Logo-Fenvac-complet

(La prise de note ne comprend pas les auditions du lundi matin 22 septembre 2014.)

Intervention du Cabinet Rocheron-Oury : Je voudrais faire une observation sur la note d’audience du jeudi 18 septembre. Dans la déposition de  Jean FERCHAUT de jeudi, nous voulions compléter quelques éléments.  Il s’agit de son obtention d’un permis de construire, il est écrit qu’il n’avait pas de droit sur la construction, mais en réalité, il est allé négocier directement avec les agents de la DDE pour que la maison se construise.

Auditions de Nadine MARTINE, partie civile : 

La partie civile : La nuit de l’inondation, mon mari et moi, nous étions dans notre maison derrière la digue, au lotissement de l’Ostria. Nous avons entendu parler de la tempête, alors nous avons rangé les accessoires d’extérieurs. Mon mari s’est réveillé vers 3h20 du matin. En posant le pied à terre, nous avons senti l’eau sur le sol. Nous avons tout de suite pensé que la digue était rompue. Je nous pensais fichus. Mon mari est sorti de la chambre mais la porte du garage a cédé, la  vague l’a emporté, il s’est cassé le poignet. Nous ne savions que faire. Il fallait sortir par la fenêtre de la chambre. Je suis montée sur les épaules de mon mari, qui est fort. Il avait de l’eau jusqu’à la poitrine. Le courant était très fort, je manquais d’être emportée, mon mari me ramenait à lui encore et encore. Nous avons entendu des cris. La nuit était claire.

Nous avons vu une lueur dans une maison, nous avons frappé et nous avons demandé à ces gens de nous aider, nous allions périr. M. Le Roy s’est déshabillé pour venir à nous dans l’eau, le portail était impossible à ouvrir à cause de l’eau. Mon mari m’a fait monter sur le muret, je n’avais plus pied. J’ai plongé de l’autre coté, et nagé jusqu’à chez eux. Mme Le Roy m’a réchauffée et séchée. Elle m’a donnée des vêtements chauds à l’étage. Nous étions très inquiets pour mon mari. Je ne sais pas comment, malgré sa blessure, il a réussi à s’agripper au mur et à plonger par dessus. Il était mort de fatigue et ne parvenait pas à rejoindre la maison. M. Le Roy lui a tendu un pantalon pour le hisser et Mme Le Roy l’a réchauffé. Il n’arrivait pas à se réchauffer. Nous sommes restés là, jusqu’au petit matin, où un bateau nous a secourus et amenés à l’Aiguillon. Mon mari est parti vers le groupe des personnes blessées et moi, avec les sinistrés. Un ami, m’a vue et m’a amenée chez lui, j’ai appelé ma cousine qui habite pas loin et elle m’a prise en main.

On était des zombies. Impossible de réfléchir. Elle m’a aidée à trouver des vêtements et amenée à l’hôpital pour voir mon mari. Elle nous a aussi hébergés quelques jours avant d’aller chez un autre membre de la famille, jusqu’à obtenir un logement durant plusieurs mois. Je ne me suis pas rendue compte combien mon mari allait mal lorsqu’il est sorti de l’hôpital, j’étais perdue. Mes neveux ont prévenu les secours et mon mari a été hospitalisé pour 15 jours. Mon mari avait toujours le bras dans le plâtre, on ne pouvait rentrer à la maison. C’est grâce à la solidarité de notre famille que nous avons pu retrouver un appartement. Mon mari allait mal, mais il fallait reprendre notre vie en main. Nous avons donc racheté une nouvelle maison à Luçon depuis 2013. M. et Mme Le Roy nous ont littéralement sauvés la vie.

Nous étions à la Faute sur mer, depuis 2004.

Le Président : Vous aviez des contacts avec Mme Anil ?

La partie civile : Elle est ma cousine. Elle nous avait dit que les digues étaient en mauvais état, mais peut être par fatalisme, nous n’avons rien fait. Nous ne pensions pas à la probabilité d’une inondation. J’avais pourtant déjà vu le PPRI et les zones inondables. Nous avions une maison de plain-pied, adaptée à notre âge. Il y a eu 2m50 d’eau dans la maison ce soir-là. On savait pourtant que la digue était fragile. Nous étions à ses pieds. Il n’y avait qu’une bande libre entre elle et nous. Nous étions fatalistes. Je n’ai jamais été en possession de notre permis de construire d’ailleurs. Et la mairie ne nous a jamais avertis du risque d’inondation.

Maître DENIS : Qui s’est occupé de faire construire votre maison ?

La partie civile : C’est le lotisseur, Philippe Babin.

Vous Connaissez René Marratier ?

Non, pas personnellement. Il ne m’a pas informée du risque d’inondation.

Maître DENIS : Pourquoi être sortie de votre maison ce soir -là ?

Il fallait s’échapper pour se sauver, on cherchait du secours, c’est mon mari qui a pris cette décision. Là, il vient de subir une hospitalisation, il est sous oxygène 24h/24 depuis 2013, son état est grave. Sa fracture du poignet lui a laissé des douleurs et il a fait une pneumonie bilatérale suite à hypothermie de l’inondation.

Françoise Babin a déclaré que les sinistrés seraient rentrés chez eux au mois de juin, nous cherchions un appartement à l’époque et lorsque Françoise Babin a dit à ma cousine qu’en juin tout le monde serait chez soi, elle lui a dit qu’elle allait être lynchée.

Le Procureur : Vous avez acheté une maison sur plan en 2003 à Philippe Babin, et à la SARL les voiliers, à quel prix ?

Pour un prix de 93 000€.

Maître ROCHERON-OURY : Je voudrais savoir, si avant Xynthia, on vous avait parlé de submersion marine ?

La partie civile : J’aurais hésité à acheter cette maison.

Maître HENON : A quelle date avez-vous acheté cette maison ?

La partie civile : En 2003 – 2004.

Maître HENON : Soit avant que le PPRI ne soit rendu obligatoire par anticipation. Vous avez indiqué être originaire de la Faute sur mer ? Avez-vous déjà entendu parler d’évènements similaires ?

La partie civile : Mais je l’ai quittée pendant 34 ans, pour le travail et je n’y suis pas née. Non, je n’ai jamais entendu parler d’évènements de ce type.

Maître HENON : Avez-vous vu des affiches ou documents sur la digue ? Le long de la digue Est ?

La partie civile : Non, je n’ai pas vu d’affichage sur le site.

Déposition de Alain MARCOS :

La partie civile : J’étais résident secondaire à la Faute sur mer. J’ai acheté cette maison en 1997. Nous recherchions une maison pour pérenniser notre futur, notre retraire, nous avons de la famille en Vendée. Le terrain nous a plu, alors nous avons fait affaire. Le 28 nous y sommes allés pour faire une surprise à ma tante dont nous sommes proches. Avec ma fille, nous avons diné chez un cousin, nous sommes rentrés vers 1h du Matin. On avait ressenti du vent. La nuit était claire. J‘ai laissé la voiture devant la maison, comme en 99 au cas où si les tuiles venaient à tomber. Vers 3h du matin, ma fille m’a réveillé, elle entendait de l’eau. On était en pyjama. J’avais une lampe, j’ai vérifié le toit car j’avais fait des réparations.  Le toit n’avait pas d’eau. Puis au sol, l’eau ruisselait. L’eau était claire, alors j’ai pensé qu’une canalisation avait cassé, on a disjoncté et coupé l’eau. Mais l’eau commençait à entrer par les fenêtres. Les volets étaient fermés, on ne voyait rien. Lorsque j’ai ouvert la fenêtre de la salle de bain, j’ai vu 1m20 d’eau. Je n’ai pas compris. J’ai ré-ouvert, j’ai vu mon véhicule partir. J’ai su à ce moment que ça allait être grave. Il fallait faire très très vite. On a pris nos portables, j’ai appelé les pompiers et ma fille, sa mère. On l’a rassurée. Mais l’eau montait. Jusqu’à la ceinture. 1m20. Un meuble s’est soulevé. Il a pivoté, il est entré dans le couloir où ma fille était, j’ai sauté pour tirer ma fille, et la protéger. Nos 2 portables sont tombés à l’eau. Ma femme nous a entendus hurler puis plus rien à l’autre bout du fil.

On ne pouvait que sortir par une petite fenêtre du salon, mais je n’arrivais pas à casser le volet. L’eau montait, je tenais ma fille qui n’avait plus pied. L’eau atteint 1m70. Je n’avais plus d’air, un rondeau de bois a tapé dans le volet qui s’est dégondé. J’ai hurlé à ma fille qu’elle devait sortir. Il ne restait plus que 8cm d’air entre l’eau et le plafond. La cloison a cassé sur moi, je me suis retrouvé au sol, sous l’eau, coincé. J’ai réussi à me défaire mais j’avais perdu la notion des sens, je ne savais plus où aller. Pendant 30 min, je respirais contre le plafond, je plongeais et encore. J’ai repris de l’air une ultime fois, la bouche contre le plafond, une dernière chance. Par miracle, j’ai trouvé le trou de la fenêtre. J’étais dehors. Je pensais à ma fille. Je n’avais plus de force. Ma fille était accrochée à la gouttière, je l’ai jetée sur le toit, je ne sais pas où j’ai trouvé cette force. J’étais au bout de mes capacités physiques. On s’est regardé tous les deux, je savais que je ne pourrais pas monter, j’avais décidé de me lâcher. Ma fille m’a dit papa je t’aime, je ne veux pas que tu meurs, elle a réussi à me tirer sur le toit, alors que je fais 90 kg. L’eau était alors au niveau de la gouttière. Je savais que la cheminée était le point le plus solide du toit. On ne sentait plus nos membres. Il faisait froid, on n’arrivait pas à se réchauffer. On a retiré les tuiles, on voyait entrer l’eau dans le plafond. On est monté sur la charpente. On s’est enroulé dans de la laine de verre. Je dois ma vie à ma fille qui m’a sauvé et m’a tenu en éveil toute la nuit, je ne voulais que dormir, et toute la nuit, elle m’a parlé, elle a chanté, elle m’a tenu éveillé. Elle a été remarquable. Nous avons vu les pompiers vers 12h30, on n’était pas les plus blessés alors, on a attendu la barque à 13h30. On est arrivé à l’Aiguillon. On avait plus rien. On n’arrivait même pas à se souvenir de nos noms, de nos âges. On avait des blessures, on n’avait même pas remarqué. Nous avons ensuite été soignés, et des amis nous ont prêtés des vêtements.

Je suis très très proche de ma tante qui était un peu une mère. Elle était la marraine de ma fille. Je n’avais pas de nouvelle, quelle angoisse. Elle est décédée. Noyée. Ça a été très très dur pour nous tous. Puis nous sommes rentrés à Paris. On s’est retrouvé isoler. On ne pouvait plus se parler. On est entré dans un autisme. Je me suis enfermé dans mon travail. J’ai beaucoup travaillé. On se souciait les uns des autres mais on ne se regardait plus. Je me suis rendu compte un jour que je ne mangeais plus, que je ne dormais plus. Je suis hanté par les cris des gens qui hurlaient autour, ceux que l’on n’a pas pu sauver. Alors j’ai été voir un médecin. Il fallait aller voir un médecin, prendre des anxiolytiques et des antidépresseurs. J’ai suivi une thérapie. J’ai changé. Je suis agressif, je ne communique plus. Je n’ai même pas vu la souffrance de ma femme, de ma fille, elle qui préparait son bac. Ça a explosé notre famille. Nous étions proches du divorce.

Lorsqu’elle est rentrée de son Erasmus, ma grande fille disait que l’on était plus les mêmes. On était tous enfermés dans notre douleur. On cherchait du sens à notre survie, à la mort de ma marraine. C’est un cauchemar. Je suis un avion sans aile. Et j’ai perdu tous mes souvenirs. Mon premier ouvrage d’ébéniste.

Le Président : Merci de nous expliquer votre combat cette nuit là. Votre famille habitait la ? Vous saviez pour les risques ?

La partie civile : Oui, mais lorsque nous avions acheté le terrain on avait vu un peu d’eau à coté, mais le vendeur nous a assurés du relevage des terrains, de la construction de drain,  de l’existence de pompes de relevage et tout. Et je lui ai fait confiance.

Le Président : Vous vouliez un étage ?

La partie civile : Oui, je voulais faire un étage, notamment pour faire les chambres à l’étage, mais les gens du lotissement disaient que l’on ne pouvait pas faire construire à l’étage.

Le Président : Vous veniez souvent ?  Vous étiez insérés dans la communauté ?

La partie civile : On venait lors des vacances scolaires. Et oui, on avait sympathisé. On n’a jamais parlé d’inondation car avec la digue, on se sentait en sécurité. On était à 150m de la digue et son état ne nous inquiétait pas. J’avais vu qu’un bout avait été renforcé, donc je me disais qu’elle était entretenue d’autant qu’on payait une taxe pour son entretien. Je ne connaissais pas l’alerte inondation. On connaissait juste l’avis de tempête qui ne nous faisait pas peur.

L’eau est montée très très rapidement dans la maison : en 30 min, il y avait 2m50 d’eau, soit au niveau de la première tuile, à une vitesse incroyable. Ça montait à vu d’œil. Nous avons tenté de prévenir les pompiers. Mais ils ne sont pas intervenus.

Le Président : Où en êtes-vous aujourd’hui ?

La partie civile : ça ne va pas. Je n’ai pas dépassé la tempête. Et le procès n’aide pas, j’ai des sueurs et des tremblements. Je n’arrive pas à faire face. Ça me terrorise. Cet été, le bruit de l’eau sur les rochers m’a tétanisé. Ça m’arrive toutes les nuits de me réveiller.

L’Assesseur : Pourquoi vous a t-on refusé un étage ?

La partie civile : Nous en avons parlé avec des voisins, eux, on leur avait refusé, mais comme je n’avais pas encore les fonds, je n’ai pas plus cherché.

Maître SAINTAMAN : La cloison en brique a cédé, elle s’est abattue sur vous ?

La partie civile : Si je n’avais pas pu me dégager… J’ai été projeté au sol, j’ai senti des gravats et des meubles sur moi…

Maître SAINTAMAN : Christiane Merel, votre Marraine, elle disposait d’une maison à étage ?

La partie civile : Oui, ils dormaient d’ailleurs en haut, elle est descendue pour voir le danger, mais une vague d’1m50 l’a emportée. Un étage ne préserve pas de la mort.

Maître SAINTAMAN : Y avait-il des personnes de la municipalité à l’enterrement de votre marraine ?

La partie civile : Non.

Maître SAINTAMAN : Avez-vous reçu des aides ? Dons ? Financières ? Psychologiques ? Matérielles ?

La partie civile : Non.

Maître SAINTAMAN : Vous êtes enseignant en menuiserie dans une filière bois. Vous êtes responsable de vos élèves. Voyez-vous un parallèle avec la fonction de Maire ?

La partie civile : Oui, tout homme a des responsabilités. Il y a des protocoles à suivre. C’est ma charge. Mon chef d’établissement me la confie. C’est mon rôle. Je l’assume, c’est ma responsabilité.

Maître ROSENETHAL : Certains ont été cambriolés après la tempête ?

La partie civile : Oui, et quel déchirement, 5-6 jours après nous sommes rentrés, et la Maif nous a convoqué chaque 28 du mois le samedi à 8h du matin et l’assurance avait oublié le rendez-vous. Tout avait été arraché, l’évier, les toilettes…. Du pillage. Des choses impensables. La deuxième fois non plus l’assurance ne s’est pas déplacée.

Maître SEBAN : Votre famille est originaire de la Faute sur mer, avez-vous entendu parler de telles inondations ?

La partie civile : Non, jamais, ma tante est arrivée dans les années 60, au contraire elle me motivait à venir. C’était un paradis cet endroit.

Maître SEBAN : Vous vous promeniez sur la digue ?

La partie civile : Oui, ça nous est arrivé.

Audition d’Ophélie Marcos (sa fille), partie civile :

La partie civile : Nous sommes arrivés samedi exceptionnellement. Pour l’anniversaire de ma marraine. Le vent soufflait. On n’était pas inquiet. Mais on a été surpris par le calme en rentrant dans le lotissement. Vers 3h, on entendait l’eau et en fait, on a senti l’eau à nos pieds. J’ai voulu couper l’eau, mais dans le garage, il y avait plus d’eau. Et à  partir de ce moment là, l’eau est montée très très vite, nous avons ouvert la salle de bain, l’eau était là, au bord de la fenêtre, nous n’avons pas réalisé tout de suite. C’est le passage de la voiture engloutie par les vagues, qui nous a alarmés. J’ai appelé les pompiers, mais la dame a dit que les pompiers étaient au courant, mais qu’ils étaient déjà en intervention. Elle m’a dit de me mettre à l’abri. Mais cela n’était pas possible. J‘ai failli être écrasée contre le mur, par le buffet. Le téléphone est tombé à l’eau. Le mur s’est écroulé. On s’est disputé pendant 2 min, je ne voulais pas le laisser, je voulais qu’il sorte. Il m’a dit de sortir, il a réussi à ouvrir le volet grâce à un obstacle qui l‘a heurté. Je me suis accrochée à la gouttière. Mais je ne voyais pas mon père. Je ne pouvais pas repartir seule, j’allais y retourner mais je ne ressentais plus rien en bas de mon corps.  Je me suis imaginée rester là. Papa est enfin arrivé, il a réussi à me projeter sur le toit. Il ne sentait plus rien, il voulait que je le lâche parce qu’il n’avait plus la force de monter. Je lui ai dit que je l’aimais et j’ai réussi à le tirer sur le toit. On est allé près du conduit de cheminée. Le vent était glacial. On était en pyjama déchiré et mouillé. Il a fallu se glisser sous la charpente on s’est enroulé de laine de vert. Je voyais qu’il était en hypothermie, je lui donnais des coups pour ne pas qu’il s’endorme. Les gens criaient, je chantonnais pour ne pas qu’il les entende. On a attendu comme ça midi, midi et demi et les pompiers en barque nous ont sauvés. On ne savait plus où on était et ils nous ont déposés à la cantine de l’école. On avait l’impression d’avoir fait la guerre. On cherchait du réconfort, mais on a plus rien. Même plus de nom, ou d’âge. On ne voulait plus qu’une chose, avoir des nouvelles de marraine. On a appris le mardi, qu’elle était décédée alors que sa maison avait un étage. Je n’y croyais pas. Je ne voulais pas y aller. Je n’ai pas réussi à bosser pour le bac, mais je l’ai eu. Je ne dormais plus. En juillet 2010, j’ai vu des tâches apparaitre sur mes jambes. A l’hôpital Cochin, un dermatologue a eu une suspicion pour une maladie orpheline. Sans médicament, je vais être couverte de taches de vieillesse et j’ai très mal au ventre.

J’ai vu un psychologue pendant un an, j’ai arrêté. Je n’avais plus de goût en rien. Je suis devenue agressive. Echec sur échec. Notre famille a explosé. On essaie de se soigner. Je retourne chez le psychologue de nouveau.

Le Président : Avez-vous parlé avec votre père de ce que vous avez vécu ?

La partie civile : Non, je ne veux pas. J’avais 17 ans à l’époque.

Le Président : Vous avez été très courageuse cette nuit là.

Maître SAINTAMAN : Votre maladie vous a fait supporter des examens très lourds et elle est apparue suite au traumatisme psychologique et psychique de la tempête ?

La partie civile : c’est exact, comme des ponctions lombaires.

Suspension d’audience

Le Président appelle Madame Martinet à la barre.

Audition de Jacqueline Martinet, partie civile :

 65 ans, domiciliée aux Sables, retraitée.

Nous nous sommes installés dans la maison en 2007, achetée via l’agence de M. Babin. On avait des très bons amis à la Faute. Je ne connaissais de la Faute que le côté balnéaire.

On est partis à l’opposé de la mer pensant être en sécurité. On n’y était pas du tout… J’ai découvert qu’on était en zone inondable lorsque Monsieur Babin m’a envoyée la promesse de vente. J’ai téléphoné, et il m’a dit qu’il y avait des digues et qu’il n’y avait jamais eu de problème. On a fait confiance et nous avons signé, de toute façon on n’avait pas le  choix, on avait déjà vendu notre maison en région parisienne.

Concernant la nuit de la tempête, on ne s’est pas inquiétés, on avait vécu la tempête de 1999 dans la forêt de Rambouillet. On s’est couchés, mon mari a dormi. Moi je n’étais pas sûre de pouvoir dormir car j’avais très peur du vent. Sur le coup de 2h30, j’avais fini par m’endormir et j’ai entendu des bruits dans la salle de bain, des gargouillis bizarres. Je me suis levée, notre descente de lit était toute mouillée mais je n’ai pas vu l’eau. Les tapis étaient mouillés mais je ne voyais pas d’eau. J’ai ouvert le volet de la véranda, elle était pleine au niveau du sol. J’ai traversé la véranda, j’ai entrouvert et j’ai reçu plein d’eau. J’ai refermé, dehors il y avait déjà 80cm d’eau, et je ne voyais plus la digue, c’est là que j’ai compris.

On a attendu jusqu’à ce que l’eau monte, et quand elle s’est arrêtée on s’est réfugiés sur notre lit qui était sec, avec une couette pour ne pas avoir froid. On était très inquiets pour nos amis, on avait allumé un petit transistor et ils annonçaient déjà des morts. On pouvait rien faire.

Vers 10h du matin, un jeune homme avec une barque nous a demandés si on était blessés, si on était au sec. On a été évacués vers 3h de l’après-midi, on n’avait toujours aucune nouvelle de nos amis.

Les pompiers nous ont amenés en barque, puis nous sommes arrivés à l’Aiguillon. On n’avait toujours pas de nouvelles de nos amis. On a vu leur fille arriver vers 5h, et quand j’ai vu son sourire j’ai compris qu’ils étaient en vie.

Ensuite on est restés quelques nuits à Luçon chez des amis, puis c’est notre plombier qui nous a trouvés un logement, grâce à sa mère. On n’a reçu aucune aide, de personne, sauf nos amis.

On n’est rentrés dans notre maison que le vendredi d’après. On a été très mal reçus à la Mairie de la Faute lorsqu’on a voulu amener des vêtements récoltés, ils n’en voulaient pas, ils nous ont dit de les garder chez nous, alors que c’était plein de vase. Je me demande encore pourquoi. Heureusement, il y a un monsieur de la Croix-Rouge qui a tout pris.

Pour nous il n’était pas question de rester dans cette maison ensuite, parce que notre petit-fils, qui connaissait très bien cette maison, ne voulait plus venir en vacances chez nous. Il disait : « Je veux pas mourir noyé ».

Moi qui étais plutôt « cool », depuis la tempête, je suis toujours stressée. Mon mari est tombé en dépression, il est toujours suivi, toujours sous traitement. Notre vie n’est plus du tout comme avant, et je crois qu’elle ne sera jamais comme avant. Je ne me sens plus chez moi depuis, notre maison était à la Faute. Ce n’est plus pareil, il faut se refaire une vie. C’est très dur.

Le Président : Votre maison a été rachetée par l’Etat ?

Oui. Notre maison était sur une butte, on n’a eu que 20cm dans la maison. Nos portes ont résisté, mais dehors il y avait 80cm. On a eu beaucoup de chance par rapport aux autres.

Le Président : Votre promesse de vente date du 4 mai 2007. Vous l’avez signée le jour-même de votre visite des lieux ?

Non, ça ne s’est pas passé comme ça. On est venus en Vendée avec l’agence Babin, nous avions décidé de prendre cette maison car elle nous plaisait.

Babin nous a envoyés la promesse de vente ensuite, tout s’est passé par courrier. On achetait cette maison pour notre retraite.

Le Président : Au moment où vous avez fait votre choix, vous a-t-il été délivrée une information sur les risques d’inondations ?

Je m’en suis aperçue lorsque j’ai reçu la promesse, j’ai téléphoné à M. Babin qui m’a dit qu’il y avait une digue, que ça ne risquait rien. J’ai découvert les risques dans la promesse de vente.

Le Président : Vous avez déclaré qu’une fois installée, Madame Anil avait évoqué avec vous les risques ?

Je ne me souviens pas de tout, mais elle m’avait parlée d’un rapport.

Le Président : Ça vous a alertée ?

Oui.

Assesseur : Lorsque Madame Anil vous en parle, qu’est-ce que vous pensez à ce moment-là ?

Je ne pensais pas que ça pourrait être aussi important. Dans mon esprit, je ne me méfiais pas du Lay, mais de la mer. Pour moi, la submersion c’était la mer, pas la rivière. Je ne me suis pas inquiétée plus que ça. Mais quand Mme Anil nous a lu certains extraits de ce rapport, je me suis posée des questions, mais de toute façon on ne pouvait plus rien faire.

Assesseur : Si vous n’aviez pas appelé M. Babin, pensez-vous qu’il vous en aurait parlé ?

Non, car j’ai dû appeler. Pour eux il n’y avait pas de danger à la Faute.

Le Président : Après vous être installés, avez-vous constaté le mauvais état de la digue ?

Oui bien sûr, une fois qu’on était là, on pouvait s’apercevoir du mauvais état de la digue, comme tous les Fautais. Quand il y avait des grandes marées, on voyait l’eau qui se faisait un chemin dans des fissures.

Je pensais qu’il y avait une distance suffisante de sécurité [entre la digue et les habitations].

Il y avait des chemins d’accès pour les sociétés ostréicoles, il y avait des passages plus bas, ça nous inquiétait.

Le Président : Du côté de la mairie, aviez-vous reçu quelconque information sur ce risque ?

Jamais.

Le Président : Alliez-vous à la mairie pour certaines démarches ?

Oui, pour un permis de construire. Mais on ne nous a pas prévenus de quoi que ce soit.

Le Président : Car vous aviez fait faire un agrandissement ?

Oui, tout à fait.

Le Président : Vous aviez observé des prescriptions spécifiques ?

Quand on a acheté, on nous a dit qu’il fallait faire très attention à la réglementation. Autrement, à partir du moment où on a eu le permis de construire, c’était précisé qu’il fallait respecter la norme NGF +20cm, mais pas à quelle hauteur. De toute façon quand on a fait les plans, la personne qui les a fait savait très bien que ce permis n’était pas conforme. Il fallait un étage en fait, on n’en avait pas conscience. Pour nous il n’y avait pas de souci. On les a laissés faire, c’était des pros. Nous on connaît rien dans la construction.

Maître DENIS (partie civile) : Si je comprends bien, lorsque vous recevez ce volumineux document, qui est la promesse de vente de l’agence de M. Babin, votre attention est attirée par l’état des risques. Vous appelez ce professionnel de l’immobilier, qui vous répond qu’il n’y a pas de risque ?

Oui c’est bien ça.

Maître DENIS : J’aimerais aussi vous demander si vous avez obtenu de la mairie la plaquette d’information sur le PPRI ?

Jamais.

Maître DENIS : Lorsque vous recevez le permis de construire pour l’agrandissement, il n’y avait pas cette plaquette?

Jamais.

Maître DENIS : Avec cette plaquette, pensez-vous que vous auriez eu plus conscience des risques ?

Je n’ai jamais vu cette plaquette, je ne peux pas vous répondre.

Maître DENIS : Il faut la demander à Madame Anil. Dernière question : vous aviez eu un certificat attestant de la conformité de la construction. Vous sentiez-vous réassurée par ce certificat, délivré par les autorités ?

Oui, on se sentait réassurés.

Procureur : Je voudrais revenir sur la réponse que vous a faite Monsieur Babin lorsque vous l’appelez après avoir reçu cette promesse de vente. Si j’ai bien compris la réponse de Monsieur Babin à ce moment-là, il vous dit qu’il n’y a jamais eu d’inondation à la Faute sur mer ?

Oui.

Procureur : Sa réponse vous a rassuré à ce moment-là ?

Oui.

Procureur : Vous saviez qu’il était président de l’ASA des Marais ?

Non, je l’ai appris après.

Procureur : Vous saviez qu’il était le fils de Madame Babin, adjointe au Maire ?

Oui.

Maitre SEBAN (défense) : Est-ce que vous étiez au courant du rehaussement de la digue ?

Je l’ai lu dans Ouest-France.

Maitre SEBAN : Avez-vous été voir le commissaire enquêteur ?

Je lui ai écrit.

Maitre SEBAN : Vous vous souvenez de la teneur de ce courrier ?

Non. Je ne m’en suis plus souciée après, il fallait se reloger, ça m’est sorti de l’esprit.

Maitre SEBAN : Vous nous avez indiqué que vous n’aviez pas été informée par la mairie, mais vous aviez eu deux types d’informations, dont celle dans la promesse de vente.

Ce n’était pas si clair que ça.

Maitre SEBAN : Vous aviez interrogé votre notaire ? Vous en aviez parlé avec lui ?

Non, car j’avais eu la réponse de M. Babin.

Assesseur : Le plan communiqué dans la promesse était-il en couleur ?

Oui.

Maitre ROCHERON-OURY : Je relève que M. Babin est entendu par ce tribunal en tant que Président de l’Association des Marais, et je note que nous parlons des faits. Deux questions : vous avez dit, « pour moi les submersions marines venaient de la mer, et pas de la rivière ». Vous souvenez-vous avoir signé un document parlant à la fois de risque venant de la mer et de la rivière ?

Oui, mais on m’avait rassurée. Je l’ai cru.

Maître ROCHERON-OURY : Vous comprenez bien le terme de « submersion marine » ?

Oui, je parle français comme tout le monde.

Maitre ROCHERON-OURY : Nous sommes donc bien dans des faits de surverse de la digue, et pas de submersion marine.

Fin de la journée

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.

Connexion

Merci de répondre à la question *


Attention

Afin d'éviter tout abus, vous devez maintenant vous enregistrer sur le blog afin de pouvoir faire un commentaire.
Cliquez ici pour vous enregistrer
Cliquez ici pour modifier votre profil
Cliquez ici si vous avez oublié votre mot de passe
Loading

Vigilance

Détail Vendée

Agrandir et historique
Stats
Précisions
Ce site n'est pas le site de l'AVIF, ni d'aucune autre association.
C'est un site qui appartient à une société privée et relate ce qu'il se dit dans la presse, associations, localement ... depuis le 28/02 en laissant la parole à chacun et ceci sans censure ni pression.
Si vous souhaitez accéder au site officiel de l'AVIF, veuillez cliquer ici
Faites un don
Aidez à l'hébergement de ce site sur serveur dédié.
Merci d'avance aux donateurs.

Com. récents
Sondage récent

Trouvez vous judicieux l'implantation d'un golf à la Faute sur Mer dans la cuvette ?

  • Non (53%, 117 Votes)
  • Oui (45%, 98 Votes)
  • Pas d'avis (2%, 4 Votes)

Votants: 219

Loading ... Loading ...
Historique
avril 2017
L M M J V S D
« Mar    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
Téléchargements
Voici les liens des plus longues vidéos concernant la tempête xynthia
N'oubliez pas de faire clic droit enregistrer sous:

Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

Audition du préfet au sénat (flv)

Vous pouvez lire toutes ces vidéos avec VLC
Vidéos
Suite à une mise à jour, certaines vidéos ne sont plus accessibles sur le site, nous y travaillons et rien n'est perdu. Si toutefois vous souhaitez en voir une en particulier envoyer l'adresse de la page concernée à contact@lafautesurmer.net nous la traiterons en priorité. Merci