S’il est encore difficile de chiffrer le coût des dégâts de la tempête Xynthia, l’Etat et les collectivités territoriales n’ont pas attendu pour promettre des aides qui se chiffrent en millions d’euros. 20minutes.fr établit un premier panorama de ces chiffres.

Pour les victimes
Ce sont essentiellement les assureurs qui devraient prendre en charge leur indemnisation. Ils devraient débourser plus d’un milliard d’euros selon une information du Figaro.

«L’estimation officieuse de l’ordre d’un milliard d’euros de dommages est du domaine du plausible», a déclaré ce mercredi Bernard Spitz, président de la Fédération française des sociétés d’assurance (Ffsa), renvoyant à la «fin de semaine» pour un coût global qui devrait concerner aussi bien les particuliers que les professionnels, les associations et les collectivités.

Du côté des aides exceptionnelles, Nicolas Sarkozy a déjà proposé un plan de 3 millions d’euros. Depuis, le Conseil général de Vendée a prévu 500.000 euros pour les familles les plus démunies de son département.

Pour les communes
Le Conseil général de Vendée est le seul à s’être déjà avancé avec un plan global de défense contre la mer de 7,5 millions d’euros, des subventions exceptionnelles de 100.000 euros pour les deux communes les plus touchées (l’Aiguillon-sur-Mer et la Faute-sur-mer) et des subventions «catastrophe naturelle» d’un million d’euros pour les communes concernées.

Pour les entreprises
Le ministère du Commerce a annoncé rapidement un plan d’aide aux PME de 10.000 euros par entreprise de moins de 1 million d’euros de chiffre d’affaires hors taxes (8.000 euros pour les dépenses d’investissement liées à la restauration des locaux et de l’outil de travail et 2.000 euros pour l’indemnisation des pertes d’exploitation).

Son homologue de l’Industrie a prévu des prêts de 100.000 à 500.000 euros pour les constructeurs de bateaux de plaisance de Charente-Maritime.

Le Conseil général de Vendée s’est lui prononcé pour 1,5 million d’euros en faveur de l’économie touristique et 1 million d’euros pour les infrastructures portuaires.

Pour les exploitants agricoles et maritimes
Le Conseil général de Vendée va débloquer 3 millions d’euros pour les ostréiculteurs, conchyliculteurs, pêcheurs et agriculteurs.

De son côté, le ministère de l’Agriculture a divisé son plan d’aide en deux. Les agriculteurs toucheront 5 millions d’euros d’aides immédiates et les ostréiculteurs pourront compter eux sur 1,5 millions d’euros d’aides immédiates et 20 millions d’euros pour la reconstitution de leur matériel.

Aides à venir
Le Conseil régional des Pays de la Loire doit voter ce mercredi soir un plan d’aide global de plus de 10 millions d’euros.

Encore en phase d’«inventaire», le Conseil général de Charente-Maritime n’a pas annoncé de plan d’aide, de même que le Conseil général des Deux-Sèvres qui discute conjointement ce mercredi de mesures avec la région Poitou-Charentes.

Enfin, le ministre du Budget, Eric Woerth, a annoncé dimanche des mesures fiscales en faveur des personnes et des entreprises des zones, dont le remboursement des taxes foncières et d’habitation.

Corentin Chauvel
Catastrophe mercredi 03 mars 2010
  • Vingt-neuf corps ont été retrouvés dans le secteur de la baie de  l'Aiguillon-sur-mer.

    Vingt-neuf corps ont été retrouvés dans le secteur de la baie de l’Aiguillon-sur-mer.

    Photo : Philippe Cherel
Les obsèques de deux habitantes de l’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), une mère de 80 ans et sa fille de 60 ans, se sont déroulées mercredi après-midi en l’église de la commune. Une centaine de personnes participait à la cérémonie discrète et silencieuse.

La majorité des victimes sont des retraités

Au total, 29 corps ont été retrouvés dans le secteur, dans l’anse de la baie de l’Aiguillon, qui a été frappée de plein fouet par la tempête et noyée sous les eaux, avec la conjonction de vents très violents et d’une marée de fort coefficient. Les victimes sont pour la plupart des retraités, parfois des couples de retraités.

Messe hommage jeudi à Luçon

Depuis mardi, 17 corps ont été transférés au presbytère de l’Aiguillon-sur-Mer où une chapelle ardente a été installée. Dans la commune voisine de La Faute-sur-Mer, où la submersion d’un lotissement situé en zone inondable a provoqué plusieurs noyades, le cimetière a été inondé et « il est difficile de savoir quand il sera possible de procéder à des inhumations », selon un bénévole.

Une messe solennelle à la mémoire des victimes est prévue jeudi après-midi en la cathédrale de Luçon, en présence du premier ministre François Fillon.

PARIS – Le plan national de renforcement des digues annoncé lundi par Nicolas Sarkozy après le passage de la tempête Xynthia sera dévoilé dans deux mois et fera l’objet d’un financement de l’Etat sur cinq ans, annonce Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie.

Zone inondée à La-Faute-sur-Mer, en Vendée. Le plan national de  renforcement des digues annoncé lundi par Nicolas Sarkozy après le  passage de la tempête Xynthia sera dévoilé dans deux mois et fera  l'objet d'un financement de l'Etat sur cinq ans, annonce Chantal  Jouanno, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie. (Reuters/Régis  Duvignau)Zone inondée à La-Faute-sur-Mer, en Vendée. Le plan national de renforcement des digues annoncé lundi par Nicolas Sarkozy après le passage de la tempête Xynthia sera dévoilé dans deux mois et fera l’objet d’un financement de l’Etat sur cinq ans, annonce Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie. (Reuters/Régis Duvignau)

S’exprimant à la sortie du conseil des ministres, elle a précisé qu’il s’agissait d’abord d' »estimer, sur les 1.350 km de digues qui sont le long du littoral, celles qui sont plus ou moins en bon état et celles sur lesquelles il va falloir des travaux en priorité« .

Dans l’immédiat, une inspection des digues et des zones à risque sera menée et devrait déboucher sur un pré-rapport dans les dix jours, a-t-elle précisé.

Le passage de Xynthia a fait 52 victimes en France, selon un bilan officiel, pour l’essentiel sur le littoral atlantique où des digues ont lâché sous la pression des vents violents combinés à une forte marée et une puissante dépression.

Chiffrant le coût du renforcement des digues à environ un million d’euros par kilomètre, la secrétaire d’Etat a souligné qu’une des difficultés de l’exercice serait l’identification des propriétaires, car « il y a aujourd’hui plusieurs propriétaires par digue« .

Un autre élément du plan concernera les dispositifs de prévention des risques dans les plus de 800 communes françaises « construites sous le niveau de la mer, en zone basse« .

« Ce sont des dispositions qui existent depuis 1995, qui ne sont pas suffisamment appliquées – il y en a 46 approuvées sur plus de 800 communes -, ce n’est pas normal« , a dit Chantal Jouanno, ajoutant : « Il faut qu’on accélère leur mise en oeuvre, voire qu’on renforce les dispositions légales« .

« Il y aura un rapport dans un délai maximum de deux mois, avec des travaux et un plan de financement sur cinq ans« , a-t-elle conclu.

La côte vendéenne a été particulièrement touchée par la tempête. L’eau apportée par la mer recouvre encore par endroits les maisons. Les secours s’organisent. Les habitants, toujours sous le coup de l’émotion, tentent de réagir.

Vendée, envoyé spécial.

La ville est groggy. Comme sonnée sous les coups de boutoir conjugués du vent et de la marée. Hier, lundi 1er mars, il est 10 heures, à L’Aiguillon-sur-Mer, en Vendée. Dans les rues de cette défunte cité balnéaire, partout le silence, et l’eau et la boue aussi. Les commerces ont gardé portes closes. L’entrée de ville, il y a peu encore faite de champs et de récoltes, a laissé place à une mer, une mer glaireuse à perte de vue. Et dans les rues praticables, des riverains errent, regards hagards, à la recherche, à la recherche de quoi, de pas grand-chose, de plus grand-chose. Ils errent et prennent en photo les empreintes du désastre, avec pour modeste paravent la pluie ininterrompue dissimulant les larmes.

Une vieille dame soutenue par les bras de ses deux enfants chancelle, vacille, et semble, elle aussi s’effacer sous le déluge. Sa maison est dévastée. « Que voulez-vous qu’on fasse  ? » s’interroge l’un d’eux. « On ne sait même pas par où commencer », poursuit l’autre avant de tous les trois s’en aller. Jacques, un voisin, lui, est plus loquace et chanceux, si tant est que ce terme ait ici encore un sens. Il explique  : « J’ai le privilège de vivre en hauteur, ma maison étant à double étage. Dimanche, vers 2 h 30, j’ai entendu le bruit assourdissant du vent dans mes cheminées. Je suis venu voir et en trois minutes, j’ai pu constater jusqu’à un mètre d’eau. Sous la pression, ma baie vitrée a littéralement explosé. J’habite pourtant à un kilomètre de la mer. »

les secours s’affairent

Non loin de là, un canal. Désormais, le Lay dort comme éreinté de ses débordements du week-end. Sur ses flancs en partie dénudés, jonchent à présent les blanches coques des bateaux retournés. À sec. Désolation. « Je suis pêcheur, je connais bien la mer mais je ne m’attendais pas à ça. Avec les vents provenant du sud, quand j’ai entendu l’alerte rouge, j’ai été prudent, je me suis méfié mais je ne m’attendais pas à un tel raz-de-marée », concède Michel, lui aussi victime de Xynthia. Et de lâcher  : « Le drame est que l’on nous annonce encore de nouvelles victimes. Quelle tristesse, quelle catastrophe. » Pourtant depuis l’aube, les secours s’affairent. Silence encore et malgré tout. Un flot continu de sirènes atones. Pompiers et gendarmes colorent en demi-ton ce silence angoissé. Seuls de rares hélicoptères déchirent le recueillement. À La Faute-sur-Mer – commune mitoyenne et aussi meurtrie –, un quartier, celui de l’Ostréa, reste entièrement sous l’emprise de l’eau. Là où les toits font office de radeaux.

L’armée de terre veille afin de dissuader curieux et téméraires. Les plongeurs sapeurs-pompiers, quant à eux, visitent méthodiquement, une à une, les maisons. Le snack-bar de l’avenue des Chardons sert de central de sécurité. Un des plongeurs explique  : « Nous vérifions qu’il n’y ait plus de personnes enfermées. Même si c’est délicat à dire, par endroit l’eau peut atteindre encore un mètre cinquante à deux mètres de niveau. »

Fatalisme, croyance et solidarité

Tout en nettoyant et vidant le reste d’eau à l’aide de seaux, deux hommes discutent. « Dans cette histoire, nous avons oublié un mot. Fatalité. Les anciens le diront, la mer finit toujours par reprendre ses droits. Et ce peu importe les digues », remarque Jean-Claude. Son ami abonde  : « L’appât du gain a fait prendre des risques à certains. Un jour, cela se paie cash. Les constructions se sont multipliées à grande vitesse alors que, nous le savons, la région est située sur des zones inondables. Ah le fric, le fric. »

Non loin d’eux, un homme, lui aussi occupé à sauver ce qui peut encore l’être, s’agace des nombreux va-et-vient  : « Ça suffit, ce n’est pas de journalistes dont nous avons besoin mais d’aide. Ce n’est pas des photos que nous voulons mais des bras. » Un appel que semble avoir entendu Jimmy, venu proposer ses services. Sa compagne l’a fait également avant de partir travailler  : « Ma copine a dû partir au travail, elle s’est même changée dans la voiture pour gagner du temps. Moi, j’ai appelé mon employeur pour avoir ma journée et je me mets à disposition », explique-t-il. Et de conclure  : « Je ne connais personne, je ne suis pas du coin mais, en tant que Vendéen, je souhaite apporter mon aide. Vous savez, la solidarité, ça compte. »

Lionel Decottignies



Météo France avait placé quatre départements en vigilance rouge samedi. Fallait-il évacuer les populations de la zone côtière ? Etait-ce possible ?

Par MARIE PIQUEMAL

«Tempête d’une ampleur et d’une intensité peu communes qui nécessite une vigilance particulière, même si cette tempête devrait être moins forte que celles de décembre 1999». Samedi, 16 heures, Météo France émettait un bulletin d’alerte, plaçant quatre départements en vigilance rouge: la Charente-Maritime, la Vendée, les Deux-Sèvres et la Vienne.

Quelques heures plus tard, la tempête balayait les côtes, avec des vents allant jusqu’à 160 km/h et des vagues franchissant digues et rochers, inondant de nombreuses habitations construites sur le littoral. Une fois l’alerte rouge lancée, que s’est-il passé? Les pouvoirs publics avaient-ils les moyens de protéger les habitants?

Le dispositif de vigilance a été mis en place en 2001. «Avec la tempête de 1999, on s’est rendu compte que les dispositifs d’alerte manquaient de visibilité auprès du grand public. A présent, on alerte à la fois les autorités et les habitants, via les médias, pour qu’ils se tiennent prêts», précise Cyril Honoré, directeur adjoint de la prévision de Météo France. Depuis 2001, l’alerte rouge a été déclenchée à cinq reprises dans l’hexagone. Trois fois pour des risques d’inondations dans le Gard et l’Hérault. Deux fois pour vents violents: lors de la tempête Klaus le 24 janvier 2009 et samedi dernier…
«Rester chez vous dans la mesure du possible»

En diffusant son alerte rouge samedi, l’institut météorologique rappelait les conseils de prudence et conséquences possibles, préétablis par le ministère de l’Intérieur. En l’occurrence : «Rangez les objets exposés au vent», «Restez chez vous dans la mesure du possible» «évitez toute activité extérieure», «des dégâts importants sont à attendre»…

Sauf que, souligne Béatrice Lagarde, sous-préfète des Sables-d’Olonne, interrogée par le Figaro, «le bulletin égrainait la liste habituelle des dangers sans mettre un accent particulier sur les risques d’inondations». Si l’alerte rouge portait sur les «vents violents», Météo France précisait bien un risque d’«élévation temporaire du niveau de la mer, pouvant submerger certaines parties littorales.»

«Personne ne pouvait prévoir une tempête de cette ampleur. Météo France a certes lancé l’alerte pour des vents violents et une mer agitée, mais on ne pouvait pas penser que les vagues allaient déplacer 800kg de rochers, et inonder des quartiers même pas classés en zone inondable», explique Serge Kubryk, maire de La Tranche-sur-Mer qui compte 2600 habitants l’hiver et 100 000 l’été.
«Il faut arrêter avec cette volonté de tout maîtriser»

Fallait-il évacuer les populations? «On ne va pas fuir à chaque tempête ! Sinon, on ne vivrait pas au bord de la mer…, répond Louis Guérin, maire des Sables-d’Olonne. C’est le même raisonnement que de dire je ne prends pas la voiture parce qu’il y a 5000 morts sur les routes par an. Il faut arrêter avec cette volonté de tout maîtriser. On peut pas tout prévoir… Il n’y a que les Parisiens pour croire ça. Des vents à 120 km/h et une mer agitée comme samedi, cela arrive six fois par an !» Un brin agacé par cette controverse «qui n’a pas lieu d’être», il ajoute: «Cette tempête rappelle qu’il faut rester humble et modeste face aux éléments, face à la mer. L’heure n’est pas à la polémique, mais à la solidarité avec les familles des victimes.»

A la mairie d’Aytré, en Charente-Maritime, particulièrement touché par la tempête, le premier adjoint, Alain Tuilliere, a bien essayé de prévenir ses habitants, en vain… «Samedi, nous avons reçu un coup de téléphone des pompiers, et nous avons pourtant pris la peine de nous déplacer en personne, pour prévenir les riverains que l’eau risquait de déborder et qu’ils feraient mieux d’aller coucher ailleurs». Mais personne n’a semble-t-il pris la mesure de l’événement.

Serge Kubryk, de La Tranche-sur-Mer, souligne aussi les difficultés matérielles d’une évacuation. «Comment voulez-vous qu’entre 17 heures et minuit, on ait pu organiser une évacuation… Il nous faut l’accord de la préfecture ou de la sous-préfecture. Nous allons réfléchir à un plan pour le futur… Mais là, on n’était pas préparés. On n’est pas encore comme aux Etats-Unis». Ce week-end, au Japon, 500.000 personnes ont été évacuées des côtes à cause d’un risque de tsunami.

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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