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JUSTICE – Les parties civiles se relaient à la barre pour raconter la nuit du drame à La Faute-sur-mer…

Emotion et «colère». Quatre jours après l’ouverture du procès Xynthia aux Sables d’Olonne (Vendée), le tribunal a débuté les douloureuses auditions des parties civiles. Tour à tour, pendant au moins une semaine, une soixantaine de personnes vont se relayer à la barre pour faire le récit du drame qui s’est joué dans la nuit du 28 février 2010 à la Faute-sur-mer, faisant 29 morts.

«L’eau est entrée très rapidement. C’était abominable, les meubles, les affaires, tout était foutu», se remémore André Rossignol, réveillé en pleine nuit. «J’entendais cogner. J’ai réalisé que c’était le réfrigérateur qui était en train de flotter et tapait sur les murs», se souvient Michel Le Roy, qui s’est réfugié à l’étage avec son épouse.

Gérard Fourgereau, lui, a fui la maison en pleine nuit avec sa famille pour ne pas rester piégé: «On était ballottés par les flots. J’ai vu une caravane passer, comme dans un film catastrophe. Je suis resté plus de deux heures dans l’eau. J’étais congelé. Les pompiers sont venus à 6h30. A un quart d’heure près, j’y passais.» «Il faisait froid, on se tapait les membres pour éviter l’hypothermie, raconte aussi Gérard Ferchaud, qui a eu le temps de grimper sur son bateau avec son épouse. On entendait des cris dans la nuit puis, au bout d’un moment, plus un bruit, un silence de mort.» «Notre voisine, on savait qu’elle était grabataire, mais on ne pouvait rien faire pour elle», regrette Roselyne Rossignol, qui se «réveille toutes les nuits» depuis ce jour.

«Aucun élu n’est venu nous voir»

Les victimes se sont également montrées sévères envers la municipalité de La Faute et son maire à l’époque, René Marratier. Concernant l’absence de soutien les jours qui ont suivi le drame notamment. «On n’avait plus de maison et la mairie ne nous disait rien. C’est à l’Aiguillon [commune voisine également sinistrée] qu’on a pu avoir des renseignements, qu’on nous a proposé une aide psychologique», raconte Bernadette Le Roy. «Aucun élu n’est venu nous voir, même quand on mangeait à la cantine avec les autres sinistrés», s’indigne Gérard Ferchaud. «René Marratier, je le connais, on se tutoie, confie André Rossignol. J’aurais aimé qu’il passe me voir, ou quelqu’un de la commune. C’est pourtant pas grand-chose de mettre des bottes!»

«Si nous avions été informés, nous serions partis»

L’absence d’information sur les risques d’inondation dans ce secteur en cuvette, coincé entre l’océan et le Lay, a aussi été dénoncée à la barre. «On n’avait jamais entendu parler des risques, assure Gérard Ferchaud. J’ai appris plus tard qu’il y avait en mairie des plaquettes sur le sujet, mais elles n’ont jamais été distribuées.» «J’avais acheté dans un lotissement communal. Toute ma famille vivait là. Je ne pensais pas qu’on pouvait être en danger », explique Evelyne Deregnaucourt. «On n’avait pas peur. Mais si nous avions été informés, nous serions partis», est convaincue Bernadette Le Roy. Beaucoup confient tout de même avoir été «étonnés» par les constructions les plus récentes érigées dans «des prés où les vaches avaient de l’eau jusqu’au ventre».

Ce vendredi, l’émotion devrait encore monter d’un cran avec l’audition de Ahmed Bounaceur, qui a perdu sa mère, son épouse et deux de ses enfants au cours de l’inondation à La Faute-sur-mer.

Frédéric Brenon

Commune de la Faute-sur-mer après la tempête Xynthia © Max PPP – 2014

Le procès des responsabilités dans la mort de 29 personnes à la Faute-sur-mer, le soir de la tempête Xynthia, en 2010, s’est ouvert le 15 septembre au tribunal des Sables d’Olonne. Sur le banc des prévenus, 5 personnes, dont l’ancien maire, René Marratier, poursuivi pour homicides involontaires. Depuis mercredi, les récits des victimes de la tempête et des inondations se succèdent, souvent poignants. Compte-rendu d’audience de Corinne Audouin

C’est un témoignage inédit. Après avoir beaucoup réfléchi, André Rossignol a décidé, au début de l’année 2014, quatre ans après Xynthia, de se constituer partie civile. C’est un homme costaud de 64 ans, le ventre tendu sous une chemisette bleu clair, les cheveux et la moustache blanche. André est patron de pêche à la retraite, même s’il lui arrive encore de sortir en mer. Ce soir là, vers minuit, il part pêcher la civelle, cette petite anguille savoureuse qu’on ne trouve que dans les estuaires. L’avis de tempête est connu, mais André ne s’inquiète pas trop. Il pressent tout de même qu’il va se passer quelque chose : le flot du Lay est anormal, comme gonflé.

 

Vers 2 heures du matin, André met son bateau à l’abri, non loin de la digue Est de la Faute-sur-mer. « J’ai vu un courant de flots, quelque chose d’incroyable, dans les 3-4 nœuds. Je me suis dit : c’est pas normal. La mer montait beaucoup trop vite dans l’estuaire, j’ai décidé de rentrer chez moi ». La manoeuvre pour accoster est difficile. Sur le quai, sa femme l’appelle. L’émotion étrangle la voix d’André. « Elle était seule à la maison, elle avait peur ». Sur le parking, l’eau atteint déjà 20 centimètres. André est un marin, chaque tempête est gravée dans sa mémoire. En 1999, se souvient-il, l’eau était montée à 20 centimètres de la crête de la digue Est de la Faute. Il décide d’aller voir.

 

Dans la lumière des phares de sa voiture, ce qu’il découvre le stupéfie. « L’eau clapotait au sommet de la digue, il restait quoi, 5, 10 cm. J’étais affolé. Je savais qu’il restait deux heures de marée montante ». André rentre chez lui, à 200 mètres de là. « On va inonder », dit il à sa femme, « on y va tout droit ».

Moi aussi, j’ai été sinistré

Il est 2H45 quand il appelle les pompiers : « une dame me répond, et me demande qu’est ce qu’elle peut faire. Je lui ai dit d’appeler les deux maires, de la Faute et de l’Aiguillon. Et je me suis occupé de ma famille ». On ne sait pas si l’appel a été passé. La maison des Rossignol n’est pas dans la cuvette où sont mortes les 29 victimes; située plus au nord du village, elle possède un étage. C’est ce qui va les sauver : l’eau glacée est montée jusqu’à 1 mètre 37. Le récit de cette nuit d’épouvante a éprouvé André.

 

Il y a plusieurs choses, reprend-il, que je ne comprends pas.Pourquoi la caserne des pompiers de l’Aiguillon n’était pas opérationnelle ? Les premiers secours sont arrivés à 6H30 du matin! Plus tôt, on aurait pu sauver des vies. Pourquoi personne n’a fait de brèche dans la digue, pour que l’eau puisse s’écouler ?

 

André Rossignol s’adresse ensuite au maire. Ils se connaissaient bien, se tutoyaient. « Ma maison était complètement dévastée. J’aurais aimé, sincèrement, voir quelqu’un de la commune quand on a tout nettoyé. Malheureusement, on n’a vu personne. Vous savez, lance-t-il à René Marratier, une paire de bottes, c’est pas si terrible à mettre, j’en mets tous les jours. Même s’il n’y a rien à faire, la moindre des choses, c’était de venir nous voir. A la première réunion du conseil municipal, j’étais furieux, continue André. Je l’ai pointé du doigt. ‘T’as pas oublié quelque chose ? La minute de silence pour les victimes ?’ Il m’a répondu : ‘moi aussi, j’ai été sinistré’. »

 

La même phrase, au mot près, prononcée hier à la barre par René Marratier.

 

– On aurait pu surveiller la digue, ce soir là ? demande le président.
– Bien sûr. Mais la nuit, on dirait que certains veulent pas travailler. Nous, on  est habitués.

Le procès se poursuit jusqu’au 17 octobre
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Manque d’informations, d’aide matérielle et psychologique, insultes et mépris… Le président de l’association des victimes de la tempête Xynthia a livré mercredi matin un témoignage accablant contre René Marratier, jugé depuis lundi pour homicides involontaires.

 

Les Sables d’Olonne (Vendée), Envoyée spéciale.

 

Le manque d’empathie, l’indifférence aux autres ne sont pas punis par la loi. Mais ils aident à cerner la personnalité d’un homme. Or quand ce dernier est poursuivi devant le tribunal correctionnel pour homicides involontaires et mise en danger d’autrui, cette insensibilité devient accablante.

 

Renaud Pinoit, président de l’association des victimes des inondations de la Faute-sur-mer (Avif) a livré mercredi matin devant le tribunal des Sables d’Olonne (Vendée) un témoignage très dur contre l’ancien maire de la commune, René Marratier, aujourd’hui sur le banc des prévenus avec deux de ses adjoints, un promoteur immobilier et un agent départemental. Après la catastrophe du 28 février 2010, où 29 habitants de la Faute-sur-Mer trouvèrent la mort, la mairie a été dramatiquement absente, accuse-t-il. L’Avif a été rapidement créée pour pallier aux manques. Et ils sont nombreux : informations, aide matérielle, soutien psychologique… « Il n’y avait rien, c’était le néant ». Mais la création de cette association n’est visiblement pas appréciée en mairie. « On a été considérés comme les méchants, ceux qui embêtent le maire, poursuit Renaud Pinoit. Ça a été très difficile pour nous cette absence de soutien local, on a eu le sentiment d’être abandonnés.»

 

Les exemples de cette indifférence – qui tourne rapidement au mépris – ne manquent pas. Au premier conseil municipal après le drame, aucune minute de silence n’est observée pour les victimes. Lors d’un autre conseil, une élue leur lance : « Vous commencez à nous emmerder avec vos médias, la Faute-sur-mer, c’est quand même pas Oradour-sur-Glane ! ». Pendant deux ans, la mairie « refuse catégoriquement » de les rencontrer. « On n’a jamais eu, malheureusement, le moindre mot de compassion », regrette Renaud Pinoit.

 

Point important de discorde entre l’association et les élus : l’installation d’un mémorial. Depuis la catastrophe, les survivants exigent un lieu pour se recueillir. La mairie les envoie balader. Ce qu’ils font effectivement avec leur banderole qu’ils promènent dans la commune. Elle est retrouvée dans une poubelle par le boulanger. « Cette banderole, c’était le seul moyen pour nous de ne pas oublier, souffle Renaud Pinoit. La mairie avait installé 29 drapeaux pour symboliser les victimes. Mais les familles ont du mal à se dire que leurs enfants ou leurs parents c’est un drapeau. Ils ont besoin d’un endroit avec les noms et les prénoms. » Il faudra attendre quatre ans pour qu’une stèle soit enfin inaugurée à la Faute, la banderole a été enterrée à son pied. Et les touristes ou curieux de passage sont nombreux à s’y arrêter.

 

René Marratier est appelé à la barre. Hier déjà, il a été rudoyé par le président Almy qui lui a reproché son « autisme ».

 

– «Comment expliquez-vous cette indifférence ? », le questionne Pascal Almy d’un ton sec.

 

– La charge émotionnelle me stresse, jusqu’au bout de moi-même. J’ai une pensée pour les victimes. (soupirs d’exaspération sur les bancs des parties civiles, dont certaines quittent la salle). Après Xynthia, j’ai abandonné ma maison pendant trois jours. J’ai toujours été présent sur le site. La totalité des ateliers municipaux étaient remplis de machines à laver que certains, ici, ont pu utiliser. Y’a pas eu de manquement au niveau du conseil municipal. J’ai perdu un ami personnel avec Xynthia, un conseiller municipal. Comment voulez-vous que je n’ai pas de souffrance ? Je suis un être humain, comme tout le monde. J’ai aussi, moi, un syndrome (du survivant, NDLR). Jamais je ne serai le même homme, monsieur le président, jamais. (sa voix se brise).

 

L’interrogatoire continue. Si le mémorial a été long à mettre en place, c’est à cause de la « lourdeur administrative ». L’absence de minute de silence ? Le conseil municipal en a observé une, mais « en privé ». Il a refusé de recevoir l’Avif ? « On n’a jamais eu de demande de quoi que ce soit». Quant à Renaud Pinoit, qui s’est présenté deux fois aux élections municipales contre lui, « il était dans une démarche personnelle ». Et de dénoncer une « campagne de dénigrement » contre lui. « On ne peut pas m’accuser de tous les maux. Ce n’est pas logique, j’ai des enfants, des petits enfants. » Et aux enterrements, assure t-il, « on a envoyé un adjoint ou un conseiller municipal à chaque fois ». « Mensonges », sifflent plusieurs personnes sur les bancs des parties civiles, visiblement atterrées.

Les auditions des parties civiles doivent continuer jusqu’au milieu de la semaine prochaine.

Marie Barbier

En ce 3e jour de procès, la parole a été donnée aux Dr Laurent Boidin, médecin légiste, et Ronan Orio, psychiatre. Des témoignages éloquents sur ce qu’on vécu les victimes.

Le docteur Laurent Boidin (à gauche), médecin légiste, et le docteur Ronan Orio (à droite), psychiatre, ont livré une analyse poignante du drame.
Le docteur Laurent Boidin (à gauche), médecin légiste, et le docteur Ronan Orio (à droite), psychiatre, ont livré une analyse poignante du drame.

Chacun dans leur témoignages, les deux médecins ont fait le distinguo entre les victimes décédées et les victimes survivantes.

Le docteur Boidin a commencé par décrire le processus de noyade, cause de la mort des 29 victimes.“Les constatations médico-légales ont montré sur 26 des personnes décédées une coloration bleutée de la peau synonyme de cyanose ainsi que la présence d’un champignon de mousse (au niveau de la bouche et du nez) caractéristique de la noyade. Pour les trois autres victimes, aucun élément ne permettait de ne pas retenir la noyade comme cause de la mort”. L’absence de symptômes laisserait penser à un processus de noyade plus rapide. Laurent Boidin et sa collègue le docteur Anne-Elisabeth Rocard sont intervenus sur place, à La Faute-sur-Mer, au moment du drame.“Dès le dimanche 28 nous avons examiné 15 victimes, 12 le lundi, une le mardi et une dernière le mercredi”. Lors de ces examens, ils ont pu observer des lésions cutanées sur un certain nombre de corps : sur les mains, les doigts, les fesses, les coudes, les genoux… “Ce sont des signes de mouvements de lutte. Pour 26 d’entre eux, ces lésions sont apparues importantes.”. Le médecin légiste poursuit son discours parlant notamment de la façon dont étaient habillées les victimes. Celles restées en tenue de nuit et qui donc n’ont pas eu le temps de réagir et les autres… Celles qui avaient eu le temps de se changer, tout du moins d’enfiler un pantalon, une veste. En bref, celles qui ont essayé de s’en sortir sans y parvenir.

Dans la salle d’audience, parmi les parties civiles, l’émotion est palpable. Certaines informations sont difficiles à entendre. Notamment au moment de l’intervention du docteur Ronan Orio. Le psychiatre n’est pas intervenu lors de la catastrophe mais c’est un phénomène qu’il connaît bien. Il a notamment été rattaché à la cellule de crise du ministère des Affaires Étrangères lors du tsunami en Thaïlande en 2004 et de l’ouragan Katrina aux Etats-Unis en 2005. Dès le début de son témoignage, il n’y est pas allé par quatre chemins : “Les victimes de noyades lors de ces phénomènes sont mortes dans des conditions particulièrement violentes, horribles, monstrueuses, indicibles. Il n’y a pas de vocabulaire pour décrire ce genre de situation”. Cette réalité atteint les proches des victimes en plein coeur. Le moment est pesant.

6 infarctus, 403 prescriptions d’anti-dépresseurs

Les victimes de Xynthia ne se résument malheureusement pas aux 29 morts. Il y a tous les survivants. Ceux qui aujourd’hui souffrent d’un stress post-traumatique et qui se réveillent chaque nuit à 3 heures. Le docteur Boidin révèle que plusieurs tentatives de suicide ont été commises par certaines de ces victimes.“Il y a eu également des manifestations physiques à savoir des infarctus du myocarde chez six habitants de La Faute ou L’Aiguillon-sur-Mer dans la semaine qui a suivi Xynthia et qui ont été hospitalisés au CHD de La Roche-sur-Yon”, se souvient le médecin. D’autres personnes touchées par un infarctus ont été admises dans d’autres établissements et n’ont pas été comptabilisées. Autre “effet secondaire” à Xynthia : la délivrance inhabituelle de psychotropes, anxiolytiques et autres anti-dépresseurs au nombre de 403.

Et il y a tous les syndromes qui sont nés suite au traumatisme. A commencer par celui du survivant. Les proches de personnes décédées se demandant pourquoi eux s’en sont sortis. Puis vient le sentiment de culpabilité “pourquoi je n’ai pas fait ça ?”, “pourquoi ai-je fait installer des volets roulants électriques ?”, etc. Il y a ensuite le sentiment de délaissement total, d’abandon. “La commune de La Faute et les victimes ont connu tout de suite après le drame une hypermédiatisation décérébrante, déclare le psychiatre. Et, quasiment du jour au lendemain, plus rien”. L’énorme compassion des premiers jours s’essouffle. “La décision de destruction des maisons sans la consultation des propriétaires a fait que ceux-ci se sentent encore plus dépossédés de la situation”.

Selon le docteur Orio, “ce procès va être primordial” pour les victimes. “Elles ont besoin d’être entendues, de se dire que toutes ces morts ont un sens, qu’on tiendra compte de ce genre d’événement dans le futur”. Quant à la colère, elle est “le signe que la personne est sur la voie de la guérison”

Les Sables-d’Olonne, 85

René Marratier a reconnu pour la première fois ne pas avoir assez bien informé les habitants des risques d’inondation avant le passage de la tempête.
René Marratier arrive au tribunal des Sables-d'Olonne le 14 avril 2011.René Marratier arrive au tribunal des Sables-d’Olonne le 14 avril 2011. © FRANK PERRY / AFP

L’ancien maire de La Faute-sur-Mer René Marratier a reconnu mercredi pour la première fois ne pas avoir assez bien informé les habitants des risques d’inondation avant le passage de la tempête Xynthia, lors du procès du drame qui a coûté la vie à 29 personnes le 28 février 2010.

« Il n’y a sans doute pas eu assez d’information »

« Effectivement, il n’y a sans doute pas eu assez d’information », a-t-il reconnu devant le tribunal, interrogé sur son avis concernant l’information fournie aux habitants sur ces risques d’inondation. « Non, c’est évident », a-t-il reconnu. « J’ai considéré que l’information était véhiculée, que les populations étaient conscientes » du risque en raison de la situation géographique de la commune sur une presqu’île coincée entre l’océan Atlantique et l’estuaire du Lay, a-t-il expliqué. Il a souligné avoir communiqué sur ces risques avec certains de ses administrés, mais sans plus. Pour lui « s’il y avait des risques, je pensais que l’on pouvait les surmonter ».

Indignation

Il y avait bien un petit livret d’information sur les risques, qui avait vocation à être distribué aux habitants… Mais il est resté sur le comptoir de la mairie. Le maire a alors expliqué avoir pensé que quelqu’un de la mairie se serait chargé de le distribuer ou de le mettre en ligne sur le site de la commune, provoquant l’indignation des parties civiles.

Cinq prévenus, dont l’ancien maire de la commune, mais aussi deux entreprises, comparaissent principalement pour homicides involontaires dans ce procès auquel participent plus de 120 parties civiles, qui ne prendra fin que le 17 octobre, avant le jugement attendu le 12 décembre.

L’ancien maire de La Faute-sur-Mer a été mis en difficulté, ce mercredi matin, par la déposition du président de l’association des victimes de Xynthia, Renaud Pinoit.

Mercredi matin, à l’issue des dépositions des deux médecins légiste et psychiatre (voir vidéo), les dépositions des parties civiles débute. Le premier à se présenter à la barre est Renaud Pinoit, président de l’Avif (association des victimes de La Faute). Des dégâts matériels, ce chef d’une entreprise informatique domicilié dans le centre-ville en a subi très peu. En revanche, il est psychologiquement très marqué. « Je connaissais 15 des 29 victimes », indique t-il à la barre du tribunal correctionnel.

Au matin du drame, un ami vient le voir. « Il me dit qu’on dénombre dèja 9 morts dans les lotissements près de la mer ». Dès lors, Renaud Pinoit va se démener pour prêter main-forte aux victimes de la tempête.  Avec quelques amis, ils créent l’association des victimes de La Faute, pour apporter une aide matérielle et psychologique aux personnes les plus touchées. Mais très vite, il est déconcerté, voire scandalisé par le comportement du conseil municipal et de son maire, René Marratier. « C’était le chaos et on ne le voyait pas. Nous lui avons demandé plusieurs entrevues, sans réponse. On faisait confiance à nos élus, mais c’était le néant total ».

Minute de silence refusée

La colère de l’Avif atteint son paroxysme, lorsque, au cours du premier conseil municipal publique réuni après le drame, une minute de silence est refusée aux proches des victimes. « Impossible également de se voir attribuer un lieu pour ériger une stèle à leur mémoire », poursuit Renaud Pinoit. Les clans qui se sont formés au cours des années précédentes, sur fond de politique locale, ont-il pu dicter leur conduite à certaines personnes ? «  Nous, on pensait que ce malheur allait ressouder tout le monde  », se désole le président de l’Avif. Au contraire, les lendemains de Xynthia ont provoqué des divisions encore plus profondes. Divisions que la candidature individuelle de Renaud Pinoit, aux dernières élections municipales, ont probablement aggravé.

« Je ne suis plus le même homme »

Appelé à la barre pour s’expliquer sur cette supposée absence de réaction, l’ancien maire de la commune, René Marratier, déjà malmené par le président du tribunal, la veille, explique qu’il ne supporte plus les accusations dont il fait l’objet. « Mais pour qui veut-on me faire passer ? se lamente t-il. Moi aussi j’ai été victime, moi aussi j’ai perdu des amis ». Il ne peut retenir quelques sanglots en assurant que « depuis le drame, je ne suis plus le même homme ».

Des propos qui n’émeuvent pas plus que ça Corinne Lepage, l’une des avocates des parties civiles. « Des faits ! Pas des sentiments ! » adresse t-elle à l’intention du prévenu.

Malheureusement, ni le juge ni les avocats des parties civiles ne seront convaincus par les explications de René Marratier. Visiblement sonné par cette déposition qui l’accable et envahi par l’émotion, l’ancien maire a de plus en plus de mal à trouver ses mots. « Nous n’avons pas failli à notre mission… On a fait ce que l’on avait à faire », plaide t-il difficilement. L’un de ses avocats lui vient en aide en lui posant quelques questions précises auxquels son client répond de manière laconique.

Après trois jours d’audience, le procès s’annonce très éprouvant pour l’ancien maire de La Faute, qui semble focaliser l’attention du juge et les accusations des parties civiles.

Après les exposés des experts, pour clore cette seconde journée d’audience, le président Almy diffuse des images muettes des inondation de 2010, puis il demande à René Marratier de venir à la barre

René Marratier maire de la Faute-sur-Mer au moment des faits, poursuivi pour "homicide involontaire" et "mise en danger de la vie d’autrui", le 28 février 2010 la tempête Xynthia avait fait 29 morts par submersion d'une partie du territoire de la commune © Franck Dubray / Maxppp
© Franck Dubray / Maxppp René Marratier maire de la Faute-sur-Mer au moment des faits, poursuivi pour « homicide involontaire » et « mise en danger de la vie d’autrui », le 28 février 2010 la tempête Xynthia avait fait 29 morts par submersion d’une partie du territoire de la commune.
Ces images tournées depuis l’hélicoptère de la gendarmerie témoignent de l’ampleur du désastre. La mer a mangé la terre. L’eau atteint le haut des fenêtres des habitations. Toutes pareilles, un seul niveau en rez de chaussée. Par centaines. Muettes, ces images aériennes expriment encore plus fortement l’ampleur du drame qui c’est joué là. En bas, au ras de la mer. Dans la salle des témoins pleurent.

Le président appelle à ce moment René Marratier maire de la Faute-sur-Mer au moment des faits.
« Que vous inspirent les exposés des experts et ces images Monsieur Marratier ? »
René Marratier : « ces exposés sont riches d’enseignements, si nous avions bénéficié de ces soutiens pour nos compétences intellectuelles limitées, pour des élus comme nous… si la communication qui nous a été faite aujourd’hui l’avait été avant, nous aurions agit différemment. Je n’avais pas les compétences, je n’avais pas les armes… »

Le président le coupe : « Pour autant vous avez remis en cause tous les témoignages. Vous avez dit aux gendarmes, je n’avais pas connaissance de faits précédents identiques… Tout le monde dans la commune, les scientifiques de l’université de Nantes, tout le monde connaît les tempêtes du 20ème siècle. Sauf vous ! Vous dites si j’avais su ! Pourtant votre territoire est soumis en permanence au risque de submersion… »
René Marratier la voix faible : « Je ne pouvais pas imaginer une telle catastrophe, je suis fautais depuis 38 ans, j’ai toujours fait en fonction des moyens de la commune ». Il ajoute :  » la nuit je ne dors plus.. » Le président le coupe, il ne s’agit pas de vous Mr Marratier mais de ce que vous avez fait ou décidé de faire en tant que maire » !

Le président :

« Vous assénez partout la certitude qu’il n’y avait pas eu de danger, alors que vous avez décidé de libérer l’urbanisation. Qu’est-ce qui fait que vous avez occulté ce risque majeur auquel est exposée la population ? »

René Marratier : « Je ne sais pas on ne nous a jamais rien dit ». « Comment ça ! » s’agace le président ! Vous avez fait partie de commissions créées à la suite de la catastrophe de 1941 justement pour que pareil drame ne surviennent plus, et vous nous dites je ne savais pas ? » « Oh juste pendant trois ans pas plus », répond Mr Marratier !

Le président lève les yeux au ciel  et reprend : « C’est dramatique dans votre cas cet autisme par rapport aux événements historiques, comment avez vous pu passer à côté d’informations aussi objectivement indiscutables ? » « On a a appris avec nos humbles moyens ». « Vous avez refusé d’écouter les habitants, il ne vous est jamais venu à l’esprit qu’en construisant sous le niveau de la mer, un jour elle allait reprendre ses droits ? »

« N’avez vous pas mis la charrue avant les bœufs en entreprenant de construire des pavillons avant de renforcer les digues ? » Mr Marratier : « on aurait peut-être dû ». « Et pourquoi avoir refusé de mettre en place sur votre commune un Plan de Prévention des Risques d’Inondation? Pas de réponse. Silence.

On entend un sanglot dans la salle. Glaçant !

Le maire de l'époque René Marratier.

Au deuxième jour du procès dit «de la tempête Xynthia», le tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne a regardé un film retraçant le phénomène d’inondation survenu dans la nuit du 27 au 28 février 2010.

Envoyé spécial aux Sables d’Olonne

La Faute sur Mer est une presqu’île champignon, un très jeune rejeton du Vieux-Continent: au tout début du XVIIIe siècle, année où un grand cartographe, Claude Masse, a jeté sur le papier les contours de la Vendée, la bande de terrre qui sert de paravent à l’estuaire du Lay, face à l’Atlantique, ne s’est pas encore formée, explique au tribunal des Sables d’Olonne Thierry Sauzeau, un historien cité comme témoin par Me Corinne Lepage, partie civile, au deuxième jour du procès de la tempête Xynthia.

L’universitaire, passionnant, se fait presque psychanalyste quand il explore le curieux processus mental de refoulement des catastrophes qui semble avoir affecté les habitants de cette partie du littoral. La Faute, submergée dans la nuit du 27 au 28 février 2010 et transformée en tombeau pour 29 victimes, a subi, de tout temps, la colère des éléments. Or, depuis une quarantaine d’années, la commune avait connu un véritable boom immobilier, voyant prospérer, bien imprudemment, campings et lotissements.

Une région régulièrement frappée par les catastrophes maritimes

La Faute, année zéro: nous sommes en 1794 et l’on sait que les lieux sont peuplés par une famille au moins. On le sait pour une bien triste raison: tous les hommes ont été massacrés lors des guerres de Vendée. En 1811, le cadastre napoléonien fait état des quelques maisons, édifiées au sommet des dunes. Les «relais de mer», ces étendues régulièrement noyées par les grandes marées ou les tempêtes, ne servent qu’à faire paître des bêtes ou reposer des bateaux entre deux courses. Ainsi va la vie au fil des ans. Au XXe, entre les deux guerres, avec la vogue des bains de mer, on bâtit, toujours sur les points hauts, quelques belles demeures que l’occupant allemand s’empressera de réquisitionner. «A l’époque, poursuit M. Sauzeau, on connaît l’océan, on sait ce que sont ses colères et nul n’ignore que la zone la plus sensible est celle dite de la Belle Henriette, sur l’ancien estuaire du Lay».

On ne sait d’autant mieux que la chronique locale est richement garnie en la matière: 1711, 1788, 1890… La région est régulièrement frappée de catastrophes maritimes. «En mars 1937, rappelle le témoin, un épisode n’est pas sans annoncer ce qui se passera avec Xynthia. En novembre 1940, un historien, futur professeur au Collège de France, décrit une nuit de cauchemar. En février 1941, La Faute est encore une fois submergée». Mais à l’époque, on s’en soucie guère: seules des vaches sont menacées, les autochtones restent placides sur les buttes, ils attendent que la marée baisse et qu’avec elle, repartent les eaux. A noter que des digues existent déjà; des tentatives pour les rehausser ont d’ailleurs échoué car elles sont arrimées à un sol meuble qui s’enfonce si leur poids devient trop important. En 1956, un rapport des Ponts et Chaussées indique ques ces ouvrages sont submersibles, et peu susceptibles d’amélioration. En 1957, une submersion de plus est enregistrée. Nous sommes à la veille du développement balnéaire à outrance, inspiré par le «désir de rivages» qui s’empare d’une population française désormais rompue aux congés payés et enrichie par les 30 glorieuses.

Alors on construit sur les prés à vache, sur les «relais de mer», sur le moindre pouce de ce polder vendéen. Les permis deviennent de simples formalités. Au mépris des règles élémentaires de prudence, on autorise les maisons de plain-pied quand un étage pourrait sauver des vies s’il était obligatoire. On croit aux vertus des digues comme jadis, ailleurs, on misait sur la ligne Maginot. En février 2010, après une quarantaine d’année de trompeuse somnolence, la mer ne se donnnera même pas la peine de briser les digues: elle passera par-dessus pour noyer les lotissements.

«Une génération n’a pas assuré la transmission dans la période 1957-2010, analyse Thierry Sauzeau. Les nouveaux arrivants n’ont pas eu accès à une connaissance validée de l’aléas qui aurait dû justifier plus de vigilance». Pourquoi cette mémoire de l’eau mortifère s’est-elle éteinte? Comment a-t-on pu oublier, ici, dans l’étau du Lay et de l’Atlantique, que rien n’arrête des flots déchaînés? Le 28 février 2010, en pleine nuit, 1,2 million de mètres cubes se déverse dans la cuvette de La Faute, à raison de 360 m3 par seconde au plus fort de la tempête: tout le monde avait donc oublié 1937, 1940, 1941, 1957? Interrogé par le président, le maire de l’époque René Marratier, qui comparaît avec quatre coprévenus, affirme: «Je suis Fautais depuis 38 ans, jamais j’aurais imaginé une pareille catastrophe. Je n’ai vécu que la tempête de 1999, celles d’avant j’en ai entendu parler de façon minime».

Avant la précieuse déposition de Thierry Sauzeau, le tribunal avait visionné un court-métrage pédagogique, sorte d’infographie animée retraçant la nuit tragique. On y voit, en accéléré, le bleu manger la terre. A la fin, 29 petits drapeaux triangulaires indiquent l’emplacement des corps découverts par les sauveteurs. La mer est repartie: quand reviendra-t-elle?

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

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