernier bilan. Sur place lundi, le président de la République a annoncé une «mission d’inspection» qui devra rendre un premier rapport «sous dix jours» pour «comprendre ce qui s’est passé dans la baie» et un «plan digue» national. Car le drame a rappelé à tous celui de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), où 46 personnes avaient péri le 22 septembre 1992, emportées par l’Ouvèze.

Construit avec l’accord de l’Etat

Daniel Bordelet, 61 ans, a ainsi fait construire son petit «pavillon Phoenix» il y a trois ans, sur la Pointe de l’Aiguillon. Aujourd’hui, le sol de la maison est jonché de boue, d’herbes et de roseaux. «Quand nous l’avons fait construire, le terrain n’était pas classé comme inondable», rapporte cet ancien artisan métallurgiste, venu du Loiret couler une paisible retraite avec son épouse.

«Il a été classé comme semi-inondable quelques mois après la fin des travaux. En fait, il aurait dû carrément être mis en zone rouge.» Les maires refusent d’être les boucs émissaires: «Tout ce qui a été construit l’a été avec l’accord des services de l’Etat», répète René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer. Les élus locaux nient aussi que les digues aient cédé, estimant que l’eau est remontée par la Pointe d’Arçay. Pourtant, la DDE les avait mis en garde contre les risques d’inondations.

A L’Aiguillon-sur-Mer, Guillaume Frouin

Dans les deux communes vendéennes les plus touchées par la tempête, les habitants semblent encore sonnés par la lourdeur du bilan et l’ampleur des dégâts

La nuit de la tempête la hante encore. « Sans l’aide de mon compagnon, je me serais noyée, raconte Yvonne Bireau, 53 ans. Il m’a sortie deux fois de l’eau alors que je coulais. » Dans sa maison du quartier de la pointe d’Arçay, à La Faute-sur-Mer, l’un des plus touchés par la tempête, l’eau est montée jusqu’à 1,50 mètre dans la nuit de samedi à dimanche. « Regardez, je suis couverte de bleus, tous les meubles me sont tombés dessus ! », s’exclame-t-elle.

Par chance, Yvonne et son compagnon Christophe, grand gaillard de 55 ans, sont parvenus à s’extraire de la maison vers 4 heures du matin. « On a marché plus de 700 mètres avec de l’eau jusqu’au cou, pieds nus et en pyjama, poursuit Yvonne, encore transie de froid. Aujourd’hui, je n’ai plus rien, ni maison, ni voiture. Même les vêtements que je porte ne sont pas à moi. Ce sont des amis de La Rochelle qui nous ont recueillis. »

« En moins d’un quart d’heure l’eau est montée jusqu’à 1,80 m »

Comme beaucoup de rescapés de La Faute-sur-Mer, le couple s’est rendu lundi 1er mars au matin au gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer, transformé en cellule d’accueil des victimes. À l’intérieur, des lits de camp alignés les uns à côté des autres ont permis aux sinistrés de passer la nuit au sec. Aux côtés des pompiers et des gendarmes, des bénévoles sont à l’écoute de ceux qui entrent et sortent, à la recherche d’un proche, d’un renseignement ou simplement de réconfort.

Assis sur une chaise, Maurice Butin, 81 ans, a encore du mal à se remettre de ses émotions. La nuit de la tempête, lui et sa femme Nicole sont restés plusieurs heures debout sur un meuble de leur cuisine, dans leur maison de La Faute-sur-Mer située non loin du port.

« On dormait quand ma femme a entendu un grand bruit d’eau, se souvient-il. À peine levés, on a glissé sur le carrelage trempé et en moins d’un quart d’heure l’eau est montée jusqu’à 1,80 mètre. » Le couple a été récupéré au petit matin par les pompiers. Depuis, ils sont hébergés dans la maison de leur fille, épargnée par la montée des eaux.

Le bilan pourrait s’alourdir

Leur voisine Claudine Abraham, qui a « la chance d’avoir une maison avec étage », a passé cette fameuse nuit d’angoisse au sec. « Nous sommes allés dormir en haut avec mon mari quand nous avons vu l’eau monter à toute vitesse, explique cette retraitée de 67 ans, les pieds chaussés de pantoufles. La maison est dévastée, les meubles sont sens dessus dessous, le canapé a même atterri sur la table du salon. »

Une amie récemment installée à L’Aiguillon leur a prêté des vêtements et les hébergera le temps qu’il faudra. « Ce qui compte, c’est que nous sommes toujours là, ajoute-t-elle. Plusieurs de nos voisins ont péri noyés. » Parmi les 26 personnes décédées à cause de la tempête, 23 seraient originaires de La Faute-sur-Mer, selon son maire René Marratier.

Si l’identification des victimes prendra du temps, l’élu confie que beaucoup d’entre elles sont des personnes de plus de 60 ans. Toute la journée de lundi, les pompiers ont procédé à de nouvelles investigations dans les maisons restées closes, et le bilan pourrait s’alourdir.

« Les paysages sont défigurés »

Pour ceux qui le souhaitent, une veillée de prière est organisée chaque soir à 18 heures dans l’église de L’Aiguillon et une messe de requiem sera célébrée jeudi dans la cathédrale de Luçon, en présence de l’évêque. « Les gens sont abattus et encore sous le choc, constate le P. François Roullière, curé de la paroisse. On est là pour les soutenir et leur apporter de l’espérance. » Le premier étage du presbytère a également été mis à la disposition des personnes esseulées. De fait, la solidarité s’organise dans toute la ville.

Ici, un habitant héberge plusieurs familles, là un retraité va rendre visite à une amie injoignable. Ailleurs, un restaurateur offre le café à ceux qui n’ont plus de quoi payer. Les maires de L’Aiguillon et de La Faute, qui ont eux aussi perdu leur maison dans la catastrophe, sillonnent le terrain depuis dimanche.

« Il faut laisser passer le deuil puis engager très vite des travaux de reconstruction », estime René Marratier. Aujourd’hui, les paysages sont défigurés. Sur la route de la Pointe, à L’Aiguillon, gravats, voitures couchées, détritus et vérandas brisées offrent un triste spectacle. Loin des images de carte postale de ces deux stations balnéaires, que les habitants aimeraient tant retrouver.

Florence PAGNEUX, à L’Aiguillon et La Faute-sur-Mer

Les équipes de secouristes ont entamé une troisième journée de recherches des victimes dans les départements maritimes les plus touchés par les inondations (Vendée et Charente-Maritime). Elles vont tenter de pomper massivement la zone inondée avec de puissants moyens. Les secours ont retrouvé le corps d’un disparu ce matin, ce qui porte le bilan à 52 morts et 8 disparus.

France Info  - A gauche : le PC crise des opérations de secours à  L’Aiguillon-Sur-Mer. A droite : pompage du lotissement le plu stouché à  La faute-sur-Mer.A gauche : le PC crise des opérations de secours à L’Aiguillon-Sur-Mer. A droite : pompage du lotissement le plu stouché à La faute-sur-Mer.
© RADIOFRANCE/ Mikael Roparz

Les secours ont repris les recherches ce matin pour le troisième jour, dans les communes vendéennes de La-Faute-Sur-Mer et de L’Aiguillon-Sur-Mer, les plus touchées par la tempête Xynthia conjuguée aux fortes marées du week-end.

Jusqu’à présent, 28 corps ont été retrouvés dans le lotissement submergé par les eaux, dont un ce matin, qui était jusqu’à présent porté disparu.

Le dernier bilan de la tempête Xynthia en France s’élève donc à 52 morts, dont 34 en Vendée et 12 en Charent-Maritime. Mais les secours craignent d’en retrouver d’autres avec les opérations de pompage à grande échelle qui commencent aujourd’hui.

Les pompiers ont acheminé des machines à gros débit, qui permettent de pomper l’équivalent de deux piscines olympiques par heure. Encore faut-il que la marée de ce soir ne submerge pas à nouveau la zone. Le coefficient est de 110, un des plus élevés de la semaine. La préfecture de Vendée a donc ordonné le renforcement des digues pour limiter la remontée des eaux.

France Info - Un pompier à la recherche d’eventuels survivants dans  une maison de La-Faute-Sur-Mer.Un pompier à la recherche d’eventuels survivants dans une maison de La-Faute-Sur-Mer.
© REUTERS / Stéphane Mahe

mercredi 03.03.2010, 05:04 – La Voix du Nord

 À droite, une dame propose d'héberger deux sinistrés réfugiés,  dimanche soir, dans un gymnase de L'Aiguillon-sur-Mer.
À droite, une dame propose d’héberger deux sinistrés réfugiés, dimanche soir, dans un gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer.

Dès dimanche soir, au gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer, une merveilleuse solidarité avait pansé …

un peu des douleurs et des traumatismes des dizaines de sinistrés. Aux hommes et aux femmes abattus, accablés d’avoir tout perdu, d’avoir parfois cru leur dernière heure venue, d’autres hommes, d’autres femmes venaient tendre la main.

À leurs larmes, à leur détresse muette, ils proposaient un peu de chaleur. C’était une dame qui venait offrir une chambre pour la nuit, une famille qui apportait un sac de vêtements, une cuisinière à la retraite qui se mettait d’office aux fourneaux pour préparer la soupe. « Et ça n’a pas arrêté », dit un adjoint au maire de L’Aiguillon.

Quatre standardistes à temps plein

« Lundi, nous avons dû mettre en place quatre standardistes à temps plein à la mairie, rien que pour répondre aux propositions d’aide.

Beaucoup de personnes proposaient leurs résidences secondaires ou leurs appartements, pour ceux qui n’avaient plus de logement. Ce sont d’ailleurs les cas que nous avons traités en priorité. » Hier, c’est plutôt pour retirer un formulaire de déclaration de sinistre qu’on faisait la queue à la mairie. Dans un autre élan de solidarité, l’annonce par Nicolas Sarkozy qu’il signerait l’arrêté de catastrophe naturelle dès hier a fait beaucoup de bien. Presque autant que les 3 millions d’euros débloqués en urgence. « C’est extrêmement important pour la clarté des choses », disait un agent d’assurances qui faisait le tour des maisons inondées, dès lundi après-midi.

Mais hier, à l’île de Ré, on rappelait également que des maires et des adjoints avaient fait le tour des maisons, eux aussi, avant l’arrivée de Xynthia. « Avec des haut-parleurs sur le toit des voitures, ou porte par porte. » Et qu’ils ont probablement sauvé des vies. Ils disaient de se protéger, de ne pas sortir.

Condamnées chez elles

À La Faute-sur-Mer, ils ont fait la même chose. Mais c’est justement en restant chez eux que des personnes âgées se sont condamnées, dans les maisons exposées. « Comment pouvait-on prévoir une telle montée des eaux ? » Jean-Marc Sornin, conseiller en urbanisme et aménagement du littoral, déplore que les maires n’aient pas « une check-list de ce qu’il faut faire », dans ces cas extrêmes. « L’information est bien venue des préfectures, concernant l’alerte rouge, mais c’est tout. Il n’y a pas de consignes, chacun se débrouille. »

É. D.

TIMOTHÉE BOUTRY ET ÉMELINE CAZI | 02.03.2010, 07h00

Cela ne devait être qu’un écrit de plus dans la joute administrative qui oppose la commune de La Faute-sur-Mer et la préfecture de Vendée depuis des années. Le 19 novembre dernier, le conseil municipal de la commune, une des plus touchées par la tempête Xynthia, avait manifesté son hostilité au plan de prévention du risque inondation (PPRI) de l’estuaire élaboré par la préfecture.

Les contraintes imposées par ce plan notamment en termes de restrictions de constructions n’étaient pas du goût des élus. Le conseil avait donc décidé à l’unanimité de demander au préfet de retarder l’enquête publique. Cette décision prend une toute autre ampleur depuis ce week-end et relance le débat sur l’urbanisation des zones inondables en France.«Un état d’esprit peu responsable d’un certain nombre d’élus»

Une étude du Commissariat général au développement durable relève d’ailleurs qu’entre 1999 et 2006 près de 100 000 logements ont été construits en zones inondables sur l’ensemble du territoire. « L’adoption immédiate de ces mesures n’aurait sans doute pas eu de conséquence vis-à-vis de cette tempête mais elle est révélatrice d’un état d’esprit peu responsable d’un certain nombre d’élus », raille un observateur local.

Depuis 2001, l’Etat cherche à faire appliquer dans l’estuaire du Lay donc sur les communes de La Faute et de L’Aiguillon un plan de prévention du risque d’inondation. Le document prévoit de réduire les zones d’urbanisation et d’interdire toute construction sur les zones rouges, celles à fort risque d’inondation. Elles sont nombreuses sur la presqu’île. Les maires, qui refusent de voir s’endormir leur cité balnéaire, traînent des pieds. Les années passent, le dialogue se crispe. Devant le manque d’empressement des élus, le préfet de Vendée a décidé en juin 2007 de prendre un arrêté portant application anticipée du PPRI.

En clair, à compter de cette date, la préfecture ne délivre plus aucun avis favorable pour des certificats d’urbanisme et des permis de construire en zone rouge. Concernant les zones bleues, elle assortit ses avis d’un certain nombre de prescriptions comme la construction sur pilotis ou l’installation de l’électricité en hauteur. Mais dans certains cas, les maires ont décidé de passer outre et les juges n’ont pas systématiquement donné raison au préfet qui attaquait les élus devant le tribunal administratif.

Hier, face à la polémique, René Marratier, le maire de La Faute, jurait « accepter le PPRI sur le fond et ne le contester que sur la forme ». « Il y a des corrections à apporter, c’est pour cette raison qu’il n’a toujours pas été approuvé.  » Il jure que « l’enquête publique sera lancée en 2010 »… contrairement au voeu du conseil municipal de novembre dernier.

  • Au gymnase où a été établi l'accueil d'urgence des sinistrés, une  « boutique » a été établie grâce aux nombreux dons de vêtements.

    Au gymnase où a été établi l’accueil d’urgence des sinistrés, une « boutique » a été établie grâce aux nombreux dons de vêtements.

Dons de vêtements, hébergements, coups de main divers… les bonnes volontés sont à pied d’oeuvre.

ReportageUne femme qui cherche « des baskets en 36 », un monsieur qui prendrait bien des maillots de corps. Hier, malgré la fatigue d’une première nuit au gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer, où toute l’aide a été concentrée, les sinistrés semblaient contents de piocher dans les tas de vêtements mis en place par la Croix-Rouge.

« Franchement, la générosité des gens est impressionnante », souffle une jeune femme en train d’essayer une veste. Le style n’est pas vraiment le sien « mais c’est très propre », sourit-elle. Président délégué de la Croix-Rouge des Herbiers, Denis Cousin insiste : « On a besoin de tout : des pulls mais aussi des chaussures, des chaussettes, des couvertures. Surtout, pas la peine d’encombrer avec des habits d’été : les gens en auront sûrement besoin, mais plus tard ! »

Dans le gymnase, c’est un ballet continu : des gens qui apportent des vêtements ou des denrées alimentaires, des familles qui viennent chercher un proche ou encore des voisins qui viennent s’informer. « Je suis venue prendre des nouvelles de ma voisine. Moi-même, j’ai pu être hébergée chez mon fils, mais elle a dû passer la nuit ici », explique Andrée.

Premières courses en pyjama

Au Super U de L’Aiguillon, juste à côté du gymnase, les sinistrés ont pu faire leurs premières courses : « Ça fait un choc. Ils sont venus en pyjama, puisque c’est ainsi qu’ils ont quitté leurs maisons. Ce sont nos clients habituels. On a noté les dépenses, on verra plus tard pour le règlement », explique Laurence Peignet, associée à la direction du magasin.

Au café des Flots bleus, à La Faute-sur-Mer, le coup de main a consisté à accueillir… les pompiers : « On ne devait ouvrir que dimanche prochain. Finalement, on a accueilli plein de pompiers qui n’avaient pas de ravitaillement : on a vidé la réserve ! » racontent Béatrice et Frédéric Paulin.

Les coups de main ? À la mairie de L’Aiguillon-sur-Mer, les propositions ne manquent pas. « En une heure de standard, c’est fou ! » assure l’adjoint au maire, Alain Barraud. « On va avoir besoin d’aide au nettoyage : laissez vos coordonnées car vous comprenez bien que tout cela doit être organisé », lance-t-il à deux jeunes venus déposer leurs coordonnées, CV à l’appui. Pour l’hébergement il préfère, comme les associations caritatives, l’accueil « en famille », à proximité, et pour plusieurs semaines : « L’urgence, on a fait. Maintenant, les gens ont besoin de réorganiser leur vie. »

Annie et André, 58 et 65 ans, se sont portés volontaires. Hier soir, dans leur maison juste avant la sortie de L’Aiguillon, ils ont accueilli Christo Choumant, 87 ans, Rolande, 83 ans, mais aussi leurs enfants de 54 et 46 ans. « On a deux chambres pour eux. Nous, on va dormir dans le salon », annoncent les hôtes, qui trouvent tout naturel d’aider cette famille qu’ils ne connaissent pas : « Si on n’aide pas aujourd’hui, alors on aide quand ? »

Claire HAUBRY.
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