« 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 ... 207 »

Il y a dix ans jour pour jour, la tempête a frappé la côte vendéenne de plein fouet. Un date toujours douloureuse pour les familles des 29 victimes. Parmi les centaines de sinistrés, certains restent encore traumatisés par cette nuit-là, comme la fille d’Evelyne. La mère raconte.

Evelyne Vannier est restée à La Faute-sur-Mer où sa maison a été inondée, avec sa fille, lourdement handicapée et très marquée par la catastrophe.
Evelyne Vannier est restée à La Faute-sur-Mer où sa maison a été inondée, avec sa fille, lourdement handicapée et très marquée par la catastrophe. © Radio France – Victoria Koussa

« C’est un sujet très délicat », confie Évelyne Vannier, dix ans après la tempête Xynthia qui a déferlé sur la Vendée dans la nuit du 27 au 28 février 2010, coûtant la vie à 29 habitants de La Faute-sur-Mer piégés par l’eau dans leur maison. Cette nuit-là, la Fautaise monte tant bien que mal sa fille handicapée, alors âgée de 27 ans, à l’étage. « C’est un lourd handicap, mais maintenant, c’est un handicap encore plus lourd puisque depuis Xynthia, elle ne veut plus aller dehors, elle ne marche plus », témoigne la mère, désemparée. 

« Elle n’a pas reconnu sa maison »

Depuis cette nuit de cauchemar, sa fille ne s’en remet pas. « Elle n’a pas reconnu sa maison, elle n’a pas reconnu sa chambre, pendant des nuits, elle a fait des crises, ça a été terrible et elle ne veut plus sortir, alors qu’avant, on allait se promener tous les jours », se désole Evelyne, « il y a eu quelque chose de cassé ».

ÉCOUTEZ – Evelyne Vannier, une sinistrée, raconte le traumatisme qui reste omniprésent chez sa fille handicapée.

Malgré tout, la retraitée garde l’envie d’aller de l’avant« Il y a du positif, il y a des choses à La Faute qui n’auraient jamais existé. C’est comme au tennis, vous êtes en train de gagner, il y a une balle qui est mauvaise et bah pop ! Vous perdez ! On n’y pense plus, le match est fini. La Faute s’est transformée physiquement », souligne La Fautaise.

Il y a 10 ans, dans la nuit du 27 au 28 février 2010, Xynthia frappait la Vendée. Cette tempête reste la catastrophe naturelle la plus importante que la France ait connue ces 20 dernières années.
29 personnes sont décédées dans la seule commune de La Faute-sur-Mer. Depuis, les proches de ces victimes et l’Avif continuent de se mobiliser pour honorer leur mémoire et pour éviter que le drame ne se répète.
Xynthia a entraîné une prise de conscience. Sur l’ensemble du littoral vendéen, des digues et des dunes ont été renforcées pour mieux protéger les habitants. Mais ces travaux sont encore loin d’être terminés. De nouvelles règles d’urbanisme, parfois contestées, ont également été instaurées pour limiter les constructions dans les zones exposées.
Xynthia est aussi devenue une référence pour les scientifiques. Les programmes de recherche pour mieux connaître les tempêtes et les évolutions du littoral se sont multipliés. Des études scientifiques bousculées par le changement climatique qui pourrait accroître, à l’avenir, les risques de submersion et d’inondation sur les côtes vendéennes.

photo élisabeth borne sera présente dimanche à la faute-sur-mer. © afp

La 10e cérémonie de commémoration à la mémoire des victimes de la tempête Xynthia se déroulera ce dimanche 1er mars 2020 à La Faute-sur-Mer. Élisabeth Borne sera présente.

Le préfet, Benoît Brocart, a confirmé la venue d’Élisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire, ce dimanche 1er mars à La Faute-sur-Mer, endeuillée il y a dix ans par la tempête Xynthia. À 10 h 30, les participants partiront du square Colonel-Arnaud-Beltrame et chemineront à pied par la digue pour rejoindre le lieu de commémoration, où la cérémonie débutera à 11 h. À 12 h, la ministre prononcera une allocution au pavillon des Dunes.

Le lieu érigé en mémoire des victimes de Xynthia à La Faute-sur-Mer.
Le lieu érigé en mémoire des victimes de Xynthia à La Faute-sur-Mer. | archives

En raison de cette commémoration, le boulevard du Lay sera fermé à la circulation à partir du chemin des Œillets jusqu’à la route de la Pointe d’Arçay. Le parking de la commémoration sera situé sur le parc et la porte des Chardons.

La veille, samedi après-midi, les victimes et leurs familles déposeront une rose sur les lieux du drame.Ouest-France  


Par Regis CREPET, météorologue

Fin février 2010, la tempête Xynthia a provoqué des dégâts sans précédent sur le sud-ouest et centre-ouest de notre pays. Elle a entraîné un bilan très lourd avec 47 victimes en France. La Chaîne Météo, qui était alors en alerte rouge revient sur cet événement météorologique majeur et la chronologie des derniers jours de février 2010.

Entre le 26 février et le 1er mars 2010, la tempête Xynthia a traversé 8 pays d’Europe de l’Ouest, des Canaries vers le Bénélux en passant par la France. Le Portugal, le nord-ouest de l’Espagne, la France, la Belgique, l’Allemagne et le Luxembourg ont été particulièrement touchés, et dans une moindre mesure, le Royaume-Uni puis la Scandinavie. 59 personnes ont perdu la vie, dont 47 pour la France. Ce très lourd bilan est lié au phénomène de surcôte qui s’est produit sur le littoral Atlantique, notamment le littoral charentais et vendéen. La majorité des victimes a péri dans les inondations liées à cette marée de tempête.

Actualités France

Crédit : La Chaîne Météo

La surcote, élément le plus meurtrier de cette tempête

Si Xynthia apparait comme l’une des tempêtes les plus meurtrières et les plus coûteuses depuis les deux tempêtes de décembre 1999, Lothar et Martin, la force des vents, bien que remarquable, n’était pas proche des records, avec au maximum des rafales atteignant tout de même 160 km/h à l’île de Ré et à Scillé (Deux-Sèvres). En janvier 2009, la tempête Klaus avait même atteint une puissance supérieure avec des rafales à 180 km/h. Mais la concomitance de cette tempête avec la marée haute de vive eau (coefficient de 102) a provoqué une surcote remarquable d’environ 1,5 m sur le littoral, provoquant une submersion marine exceptionnelle et meurtrière sur le littoral charentais et vendéen.  Rappelons à ce sujet que les alertes relatives aux submersions littorales n’existaient pas encore à l’époque de Xynthia, et ont été mises en place en octobre 2011 pour mieux anticiper les montées extrêmes du niveau de la mer et prévenir des catastrophes comme celles de la tempête Xynthia. 

Actualités France

Crédit : La Chaîne Météo

Une tempête d’origine subtropicale

La dépression baptisée Xynthia présentait des caractéristiques très particulières, notamment concernant sa formation très au sud, au niveau du tropique du Cancer. Sa naissance au sud des Açores l’a rendue relativement atypique par rapport à des dépressions qui se forment en général plus au nord de l’Atlantique, comme ce fut le cas des deux tempêtes de décembre 1999.

Le creusement dépressionnaire s’est entamé au large de l’archipel de Madère, avant d’entrer en interaction avec une inflexion très méridionale du jet stream. Cette interaction a entrainé la genèse de Xynthia, dont la trajectoire vers la France avait été bien prévue à l’époque par les modèles numériques.

Xynthia s’est donc formée dans l’Atlantique subtropical et est passée sur les îles Canaries le 26 février 2010, occasionnant des vents chauds et de fortes pluies. En remontant vers les côtes portugaises, la dépression s’est creusée davantage, avant de devenir une tempête rapide, intense et profonde, caractéristique des « cyclogénèses explosives« . Xynthia ne peut pas être qualifiée de « bombe météorologique », ce qualificatif étant réservé aux dépressions dont le creusement est d’au moins 24 hPa en 24h, ce qui ne fut pas le cas ici.

On constate que la trajectoire de la tempête Xynthia sur la France est assez proche de la moyenne, remontant du golfe de Gascogne vers la Belgique. De nombreuses tempêtes suivent cet axe. Ce qui est plus remarquable, c’est sa formation très au sud, à une latitude inhabituelle. 

Actualités France

Crédit : La Chaîne Météo

Des rafales à 160 km/h et une surcote majeure

Le centre dépressionnaire a atteint le Golfe de Gascogne dans la soirée du 27 février, générant des vents violents de secteur sud qui ont soufflé des Pyrénées au Massif central et à la vallée du Rhône jusqu’à 238 km/h sur les crêtes pyrénéennes (Pic du Midi) et 209 km/h au sommet du Puy de Dôme (63). L’oeil de la dépression a touché terre au niveau des Pays de la Loire à 2h du matin dans la nuit du 27 au 28 février, générant des vents tempétueux sur l’arc atlantique : 120 à 160 km/h sur le Centre-Ouest.

Conjugués à une marée haute de fort coefficient, ces vents orientés au sud-ouest ont engendré une très forte houle de 8 m dans le Golfe de Gascogne, qui a déferlé de plein fouet sur une zone littorale située parfois sous le niveau de la mer : les polders des Charentes et de Vendée. L’onde de tempête a entrainé la rupture des digues anciennes et provoqué de graves inondations. Certaines communes littorales ont été submergées et dévastées par la marée de tempête, tandis que les eaux ont inondé de vastes surfaces dans l’intérieur des terres, sans pouvoir refluer vers la mer.

La tempête a atteint le Centre et le bassin parisien au matin du 28 février. Les vents les plus forts se sont décalés au nord de la Loire, de la Normandie au Pas-de-Calais (rafales de 110 à 120 km/h, localement 130 km/h), avec une pointe enregistrée à 157 km/h au sommet de la Tour Eiffel. En cours d’après-midi, la dépression a atteint la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, puis l’Allemagne et la Scandinavie. Le 1er mars, la dépression s’est comblée en entrainant encore une tempête sur la partie sud de la mer Baltique.

Actualités France

Crédit : La Chaîne Météo

Depuis cette époque, aucune tempête d’ampleur similaire n’a frappé notre pays. S’il fallait faire une comparaison, Xynthia se rapproche beaucoup de la tempête d’octobre 1987 qui avait dévasté la Bretagne et la Basse-Normandie, avec des vents beaucoup plus forts sur 32% de l’hexagone.

La tempête Xynthia apparaît comme une forte tempête hivernale dont les conséquences ont été dramatiques en raison de la concomitance avec la grande marée. Elle reste exceptionnelle par son étendue géographique : 49% de la surface de l’hexagone a été touchée pendant une période de 24h. A titre de comparaison, les deux tempêtes historiques de décembre 1999 avaient concerné 50 et 56% du territoire, dont 6% avec des vents supérieurs à 150 km/h, ce qui reste inégalé à ce jour. 

Xynthia est néanmoins d’une taille et d’une intensité peu communes pour une fin d’hiver.

INTERVIEW Renaud Pinoit, président de l’association des victimes, et Patrick Jouin, maire de La Faute-sur-mer, se livrent à « 20 Minutes », dix ans après le passage de la tempête Xynthia qui a coûté la vie à 29 personnes

Frédéric Brenon

Les pompiers à La Faute-sur-mer (Vendée), le 28 février 2010.
Les pompiers à La Faute-sur-mer (Vendée), le 28 février 2010. — B.Guay/AFP
  • La tempête Xynthia a frappé la France les 27 et 28 février 2010.
  • Pas moins 53 personnes ont trouvé la mort, dont 29 sur la seule commune de La Faute-sur-mer, au sud de la Vendée.

Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, des centaines d’habitants de La Faute-sur-mer, en Vendée, furent surpris dans leur sommeil par une inondation provoquée par la submersion d’une digue. Vingt-neuf personnes trouvèrent la mort, la plupart prisonnières de leur logement bâti dans une zone théoriquement inconstructible car située en dessous du niveau de la mer. Dix ans après, et alors qu’une commémoration officielle se tiendra dimanche, Renaud Pinoit, président de l’association des victimes ( Avif), et Patrick Jouin, maire de La Faute depuis 2014 (il ne se représente pas), reviennent pour 20 Minutes sur ce drame et ses conséquences. Entretien.

Renaud Pinoit (à gauche) et Patrick Jouin (à droite).
Renaud Pinoit (à gauche) et Patrick Jouin (à droite). – JS Evrard/AFP – Mairie de La Faute-sur-mer

Comment les sinistrés et familles de victimes vivent-ils cet anniversaire particulier ?

Renaud Pinoit : Ça ravive forcément des mauvais souvenirs. Ceux qui s’en sont sortis indemnes ont su se reconstruire et parviennent à surmonter cet anniversaire. Mais pour les personnes qui ont perdu un proche, c’est plus beaucoup plus difficile. Elles ont encore du mal à l’accepter. En plus, ces dix années, avec toutes les procédures, sont passées très très vite. Il y en a qui pleurent tous les jours. M. Bounaceur a perdu sa femme, deux enfants et sa mère, il ne s’en est pas remis. A contrario, Mme Tabary, notre vice-présidente, a perdu son petit-fils et son mari mais tient bon, s’accroche, notamment grâce à l’association.

Patrick Jouin : On en parle beaucoup. On prépare la commémoration de dimanche pour qu’elle soit digne. C’est-à-dire assumer le passé, ne surtout pas tomber dans le déni, mais en même temps redresser la tête. Oui il s’est passé des choses graves, oui il y a eu des vies brisées, oui il y a eu des procès et des indemnisations, mais il y a aussi un travail collectif de résilience.

Quelles images gardez-vous de Xynthia et des 10 ans qui ont suivi ?

Renaud Pinoit : Les histoires de chacun. Je les connais par cœur. En dix minutes, quand vous avez presque 2,50 m d’eau très froide qui pénètre dans votre maison, ça marque à vie. Les gens parlent peu de cette nuit-là. C’est un cauchemar. Au-delà du drame, je retiens l’exposition médiatique qu’il a fallu gérer mais qui a tout de même été un excellent support pour faire passer nos messages. Et puis les deux procès, très longs [cinq semaines aux Sables d’Olonne et trois semaines à Poitiers]. C’était délicat mais ils ont permis à tout le monde de s’exprimer.

Patrick Jouin : Je retiens l’indignité de l’ancien maire, René Marratier. Et puis la démolition des 600 maisons imposée par l’État en 2010. Pour être dans une compassion médiatique, il a fallu que le président de la République exige la disparition de tout un secteur. Ça n’avait pas de sens ! Oui il fallait faire reculer les zones d’habitation. Mais sur les 600 maisons, un tiers seulement auraient dû être déconstruites. Les autres n’étaient pas en zone de danger. Ça a été très mal vécu.

« Il ne faudrait pas qu’on oublie qu’on est dans une zone dangereuse »

La population est-elle toujours la même depuis le drame ?

Renaud Pinoit : Des sinistrés de Xynthia il n’y en a presque plus à La Faute. L’Etat a racheté leur maison et ils sont partis. Les jeunes sont restés dans le secteur mais les retraités, eux, se sont éloignés. Nos adhérents sont désormais installés dans toute la France.

Patrick Jouin : Quand vous démolissez 600 maisons, c’est autant de familles qui vivaient à l’année ou venaient régulièrement pour les vacances en moins. Cette population manque évidemment à la commune. On doit avoir 700 résidents permanents recensés, on était peut-être à 900 avant Xynthia. Mais on voit les vacanciers revenir. L’été on est entre 15.000 et 20.000. Dès qu’il y a un beau week-end, il y a du monde, notamment des familles.

Un golf, un parc et un skatepark géant ont été aménagés sur les lieux sinistrés. La commune parvient-elle à tourner la page ?

Renaud Pinoit : Avec l’association, on fait tout pour qu’on n’oublie pas. On s’est battu pour avoir un mémorial. On a tenu à ce que les repères de crue soient bien visibles dans la commune. Le golf, on n’était pas pour, mais on a obtenu que des symboles du drame soient maintenus. Les vacanciers qui viennent aujourd’hui ne savent plus forcément qu’il y avait des maisons ou un camping municipal noyé sous les eaux. Il ne faudrait pas qu’on oublie qu’on est dans une zone dangereuse, malgré les digues qui ont été construites.

Patrick Jouin : Il faut écrire un nouveau chapitre sans oublier la page d’avant. Il y a des gens qui me disent qu’il faut arrêter d’en parler. Mais on ne peut pas oublier. Après, je crois que l’image de la Faute a évolué positivement ces dernières années. Les deux dernières saisons touristiques ont été bonnes. Les commerces ont retrouvé des chiffres d’affaires d’avant Xynthia.

L’après Xynthia a été marquée par les procès. Au final, justice a-t-elle été rendue de votre point de vue ?

Renaud Pinoit : René Marratier a été condamné. La responsabilité de l’Etat a également été reconnue. On l’accepte. Ce qui était important pour nous, c’est que les victimes soient reconnues en tant que telles. Ça a été le cas.

Patrick Jouin : Il reste quand même à traiter enfin la question de l’assurance. On ne peut pas lors d’une catastrophe naturelle nationale se défiler de sa responsabilité comme l’assurance de la commune, la Smac le fait. C’est un scandale. Elle a payé des frais d’avocats à l’ancien maire mais ne paie pas un euro pour indemniser les victimes. C’est l’Etat, donc les contribuables qui, pour le moment, abonde. C’est invraisemblable.

« La candidature de René Marratier nous renvoie aux pires moments de la commune »

Les leçons d’une telle catastrophe ont-elles été tirées ?

Renaud Pinoit : Il y a des choses qui ont évolué. Des plans de prévention, des plans digues, ont été mis en place, même s’ils sont difficiles à faire respecter. On parle davantage du risque d’inondations. Pour autant, avec la montée des eaux, on ne peut pas affirmer qu’on est à l’abri d’une nouvelle catastrophe ici ou ailleurs en France. Je pense notamment à des zones relativement basses comme la baie de Somme ou le Var. Les digues peuvent casser.

Patrick Jouin : Il me semble que la compréhension du risque littoral et fluvial est entrée un peu plus dans les gênes des responsables publics. Je crois également que les citoyens ont compris que le dérèglement climatique n’était pas une vue de l’esprit, que la question de la sécurité était nécessairement à traiter. C’est une réalité partout dans le monde. Elle doit nous obliger à changer et à rester humbles.

Que pensez-vous de la candidature aux municipales de René Marratier, quatre ans après une condamnation à deux ans de prison avec sursis ?

Renaud Pinoit : C’est à la fois incompréhensible et inadmissible pour les familles de victimes, même si on s’y attendait. Il fait campagne depuis longtemps. Il dit avoir encore des soutiens. On attend les élections et, s’il est élu, on essaiera d’empêcher ça. Pour l’instant, l’heure est au recueillement et à la commémoration.

Patrick Jouin : Je suis choqué. Il n’en est plus seulement au déni de Xynthia et de sa responsabilité mais il en est au déni du droit puisqu’il a été interdit d’exercer une fonction publique. Cette candidature nous renvoie aux pires moments de la commune et entache à nouveau son image. On a passé notre temps à retisser les liens, à tenter de redonner confiance, on se rend que tout ça peut être vite démonté. C’est décourageant.

René Marratier se porte candidat aux élections municipales de la Faute-sur-Mer, en Vendée. Condamné par la justice, l’ancien élu à l’époque de la tempête Xynthia n’avait pas été déclaré inéligible.

L\'ex-maire de la Faute-sur-Mer (Vendée), le 16 février 2020.

Une élection municipale dans un village meurtri. Alors que les habitants de la Faute-sur-Mer (Vendée) se préparent à commémorer les dix ans de la tempête Xynthia, qui a tué 29 personnes dans le village en 2010, une candidature électrise la campagne : celle de René Marratier. Maire à l’époque du drame, l’élu avait été condamné à quatre ans de prison ferme en première instance en 2014, puis à deux ans de prison avec sursis par la cour d’appel de Poitiers en 2016 pour homicides involontaires.

Dans le village, on découvre que l’ancien maire a conservé des supporters, comme Alex, venu acheter son journal. « Le préfet n’a pas été impliqué, De Villiers non plus, et le président de Région, il a eu quelque chose lui ? », demande l’habitant.

Le fusible, c’était Marratier !Un habitantà franceinfo

Celui qu’on appelait « Monsieur oui-oui-oui » était toujours prêt a rendre service, parfois au prix de quelques arrangements et de beaucoup de légèreté avec les règles en vigueur. Mais pour Michel, il ne faut pas lui mettre tout sur le dos. Pêcheur dans le village, lui a tout perdu il y a dix ans : « Il y a eu des vents à 160 km/h et 102 de coefficient, c’est pour ça que ça a inondé, mais il ne faut reprocher cela à Monsieur Marratier ! » Selon lui, des marins de L’Aiguillon-sur-Mer sont venus habiter à la Faute-sur-mer. « S’il y avait eu un risque, seraient-ils venus à la Faute ? », questionne-t-il.

« Il a le toupet de se représenter »

« Il a été condamné à deux ans de prison avec sursis parce qu’il n’a pas fait son boulot de maire », rétorque Renaud Pinoit, le président de l’association des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer (Avif). Pour lui, cette candidature passe mal même si la plupart des familles de victimes n’habitent plus sur place. Au total, 600 maison qui se trouvaient en zone inondable au moment du drame ont été détruites. « Niveau sécurité, il n’était pas là, et il a le toupet de se représenter donc forcément c’est compliqué à comprendre », ajoute-t-il.

Le fait de recevoir des prospectus avec son équipe et puis qu’il se présente, c’est un coup de poignard dans le cœur pour les gens qui ont perdu des proches.Renaud Pinoità franceinfo

Dans un communiqué publié le 27 janvier, la préfecture avait indiqué qu’« une personne condamnée à une interdiction définitive d’exercer une fonction publique ne saurait valablement prétendre à exercer la fonction de maire ou des fonctions d’adjoint au maire qui impliquent d’exercer des missions d’agents de l’État ». Mais Selon Me Jean-Baptiste Chevalier, l’avocat de René Marratier, l’ancien élu peut légalement mener une liste car « il n’a pas été déclaré inéligible, il peut donc se présenter à l’élection municipale ».

Pour l’ancien maire, « on peut comprendre leur stupéfaction »

L’ancien maire est donc en campagne. « L’humiliation que j’ai subi, la falsification de la vérité, l’injustice, le mensonge, la calomnie, est-ce que je le méritais ? », s’interroge-t-il. Il évoque aussi les victimes de Xynthia et leur envoie toute sa « compassion » et sa « sympathie ». « On peut comprendre leur stupéfaction », répond-il.

Il y a six ans, avant l’épisode judiciaire, René Marratier avait échoué de peu à la mairie mais était resté conseiller municipal. Cette fois-ci, pour son challenger Laurent Huger, il s’agit de tourner la page pour de bon. « L’histoire des habitants de la Faute-sur-Mer retiendra qu’il y a eu des victimes ici, que ces victimes ont servi à ce qu’il y ait une prise de conscience des impacts du réchauffement climatique. Donc ce que René Marratier veut, je dirai bien que l’histoire s’en fout. » C’est aux 700 électeurs du village d’en décider, tandis que dimanche 1er mars, une commémoration est prévue à La Faute-sur-Mer, avec une marche silencieuse, dix ans après le passage de la tempête.

Dix ans après le passage de la tempête Xynthia, la vie a repris à La Faute-sur-Mer. De nouveaux habitants sont arrivés et le marché de l’immobilier va bon train. Un parcours de golf remplace désormais les anciens lotissements sur des terrains devenus inconstructibles.

La Faute-sur-Mer. Un parcours de golf remplace désormais les anciens lotissements sur des terrains devenus inconstructibles.
La Faute-sur-Mer. Un parcours de golf remplace désormais les anciens lotissements sur des terrains devenus inconstructibles. | ARCHIVES AFP

Vingt-neuf morts en l’espace d’une nuit dans le village de La Faute-sur-Mer (Vendée) de quelques centaines d’âmes. La plus jeune des 29 victimes était un garçonnet de deux ans et la plupart étaient des personnes âgées, prises au piège de la tempête qui a franchi les digues et créé une immense rétention d’eau dans un quartier où 600 maisons ont depuis été déconstruites.

Dix ans après, La Faute est loin d’avoir pansé les blessures. « Ce n’était pas une tempête d’une ampleur sans précédent en fait, analyse Laurent Huger, premier adjoint au maire. Mais trois conditions météorologiques rares se sont trouvées réunies au même moment : un coefficient de marée élevé, une dépression tellement importante que l’océan a gonflé d’1 mètre 50 » tandis que des vents à « 140 km, 160 km par heure qui ont poussé l’eau.

De nouveaux habitants

Après la tempête est venu le temps des expropriations et des déconstructions de maisons et celui des procès, qui ont conduit à l’indemnisation de victimes et à la condamnation à deux ans de prison avec sursis de l’ancien maire, René Marratier.

Un parcours de golf remplace désormais les anciens lotissements sur des terrains devenus inconstructibles. De nouveaux habitants sont arrivés et le marché de l’immobilier va bon train. L’équipe élue en 2014 a tout fait pour que les digues protègent parfaitement La Faute-sur-Mer. Dans quelques semaines, les touristes, qui peuvent être jusqu’à 10 000 l’été pourront profiter d’une nouveauté : un skatepark installé sur l’ancien camping municipal.

SÉRIE – Une décennie après la tempête, où 29 habitants de La Faute-sur-Mer sont morts, France Bleu Loire Océan prend des nouvelles de ceux qui ont été touchés par le drame, par la perte d’un proche, d’une maison, d’un commerce. Une autre vie pour Élisabeth, rescapée de sa maison inondée.

Élisabeth Tabary a perdu son mari et son petit-fils de 2 ans dans l'inondation de sa maison après le passage de la tempête Xynthia.
Élisabeth Tabary a perdu son mari et son petit-fils de 2 ans dans l’inondation de sa maison après le passage de la tempête Xynthia. © Radio France – Victoria Koussa

« Pendant dix ans, j’étais dans un état qui faisait que je ne réalisais pas ce qui s’était passé ». Élisabeth Tabary, une retraitée souriante, aux yeux tirés, infirmière de formation, nous reçoit assise autour d’une table ronde, près de l’escalier. Désormais, il y a un étage, dans sa nouvelle maison. L’ancienne était de plain-pied. Là où elle dormait dans la nuit du 27 au 28 février 2010, avec son mari et son petit-fils de 2 ans, qui sont morts dans la maison inondée. Une décennie après, la rescapée de 73 ans voit sa vie autrement.

XYNTHIA : LA VIE, DIX ANS APRES LA TEMPETE (01/10) – Élisabeth a l’impression de se réveiller d’un long cauchemar.

Dix ans après, la rescapée revient sur une nuit de cauchemar

Quand la tempête Xynthia a balayé la côte vendéenne et fait entrer la mer chez elle, Élisabeth dormait près de son mari. C’est, comme pour d’autres, le bruit de la chasse d’eau qui l’a réveillée. 

ÉCOUTEZ – Le récit d’une nuit glaçante pour Élisabeth Tabary qui a perdu son mari et son petit-fils.

Elle ne sait pas comment, mais elle a été expulsée de la maison inondée vers l’extérieur. Son fils et sa belle-fille, qui dormaient dans un bâtiment adjacent à la maison, mais en hauteur, relié par un escalier extérieur, n’ont rien entendu et se sont réveillés le lendemain matin à 7h, au moment où ils ont retrouvé Élisabeth, inconsciente, la seule survivante. Leur fils de 2 ans était mort.

ÉCOUTEZ – C’est encore une épreuve de parler de la nuit de Xynthia en famille, raconte Élisabeth.


Ne pas oublier
(Environ 40 minutes de vidéo, 8 films) Passez en mode plein écran en cliquant dans le coin bas/droit de la vidéo
Voir directement sur Youtube
Connexion
Attention

Afin d'éviter tout abus, vous devez maintenant vous enregistrer sur le blog afin de pouvoir faire un commentaire.
Cliquez ici pour vous enregistrer
Cliquez ici pour modifier votre profil
Cliquez ici si vous avez oublié votre mot de passe
Stats
Précisions
Ce site n'est pas le site de l'AVIF, ni d'aucune autre association.
C'est un site qui appartient à une société privée et relate ce qu'il se dit dans la presse, associations, localement ... depuis le 28/02 en laissant la parole à chacun et ceci sans censure ni pression.
Si vous souhaitez accéder au site officiel de l'AVIF, veuillez cliquer ici
Faites un don
Aidez à l'hébergement de ce site sur serveur dédié.
Merci d'avance aux donateurs.

Com. récents
Historique
septembre 2020
L M M J V S D
« Mar    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  
Téléchargements
Voici les liens des plus longues vidéos concernant la tempête xynthia
N'oubliez pas de faire clic droit enregistrer sous:

Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

Vous pouvez lire toutes ces vidéos avec VLC
Vidéos
Suite à une mise à jour, certaines vidéos ne sont plus accessibles sur le site, nous y travaillons et rien n'est perdu. Si toutefois vous souhaitez en voir une en particulier envoyer l'adresse de la page concernée à contact@lafautesurmer.net nous la traiterons en priorité. Merci