La Faute-sur-Mer, un secteur très touché par la tempête Xynthia.
La Faute-sur-Mer, un secteur très touché par la tempête Xynthia./IDE

TEMPETE – En front de mer, le secteur de La Faute-sur-Mer a été balayé…

La presqu’île de La Faute-sur-Mer et sa voisine d’en face sur l’estuaire, L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), se retrouvent au centre d’une polémique sur l’urbanisme en zone littorale après la tempête Xynthia. Les deux communes ont recensé 26 des 51 décès provoqués par la catastrophe, selon le dernier bilan. Sur place lundi, le président de la République a annoncé une «mission d’inspection» qui devra rendre un premier rapport «sous dix jours» pour «comprendre ce qui s’est passé dans la baie» et un «plan digue» national. Car le drame a rappelé à tous celui de Vaison-la-Romaine (Vaucluse), où 46 personnes avaient péri le 22 septembre 1992, emportées par l’Ouvèze.

Construit avec l’accord de l’Etat

Daniel Bordelet, 61 ans, a ainsi fait construire son petit «pavillon Phoenix» il y a trois ans, sur la Pointe de l’Aiguillon. Aujourd’hui, le sol de la maison est jonché de boue, d’herbes et de roseaux. «Quand nous l’avons fait construire, le terrain n’était pas classé comme inondable», rapporte cet ancien artisan métallurgiste, venu du Loiret couler une paisible retraite avec son épouse.

«Il a été classé comme semi-inondable quelques mois après la fin des travaux. En fait, il aurait dû carrément être mis en zone rouge.» Les maires refusent d’être les boucs émissaires: «Tout ce qui a été construit l’a été avec l’accord des services de l’Etat», répète René Marratier, le maire de La Faute-sur-Mer. Les élus locaux nient aussi que les digues aient cédé, estimant que l’eau est remontée par la Pointe d’Arçay. Pourtant, la DDE les avait mis en garde contre les risques d’inondations.

A L’Aiguillon-sur-Mer, Guillaume Frouin

Dans les deux communes vendéennes les plus touchées par la tempête, les habitants semblent encore sonnés par la lourdeur du bilan et l’ampleur des dégâts

La nuit de la tempête la hante encore. « Sans l’aide de mon compagnon, je me serais noyée, raconte Yvonne Bireau, 53 ans. Il m’a sortie deux fois de l’eau alors que je coulais. » Dans sa maison du quartier de la pointe d’Arçay, à La Faute-sur-Mer, l’un des plus touchés par la tempête, l’eau est montée jusqu’à 1,50 mètre dans la nuit de samedi à dimanche. « Regardez, je suis couverte de bleus, tous les meubles me sont tombés dessus ! », s’exclame-t-elle.

Par chance, Yvonne et son compagnon Christophe, grand gaillard de 55 ans, sont parvenus à s’extraire de la maison vers 4 heures du matin. « On a marché plus de 700 mètres avec de l’eau jusqu’au cou, pieds nus et en pyjama, poursuit Yvonne, encore transie de froid. Aujourd’hui, je n’ai plus rien, ni maison, ni voiture. Même les vêtements que je porte ne sont pas à moi. Ce sont des amis de La Rochelle qui nous ont recueillis. »

« En moins d’un quart d’heure l’eau est montée jusqu’à 1,80 m »

Comme beaucoup de rescapés de La Faute-sur-Mer, le couple s’est rendu lundi 1er mars au matin au gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer, transformé en cellule d’accueil des victimes. À l’intérieur, des lits de camp alignés les uns à côté des autres ont permis aux sinistrés de passer la nuit au sec. Aux côtés des pompiers et des gendarmes, des bénévoles sont à l’écoute de ceux qui entrent et sortent, à la recherche d’un proche, d’un renseignement ou simplement de réconfort.

Assis sur une chaise, Maurice Butin, 81 ans, a encore du mal à se remettre de ses émotions. La nuit de la tempête, lui et sa femme Nicole sont restés plusieurs heures debout sur un meuble de leur cuisine, dans leur maison de La Faute-sur-Mer située non loin du port.

« On dormait quand ma femme a entendu un grand bruit d’eau, se souvient-il. À peine levés, on a glissé sur le carrelage trempé et en moins d’un quart d’heure l’eau est montée jusqu’à 1,80 mètre. » Le couple a été récupéré au petit matin par les pompiers. Depuis, ils sont hébergés dans la maison de leur fille, épargnée par la montée des eaux.

Le bilan pourrait s’alourdir

Leur voisine Claudine Abraham, qui a « la chance d’avoir une maison avec étage », a passé cette fameuse nuit d’angoisse au sec. « Nous sommes allés dormir en haut avec mon mari quand nous avons vu l’eau monter à toute vitesse, explique cette retraitée de 67 ans, les pieds chaussés de pantoufles. La maison est dévastée, les meubles sont sens dessus dessous, le canapé a même atterri sur la table du salon. »

Une amie récemment installée à L’Aiguillon leur a prêté des vêtements et les hébergera le temps qu’il faudra. « Ce qui compte, c’est que nous sommes toujours là, ajoute-t-elle. Plusieurs de nos voisins ont péri noyés. » Parmi les 26 personnes décédées à cause de la tempête, 23 seraient originaires de La Faute-sur-Mer, selon son maire René Marratier.

Si l’identification des victimes prendra du temps, l’élu confie que beaucoup d’entre elles sont des personnes de plus de 60 ans. Toute la journée de lundi, les pompiers ont procédé à de nouvelles investigations dans les maisons restées closes, et le bilan pourrait s’alourdir.

« Les paysages sont défigurés »

Pour ceux qui le souhaitent, une veillée de prière est organisée chaque soir à 18 heures dans l’église de L’Aiguillon et une messe de requiem sera célébrée jeudi dans la cathédrale de Luçon, en présence de l’évêque. « Les gens sont abattus et encore sous le choc, constate le P. François Roullière, curé de la paroisse. On est là pour les soutenir et leur apporter de l’espérance. » Le premier étage du presbytère a également été mis à la disposition des personnes esseulées. De fait, la solidarité s’organise dans toute la ville.

Ici, un habitant héberge plusieurs familles, là un retraité va rendre visite à une amie injoignable. Ailleurs, un restaurateur offre le café à ceux qui n’ont plus de quoi payer. Les maires de L’Aiguillon et de La Faute, qui ont eux aussi perdu leur maison dans la catastrophe, sillonnent le terrain depuis dimanche.

« Il faut laisser passer le deuil puis engager très vite des travaux de reconstruction », estime René Marratier. Aujourd’hui, les paysages sont défigurés. Sur la route de la Pointe, à L’Aiguillon, gravats, voitures couchées, détritus et vérandas brisées offrent un triste spectacle. Loin des images de carte postale de ces deux stations balnéaires, que les habitants aimeraient tant retrouver.

Florence PAGNEUX, à L’Aiguillon et La Faute-sur-Mer

Les équipes de secouristes ont entamé une troisième journée de recherches des victimes dans les départements maritimes les plus touchés par les inondations (Vendée et Charente-Maritime). Elles vont tenter de pomper massivement la zone inondée avec de puissants moyens. Les secours ont retrouvé le corps d’un disparu ce matin, ce qui porte le bilan à 52 morts et 8 disparus.

France Info  - A gauche : le PC crise des opérations de secours à  L’Aiguillon-Sur-Mer. A droite : pompage du lotissement le plu stouché à  La faute-sur-Mer.A gauche : le PC crise des opérations de secours à L’Aiguillon-Sur-Mer. A droite : pompage du lotissement le plu stouché à La faute-sur-Mer.
© RADIOFRANCE/ Mikael Roparz

Les secours ont repris les recherches ce matin pour le troisième jour, dans les communes vendéennes de La-Faute-Sur-Mer et de L’Aiguillon-Sur-Mer, les plus touchées par la tempête Xynthia conjuguée aux fortes marées du week-end.

Jusqu’à présent, 28 corps ont été retrouvés dans le lotissement submergé par les eaux, dont un ce matin, qui était jusqu’à présent porté disparu.

Le dernier bilan de la tempête Xynthia en France s’élève donc à 52 morts, dont 34 en Vendée et 12 en Charent-Maritime. Mais les secours craignent d’en retrouver d’autres avec les opérations de pompage à grande échelle qui commencent aujourd’hui.

Les pompiers ont acheminé des machines à gros débit, qui permettent de pomper l’équivalent de deux piscines olympiques par heure. Encore faut-il que la marée de ce soir ne submerge pas à nouveau la zone. Le coefficient est de 110, un des plus élevés de la semaine. La préfecture de Vendée a donc ordonné le renforcement des digues pour limiter la remontée des eaux.

France Info - Un pompier à la recherche d’eventuels survivants dans  une maison de La-Faute-Sur-Mer.Un pompier à la recherche d’eventuels survivants dans une maison de La-Faute-Sur-Mer.
© REUTERS / Stéphane Mahe

mercredi 03.03.2010, 05:04 – La Voix du Nord

 À droite, une dame propose d'héberger deux sinistrés réfugiés,  dimanche soir, dans un gymnase de L'Aiguillon-sur-Mer.
À droite, une dame propose d’héberger deux sinistrés réfugiés, dimanche soir, dans un gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer.

Dès dimanche soir, au gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer, une merveilleuse solidarité avait pansé …

un peu des douleurs et des traumatismes des dizaines de sinistrés. Aux hommes et aux femmes abattus, accablés d’avoir tout perdu, d’avoir parfois cru leur dernière heure venue, d’autres hommes, d’autres femmes venaient tendre la main.

À leurs larmes, à leur détresse muette, ils proposaient un peu de chaleur. C’était une dame qui venait offrir une chambre pour la nuit, une famille qui apportait un sac de vêtements, une cuisinière à la retraite qui se mettait d’office aux fourneaux pour préparer la soupe. « Et ça n’a pas arrêté », dit un adjoint au maire de L’Aiguillon.

Quatre standardistes à temps plein

« Lundi, nous avons dû mettre en place quatre standardistes à temps plein à la mairie, rien que pour répondre aux propositions d’aide.

Beaucoup de personnes proposaient leurs résidences secondaires ou leurs appartements, pour ceux qui n’avaient plus de logement. Ce sont d’ailleurs les cas que nous avons traités en priorité. » Hier, c’est plutôt pour retirer un formulaire de déclaration de sinistre qu’on faisait la queue à la mairie. Dans un autre élan de solidarité, l’annonce par Nicolas Sarkozy qu’il signerait l’arrêté de catastrophe naturelle dès hier a fait beaucoup de bien. Presque autant que les 3 millions d’euros débloqués en urgence. « C’est extrêmement important pour la clarté des choses », disait un agent d’assurances qui faisait le tour des maisons inondées, dès lundi après-midi.

Mais hier, à l’île de Ré, on rappelait également que des maires et des adjoints avaient fait le tour des maisons, eux aussi, avant l’arrivée de Xynthia. « Avec des haut-parleurs sur le toit des voitures, ou porte par porte. » Et qu’ils ont probablement sauvé des vies. Ils disaient de se protéger, de ne pas sortir.

Condamnées chez elles

À La Faute-sur-Mer, ils ont fait la même chose. Mais c’est justement en restant chez eux que des personnes âgées se sont condamnées, dans les maisons exposées. « Comment pouvait-on prévoir une telle montée des eaux ? » Jean-Marc Sornin, conseiller en urbanisme et aménagement du littoral, déplore que les maires n’aient pas « une check-list de ce qu’il faut faire », dans ces cas extrêmes. « L’information est bien venue des préfectures, concernant l’alerte rouge, mais c’est tout. Il n’y a pas de consignes, chacun se débrouille. »

É. D.

TIMOTHÉE BOUTRY ET ÉMELINE CAZI | 02.03.2010, 07h00

Cela ne devait être qu’un écrit de plus dans la joute administrative qui oppose la commune de La Faute-sur-Mer et la préfecture de Vendée depuis des années. Le 19 novembre dernier, le conseil municipal de la commune, une des plus touchées par la tempête Xynthia, avait manifesté son hostilité au plan de prévention du risque inondation (PPRI) de l’estuaire élaboré par la préfecture.

Les contraintes imposées par ce plan notamment en termes de restrictions de constructions n’étaient pas du goût des élus. Le conseil avait donc décidé à l’unanimité de demander au préfet de retarder l’enquête publique. Cette décision prend une toute autre ampleur depuis ce week-end et relance le débat sur l’urbanisation des zones inondables en France.«Un état d’esprit peu responsable d’un certain nombre d’élus»

Une étude du Commissariat général au développement durable relève d’ailleurs qu’entre 1999 et 2006 près de 100 000 logements ont été construits en zones inondables sur l’ensemble du territoire. « L’adoption immédiate de ces mesures n’aurait sans doute pas eu de conséquence vis-à-vis de cette tempête mais elle est révélatrice d’un état d’esprit peu responsable d’un certain nombre d’élus », raille un observateur local.

Depuis 2001, l’Etat cherche à faire appliquer dans l’estuaire du Lay donc sur les communes de La Faute et de L’Aiguillon un plan de prévention du risque d’inondation. Le document prévoit de réduire les zones d’urbanisation et d’interdire toute construction sur les zones rouges, celles à fort risque d’inondation. Elles sont nombreuses sur la presqu’île. Les maires, qui refusent de voir s’endormir leur cité balnéaire, traînent des pieds. Les années passent, le dialogue se crispe. Devant le manque d’empressement des élus, le préfet de Vendée a décidé en juin 2007 de prendre un arrêté portant application anticipée du PPRI.

En clair, à compter de cette date, la préfecture ne délivre plus aucun avis favorable pour des certificats d’urbanisme et des permis de construire en zone rouge. Concernant les zones bleues, elle assortit ses avis d’un certain nombre de prescriptions comme la construction sur pilotis ou l’installation de l’électricité en hauteur. Mais dans certains cas, les maires ont décidé de passer outre et les juges n’ont pas systématiquement donné raison au préfet qui attaquait les élus devant le tribunal administratif.

Hier, face à la polémique, René Marratier, le maire de La Faute, jurait « accepter le PPRI sur le fond et ne le contester que sur la forme ». « Il y a des corrections à apporter, c’est pour cette raison qu’il n’a toujours pas été approuvé.  » Il jure que « l’enquête publique sera lancée en 2010 »… contrairement au voeu du conseil municipal de novembre dernier.

  • Au gymnase où a été établi l'accueil d'urgence des sinistrés, une  « boutique » a été établie grâce aux nombreux dons de vêtements.

    Au gymnase où a été établi l’accueil d’urgence des sinistrés, une « boutique » a été établie grâce aux nombreux dons de vêtements.

Dons de vêtements, hébergements, coups de main divers… les bonnes volontés sont à pied d’oeuvre.

ReportageUne femme qui cherche « des baskets en 36 », un monsieur qui prendrait bien des maillots de corps. Hier, malgré la fatigue d’une première nuit au gymnase de L’Aiguillon-sur-Mer, où toute l’aide a été concentrée, les sinistrés semblaient contents de piocher dans les tas de vêtements mis en place par la Croix-Rouge.

« Franchement, la générosité des gens est impressionnante », souffle une jeune femme en train d’essayer une veste. Le style n’est pas vraiment le sien « mais c’est très propre », sourit-elle. Président délégué de la Croix-Rouge des Herbiers, Denis Cousin insiste : « On a besoin de tout : des pulls mais aussi des chaussures, des chaussettes, des couvertures. Surtout, pas la peine d’encombrer avec des habits d’été : les gens en auront sûrement besoin, mais plus tard ! »

Dans le gymnase, c’est un ballet continu : des gens qui apportent des vêtements ou des denrées alimentaires, des familles qui viennent chercher un proche ou encore des voisins qui viennent s’informer. « Je suis venue prendre des nouvelles de ma voisine. Moi-même, j’ai pu être hébergée chez mon fils, mais elle a dû passer la nuit ici », explique Andrée.

Premières courses en pyjama

Au Super U de L’Aiguillon, juste à côté du gymnase, les sinistrés ont pu faire leurs premières courses : « Ça fait un choc. Ils sont venus en pyjama, puisque c’est ainsi qu’ils ont quitté leurs maisons. Ce sont nos clients habituels. On a noté les dépenses, on verra plus tard pour le règlement », explique Laurence Peignet, associée à la direction du magasin.

Au café des Flots bleus, à La Faute-sur-Mer, le coup de main a consisté à accueillir… les pompiers : « On ne devait ouvrir que dimanche prochain. Finalement, on a accueilli plein de pompiers qui n’avaient pas de ravitaillement : on a vidé la réserve ! » racontent Béatrice et Frédéric Paulin.

Les coups de main ? À la mairie de L’Aiguillon-sur-Mer, les propositions ne manquent pas. « En une heure de standard, c’est fou ! » assure l’adjoint au maire, Alain Barraud. « On va avoir besoin d’aide au nettoyage : laissez vos coordonnées car vous comprenez bien que tout cela doit être organisé », lance-t-il à deux jeunes venus déposer leurs coordonnées, CV à l’appui. Pour l’hébergement il préfère, comme les associations caritatives, l’accueil « en famille », à proximité, et pour plusieurs semaines : « L’urgence, on a fait. Maintenant, les gens ont besoin de réorganiser leur vie. »

Annie et André, 58 et 65 ans, se sont portés volontaires. Hier soir, dans leur maison juste avant la sortie de L’Aiguillon, ils ont accueilli Christo Choumant, 87 ans, Rolande, 83 ans, mais aussi leurs enfants de 54 et 46 ans. « On a deux chambres pour eux. Nous, on va dormir dans le salon », annoncent les hôtes, qui trouvent tout naturel d’aider cette famille qu’ils ne connaissent pas : « Si on n’aide pas aujourd’hui, alors on aide quand ? »

Claire HAUBRY.

Chaos de boue. Dans les rues de L’Aiguillon-sur-Mer et de La Faute-sur-Mer, les habitants semblent encore sonnés par l’ampleur de la catastrophe qui vient de les frapper. Mauricette Van Parys, 68 ans, a ainsi passé la nuit de samedi à dimanche sur le toit de sa voiture, dans le garage de sa maison de La Faute. C’est son mari de 72 ans qui l’y a hissée : Mauricette, handicapée, a une prothèse à la jambe gauche. « C’était terrible… On a eu de l’eau jusqu’au bassin, puis très vite jusqu’au cou », raconte cette nourrice à la retraite, couverture sur les épaules, qui a trouvé refuge depuis au centre d’hébergement d’urgence improvisé dans le gymnase de L’Aiguillon. A l’intérieur du bâtiment, des tentes ont été montées, des tables avec de la nourriture et du café chaud ont été alignées, et un tas de vêtements attend ceux qui ont tout perdu. « Hormis mon slip et mon pantalon, je n’ai plus rien à moi », soupire un employé du Super U voisin.

Dans l’autre partie du gymnase, quelque quatre-vingts lits de camp ont été installés. Stéphane et Michel, deux amis de 39 et 57 ans, s’y reposent après avoir vécu douze heures d’enfer dans leur résidence secondaire de La Faute-sur-Mer. De 4 h à 16 h 30, ils sont en effet restés dans l’eau, en tentant d’appeler en vain des pompiers submergés d’appels. « Les bulletins météo ne laissaient rien présager », souffle le premier, qui travaille dans une mutuelle à Orléans (Loiret).

Dans sa longue robe noire, Alain Castet écoute les témoignages des uns et des autres. L’évêque de Vendée, où le catholicisme est encore très présent, est venu offrir son « soutien spirituel » aux sinistrés de la baie de l’Aiguillon. « Pour beaucoup, cette région est synonyme de calme et de vacances », rappelle Mgr Castet, qui fait organiser des messes quotidiennes depuis dimanche soir. « Le contraste avec la force des éléments était d’autant plus violent. Preuve de cette « force des éléments », rapportée par tous les témoins, des voiliers et des cabanes de pêcheurs trônent sur le bas-côté de la route de la Pointe de l’Aiguillon, à 300 m à l’intérieur des terres. Des routes entières sont défoncées, des caravanes sont renversées. « C’est l’apocalypse », résume une habitante.

Dans le hameau des Caves, toujours sur la Pointe de l’Aiguillon, les portes des maisons ont été enfoncées par la force de la marée haute et la vase est omniprésente. Un homme contemple son pavillon dévasté. « Même si je le remets en état, qui va vouloir m’acheter une maison dont tout le monde sait désormais qu’elle est en zone inondable ? », s’interroge-t-il. W

à L’Aiguillon-sur-Mer,

Guillaume Frouin

Retraités à La Faute-sur-Mer, Gérard et Michèle Fourgereau ont tout perdu dans la tempête de samedi. Leur maison n’est plus qu’un immense fatras baignant encore dans 50 cm d’eau .

ANNE-CÉCILE JUILLET | 03.03.2010, 07h00

Gérard Fourgereau veut tenir bon, ne pas craquer. « Ma femme, mes enfants et mes petits-enfants sont en vie, c’est l’essentiel. » Le superflu, il le balaie d’un revers de main. En avril dernier, ce tout jeune retraité de 60 ans a quitté Bezons (Val-d’Oise) avec Michèle, son épouse, pour La Faute-sur-Mer. Ils venaient ici depuis toujours en vacances et y ont emmené leurs quatre filles chaque été.

L’une d’elles, Sandrine, restée dans le Val-d’Oise, était venue passer le week-end dernier avec Vincent, son mari, et leurs deux enfants, Pauline et Maxence, 6 et 3 ans. De la maison de Gérard et Michelle, louée rue des Voiliers, non loin du port, il ne reste qu’un immense fatras baignant encore dans 50 cm d’eau, des meubles enchevêtrés et des petits objets flottant à la surface.

L’océan en furie est monté ici jusqu’à 1,60 m. Les traces à hauteur des fenêtres en témoignent. Dans sa course, il a tout fait valser contre les murs, le réfrigérateur devant la porte d’entrée, le canapé suspendu au-dessus d’un petit meuble. L’un d’eux est venu violemment heurter Michèle : « Je l’ai rattrapée au dernier moment, sinon elle restait coincée dessous », soupire Gérard. Résultat, une clavicule cassée et une nuit entière passée dans le froid à lutter contre l’épuisement à attendre les secours, venus au petit matin dimanche. Tandis qu’hier Michèle subissait sa seconde opération à l’hôpital de La Roche-sur-Yon, Gérard, cuissardes aux jambes, retournait pour la première fois dans sa maison, avec son gendre.

Ils croisent deux plongeurs et les rassurent : tout le monde s’en est sorti vivant. « Prends les chéquiers, là, dans le buffet ! » lance Gérard à son gendre, en filant dans ce qu’il reste de sa chambre. Le plus important : retrouver les sacs de son épouse et de sa fille, les papiers de tout le monde, même mouillés, ses médicaments pour le coeur et quelques affaires de ses petits-enfants, habillés grâce aux dons du Secours populaire. « Ça, c’est le plus urgent, dit-il, après on verra pour les assurances. » Vincent, lui, s’inquiète : son monospace, assuré au tiers, sera-t-il remboursé ? Demain, sa mère viendra d’Argenteuil pour le récupérer, avec femme et enfants. Sandrine prévoit déjà d’envoyer ses petits chez un pédopsychiatre et n’exclut pas de consulter elle aussi. « C’est la première fois aujourd’hui qu’on prend le temps de se poser, explique cette employée dans un groupe scolaire. Je me rends compte que la petite porte un vrai traumatisme, elle dit ne plus vouloir venir, elle a été tellement choquée de ces trois heures dans l’eau glacée… » En rentrant à L’Aiguillon, où des amis lui ont trouvé un toit provisoire, Gérard dépose les sacs-poubelle et en sort des photos, miraculeusement intactes : « C’est pour ma femme, elle sera tellement contente de les revoir, en rentrant ! » En attendant, ce soir, il dormira une nuit de plus sans elle : « J’aime pas ça… Parce que, vous comprenez, avec Michèle, cela fait quarante et un ans qu’on passe toutes nos nuits ensemble. » Là, en imaginant qu’il a failli perdre ce qu’il a de plus cher au monde, pour la première fois, de grosses larmes pointent au coin de ses yeux.

Elle a failli y rester. De l’eau jusqu’aux épaules, coincée entre ses meubles bringuebalés par la montée des eaux. En revenant hier dans sa maison, dans le quartier de la Pointe, à L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée), Evelyne Deluze hésite entre les rires, quand elle n’arrive pas à enfiler ses bottes, et les larmes, quand elle retrouve son voisin sain et sauf. Dans la pénombre de sa petite maison, elle a vu venir sa fin et celle de sa mère, 92 ans. «J’ai été réveillée par un glouglou. Bizarre, je n’avais pas mis en route ma machine à laver. Pas de courant… Avec ma torche, je découvre l’eau. Partout. Et ça rentrait… Je remontais les bouquins quand j’ai entendu un potin d’enfer. D’abord, j’ai cru que le tonnerre avait fracassé mon Velux. En fait, c’est la baie vitrée qui avait explosé. Elle était pourtant derrière le volet roulant baissé, et c’est du double vitrage !» Son salon est rempli de boue et de verre cassé. «A 3 heures moins le quart, j’ai appelé les pompiers. Ils n’ont jamais pu venir. Je faisais des signes aux hélicos.» De son portable, elle téléphone en claquant des dents à sa fille, à une dizaine de kilomètres. «Je lui ai dit : « Je vous adore tous, adieu… » A travers la baie vitrée, je voyais arriver la vague.»

Juste un duvet. Le matelas du lit médicalisé de sa mère dérive. Trempée, elle grelotte. Dans cette maison de plain-pied, impossible de trouver à tâtons des vêtements secs. Juste un duvet, en haut d’une armoire. Les gendarmes finiront par venir les chercher, dimanche à 11 heures. En hypothermie, la vieille dame sera alors admise à l’hôpital. Dehors, sa voiture a été déplacée de cent mètres, coincée contre une haie. «Je l’avais depuis un mois.» Dans l’herbe du jardin dévasté, un mètre ruban : «Il était dans ma chambre, de l’autre côté de la maison.» La baie vitrée est fracassée. Le lavabo de la salle de bain est plein de vase. Seuls les cadres aux murs sont intacts. Elle retrouve son sac, les papiers sont trempés. Il sera vite temps de penser aux assurances : «Il y a un «formulaire catastrophe» à la mairie.» Fatalisme ? «J’ai toujours dit que ça arriverait», lâche Evelyne.

Ici, tout est en zone inondable. Comme le lotissement de l’Ostrea à La Faute-sur-Mer, commune voisine de L’Aiguillon-sur-Mer. C’est dans ces deux villes qu’on a relevé le plus de morts (27). La Faute est en partie située sur une presqu’île, bordée par la mer d’un côté et l’estuaire du Lay de l’autre. Un réseau de digues avait été construit après les grandes tempêtes de 1926 et 1929, le long de l’estuaire, pour protéger la presqu’île. «C’est vrai que c’est une zone à risque. D’ailleurs, pour tout achat, toute location, on prévient que le site est inscrit au PPRI, le Plan de prévention des risques inondation. Bien sûr, il y a des jours de pluie interminables, parfois des arbres qui tombent, mais on n’a jamais eu de sinistre», dit-on à l’Agence de la plage qui loue des villas à la saison dans le lotissement. En ce «pays gagné sur la mer», les digues ont pourtant montré leurs limites. Celles de L’Aiguillon, caillasses et enrochements, comme celles de La Faute, terre et vase. L’assaut de l’Atlantique n’a, semble-t-il, été ni uniforme ni logique. «Nos digues les plus basses, qu’on était justement en train de restaurer, ont bien tenu», note Jean-Michel Gaborit, secrétaire de mairie à La Faute.

«Etage». A L’Aiguillon, le maire, Maurice Milcent, indique que si les digues se sont en partie rompues, «ça n’est pas le problème». «On a eu une surcote d’un mètre d’eau d’un seul coup. Même sans problème de digue, on aurait eu le même effet…» Négligence urbanistique, pour plier devant la demande immobilière ? «On nous oblige à faire des maisons d’un seul niveau, type pêcheur. Si on nous laissait ajouter un étage…» glisse l’édile. A La Faute, on botte en touche : «La mairie est trop petite, nous n’instruisons pas les permis de construire, laissés à la direction de l’Equipement. Quant au plan de risque inondation – qui n’est pas encore approuvé -, il couvre toute la commune.» Bénévole dans le gymnase où sont hébergés les sinistrés, un homme explique : «La zone est connue comme à problème depuis Napoléon. Le lotissement s’est rempli avec des retraités venus des villes. M’étonnerait pas que certains attaquent en justice…»

  • Les plongeurs des sapeurs-pompiers ont continué à rechercher,  hier, les corps des disparus à La Faute-sur-Mer.

    Les plongeurs des sapeurs-pompiers ont continué à rechercher, hier, les corps des disparus à La Faute-sur-Mer.

    Joël Le Gall

On dénombre désormais vingt-huit morts à La Faute-sur-Mer, souvent des personnes âgées.

Ils s’appelaient Berthe et Jean Grimaud, ils avaient 86 ans, leurs petits enfants les appelaient Papou et Mamou. Comme 28 personnes, ils ont trouvé la mort à La Faute-sur-Mer…

Situé le long de la digue censée contenir l’eau du Lay, le lotissement du Doris concentre plus de la moitié des victimes. Toutes dans le même périmètre, autour de la rue des Voiliers. Jadis, ici, c’était la campagne. « Je venais ici quand j’étais enfant. ll y avait des vignes, des fermes… », se souvient Bernard Réaud, entraîneur de chevaux de course, aujourd’hui à la retraite. Les constructions sont apparues au début des années 1970. Pour l’essentiel des petites maisons de plain-pied.

Le drame d’une famille de médecins

« 80 % des victimes sont des retraités », selon Alain Barraud, adjoint au maire. Des couples, mais aussi plusieurs personnes vivant seules, hommes et femmes, âgées le plus souvent de plus de 70 ans. Une partie habitait là à l’année, quelques-unes étaient venues passer un peu de temps dans leur résidence secondaire. Elles se sont fait surprendre pendant leur sommeil et ne sont pas parvenues à s’enfuir. Un couple a également perdu son bébé, mort noyé.

Un couple de médecins de Fontenay-le-Comte séjournait pour les vacances scolaires en famille dans une de ces petites villas. Comme d’autres rescapés, le père a réussi à percer le plafond puis le toit pour tenter de sauver les siens. Sa fille et lui ont pu échapper à la noyade, mais son épouse, son fils de 4 ans et sa mère sont morts noyés. Leur fils de 13 ans est toujours porté disparu…

D’abord rassemblées dans une chapelle ardente, les dépouilles des victimes ont commencé à être remises aux familles ainsi qu’aux entreprises de pompes funèbres. Quelques-unes sont aussi exposées dans la salle paroissiale où parents et amis viennent se recueillir. Les premières cérémonies d’obsèques auront lieu aujourd’hui, à La Faute. Les inhumations ont dû être différées de quelques jours : toujours sous les eaux, le cimetière de la commune est impraticable.

Marc MAHUZIER.
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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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