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Audition de M. Christian MISSLER, partie civile :

La partie civile : J’habitais au lotissement des Amourettes. Nous sommes venus en Vendée, pour le plaisir, et la santé : l’air est de meilleur qualité pour mes problèmes de poumon. On avait aussi bon espoir de pouvoir placer notre fils handicapé tout près. Tout était parfait. Mais tout s’est écroulé cette nuit là. Vers 3h du matin, un gros bruit nous a réveillé, l’arbre devant la maison était tombé. J’ai cru qu’il était tombé sur la maison. J’avais du mal à ouvrir la porte avec le vent. Je n’ai pas vu d’eau, une branche était au sol. Nous nous sommes calfeutrés à la maison. Il n’y avait pas d’eau, rien de grave, j’ai rassuré ma femme. Je me suis couché dans la chambre du rez-de-chaussée, car l’échelle de meunier qui mène à notre chambre est difficilement praticable pour moi. J’ai entendu une coulée d’eau, j’ai encore pensé à cette branche qui aurait abimée le chauffe-eau. Mais en descendant dans le garage, j’ai senti l’eau sous mes pieds, j’ai vu que l’eau jaillissait de sous la porte. J’ai pensé à de l’eau de pluie. Ça va s’arrêter. Mais l’eau n’a pas cessé de monter. J’ai compris que c’était grave.

J’avais de l’eau aux genoux, lorsque j’ai réalisé que mon fils était là. L’eau montait, et il était déjà tard, tout flottait dans la maison. Mon fils handicapé était assis sur son lit, les fesses dans l’eau. Il était perdu, il ne savait pas quoi faire, il n’a pas de notion du danger. J’ai pris mon fils sur mon dos, je l’ai amené au pied de l’escalier. Mais il a crié. Il ne comprenait pas la situation. Il faisait noir, il a vu que sa chambre était désordonnée et tout y flottait. En montant l’escalier, il a fait une crise. C’est très puissant ce genre de crise. Il a 34 ans, il a la force qui lui correspond. Heureusement, je suis fort, je pouvais le soulever. Il s’est agrippé à la rambarde. Il ne voulait pas monter. Je n’arrivais pas à le raisonner. Cet instant m’a semblé durer une heure. Il montait très très progressivement, moi j’avais de l’eau à la gorge. J’avais l’impression d’étouffer. On l’a monté dans une chambre et nous l’avons couché.

Dans ce même temps, ma femme a décidé d’aller chercher des secours. Mais c’était inconscient avec le vent et l’eau. Tout cela je le savais car j’ai fait des stages de prévention pendant ma vie professionnelle. Ma femme a décidé de sortir malgré mes conseils. Je criais à la fenêtre, mais elle ne me répondait pas. J’étais persuadé que ma femme allait y rester, qu’elle ne pourrait pas résister au courant. Je suis descendu deux fois pour faire chauffer un peu de lait à mon fils afin qu’il se réchauffe, grâce au fond d’eau chaude qu’il restait dans le ballon.

Une barque de sauveteurs est passée, mais cette petite barque ne pouvait pas prendre mon fils qui dormait à l’étage. C’était trop dangereux. On a attendu 14h le dimanche. Les pompiers nous ont aidés, et nous avons été hélitroyés. J’avais ma chienne dans les bras, qui a eu peur lors de l’hélitroyage, j’ai dû la lâcher car sa patte menaçait de se briser, elle est tombée de 20m dans l’eau. J’étais épuisé, j’avais lâché ma chienne. J’étais choqué. Le militaire m’a fait signe de regarder en bas, les pompiers l’avaient sauvée, elle était dans la barque.

A ce moment, j’ai lâché prise, je me suis laissé abandonner aux soins des pompiers. Mais je n’avais pas de nouvelle de ma femme. Mon fils était en hypothermie. Les pompiers se sont occupés de lui. Moi, j’étais un zombie, un robot. Il m’a fallu une semaine pour me rendre compte de ce qui s’était passé, pour sortir de cet état. Je ne me rappelle pas avoir nettoyé la maison. J’étais incapable de faire quoi que ce soit, et les médecins ne voulaient pas que je retourne à a maison, car les microbes qui s’y développaient étaient très très mauvais pour mon état de santé. Il a fallu tout recommencer, et retrouver une place pour notre fils. Il faut au moins 5 ans pour placer un enfant. Ce soir là, mon épouse a lutté contre le courant, elle s’est réfugiée chez nos voisins.

Le Président : Votre fils a été choqué cette nuit là ?

La partie civile : oui, il a changé. Il était bien ici avant. On avait un tricycle, on faisait une super ballade tous ensemble. Mais il n’a pas la notion du danger. Un jour, il était parti en folie, avec son tricycle, il refaisait le petit chemin que l’on faisait toujours ensemble. Après la tempête, il n’a pas voulu rester au rez-de-chaussée, il a couru dans les escaliers. Il n’a pas voulu rester ici. Il avait vu sa chambre dévastée. On a dû déménager 5 fois après cela, chez des amis, dans un mobile home, un autre dans notre jardin. On a nettoyé la maison, on l’a vendue. Nous avons acheté une nouvelle maison. On nous a proposé une place pour notre enfant dans un centre. Mais Sébastien allait mal, il était violent disaient-ils. Alors nous l’avons récupéré auprès de nous.

Le Président : En quelle année avez-vous acheté votre maison ?

La partie civile : Cette maison a été construite en 1988. Nous étions les 3ème propriétaires.

Le Président : Y avait-il eu des inondations ?

La partie civile : Nous avions vu une petite trace sur un mur, mais l’agent immobilier nous avait assuré qu’il n’y avait pas de danger, que cela venait d’une inondation dans la rue. Cette maison était parfaite pour nous, et pour notre fils. J’avais eu une ristourne sur le prix pour l’inondation. J’avais prévu de couper une porte fenêtre, afin que l’inondation de ne reproduise pas, j’avais fait un puisard et je débouchais souvent les égouts.

Le Président : Vous étiez intégrés à la Faute sur mer ?

La partie civile : Oui, mais pas trop car pendant longtemps je travaillais à Nantes, et nous nous occupions de notre fils le weekend. Je n’avais pas été sensibilisé aux risques de submersion, je faisais confiance à la digue. On ne nous a pas informé des risques. Lors de la signature chez le notaire, j’avais vu un plan de la faute sous l’eau, toute en bleu, et le notaire avait dit, s’il y a 40 cm d’eau à la faute, tout le monde aura les pieds dans l’eau.

Le Président : Vous vous promeniez près de la digue Est ?

La partie civile : Non, pas vraiment, car mon fils avait du mal à marcher. Nous n’avons rien vu de particulier sur la digue ; je n’avais pas de connaissance des digues non plus. Je pensais qu’elle était entretenue et surveillée. J’avais confiance.

L’Assesseur : Le risque d’inondation soulevé par l’agent immobilier concernait l’eau de pluie, pas le risque de submersion marine ?

La partie civile : Non non, de pluie.

L’Assesseur : Connaissez-vous l’altimétrie de votre maison ?

La partie civile : Non.

L’Assesseur : Les formations que vous avez suivies dans votre vie professionnelle vous ont elles aidé à réagir ?

La partie civile : Oui, pour l’eau et l’électricité, pour le risque du vent aussi, car j’ai travaillé chez les télécoms. Je savais qu’à un mètre d’eau, nous étions en danger. Mais mon épouse est sortie, car pour elle l’eau allait continuer à monter, alors pour notre fils, elle devait agir.

Maître SAINTAMAN : La commune qui n’ignorait pas l’état de Sébastien vous a t-elle aidés ?

La partie civile : J’ai refait toute sa chambre, comme une cabine de bateau. Il avait perdu tous ces jeux éducatifs spécifiques, pour l’aider à progresser, et ce n’est pas facile à trouver. Mais on ne nous a pas aidés, alors que la mairie savait qu’il était malade puisqu’il recevait des allocations spécifiques. Ils ont remboursé entre un tiers et la moitié.

Maître DENIS : Vous nous avez dit qu’il fallait 6 pompiers pour sauver votre fils, avez vous réalisé être en danger de mort ?

La partie civile : J’étais seul avec Sébastien, si j’étais tombé, il serait mort, car il ne mentalise pas, il ne comprend pas le danger.

Maître DENIS : Faisons preuve d’un peu d’imagination, si vous aviez été alerté par René Marratier, qu’auriez-vous fait ?

La partie civile : On aurait pu coucher Sébastien à l’étage, ou aller dormir chez ma sœur à 25 km.

Le Procureur : Vous habitiez près de la digue, vous payiez une taxe, vous avez été informé par l’association de la digue ?

La partie civile : Non, rien.

Maître ROCHERON-OURY : Vous avez dit que vous ne pensiez pas que l’eau pouvait surpasser la digue ?

La partie civile : Non, je ne le pensais pas.

Maître HENON : Je voudrais faire une remarque au Tribunal. Je voudrais que l’on ne s’attarde pas trop à faire preuve d’imagination, en faisant des scénarios, car René Marratier n’est pas le seul ici, et que les responsabilités sont vraisemblablement partagées.

Vous avez indiqué que vous vous promeniez sur la digue ? Vous avez dit qu’il y avait eu des travaux sur la digue près du camping, vous confirmez ?

La partie civile : Oui, c’est ça.

Maître HENON : Vous n’avez pas vu des affichettes qui prévoyaient des travaux ?

La partie civile : Non.

Maître HENON : Sur le plan du notaire dont vous parliez, il y avait une zone jaune hachurée. C’est l’atlas de submersion marine. La partie jaune est celle du risque faible à moyen du risque d’inondation. Vous souvenez-vous ?

La partie civile : Je ne me souviens plus de ce document.

Maître HENON : A la radio, vous avez entendu que la tempête arrivait, qu’il ne fallait pas sortir de chez vous ?

La partie civile : C’est exact.

Maître DENIS : Il ne s’agit pas de faire preuve d’imagination. Pour que l’on soit bien sur, vous nous avez dit que la commune connaissait l’état de votre enfant, vous avez dit que si vous saviez que le risque était tel, vous ne seriez pas restés à la Faute sur mer ce soir là.

Maître HENON : La multiplicité des fautes et des personnes qui sont présentes devant le Tribunal Correctionnel rend l’affaire complexe, alors cessons de faire preuve d’imagination.

Maître ROCHERON-OURY : Vous n’avez jamais eu connaissance de tous les rapports du syndicat de la digue ? Ou des convocations aux Assemblées Générales de celle-ci ?

La partie civile : non.

Audition de Mme Mireille MISSLER, partie civile :

 La partie civile : Je voudrais faire une rectification, mon mari a dit que nous avions fait baisser le prix de la maison de 50 000€, mais il s’agissait de 50 000 francs.

Mon fils n’est pas né Handicapé, c’est une naissance gémellaire qui s’est mal passée. Une césarienne n’a pas été programmée. Le remplaçant n’y est pas pour rien. Ma fille a été extirpée aux forceps. Elle n’a pas eu de séquelle, mais son frère lui, avait un problème. Lorsque j’ai accouché, il n’y avait personne, l’accoucheur lui a cassé l’humérus droit et la tête était trop grosse, alors mon fils a inhalé du liquide amniotique et il n’a pas été intubé correctement. Il y a une multitude de responsabilités, nous n’avons donc pas porté plainte. Mais ses séquelles sont très lourdes. J’étais éducatrice à l’aide à l’enfance.

Cette nuit là, je dormais en bas. Céline, notre fille ne nous a exceptionnellement pas laissé nos deux petits enfants le soir de la tempête. Je n’ose imaginer ce qu’il se serait passé. Je ne me souviens de rien le samedi. J’étais allongée au lit, avec ma douleur terrible à la jambe (en 2008, j’avais failli être opérée). Je n’étais pas en forme physiquement. On ne faisait que chercher une place pour Sébastien. Je n’étais pas bien ce soir là. On a regardé la télévision. On a vu l’alerte rouge. J’ai demandé à mon mari ce qu’était que cette alerte. On nous a dit de rester chez nous et de ne surtout pas prendre la voiture.

Ce soir là, on a vu l’arbre tomber. On a tout refermé pour nous calfeutrer dans la maison. Notre chienne est montée à l’étage, elle ne voulait pas descendre. Alors je suis montée avec elle. Mon mari est resté en vigilance en bas. Notre fils lui dormait, il allait bien. D’un coup, vers 4h, la petite porte fenêtre, s’est ouverte, et la maison a commencé à se remplir. Mon mari a dit, c’est très grave, on ne peut plus rien faire.

 

Je voulais aller chercher de l’aide. Mon mari m’a dit que non. Je voulais sortir, j’avais peur que la maison ne se remplisse. J’ai pris mes chaussures et ma ceinture lombaire, il fallait que j’alerte. Je lui ai promis que je ne me noierais pas. J’ai avancé vers la mer. J’avais de l’eau à la poitrine. Avec la pleine lune, j’ai vu. Le Lay était le responsable. La digue était peut-être brisée. Il y avait un silence de mort. J’ai tenté d’aller vers la pinède, mais il faisait trop noir. Je suis monté sur un mur de 80cm chez un voisin, l’eau était à son niveau. Je me suis effondrée. C’est trop tard me disais-je, pour ceux qui sont derrière la digue, c’est fini. Il va y avoir des morts. Je me disais, pourvu que l’on les retrouve tous, car j’ai vécu une catastrophe familiale par noyade.

Ma maman. Elle n’a été retrouvée que 3 mois plus tard. Lors de la tempête de 1999. Pendant ces 3 mois et 10 jours, j’étais comme morte. J’étais au fond de mon lit bourrée de médicaments. Je sais ce que c’est que d’attendre. Ces deuils aggravés. Ma sympathie leur va droit. Ces gens n’avaient rien demandé, ils voulaient juste vivre.

Sur ce mur voilà à quoi je pensais. Je me sentais impuissante. J’ai entendu crier. J’ai parlé au voisin, je lui ai expliqué qu’il y avait 80 cm d’eau, il est sorti et il m’a aidée à entrer chez lui. J’ai trébuché et mouillé mes vêtements. Il y avait peu d’eau dans sa maison, mais bizarrement dans ses toilettes, il y en avait beaucoup. On a entendu les hélicoptères. Son petit fils était tétanisé, il m’a demandé si on allait mourir. J’ai tenté de le faire dormir.

Moi je suis tombée en hypothermie et hypoglycémie. J’étais trempée. Je me suis dit, il ne faut pas que tu dormes, il ne faut pas que tu dormes. J’ai aidé la voisine à trouver les affaires de l’enfant. Le voisin nous a dit à ce moment que tout près, il n’y avait plus d’eau. Je me suis retrempée et je suis partie en marchant le plus vite possible à la pinède pour trouver des secours. Je suis arrivée aux flots bleus. J’ai donné notre adresse, j’ai expliqué : on est encerclés chez nous, et mon fils est handicapé. Le pompier m’a dit qu’ils iraient. Mais ils n’étaient pas du coin, ils ne connaissaient pas les lieux. J’ai appris après qu’ils faisaient maison par maison, que mon fils ne serait sauvé que très tard.

Là-bas, avec les autres rescapés, tout le monde était très choqué. Une petite fille n’avait pas de chaussure. Je l’ai aidée. Un autre monsieur ne faisait que courir nu. Je ne savais pas s’il était choqué ou s’il tentait de se réchauffer. Cette mamie avait les jambes gelées. On a tenté de la réchauffer avec du sopalin, on avait rien. Les pompiers avaient aussi sauvé les bêtes. Il y avait les animaux autour de nous. Tout le monde était sage, trop sage, hagard. J’ai attendu encore, j’ai aidé, les heures passaient et je n’avais pas de nouvelle de ma famille.

J’ai croisé ma belle-soeur, il était 14h. Elle m’a dit viens, on y va, si les pompiers eux n’y vont pas. On a couru jusqu’à la maison. Elle est montée à l’étage, mais ils n’étaient plus là. Mais on a vu l’hélicoptère et on est retourné au PC du Samu. J’ai vu les médecins, je les ai questionnés. J’ai compris que c’était très grave en voyant leur tète. Il m’a prise par les épaules et il m’a montré mon mari et mon fils. Sébastien était nu. J’ai cherché un pyjama pour mon fils. A coté, il y avait un petit bébé. Il avait 15 jours, ils sont montés sur le toit eux, à la Faute sur mer aussi. Ils avaient mis leur enfant dans la soupente pour le protéger. Ma chienne aussi était là. On était tous sains et saufs. Ma tante nous a ramenés chez elle. Xynthia est l’épreuve de trop pour moi.

Je n’ai jamais eu d’information sur ce genre de risque. On a remarqué, que la route était plus haute que nous, que l’eau nous tombait dessus facilement. Idem, on voulait changer cette porte fenêtre. Tout ce qu’on avait espéré, s’est écroulé ce jour là. Xynthia est en trop. J’ai été opérée de la colonne vertébrale, je suis sous traitement. J’ai récupéré mon fils qui lui aussi est en dépression grave. Il ne faisait que taper dans les oreillers. Il ne nous faisait plus confiance. Il a fallu un an pour qu’il nous fasse confiance à nouveau.

Le Président : Vous n’êtes pas la première à dire que Xynthia a bouleversé votre vie.

L’Assesseur : Vous avez dit avoir entendu la météo, vous avez suivi les préconisations qui vous ont été dites. Si on vous avait parlé du risque de submersion ?

La partie civile : on serait allé chez ma belle-sœur. D’autant que mon fils dormait dans la pièce la plus basse. Je serais partie avec mon enfant qui est vulnérable.

Maître SAINTAMAN : Vous êtes sortie de votre maison, vous êtes consciente de vous être mise en danger ?

La partie civile : Oui, je me suis mise en danger, mais je ne pouvais pas ne pas le faire. Je ne voyais pas quoi faire d’autre.

Maître DENIS : Qu’est ce que Xynthia a changé pour vous ?

La partie civile : Pour Sébastien comme pour moi, Xynthia nous a changés, nous sommes malades. Nous voyons une thérapeute qui n’est pas remboursée par la Sécurité sociale. C’est très cher, 4 fois par mois à 60€.

Maître DENIS : Vous êtes sortie de la maison alors qu’elle avait un étage, parce que vous aviez peur que l’eau ne monte encore ?

La partie civile : Oui, je ne suis pas technicienne, j’avais peur que l’eau monte à l’étage.

Maître DENIS : Avez-vous participé à des groupes de paroles ?

La partie civile : J’ai été informé par l’AVIF d’un groupe de parole. J’y suis allée. Je cherchais quelqu’un. Ma fille connaissait un Tabary, elle voulait s’avoir s’il s’agissait de son ami. Et c’est son cousin, qui a perdu son enfant. Ma fille a été très choquée. Elle voyait les images à la télévision sans savoir comment on allait. Elle nous a beaucoup aidés. Elle a été formidable.

Maître DENIS : La commune de la Faute sur mer vous a t-elle informée de l’existence de cellules psycologiques ?

La partie civile : Non, c’est l’AVIF.

Maître SEBAN : Lors du message d’alerte, vous avez pensé à la tempête de 1999 ?

La partie civile : Non, pas lors de l’alerte, mais lorsque j’étais sur le muret. Ça n’a rien à voir avec 1999. J’ai seulement pensé à ma mère. On a fait ce qu’on nous a dit à la télévision.

Maître SEBAN : Où avez vous-vu une psychologue ?

La partie civile : La psychologue que j’ai vu devait être au gymnase de l’Aiguillon.

Maître SEBAN : Vous connaissiez l’association de défense des Amourettes ?

La partie civile : Il fallait payer 70€, c’est tout ce que je sais. Certains voisins y étaient. A la fin 2003, il y avait  une manifestation pour conserver le camping car ils avaient rehaussé la partie de la digue près du camping.

Maître ROCHERON-OURY : Votre mari disait qu’il n’était pas possible pour lui que l’eau surpasse la digue, et vous ?

La partie civile : Je me disais que les élus étaient là, qu’ils s’occupaient de tout et donc de la digue.

Maître ROCHERON-OURY : Avez-vous vu ou reçu des informations quant aux assemblées générales de l’Association syndicale de la digue des marais ?

La partie civile : Non, parce qu’on connaissait peu de monde. Je ne savais pas qu’il y avait des assemblées générales.

Maître ROCHERON-OURY : Je voudrais faire une précision, je rappelle que Philippe BABIN n’est pas poursuivi devant le tribunal pour les horreurs subies par ce gens, je veux juste dire que ce ressenti donné par les partie civile, c’est juste un ressenti, mon rôle est d’apporter la preuve de la bonne fois de Philippe Babin qui n’a jamais tenté de dissimuler quoi que ce soit. Mais le ressenti des parties civiles reste un ressenti.

Le Président : Nous devons saluer les parties civiles et nous ne sommes qu’au début des débats.

Audition de Yannick LANGE, partie civile :

La partie civile : Je suis arrivé à la Faute sur mer le dimanche matin. Je voulais retrouver mon ami impasse des chalutiers. Mais les pompiers m’ont averti, je devais repartir avant 16h. Il y avait encore 80 cm d’eau. Je suis monté par le casino, la rue la plus haute de la Faute sur mer. Les gendarmes me disaient de repartir avant 16h. Je cherchais l’accueil des sinistrés. J’ai trouvé un ami, il m’a dit : ah tu es là… tu as été prévenu vite… Il m’a dit… Marguerite est décédée… Notre amie. J’ai cherché son compagnon, Rémi. Il était sous le choc. Il m’a dit que chez lui, il y avait 2m50 d’eau. Je me suis dit que je ne reverrais jamais Françoise. Je suis resté avec lui, et j’ai été donner le signalement de Françoise, ses enfants et ses parents.

J’ai attendu, attendu. Je restais sur le qui-vive. J’attendais Françoise. Je n’avais pas de réseau pour prévenir sa fille. J’ai enfin pu téléphoner et j’ai eu son mari. Ils nous ont rejoins dès que possible. Les gens cherchaient tous leurs proches. Ils étaient en pleine détresse. Quant Mireille est arrivée, je lui ai annoncé la mort de sa mère.

De 9h à 16h ce jour là, j’ai vu le chaos. Dur. J’ai promis à Mireille ce soir là de créer une association pour que l’on puisse obtenir la vérité. Une nuit, je me suis réveillé, et j’ai crée l’AVIF, j’ai écris les statuts en pleine nuit.

C’est une association apolitique, d’ailleurs je ne vote pas à la Faute sur mer. Nous avons 600 adhérents, ça m’a épuisé. Je suis tombé malade, j’ai passé le relais au vice-président. M. Pinoit. Il ne s’agit pas de politique comme le sous-entend René Marratier. La mairie a toujours refusé de nous communiquer la liste des sinistrés. Nous avions fait une banderole et une marche silencieuse. Il était inscris les âges et noms des sinistrés, on a planté la banderole sur un rond point. René Marratier l’a faite enlever.

Les groupes de paroles n’ont pas été mis en place par René Marratier mais par l’AVIF car le sous préfet m’avait demandé de m’en occuper. Les gens survivent. On survit tous. Ça m’a paru à un moment insurmontable d’aider tout le monde.

Quand on accepte un poste à responsabilité, comme moi dans mon métier, on doit assumer les responsabilités jusqu’au bout. J’assume. Et s’il y a une erreur dans mon établissement, je suis le responsable. Je n’admets pas que l’on puisse fuir ses responsabilités.

On nous accuse de faire de la politique, on a lu un jour : AVIF tous pourris.

L’Assesseur : Pourquoi on vous accuse ?

La partie civile : Nous, on a créé l’AVIF, parce qu’il n’y avait rien pour les victimes. J’ai demandé plein de rendez-vous avec la Mairie, j’avais même obtenu un rendez-vous avec René Marratier. Une fois. Il a annulé, contre un rendez-vous téléphonique, il nous a refusé la plaque commémorative sur le terrain que l’on voulait, il a dit qu’il avait un autre projet. On a rien eu par René Marratier sauf lorsqu’il nous a prêté une salle.

Maître DENIS : Vous avez fait des groupes de parole et vous vouliez que la Mairie informe les sinistrés dont vous n’aviez pas la liste ?

La partie civile : Oui, donc on ne savait pas qui était sinistré, on a dû se débrouiller autrement.

Maître DENIS : Ce retard aggrave t-il les préjudices ?

La partie civile : oui, nécessairement.

Maître ROSENTHAL : avez-vous le sentiment d’avoir vécu une trahison par le Maire et ses élus ?

La partie civile : Oui, quand on sait qu’à 14h36 et 17h, il a reçu un sms le prévenant de vents violents et d’un risque de submersion marine, alors oui, on peut parler de trahison.

Le Procureur : Quel motif ont-ils donné pour vous refuser la liste ?

La partie civile : On ne nous a pas donné de motif. J’ai demandé au secrétaire générale et ensuite par mail, aucune réponse .

Maître SEBAN : Vous avez indiqué que la responsabilité de ce lotissement est partagée entre la Mairie et la préfecture.

La partie civile : Oui.

Maître SEBAN: Le pire pour vous, c’est la non évacuation ?

La partie civile : Oui, car René Marratier n’a rien fait.

Maître SEBAN : Vous saviez qu’en matière de police en cas de tempête, c’est à la préfecture d’agir ?

La partie civile : Oui, mais le Maire de Charron lui, il a pris sa voiture et il a averti les gens.

Maître SEBAN : Vous avez entendu parler du vent ce soir là ? Avez-vous eu peur d’une submersion ?

La partie civile : Non.

Maître SEBAN : Vous avez du mérite d’avoir organisé des groupes de paroles.

La partie civile : Je n’ai pas de mérite à avoir fait des groupes de parole, c’est mon devoir.

Maître SEBAN : Est ce que vous avez dit, et surement légitimement, que l’AVIF était en colère ? Les rapports étaient-ils tendus ?

La partie civile : Non, je restais courtois. Mes mails à René Marratier en témoignent. Dans mon ressenti oui, mais pas dans mes écritures.

Maître ROCHERON-OURY : Que signifie la submersion marine pour vous, que l’eau passe au dessus de la digue ?

La partie civile : Oui.

Audition de Mme Françoise LETORT, partie civile :

La partie civile : J’ai fait construire ma maison en la rehaussant d’un mètre par rapport au terrain naturel, mais je restais plus basse que mes voisins de l’impasse des chalutiers. J’habite derrière un petit talus de terre. C’est une maison principale. J’ai 3 enfants et c’est l’aboutissement de toute une vie que d’habiter en bord de mer.

La nuit de Xynthia, j’ai eu M. LANGE au téléphone. J’ai exceptionnellement fermé les volets, nous étions calfeutrés dans la maison. Vers 2h ou 3h, j’ai entendu un bruit d’eau qui m’a fait penser à une chasse d’eau. Je me suis levée. J’avais peur du risque d’inondation, alors j’avais fait des évacuations autour de la maison et en dehors du jardin. J’avais peur que l’eau pluviale entre dans la maison. J’étais en colère que toute notre prévention ne suffise pas.

Dans le noir, je cherchais mon sac à main. Je n’ai pas réussi à le trouver. J’ai réveillé mon fils, nous étions 2 à la maison. Mon fils n’a pas compris non plus. J’étais très émue. Mais je pensais à de l’eau d’orage. Mon fils est sorti pour prévenir les pompiers depuis chez mes parents. J’ai laissé partir mon fils sans m’inquiéter. J’étais contrariée. Je n’ai pas réalisé que l’eau montait. J’ai surélevé quelques affaires. L’angoisse montait. Seule ici dans le noir, j’ai décidé d’aller chez mes parents et de trouver les pompiers. J’ai donc ouvert la porte d’entrée. Pour aller chercher du réconfort.

Là, je suis dans l’incompréhension totale, l’eau arrive à flot. Je ne sais pas comment, j’ai trouvé l’énergie pour fermer cette porte. Mais il fallait que je sorte de cette maison. Je suis sortie par la fenêtre de ma chambre. Je suis pieds nus sur mon vélo en pleine nuit de tempête. Je voyais l’eau, mais je ne savais pas d’où elle venait. J’arrive à la route de la pointe d’Arçay. J’ai dû descendre de vélo. Je suis dans un courant et je pense à mon fils. Il a eu un accident, 2 ans avant et il a gardé des séquelles, notamment la perte d’équilibre. Je me disais que si mon fils était passé là, il était mort. Le courant menaçait de m’emporter, je suis sur le point de lâcher prise. Je vais mourir. Jai lutté. Mais là, j’ai vu mon fils. On s’est vu lutter contre le courant, on a compris que la situation était critique. Je me suis dit, 2 ans de combat pour sortir du coma et de rééducation pour sauver mon fils, je ne peux pas mourir devant lui. J’ai avancé, je ne sais pas avec quelle force. Un pied devant l’autre.

On a cherché la maison de mes parents, j’avais toujours mon vélo, absurde. On est entré chez mes parents. On ne leur a rien dit. On a protégé des meubles. Alors que l’on avait pensé mourir juste avant. Mon papa écopait encore et encore. J’avais les pieds en sang. Mais je n’avais ni froid ni mal. On est monté à l’étage et papa est resté écoper en bas. On lui a dit de monter. Il fallait qu’il monte. Mon fils a pris son papy dans ses bras pour le faire monter car il refusait.

Là ça a frappé à la porte, des voisins qui voulaient se réfugier à l’étage. On les a fait entrer mais on se demandait jusqu’où l’eau allait monter. La dame est tombée dans le bassin à l’entrée, elle a failli se noyer là. On est tous monté. On avait tous l’impression d’avoir échappé à la mort. On entendait leur chien hurler à la mort, jusqu’à ce qu’il meurt. On a tenté de se réchauffer en vain. On voyait l’eau monter encore. Puis elle s’est stabilisée. On ne comprenait pas d’où venait l’eau. On s’est inquiétés.

Une barque est venue, nous n’étions plus en situation d’urgence alors on a attendu le début d’après-midi, ma maman a été helitroyée et nous sommes partis par barque jusqu’aux flots bleus. Apocalypse. C’est inimaginable ce que l’on voyait. Puis, on est allé à l’Aiguillon sur mer.

Je voulais aller à mon travail, à la maison de retraire. Je voulais m’y arrêter. Mon directeur est venu vers moi et il m’a dit que mon amie était morte. Ma fille est venue ensuite. Je ne pouvais rien raconter. J’ai vu Remi. Sa nuit n’était pas entendable. Mourir comme ça. Idem pour la famille Bounaceur. En une nuit, j’avais perdu mon amie, ma maison, mon travail. Je n’avais plus rien. Alors qu’avec mon fils, on avait déjà tellement vécu. Ma fille l’a pris en charge. Mais il était malade et moi avec mes parents chez des amis. Il y a eu le traumatisme de Xynthia et celui d’après Xynthia. On avait plus rien, plus de maison. J’ai demandé au proviseur d’héberger mon fils et c’est la CPE qui a proposé d’héberger mon fils. Comment se reloger ? C’est la Mairie de l’Aiguillon qui m’a inscrite sur une liste. S’il n’y avait pas eu autant de générosité de tous ces anonymes, je ne serais plus là. Des gens nous ont prêtés une petite maison gratuitement. Et j’ai cherché une location et ensuite une maison. On a déménagé 4 fois en 9 mois. C’était dur pour mon fils qui n’avait plus de repères. Il était perdu et isolé au lycée. Une épreuve de trop, il n’a pas pu continuer ses études. Curieusement, il a choisi la formation d’animateur en maison de retraite, le métier de mon amie décédée.

L’AVIF, m’a permis de ne pas perdre pied. Des pingouins sur la banquise qui se réchauffent. Trouver des solutions pour les autres m’a permis de partager nos douleurs et de travailler ensemble à la recherche de la vérité. C’est grâce aux bénévoles que je n’ai pas perdu pied.

Le Président : Vous avez dit avoir fait rehausser votre maison, car vous aviez peur des remontées de la nappe phréatique ?

La partie civile : Oui, je n’avais pas d’autres craintes car je n’avais pas d’autres connaissances.

Le Président : Quant avez-vous compris que c’était l’eau de la mer ?

La partie civile : Jamais, je réalise que je me suis mise en danger et que j’ai mis mon fils en danger. La pleine lune nous éclairait un peu. Il n’y avait pas de vent. Aucun bruit. J’aurais dû rester dans ma maison, mais je voulais retrouver mes parents.

Chez moi, il y a eu 90 cm d’eau.

Maître SAINTAMAN : Il y a eu 90cm d’eau malgré un rehaussement de la maison d’1m et tous les travaux ?

La partie civile : Oui, sinon j’aurais eu 2m. Heureusement que j’avais fait construire un vide sanitaire.

Maître SAINTAMAN : Pensez-vous avoir été mise 2 fois en danger ?

La partie civile : J’avais la chance de connaître la Faute sur mer, alors j’avais fait tous ces travaux, mais si j’avais connu le risque de submersion, je ne serais jamais sortie de la maison et je n’aurais pas laissé mon fils sortir.

Maître SAINTAMAN : Avez vous reçu de l’aide ?

La partie civile : De l’aide ? De tous les bénévoles mais pas de la Mairie, à qui j’ai demandé de l’aide pourtant. J’ai écris mon nom sur une liste, mais je n’ai rien reçu. Ce sont ces gens qui m’ont réchauffé le cœur à ce moment là.

Le Procureur : Aviez-vous remarqué quelque chose au niveau de l’état de la digue ?

La partie civile : J’habite derrière un talus de terre. J’avais remarqué une brèche dans la digue faite pour laisser accéder les camions de pêche.

Le Procureur : Vous avez déposé plainte. Avez vous des récriminations à faire ?

La partie civile : J’ai porté plainte pour comprendre, connaître la vérité. Cela peut servir à ceux qui pourraient courir les mêmes risques.

Maître ROCHERON-OURY : Imaginiez-vous que l’eau puisse passer par dessus la digue ?

La partie civile : J’avais déjà vu l’eau affleurer la digue.

Maître ROCHERON-OURY : Avez-vous participé ou eu connaissance des réunions de la digue ?

La partie civile : J’assistais aux assemblées générales de mon lotissement, et pour le syndicat des marais, je n’avais aucune information.

 

Suspension d’audience.

 

Audition de M. Dominique CAILLAUD, partie civile :

Mes enfants étaient en vacances chez leurs grands-parents, et nous étions donc arrivés le samedi en fin de matinée pour les chercher. Effectivement dans l’après-midi on avait entendu les alertes, orange et rouge. C’est surtout ma femme et ma belle-mère qui étaient alertées. Le soir, on est allés vérifier les amarres du bateau de mon beau-père. On a croisé un marin pêcheur qui nous a dit : « surcote de 20 à 25cm ». Il avait l’air tout à fait naturel, c’était rassurant de l’entendre parler comme ça, j’avais l’impression que c’était courant.

On est rentrés à la maison, on ne s’est pas couchés trop tard. On est montés dans le faux-grenier, l’aménagement sous les combles. On s’est mis dans notre petite chambre, notre « pigeonnier », on s’est endormis. On dormait bien, ma femme un peu moins car elle entendait un peu le vent dans la nuit.

Vers 3h30 on entend du bruit, ma belle-mère ouvre la porte, et dit « la digue a pété », mais doucement, pour ne pas réveiller les enfants. On sentait dans ses paroles que la voix tremblait. Je suis descendu, ma femme est restée avec les enfants qui se sont aperçus que quelque chose n’allait pas.

Je suis descendu, je vois mon beau-père dans le salon qui est un peu paniqué. Il dit : « je vais chercher des bottes ». Y’avait 3-4 cm d’eau dans la maison. Je remarque que de l’eau sort le long des montants de la porte, et là je me dis, « effectivement la digue a pété, ma belle-mère n’a pas pété les plombs ».

Je demande à mon beau-père ce qu’on fait : « On sauve quelque chose ? On monte les meubles ? »  « Non », il me répond, car on n’a pas le temps, « faut monter, faut monter ». Moi machinalement, j’avais un sac de voyage pour le week-end, presque prêt, alors j’ai juste balancé 2-3 affaires dedans. Puis on a entendu un bruit sourd, et l’escalier s’est soulevé, les cloisons sur les côtés ont valsées, et j’avais l’eau dans les jambes qui montait, qui montait. La force de l’eau avait fait voler les plinthes et avec le flux ça faisait ouvrir les portes, les tiroirs, couverts, couteaux, tout ça dans l’eau. Vite fait, je suis monté, les beaux-parents ont suivi, et on attendait de voir jusqu’où l’eau allait monter. En l’espace d’un quart d’heure, c’est monté d’1m20, 1m40, jusqu’aux premières étagères du meuble haut de la cuisine. Puis ça s’est arrêté, alors on était soulagés, on ne savait pas comment on aurait fait si ça avait monté plus. Il aurait peut-être fallu sortir par les velux.

Une fois que l’eau s’est arrêtée de monter, j’ai voulu faire le curieux et regarder ce qu’il se passait dehors. J’ai ouvert le velux, y’avait de l’eau partout. On voyait bien avec le clair de lune.

Après, mes beaux-parents ont demandé ce qu’on allait faire, il fallait trouver une solution pour sortir d’ici. On savait que la prochaine marée allait avoir un coefficient plus fort, dans l’après-midi, donc on devait partir. On a attendu quand même, on a vu l’eau descendre tout doucement, tout doucement. On essaie de se recoucher, de consoler les enfants un peu. On a mis notre fils de 8 ans entre nous deux, mais il s’inquiétait, il voulait savoir, « quand est-ce qu’on y va ? ». On a attendu au moins que le jour se lève, et entre-temps l’eau était descendue d’au moins 80cm.

Je suis sorti voir, on distinguait à peine le haut des clôtures, et j’entendais des cris, qui venaient de la gauche, du lotissement. On se demandait ce qui était arrivée à la voisine, Madame Fontenay, dont on avait parlé pendant la nuit parce que mes beaux-parents s’inquiétaient pour elle.

Mon beau-père, qui avait un wader (ndlr : salopette de pêche), est allé le chercher dans le garage mais est revenu tout tremblotant, frigorifié. Ma belle-mère m’a alors demandé de le mettre et d’aller chercher des linges secs, je suis parti à la lampe torche, et là je vois les meubles, les livres, tout en vrac. Pour avancer, il faut pousser les meubles par-là, le canapé par-là, une porte par ci. On arrive à se frayer un chemin, on arrive dans leur chambre, et là l’armoire est couchée sur le lit, donc je ne pouvais pas ouvrir les portes. Je me tourne, je passe par la réserve pour récupérer des packs de jus d’orange, des gâteaux secs, pour prévoir si jamais on reste là un petit moment. Même des rouleaux de PQ, car on ne savait pas combien de temps on allait rester.

Je suis remonté avec ces quelques provisions, et vers le petit jour, mon beau-père a suggéré que j’aille chez des voisins un peu plus haut, des amis à eux.. Son idée était d’aller chercher un bateau pneumatique pour qu’on puisse partir. « Tu sors par chez Babin [qui était un voisin] et tu vas chez Christian ».

Je passe donc par-dessus la clôture, et je me suis dirigé vers la maison de M. Babin pour faire le tour, pour redescendre ensuite. Je ne sais pas pourquoi, j’ai frappé à la porte de M. Babin et je me suis présenté, car il ne me connaissait pas : « Je suis le gendre de Michel et Renée, on a été inondés, il y avait beaucoup d’eau, on s’est réfugié en haut pendant la nuit ». J’ai frappé à sa porte au moins pour l’informer. Je me ne souviens plus de ce qu’on s’est dit ensuite.

Puis je suis reparti, j’ai fait le tour de sa maison, je suis descendu et puis j’ai retrouvé l’eau. Mon beau-père m’avait dit : « Tu restes bien sur le côté, tu ne restes pas au milieu ». À un moment je perds pied, mon pied se défile d’un seul coup. J’ai pris la tasse et j’ai dû barboter 1 ou 2 mètre, puis j’ai repris pied plus loin. J’ai senti l’eau froide qui s’engouffrait dans la combinaison.

J’ai vu plus loin un pompier. Là, dans la nuit on avait parlé de la voisine, alors je me suis dit que j’allais d’abord voir les pompiers. Je croise une barque de la protection civile, un monsieur qui cherchait une voiture blanche qui était bloquée. Je n’ai pas pu le renseigner et je lui ai dit que nous étions au sec. J’arrive là où étaient les pompiers, et j’explique qu’il y une dame un peu plus loin qui a sûrement besoin de secours. Ni une ni deux, les pompiers avancent avec leur camion jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus à cause de l’eau.

Là où j’étais surpris, c’est qu’à ce moment le pompier sort une planche, genre planche à voile, monte dessus et avance comme les surfeurs. Je me suis dit : « il n’y a pas beaucoup de moyens pour sauver les gens chez les pompiers ».

Alors, j’avance jusqu’à ce que je ne puisse plus à cause de l’eau non plus, et lui indique que c’est la deuxième maison à droite. C’est là où je suis passé à côté, je suis passé à côté deux fois [de la maison des Dubois, décédés pendant la nuit],  sans savoir que dedans il se pouvait qu’il y ait des gens. Et moi j’ai continué, sans savoir.

Je suis allé chez les amis, chez Christian et Michelle, qui avaient passé toute la nuit à nettoyer la maison. Ils n’avaient pas de canot, mais j’en avais vu, à l’envers, que je vais récupérer après avoir fait demi-tour. Sur le chemin, j’essaie déjà de monter dans le canoë, qui n’était pas très stable. J’essaie d’avancer, je suis descendu pour pouvoir ouvrir le portillon devant la maison, et donc après je pousse le canoë, je me suis pris les pieds dans les bacs à fleurs. J’arrive par derrière, j’ouvre les deux battants de la porte, et le canoë rentre pile poil dedans. J’avance le canoë, je le cale le long de l’escalier. Ma belle-mère descend en premier, mais je n’avais pas fait attention, je l’avais rentré à l’envers donc ma belle-mère ne pouvait pas rentrer dedans. Du coup j’ai fait demi-tour, et j’ai recalé le canoë contre l’escalier.

J’ai évacué ma femme et mes enfants. Ils prennent le sac, qui est futile, mais bon. J’étais obligé de nager derrière et de pousser. Chaque fois que je nageais, l’eau froide rentrait dans le wader. Je dépose mes enfants et ma femme chez les amis. Je refais demi-tour pour aller chercher mes beaux-parents. Je sors, et mon beau-père me dit de fermer la maison à clé. Je m’exécute.

Là, les amis nous ont prêté des vêtements, offert une boisson chaude. Du moment où l’eau avait commencé à monter jusqu’à maintenant, j’avais été un peu déboussolé, je n’avais plus de repères. Les canapés, ça ne flotte pas, on ne circule pas en canoë dans les rues, l’eau ne monte pas dans les maisons. Je m’assois dans le fauteuil, et là j’ai une sensation, comme un frisson, de la tête au pied. Ça faisait 2h que je barbotais dans l’eau. J’ai eu une sensation comme si je remettais les pieds sur terre. Comme si je commençais à réaliser ce qu’il se passait.

Ensuite, on a vu débarquer 2 gendarmes, nous dire qu’il ne fallait pas rester ici et qu’on allait nous emmener à la cantine de l’école de l’Aiguillon. Ma belle-mère a dit : « vous avez du courage de sortir comme ça sans protection ». La gendarme a répondu : « on n’a pas le choix, c’est notre devoir. » On a encore fait des tours de canoë, mais cette fois-ci c’est les gendarmes qui menaient la manœuvre.

Puis on est montés dans la camionnette de la gendarmerie et on nous a emmenés à la cantine de l’Aiguillon. Sur le trajet, j’ai réussi à joindre mon frère, qui ne s’imaginait pas ce qu’on avait vécu. Je lui ai dit « tout va bien, préviens la famille ».

Arrivés à l’Aiguillon, on s’est inscrits sur les registres, on est rentrés dans la salle mais on n’est pas restés longtemps. Voir les gens comme ça, à moitié nus, une couverture sur le dos, ce n’était pas très encourageant. Mon beau-frère nous a pris en charge avec ma belle-sœur, ils étaient venus à 2 voitures, et ils nous ont ramené chez nous.

Une fois qu’on est arrivés à la maison, on s’est tous pris dans les bras. On voyait qu’on avait de la chance d’avoir une maison, que les beaux-parents n’avaient plus rien. On s’est mis à pleurer, on a craqué. La journée s’est terminée comme ça, il était 1h30 ou 2h de l’après-midi. Je sais plus ce qu’on a fait après.

Le lundi matin, je suis reparti au travail. Conscience professionnelle, « on y va ». Il n’y avait pas d’électricité à la boite, donc je suis rentré à la maison. Ma femme avait pris rendez-vous chez le médecin pour savoir ce qu’on pouvait faire, l’attitude à adopter. Le docteur nous a dit : « Vous aurez beau raconter votre histoire, personne ne vous comprendra, surtout ne regardez pas la télé ». Mais on a pas pu s’en empêché.

On a pris rendez-vous aussi à l’école, car on avait peur pour nos enfants, qui étaient en primaire, en CE1 et en CM1 je pense. On ne savait pas comment ils allaient réagir. On a pris rendez-vous avec le directeur et les instituteurs pour leur expliquer ce qui était arrivé, pour parler à la classe avant les cours, pour que les copains et copines n’aient pas à harceler après nos enfants. Le fait qu’on ait expliqué, ça s’est plutôt bien passé je crois.

Le soir, à partir de ce moment-là, et toute la semaine, on a été envahis de coups de téléphone. Nos amis, ma famille, les amis de mes beaux-parents qui n’osaient pas les appeler. Ils nous demandaient des nouvelles, raconter l’histoire, re-raconter, encore raconter. Et ça tous les soirs, toute la semaine. Les gens nous laissaient des messages pendant qu’on était au téléphone. Ça nous a touché, mais devoir raconter tout ça au téléphone, on était quand même loin de mes beaux-parents.

Ma femme, tous les week-ends pendant 1 mois, 1 mois et demi, est allée voir ses parents et s’est déplacée dans la maison qui leur avait été prêtée par des amis. On est retournés à la maison quand on pouvait, pour nettoyer. Je me souviens d’un moment où mon beau-père – c’était sa maison, son projet de retraite, il en était fier, il avait fait beaucoup de choses, il pouvait l’être –  était assis dans un coin de son terrain, à regarder les gens dépouiller sa maison, le regard dans le vide, lui qui était toujours très énergique, là il était à plat. Je vais le voir, m’assois à côté de lui, j’ai passé les mains sur les épaules, pour le réconforter. Il s’est mis à pleurer. Je l’ai laissé parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire, et j’ai continué à déblayer la maison avec les autres, des bénévoles.

La vie a été dure à reprendre, retourner au travail, avoir l’impression d’avoir tout donné pour être à la hauteur de nos responsabilités, et le soir, dans le canapé, j’étais une larve, incapable de faire quoi que ce soit, pire qu’un zombie.

Je pensais être à la hauteur au travail mais apparemment non, parce que quelques mois après j’ai reçu une lettre de mon patron qui m’avait averti que ça n’allait pas, en me disant que j’étais d’une incroyable lenteur, que je ne finissais pas le travail que je commençais, et qu’ils allaient prendre des mesures nécessaires si je ne faisais rien. Il était au courant de l’histoire et il m’a soutenu, mais c’est une des raisons qui font qu’aujourd’hui je suis au chômage. Mon licenciement est dû en totalité, j’en suis quasiment sûr, de ce fait là.

Ma femme a pris un arrêt de travail un mois après aussi, car elle ne supportait pas les aller-retours pour aller aider ses parents. Nous, de notre côté, on n’a pas eu d’aide, très peu, du soutien de la famille, des amis, mais ça s’arrêtait là.

Les enfants, aujourd’hui, s’en sortent plutôt bien. Superficiellement en tout cas, on ne voit pas qu’ils ont subi un traumatisme. Mon fils, il y a deux ans, en 6ème, avait un devoir et devait écrire un exposé sur un de ses héros. Il a écrit sur moi. Mais moi je ne suis pas un héros.

Ma fille, pareil, l’année dernière en français, en 3ème, elle avait à écrire un moment important de sa vie. Le professeur avait dit que de toute façon il n’y avait que lui qui lirait les copies. Ma fille, d’emblée, a parlé de la tempête et de ce qui s’était passé à la Faute. Donc malgré tout, il y a toujours ça dans leurs têtes.

Le Président : Et vous, Monsieur ?

Moi ? Moi j’ai supporté, il fallait être présent pour la famille, la mienne, les beaux-parents. J’ai supporté. Je ne dormais déjà pas très bien avant, ça n’a pas arrangé les choses. Récemment, je reprends un peu des anxiolytiques, car à l’approche du procès c’est plus dur. Bon, au niveau du travail, j’ai quand même pris un coup sur la tête.

Sinon, la vie associative, la vie de tous les jours, on a mis du temps. On a mis un an avant de pouvoir réinviter du monde à la maison, on était incapables de gérer. J’avais acheté du papier peint, un peu avant la tempête. J’ai mis un an avant de pouvoir le poser. Je n’avais envie de rien. On s’est laissés aller pendant un an. Depuis ça va mieux, on a su faire face.

Le Président : Vous ne vous faites pas de reproches ?

Si un peu, pour Monsieur et Madame Dubois, j’aurais dû dire aux pompiers de passer par là, même si je ne savais pas qu’il était peut-être trop tard.

Le Président : Il était trop tard, il faut oublier le « peut-être ». Vos parents étaient installés depuis 2002. Est-ce que vous étiez inquiets, à un quelconque moment, de cet emplacement ?

Ma belle-mère me dira plus tard qu’ils avaient fait un choix en voulant se protéger du vent. Ils pensaient être en sécurité derrière cette digue. Moi je n’ai pas pensé qu’il pouvait y avoir un problème.

Le Président : Vos beaux-parents ont-ils évoqué un jour un quelconque risque ?

J’en ai entendu parler un jour, car ils s’étaient liés d’amitié avec Madame Anil, à propos de la compréhension du problème des digues. Ils en ont pris connaissance je pense, mais la maison étaient déjà construite.

Le Président : Mais ça ne vous inquiétait pas ?

Non. Là où la maison était construite, il y avait des maisons depuis une trentaine d’années déjà. Là où je me suis posé des questions commet tout le monde, c’est là où les lotissements se construisaient, j’espérais qu’ils savaient ce qu’ils faisaient.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Est-ce que vous estimez avoir été mis deux fois en danger, une première fois dans la maison de vos beaux-parents en n’ayant pas connaissance des risques, et une seconde fois en ayant dû sortir de chez vous ?

Oui, on a été mis en danger

Me SAINTAMAN : Ma deuxième question, lorsque vous avez été frappé à la porte de M. Babin, est-ce que vous aviez vu de l’eau ? Si non, pourquoi, d’après vous ?

Chez M. Babin il n’y avait rien eu. La maison était beaucoup plus haute, presqu’à hauteur de la digue. C’était une maison à étage aussi.

Procureur : Quand vous vous êtes présenté chez Philippe Babin, est-ce que vous saviez qu’il était président de l’association qui s’occupait des digues ?

Oui.

Procureur : Est-ce que c’est un des motifs pour lequel vous avez frappé à sa porte ?

Peut-être, oui. Peut-être que je cherchais de l’aide.

Procureur : Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

Je ne me rappelle pas.

Me ROUCHERON-OURY (défense) : Avant Xynthia, auriez-vous pu imaginer que l’eau aurait pu passer par-dessus la digue ?

Non.

 

Audition de Renée CHIRON, partie civile (belle-mère de Dominique CAILLAUT) :

69 ans, retraitée.

Avant de commencer, je voudrais préciser que je parle en mon nom propre et au nom de mon mari qui s’était constitué partie civile et qui est décédé depuis.

Au début, nous avions décidé d’acheter un mobil-home, c’était très à la mode. Ensuite, on a visité plusieurs campings à la Faute pour savoir où s’installer. On a visité le camping municipal, sur la foi du mot « municipal », en se disant qu’on ne pouvait pas avoir de problème. On est restés là de 1995 jusqu’en 2001 environ, il me semble. Je devais prendre ma retraite en 2001, alors on commençait à réfléchir en se disant qu’on passait beaucoup de temps à la Faute.

Là, on s’est rendu compte que ça ne pouvait pas être viable de rester au camping. Et la seule façon d’acheter une maison à la Faute, c’était de vendre notre maison, nous n’avions pas les moyens d’avoir une maison secondaire. C’est ce que qu’on a décidé de faire pour pourvoir construire. Au départ, on pensait acheter une maison toute faite, mais on a éliminé tout ce qui était près de la côte pour se mettre à l’abri du vent. On a décidé d’acheter un terrain et de construire, par nous-même. On voulait quelque chose de confortable.

On a choisi ce terrain car il était près du port et nous avions un petit bateau. On était plein d’enthousiasme, on a fait les plans, tous les deux. On a cherché un architecte capable de nous faire le dessin technique. C’était convenu qu’il fasse la demande de permis de construire. On l’a eu, et mon mari a décidé d’être lui-même le maître d’œuvre. Il a fait venir des artisans, qui étaient ses amis, pour tout le gros œuvre, puis il s’est chargé du reste. On était contents de venir s’installer à la Faute et de faire cette belle maison. Il a beaucoup travaillé, ça a duré plusieurs années avant de tout finaliser. En même temps, nous établissions des relations sociales avec notre environnement. Nous voulions profiter à plein temps de cette retraite. Moi je lisais beaucoup, je voulais qu’on s’implante à la Faute, alors j’ai beaucoup lu sur l’histoire de la Faute.

Et la vie s’est enclenchée comme ça, la maison était de plus en plus en belle. Mon mari s’est ensuite consacré aux fleurs. C’était le paradis des fleurs. Et puis il a commencé aussi à travailler du vitrail, une activité qui lui tenait à cœur depuis un petit moment. Moi, je m’étais lancée dans la peinture. Cette maison, c’était l’aboutissement de nos rêves à tous les deux. Lors de ces cours de peinture, j’ai rencontré Madame Anil, et quelques autres personnes. Nous avons sympathisé, on passait du bon temps, il y avait une bonne ambiance.

Et puis est arrivé ce soir du 28 février. Je crois que le vendredi, c’était nos cours de peinture. J’avais même emmené mes deux petits-enfants, ils avaient décidé de faire un beau tableau pour leurs parents.

Le samedi matin mes enfants sont arrivés, avec un très beau bouquet de fleurs, que j’ai mis dans un vase de faïence blanche que j’ai déposé sur ma table de salon.

La soirée est passée, on a vu aux informations qu’il y avait un avis rouge, alors on a bien tout arrimé, comme tout le monde. Je me suis endormie en dernière, et je me souviens que je suis sortie, juste avant, pour voir le temps. J’ai regardé le bois de pins, il n’y avait pas un souffle d’air. Je me suis dit « tiens, ils ont du se tromper à la météo ». Et je suis allée me coucher avec des boules Quiès.

C’est mon mari qui m’a réveillée, car il s’est levé d’un bond. Il est parti tout de suite dans les toilettes, et j’ai mis les pieds dans l’eau. J’ai tout de suite eu l’idée que la digue avait sautée. Je suis montée tout de suite à l’étage en tâtonnant, car je ne voulais pas crier pour mes petits-enfants, je voulais garder mon calme. J’ai trouvé la poignée de la porte, j’ai ouvert, j’ai dit aux enfants que la digue avait pété.

La nuit a continué, on a prié tous les six, ça ne nous était pas arrivé beaucoup. Ensuite, Dominique est donc parti, cette espèce d’excursion dehors. Ma fille et moi étions extrêmement anxieuses, mon mari aussi, mais il le disait moins. Et puis on a fini par l’entendre revenir. Il a dit deux trucs : Madame Fontenay est sauvée, et j’ai trouvé un canoë. Et puis il nous a sauvés, comme il vous l’a raconté.

On est passés devant la maison de Monsieur et Madame Dubois, mais je n’ai pas fait attention. C’est une fois arrivés à l’Aiguillon que tout d’un coup, quelqu’un m’a annoncé un décès, et là j’ai eu un flash, c’est devenu concret. Alors on a cherché partout le nom de Monsieur et Madame Dubois, mais on n’a pas trouvé. On l’a dit aux pompiers, mais ils ne pouvaient pas retrouver la maison, ils ne connaissaient pas la Faute. Et finalement on a appris que leurs enfants avaient trouvé leurs corps noyés. Ça nous a beaucoup marqué.

Après, les enfants sont repartis chez eux. Sur le moment on a cru que c’était une bonne idée de les éloigner, mais on s’est rendu compte qu’on a eu tort, on aurait dû les garder près de nous.

Puis après tout s’est enchainé très vite, on a commencé à faire des allers et venues, sans voiture, sans vêtement. Un de nos amis nous a prêté une maison. On avait une vieille voiture qu’on nous avait prêtée après. Nos enfants étaient très proches de nous, nous ont beaucoup entourés. Ils ont eu une entreprise qui était à la hauteur. Je les en remercie.

J’étais complètement dans les vapes, j’avais de la peine à suivre. Intellectuellement je veux dire. Un jour, dans les rues de l’Aiguillon, j’étais avec une de mes filles, et on croise quelqu’un que je ne reconnais pas. Et là ma fille m’a dit : « Mais tu ne reconnais pas Papa ? ». C’était mon mari. Ça fait 45 ans qu’on vivait ensemble et je ne l’ai pas reconnu. Ça a été comme un électrochoc. Il fallait qu’on achète nos propres vêtements, qu’on soit nous-mêmes, ce n’est pas possible de ne pas se reconnaître.

Et puis un jour nous sommes retournés dans la maison, qu’on avait faite avec tellement d’entrain, dans laquelle on avait habité 8 ans. Quand on a découvert l’état de la maison, c’était terrible. On est repartis, et tout s’est enclenché, au niveau des assurances, de ce qu’on devait faire.

Un jour, l’eau commençait à baisser, et Michel s’était inscrit sur les listes de la protection civile pour savoir si on voulait de l’aide. Ce jour-là on était allés pique-niquer chez des amis qui n’avaient pas eu beaucoup d’eau, et j’ai vu l’intégralité de la maison dehors, une équipe de basket, des bénévoles, très gentils, ils sortaient tout, tout était dehors, plein de boue. C’était incroyable de voir sa vie comme ça autour de sa maison, mon mari était blanc comme un linge, il était au bord du malaise. Il y a quelqu’un de la protection civile qui l’a pris en charge. Ils nous ont laissé partir après qu’il soit resté deux heures dans l’ambulance.

On ne dormait plus, mais à tous les deux on arrivait à faire une équipe. Et puis j’ai pris contact avec ma famille, mes amis, pour qu’ils viennent avec des camionnettes récupérer ce qui n’avait pas été abîmé. Ils sont venus, et puis un jour je me suis rendu compte que cette maison qui était démolie, complètement fichue, on n’avait pas fini de la payer.

Un autre jour, après que les hélicoptères soient partis de la zone – toutes nos affaires de maison étaient dehors, sur notre terrain – j’arrive là, Michel était parti devant avec un ami, et je vois que ça n’allait pas : on nous avait volé plein d’affaires. Des meubles, des buffets, le coffre à jouets de nos enfants.

Et puis il a fallu reprendre la vie, voir où on allait habiter. Ce qu’il y avait de sûr, c’est qu’on ne voulait plus habiter à la Faute ni à l’Aiguillon. Il fallait s’en aller.

A la suite de tout ça, mon mari a emmagasiné en lui une colère qui l’a rongée. Il l’a manifestée cette colère, à plusieurs reprises, mais pas assez. Je me souviens d’une fois, où on était dehors, au milieu de nos affaires, il apostrophé des amis de M. Babin qui dégageaient des branches mortes sur son terrain, alors que tous ses voisins autour avaient tout perdu. Mon mari leur a crié dessus, demandé s’ils n’avaient pas honte.

J’ai passé beaucoup de temps à le calmer. Il avait une colère en lui, une colère latente. Il s’est beaucoup agité, il voulait absolument qu’on ait un nouveau chez nous.

On n’avait envie de rien après. On était en dépression, je m’en suis rendu compte après. Lui, ça le rongeait, et il a pris une décision, il voulait se porter partie civile. On s’est rendu compte qu’on n’était pas les seuls responsables, car on culpabilisait d’avoir mis en danger nos enfants et nos petits-enfants.

Puis les années ont passés, 2011, 2012, il était de plus en plus fatigué. Moi ça allait mieux, mais lui il était très fatigué, et je trouvais que c’était une fatigue anormale. Début 2013, on a décelé un cancer, dans un état très avancé. On ne pourra jamais prouver que ce cancer était dû à Xynthia, mais ça faisait bien deux ans qu’il couvait. Il est décédé en 2013, et je suis persuadé que c’est Xynthia qui l’a tué.

Au mois d’août 2013, j’ai reçu un courrier de condoléances, manuscrit, de Monsieur Marratier, qui n’avait pas pris de nouvelles de nous, du tout, depuis Xynthia. J’ai eu la tentation de déchirer ce courrier, mais je me suis dit, non, il faut garder ça quand même.

Le Président : Vous aviez été marqués par la tempête de 1999, et vous vous êtes donc installés loin de la côte. Lorsque vous vous êtes installés derrière la digue, vous sentiez-vous en sécurité ? Ou aviez-vous accepté les risques ?

On se sentait en sécurité. Ce n’est qu’après qu’avec mon mari on s’est un peu inquiétés des chemins abaissés pour le passage.

Le Président : C’est votre pièce sous la charpente qui vous a sauvé?

Oui, absolument.

Le Président : Lorsque vous avez découvert l’Echo Fautais et cet article, vous l’avez lu avec attention ?

Oui, j’ai beaucoup de reconnaissance envers l’Echo Fautais. D’abord, quand on l’a reçu dans la boîte aux lettres, ce petit journal, je le trouvais super, respectueux des gens, la critique était positive. Et un jour je vois passer un article qui m’a interpellée, qui disait qu’il y avait un danger d’inondation dans le cas où il y avait trois aléas réunis : beaucoup de vent, une grande marée, et un troisième dont je ne me souviens pas. Et j’avais regardé, à la suite de cet article, la hauteur d’eau qu’il pourrait y avoir chez nous : 1m30. Mais qu’est-ce que vous vouliez qu’on y fasse, la maison était déjà construite. On a prié que ça ne se produise jamais. Et ça s’est produit.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Pourriez-vous confirmer que vous avez perdu, parmi les victimes, sept de vos voisins et amis ?

Oui.

Me  SAINTAMAN : Vous avez parlé de l’humiliation que vous avez subie, habillés de vêtements qui n’étaient pas à votre taille. Est-ce que cette humiliation a été accentuée par le mépris de la mairie ?

Oui, j’ai été choquée par l’attitude des employés municipaux. Ils n’ont pas fait un geste. On n’a pas eu de contact, après. J’ai vu Monsieur Marratier lors d’élections, plus tard. On habitait plus à la faute mais on était encore citoyens.

Me SAINTAMAN : Vous venez d’indiquer que vous avez vu Philippe Babin, un de vos voisins les plus proches, ramasser quelques branches sur son terrain. Avez-vous été choquée, alors que vos voisins étaient lourdement sinistrés ?

Oui, et parce que j’ai dû retenir mon mari qui a eu un coup de sang.

Me SAINTAMAN : Connaissiez-vous l’ASA des Marais ?

On nous avait demandé de payer, un jour, une petite somme pour le Syndicat des Marais. Je ne savais pas ce que c’était, alors j’ai appelé pour savoir. On m’a dit que nous faisions partis, de par notre emplacement, du Syndicat et que c’était à nous d’entretenir la digue. On est tombés des nues, et après bien sûr on a reçu des convocations pour aller à l’Assemblée Générale, tous les ans.

Me SAINTAMAN : Vous avez donc appris l’existence de l’ASA par cette demande de cotisation ?

Oui. On recevait les convocations, mais on n’avait pas le droit de voter car notre terrain était trop petit.

Le Président : Le notaire ne vous avait pas expliqué cette adhésion automatique ?

Non.

Me DENIS (partie civile) : Vous avez acheté le terrain grâce à Monsieur Foucault. C’est lui aussi qui a fait la demande de permis de construire. Vous a-t-il dit qu’il était aussi le maître de digue ? Et qu’il était aussi le neveu de l’ancien Président de l’ASA des Marais ? Qu’il était sous la hiérarchie de M. Babin ?

Non, je l’apprends aujourd’hui.

Me DENIS (partie civile) : Vous a-t-il parlé d’un risque ? Auriez-vous acheté si vous l’aviez su ?

Bien sûr que non.

Me DENIS : Est-ce que vous auriez apprécié qu’on vous prévienne d’un risque de submersion marine, le jour même ?

Oui bien sûr, on ne serait pas restés là.

Procureur : Lorsque vous avez constaté qu’il y avait de l’eau chez vous, vous avez tout de suite pensé que la digue avait cédé. Pourriez-vous expliquer pourquoi ?

Car j’ai tout de suite pensé à cet article dans l’Echo Fautais, à la réunion des trois aléas.

Me SEBAN (défense): Vous avez dit que vous n’aviez eu aucune information par la mairie de la Faute sur ce risque d’information, mais vous avez dit aussi qu’il n’y avait « pas d’information sur grand-chose » à la mairie, c’est exact ?

Oui, il n’y avait pas beaucoup d’information à la Mairie.

Me SEBAN : La seule information était à travers l’Echo Fautais ?

Oui.

Me SEBAN : Sur ce que vous avez lu dans l’histoire de la Faute, avez-vous lu des choses sur les risques de submersion ?

Oui. Mais à l’époque, déjà il n’y avait pas la digue. Et puis on était peut être naïfs, mais on se sentait protégés par la digue.

Me SEBAN : Le notaire ne vous avez pas signalé un risque, à l’époque ?

Non, pas du tout.

Me SEBAN : Votre mari a parlé, dans son témoignage, d’une réunion à propos d’une passation de la digue de l’Association à la Mairie. Vous en souvenez-vous ?

Je me souviens un peu, mon mari et moi pensions que c’était beaucoup plus sûr de transmettre cette responsabilité à la commune, qu’elle avait plus de moyens.

Me SEBAN : Votre mari a indiqué également que le jour même, en regardant sur Internet, sur le site de Météo-France, il avait constaté le passage en rouge, sans bulletin sur les risques de submersion. Il s’était donc renseigné ?

Oui, c’était quelqu’un de responsable, mon mari.

Me ROUCHERON-OURY : Avez-vous le souvenir de la personne à qui vous payiez la cotisation à l’ASA des Marais ?

À la perception d’angle.

Me ROUCHERON-OURY : Vous aviez indiqué avoir des inquiétudes sur des parties basses de la digue ?

Nous pensions que la digue avait des parties basses, ce qui n’était pas prudent.

Me ROUCHERON : Imaginiez-vous à l’époque que la mer pouvait passer par-dessus la digue ?

C’est difficile de répondre. On pensait qu’une digue était faite pour protéger. On n’avait jamais entendu parler de surcote.

Audition de Elisabeth TABARY, partie civile :

Pour contextualiser, je veux préciser que nous avions une maison avec un étage extérieur. Il fallait passer par le garage pour accéder à cet étage.

Mon fils et ma belle-fille avaient décidé de nous confier leur fils Raphaël pour huit jours car ils faisaient des travaux chez eux. Ils sont arrivés le samedi, ils devaient repartir le dimanche. Le samedi, la journée s’est passée normalement. Nous n’avions pas mis la télé, car nous n’avions pas vu ce petit garçon depuis 2 mois, nous voulions nous consacrer entièrement à lui.

Mes enfants sont donc allés se coucher, en passant par l’extérieur, à l’étage. Raphaël est resté avec nous au rez-de-chaussée. Le volet de la cuisine était resté entrouvert.

Raphaël dormait. J’ai été réveillée vers 3h15, quand le téléphone a sauté. Puis j’ai entendu du vent et un bruit de glouglou dans la cuisine et dans les water. J’ai cru à un dégât des eaux dans la cuisine, et je suis allé chercher mon mari. Le temps qu’il se lève, je vois de l’eau. Mon mari a tout de suite compris que la digue avait pété. Je suis allé chercher Raphaël, l’eau affleurait son lit.

J’ai essayé d’ouvrir les volets, car je voulais aller chercher un escabeau, j’étais obsédée. Je n’ai pas pu, car je me suis battue avec volets. Je n’avais pas du tout réalisé qu’il y avait beaucoup d’eau. J’ai ouvert la porte de la cuisine pour essayer d’appeler mes enfants, et là ça a été terrible, la porte en face a éclaté.

Tout flottait dans la salle à manger. J’ai pris Raphaël, et je l’ai gardé avec moi, pendant que je m’accrochais à la porte de la cuisine, qui était entrouverte, et puis j’ai appelé au secours, en me disant « ils vont m’entendre ». L’eau arrivait en cascade, il y en avait partout, une cascade comme jamais j’ai vue. Je suis resté accrochée avec Raphaël.

Mon mari est arrivé, il ne pouvait plus rester dans la salle à manger car ça flottait partout. Je n’ai pas pu l’aider, j’avais le petit. Je n’ai pas pu aller l’aider, sinon je noyais le petit, donc je suis restée accrochée. Tout d’un coup mon mari m’a dit « je pars », et là on s’est dit des choses qu’on ne se serait jamais dite, on a pu se dire au-revoir. Je lui ai dit, « de toute façon, on te rejoint ». Et puis je suis restée toute seule. Le petit m’a dit « Nanny, j’ai peur, j’ai froid ».  J’ai attendu, je voyais les voisins, en face, qui me parlaient depuis leur étage, mais je ne me souviens plus de ce qu’on s’est dit. Je criais « au-secours ».

Et là j’ai vu Raphaël qui était violet, je suis infirmière, je ne vais pas vous faire un dessin. Je l’ai coincé contre la porte pour qu’il ne soit pas emporté, et je me suis jetée à l’eau, pour moi c’était fini, j’avais décidé de mourir. Et ça a été long, je me suis débattue malgré moi, et puis je ne me souviens plus de rien.

Ma vie s’est arrêtée ce jour-là, je ne voulais plus vivre. Hier, c’était le 22 septembre, Raphaël aurait eu 7 ans.

Le Président : Le tribunal vous remercie pour votre courage. Vous sentez-vous de répondre à quelques questions ? (« Oui »). Bien. Votre mari écrivait dans l’Echo Fautais ?

Oui.

Le Président : C’est pour ça que vous aviez compris que l’eau venait de la digue ?

Oui, c’était grâce à l’Echo Fautais.

Le Président : Vous étiez à quelle distance de la digue ?

Environ 200 mètres, je crois.

Le président : Vous n’aviez pas eu de doute sur votre sécurité.

Non.

Le Président : Avez-vous connu des tempêtes ? Vous sentiez-vous inquiète ce jour-là ?

Non, je viens à la Faute depuis toujours, je connais la mer, on n’était pas inquiets. On était tellement contents de garder ce petit pour huit jours…

Me SAINTAMAN (partie civile) : Il faut quand même préciser que vous avait passé une semaine en soin intensif, que vous avait fait un infarctus, et que c’est votre fils qui vous a sauvé la vie à 8h du matin.

Oui, en effet.

Me SAINTAMAN : Si vous aviez eu connaissance d’un risque, pourriez-vous préciser si vous auriez fait dormir Raphaël au rez-de-chaussée ?

Si vraiment on nous avait averti, je ne peux pas dire pour nous, mais par contre je suis formelle, si on l’avait su, jamais Raphaël n’aurait dormi au rez-de-chaussée. Jamais.

Me SAINTAMAN : Avez-vous reçu des dons, vêtements, nourriture, de la Mairie ?

Rien du tout. Enfin si, 6 mois après, une machine à laver, c’est tout.

Me SAINTAMAN : Pourriez-vous relater l’attitude de la mairie, et notamment les conditions dans lesquelles vous avez récupéré le dossier médical de votre mari, plus de deux ans après la tempête ?

Oui. J’étais à l’hôpital, puis je suis arrivé à Angers. Ma première parole à mon fils a été : « Pourquoi m’as-tu sauvée ? » Je le regrette aujourd’hui.

Le dimanche je suis allée à la Faute, à la mairie qui était ouverte. L’enterrement de mon mari était le mercredi, et des voisins sont venus me voir en me disant qu’ils avaient récupéré des papiers médicaux de mon mari, et qu’ils les avaient déposés à la mairie.

Je ne m’en suis pas occupé tout de suite. Puis je suis allée à la mairie pour une histoire d’aide d’urgence, longtemps après (2-3 semaines). La personne à la mairie m’a dit que je n’avais qu’à pas être à l’hôpital. J’ai fait un scandale. Je ne voulais plus entendre parler de la Faute.

Puis 6 mois après, je me suis intéressée à ce dossier médical. Je suis tombée sur la même personne qui m’a dit qu’il n’y avait pas de dossier médical.

2 ans après, on m’a appelée, et on m’a remis un carton. Dedans, il y avait le dossier médical de mon mari, le mien, le dossier de mon père que j’avais gardé. Ce dossier a trainé pendant 2 ans à la mairie. J’ai eu l’impression d’être violée. Voilà comment la mairie de la Faute marchait à l’époque.

Me SAINTAMAN : Auriez-vous apprécié de recevoir une information de Monsieur Marratier, qui était votre voisin à une époque ?

Jamais je n’ai eu d’information. Monsieur Marratier était notre voisin pendant un temps, il promenait son chien devant chez nous.

Me  SAINTAMAN : Vous êtes cadre-infirmière. Pourriez-vous indiquer si vous en voulez à M. Marratier, M. Jacoobsone, et M. Babin de ne pas avoir donné et transmis l’information ?

J’en veux aux gens qui n’ont pas fait leur travail. Je les tiens responsables de la mort de mon petit-fils et de mon mari. Je suis infirmière, je sais ce qu’est avoir des responsabilités, répondre au téléphone quand on est d’astreinte. Quand on a des responsabilités, on les tient.

Me ROCHERON-OURY (défense) : Vous nous avez dit, avec une grande émotion, que sur le moment votre réaction a été : « C’est la digue qui a pété, de toute façon on va mourir ». Pour vous, il n’y avait pas de doute sur le fait que la digue avait rompu ?

C’est mon mari qui l’a dit, mais oui, on pensait que la digue avait pété.

Me ROCHERON-OURY : Etiez-vous au courant des travaux effectués, avant la tempête, sur la digue ?

Oui, on avait ces informations grâce à Madame Anil.

Fin de la journée

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