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Dépositions du Docteur BOIDIN, expert médecin légiste et du Docteur ORIO, psychiatre.

Maître SEBAN : Je vous demande l’ordre de passage des parties civiles Monsieur le Président, et si vous souhaitez interroger nos clients, nous souhaiterions être prévenus à l’avance. Les notes d’audiences doivent ensuite être remises aux avocats.

Le Président : Pour les questions que je souhaite poser aux clients, je ne vais pas me l’interdire, d’autant que cela à fait l’objet d’une réunion entre nous, et que je ne l’ai interrogé que sur les dépositions des experts, exposés que nous avons tous découvert en même temps. Je considère l’incident clos.

Déposition du Docteur BOIDIN, expert médecin légiste :

Le Président : Vous êtes cité par la FENVAC et vous êtes intervenu à la Faute sur mer lors de l’accident de la tempête Xynthia.

L’expert : Nous devions établir les certificats de décès et aider aux identifications des corps. Il est important de rappeler ce qu’est la noyade. Il s’agit selon l’OMS, d’un processus qui combine la pénétration d’un liquide dans les alvéoles pulmonaires et sa conséquence, le syndrome d’asphyxie.

La noyade se compose de 4 périodes. Elle commence par une période surprise de 10 secondes lors de laquelle on a un réflexe : refermer la gorge pour empêcher l’eau d’entrer. Puis on passe à l’apnée involontaire qui dure une minute et qui s’accompagne d’une grande période de stress. Le stock d’oxygène va alors se vider : c’est le laryngospasme. La dernière phase passe par une longue respiration-reflexe qui fait entrer l’eau dans l’arbre respiratoire. Puis, c’est l’arrêt cardio-respiratoire.

Lors de l’expertise, nous avons relevé les signes de la noyade sur les corps. Il s’agit des signes d’asphyxie : cyanose, et couleur bleu sur les corps pour 26 victimes sur 29. Nous avons aussi relevé la présence du champignon de mousse (qui se produit par le mélange eau et air autour de la bouche lors de la noyade). On a aussi constaté sur certaines victimes des lésions cutanées ante et post mortem (lorsque l’on ne constate aucun saignement).

Nous avons remarqué lors de cet accident deux groupes de victimes :

– certains assez âgés étaient en tenue de nuit, ils présentaient peu de signe de lutte et sont décédés par noyade.

– d’autres, plus jeunes présentaient des signes de noyade plus marqués et des abrasions, ils portaient des vêtements mixtes (de nuit avec un manteau par exemple) ce qui signifie qu’ils ont tenté d’échapper à la noyade.

Quel est le stress éprouvé par les victimes ? Dans les cas de noyade, on sait médicalement que lorsque le taux d’oxygène baisse dans le corps, on a nécessairement un état de stress qui augmente.

On a à ce titre, relevé de nombreux signes qui témoignent du stress vécu par les victimes survivantes, comme par exemple le grand nombre d’hospitalisations provoquées par stress de l’évènement Xynthia. Des gens ne dorment plus, ils ont peur que cela se reproduire. On a aussi remarqué la délivrance d’un grand nombre de psychotropes. Ce sont des signes du stress éprouvé par les victimes après l’évènement. Il a aussi été constaté à de nombreuses reprises un syndrome de Tako tsubo (appelé également syndrome des cœurs brisés ; Il s’agit d’une cardiomyopathie consistant en une sidération myocardique survenant après un stress émotionnel).

Pour 26 victimes, la noyade primaire est certaine, pour les 3 autres, la noyade concorde mais ce peut aussi être pas hydrocution ou autre (causes qui concorde avec l’inondation). Pour certaines victimes, les lésions montrent que les victimes ont lutté pour survivre.

Maître ROSENTHAL : Dans une eau froide à 5-10C°, quelle est la durée de survie d’une personne moyenne ?

Réponse de l’expert : Cela tourne autour d’une heure à une heure et demie pour une personne en bonne santé.

Le Procureur : Certains avaient sur eux leurs papiers d’identité. Peut-on imaginer qu’ils avaient conscience du danger qui les attendait ?

Réponse de l’expert : Quand on est dans une dynamique de fuite, on pense à la survie, la connaissance de la fatalité arrive plus tard.

Déposition du Docteur ORIO, psychiatre :

L’expert : Je voudrais vous donner un aperçu de l’effroi psychologique vécu par les victimes lors de ce genre de situation. Il y a une dissociation psychologique impossible à encaisser entre les survivants et les victimes décédées. La médiatisation participe à cette dissociation, lorsque les victimes sont abandonnées lorsqu’une autre catastrophe survient. Il y a donc plusieurs traumatismes qui se surajoutent. Ici, la destruction des maisons a entrainé une peine supplémentaire pour victimes qui n’ont pas été concertées. Elles ressentent un délaissement total.

Aujourd’hui, ils veulent être entendus, que ces morts aient un sens. Ils doivent s’exprimer et extérioriser ce sentiment d’abandon total. Cela est très dur à vivre, et l’indemnisation ne peut suffire. Aucun médicament  ne peut guérir ces horreurs.

Lors des phénomènes de submersion, la durée de l’accident laisse des séquelles graves.

Il y a différentes victimes : ceux qui décèdent, et ceux qui en réchappent, ils ne savent pas pourquoi eux survivent. Ils éprouvent souvent le syndrome du survivant et se sentent coupable d’être vivant. Ils ont aussi des séquelles physiques et sont souvent hantés par des flash back.

Le Président : Est ce que la prise en charge psychologique est nécessaire ?

Réponse de l’expert : Elle est évidemment nécessaire, indispensable et longue. Il faudra aussi des médicaments, il peut y avoir des anhédonies (c’est un symptôme médical retrouvé dans certaines pathologies psychiatriques et parfois chez le sujet exempt de trouble. Il caractérise l’incapacité d’un sujet à ressentir des émotions positives lors de situations de vie). Le suivi doit donc intervenir immédiatement et demeurer sur la durée. Le sentiment de culpabilité est éprouvé par toutes les victimes : pourquoi pas moi ? Pourquoi j’ai installé des volets électriques… Alors que la colère est un signe de guérison.

Maître ROSENTAL : Entre le moment où l’eau arrive et le moment où vous savez que vous ne maitrisez plus votre vivre, il se passe entre 1h et 1h 30, la mort par noyade est-elle la mort la plus longue ?

Réponse de l’expert : C’est très très lent, et surtout pour ceux qui survivent qui ont le temps de voir leurs proches mourir et qui ont le temps de réaliser qu’ils ne font pas ce qu’il faut. C’est une mort effroyable.

Maître LEPAGE : Comment sera le reste de leur vie ? Comment vont-ils vivre ce souvenir ?

Réponse de l’expert : Il ne s’agit pas de stress, mais de trauma, car tous ont pensé être mort. Le principal symptôme est le repli sur soi. Il faut commencer une psychothérapie.

Le Procureur : Le syndrome du survivant peut-il être éprouvé par des victimes qui n’étaient pas sur les lieux, mais qui devaient y être ?

Réponse de l’expert : Le stade n’est pas le même que pour ceux qui sont sur les lieux, qui vivent un genre de syndrome de guerre. Mais pour ceux qui ont un lien très proche avec les victimes, oui, ils peuvent éprouver de syndrome du survivant. Mais je vous alerte, il n’y a pas de généralité possible : toutes les situations sont différentes.

Maître RAPIN : Pour ceux qui n’étaient pas présents, mais qui devaient y être, vous avez expliqué qu’il y avait une spécificité, qu’ils n’étaient pas présents, mais qu’ils s’imaginent l’horreur ?

Réponse de l’expert : Oui, exactement.

Suspension d’audience.

Déposition de M. PINOIT, partie civile et Président de l’AVIF :  

La partie civile : Le 27 au soir, j’ai consulté la météo, ma fille était sortie, j’avais peur pour elle. A 2h30, l’électricité était coupée. Ma fille est rentrée, et je me suis couché vers 3h du matin. Le lendemain matin, j’ai su très tôt qu’il y avait des morts, mais sans électricité, nous n’avions aucun moyen d’avoir d’information. Je suis sorti pour obtenir des informations. J’ai constaté l’inondation très vite et mon bureau est devenu un point de ralliement. Il est apparu rapidement nécessaire de monter une association, pour s’entre-aider. Au mois d’avril, le Préfet a annoncé la décision de classement en zone noire, alors que certaines maisons n’avaient pas été touchées par la tempête. Ce fut un second choc. Deuxième traumatisme. Nous n’avons pas été aidé à la Faute sur mer, il fallait chercher toutes les informations, et se débrouiller. Le rôle de l’association n’est pas que d’aider les victimes dans leurs démarches administratives mais aussi dans une démarche psychologique. Il a fallu se regrouper, s’aider, s’organiser. Nous n’avons pas été entendu, nous avons été traité d’utiliser les médias, de recevoir de l’argent des médias. Le premier conseil municipal ne s’est pas ouvert par une minute de silence. Nous avons obtenu un mémorial et une plaque commémorative qu’après une lutte acharnée notamment contre le Maire René Marratier. Voilà pourquoi nous avons créé l’AVIF, pour la vérité.

Le Président : Quelles ont été vos relations avec la Mairie.

La partie civile : Ils ont refusé de nous rencontrer, ils voulaient faire comme si cet accident n’était jamais arrivé. Il a fallu attendre 2 ans après la tempête et l’aide du préfet pour que les choses progressent. Alors que nous avions demandé à de nombreuses reprises à rencontrer la Mairie au sujet du mémorial. Nous avons fini par forcer les choses et nous avons installé notre mémorial sans autorisation sur un terrain de l’Etat à force de non réponse. René Marratier disait toujours qu’il fallait passer à autre chose. René Marratier a décidé lui-même d’une stèle représentée par 29 drapeaux à l’entrée de la ville, ce qui ne convient pas du tout aux victimes qui veulent les noms et les âges des victimes décédées. Il y a un clivage aujourd’hui à la Faute sur mer, avec et contre René Marratier. Il y a de la désinformation permanente. Xynthia aurait pourtant dû nous souder mais je ne sais pas pourquoi ce clivage persiste. Il n’y a eu aucune aide au départ à la Faute sur mer, aucune solution provisoire n’a été proposée, au contraire on se sentait malvenus à la Mairie. Nous n’avons pas été soutenus.

Pour rebondir sur ce qu’à dit René Marratier hier, au sujet de la mémoire des fautais, mes aïeuls m’ont rapporté qu’ils avaient été sinistrés dans les années 40, alors que notre maison est en partie haute de la Faute sur mer, et que nous n’avons pas été inondé lors de Xynthia. A la Faute sur mer, aucune information n’a été donnée sur les risques d’inondation de la commune. Je n’avais pas peur, mais lorsque des amis ont acheté des maisons dans la cuvette, je les ai questionné sur le risque d’inondation, car les champs voisins étaient inondés. Concernant la digue, on voyait qu’elle était en mauvais état, on pouvait passer un bras dans certaines brèches. Mais cela ne m’inquiétait pas particulièrement car j’habitais en partie haute de la Faute sur mer. Nous avions confiance dans le Maire, qui était le Docteur ou le Maître des écoles de la commune. Je n’ai jamais reçu aucune information sur les risques.

L’assesseur du Président : Pensez-vous que la Mairie avait conscience de l’état de la digue ?

Réponse de la partie civile : Oui, c’est le rôle de la commune qui est là pour protéger ses habitants, il est normal de leur faire confiance.

L’assesseur  du Président : L’AVIF était-elle en concurrence avec la Mairie ?

Réponse de la partie civile : Non, nous étions un palliatif à tout ce que la Mairie n’a pas mis en place, comme des aides vis à vis des assurances.

L’assesseur du Président : Le soir de la tempête avez vous eu peur ?

Réponse de la partie civile : Oui, à cause des alertes météorologiques : la zone rouge. Pour la première fois j’ai eu peur, j’ai appelé 20 fois ma fille majeure pour qu’elle rentre. Pourtant je vis en zone haute de la Faute sur mer. Il y avait beaucoup de vent, mais ce ne me semblait pas plus intense qu’en 1999. Je n’ai pas vu mes voisins, car sans électricité, et sans lumière, il était difficile de se repérer. Je me sentais en danger, car j’avais peur que l’information de météo France se réalise. Je ne pensais pas à une inondation mais aux vents violents. J’avais conscience que nous étions en danger et surtout pour ma fille qui était dehors. A la lecture des bulletins météorologiques, l’hypothèse de l’inondation par l’océan semblait possible.

Le Président : Météo France vous avait mis en garde contre le risque d’inondation ?

Réponse de la partie civile : Ma fille avait remarqué que la zone de la Belle Henriette bougeait. Nous avions peur que la dune cède, que la nature reprenne sa place.

Maître LEPAGE : René Marratier a t-il prêté son secours  à des victimes ?

Réponse de la partie civile : Aucun adhérent à l’AVIF n’a reçu d’aide de la part des membres de la Mairie. Les premiers secours ont eu lieu à l’Aiguillon.

Maître DENIS : René Marratier a t-il nié votre condition de victime ?

Réponse de la partie civile : Oui, devant les télévisions et les médias, il a joué la victime, il a raconté avoir perdu son téléphone portable. Il n’a jamais fait preuve d’empathie. Le fait qu’il dise partager sa peine aujourd’hui ne m’affecte pas, c’est trop tard.

Le Procureur : Vous a t-on désinformé sur les risques d’inondation.

Réponse de la partie civile : Oui, je le pense. On nous a dit qu’avec quelques matériaux on serait en sécurité, c’est soit de la désinformation, soit du mensonge. Des erreurs ont été commises. Je suis révolté à la lecture du dossier. Lorsque je me suis présenté comme élu, je voulais aider la population, non pas m’imposer, mais pour rendre service. J’aurais voulu que la commune soit mieux équipée en informatique, organiser un festival et des évènements hors saison. Il faudrait aussi mettre à jour le site internet de la commune afin d’informer les fautais.

Le Procureur : Pensez-vous que le Maire pouvait ignorer les antécédents d’inondation de la commune ?

Réponse de la partie civile : Je pense sincèrement qu’il ne pouvait pas ne pas être au courant, car cela était visible à l’œil nu.

Réponse de René Marratier  sur la déposition de M. PINOIT :

René Marratier : J’ai une pensée pour les victimes, j’ai moi même vécu un moment difficile, entendre ce que M. PINOIT dit est très dur à entendre, car j’ai tout mis en place pour leur apporter mon aide et l’assistance de la Mairie. Au niveau de l’équipe municipale, tout a été mis en œuvre. J’ai moi même perdu un ami. Lors du premier conseil municipal, à huit clos, nous avons fait une minute de silence. Je ne serais jamais plus le même homme Monsieur la Président. Plus jamais.

Sur le mémorial, à mainte et mainte reprise nous nous sommes rencontré avec le Préfet et c’est un Cabinet d’architecte désigné par la collectivité qui a engagé le projet. Et on a tenu nos engagements même si cela a pris du temps, car il fallait acheter un terrain privé. Avec certaines personnes de l’AVIF, j’ai eu des relations, mais pas spécialement avec le Président qui ne nous a pas sollicité. Il est un opposant politique, et nous n’avons que des relations cordiales. Pendant les deux mois entre la catastrophe et la création de l’AVIF nous avons tout fait pour aider les victimes. La commune n’a pas failli à son devoir, même le samedi, même le dimanche. Les paroles de M. PINOIT valent ce qu’elles valent. Dans son blog, il n’hésite d’ailleurs pas à me dénigrer. J’ai mis en place tout mon soutien aux familles des victimes. C’est une petite commune qui protège les valeurs humaines.

Le Président : Pourtant, les PV rappellent fréquemment que la commune n’a pas apporté son soutien aux victimes ?

René Marratier : Ce que j’ai vécu est indélébile, on ne peut pas m’accuser de tous ces maux. Je pense que nos différents sont politiques. Je n’ai pas fait de difficulté à l’AVIF, j’ai même conseillé à des amis de devenir adhérent.

Maître DENIS : Estimez vous que M. Lange était votre opposant politique ? Et si non, pourquoi ne pas avoir rencontré ses instances ?

René Marratier : Ils ne nous ont pas sollicité.

Maître ROSENTAL : Soit M. PINOIT ment, soit vous le faites ? Etes-vous sur de maintenir vos dépositions ?

René Marratier : Je vous donne mon avis sur tout ce qui m’a été demandé, j’ai répondu aux questions, ce que dit M. PINOIT est faux.

Maître ROSENTAL : Je vous demande si vous avez enfilé vos bottes pour aider les familles le lendemain, si vous les avez aidé, pas si des institutions comme le secours populaire sont intervenus ?

René Marratier : J’ai fait ce qu’il fallait.

Le Président : Avez-vous organisé une réunion avec les familles endeuillées ?

René Marratier : Non.

Maître RAPIN : René Marratier acquiescez-vous la phrase du Président de l’AVIF qui dit qu’une voiture et 3 personnes auraient suffit à alerter toute la commune ?

Maître ROSENTHAL précise que la commune dispose de deux petits bateaux.

René Marratier : Nous n’avions pas les moyens de le faire.

Le Procureur : Lorsque vous étiez Maire, aviez-vous conscience de la valeur de vos paroles et de vos silences ?

René Marratier : Oui, je pense, je favorisais l’humain.

Maître SEBAN : Y a t-il eu des adjoints de la Mairie aux sépultures ? Y a t-il eu une messe ?

René Marratier : oui, toujours, ainsi qu’un petit carton.

Maître SEBAN : Le Président de l’AVIF était-il critique à votre égard ?

René Marratier : Oui, sur son blog, j’ai été dénigré, j’ai reçu des courriers anonymes et des cercueils. En 2010, j’ai eu de gros problèmes de santé, à cause du stress, j’ai moi même été sinistré. C’est infernal à vivre. Et du point de vue professionnel, j’ai liquidé mon entreprise à cause des suites de la tempête et de la campagne de dénigrement dont j’ai été victime.

Maître DENIS : Si vous avez été dénigré, pourquoi n’avez vous pas porté plainte pour diffamation ?

René Marratier : je n’ai pas jugé opportun de lancer une procédure qui pourrait être longue.

Suspension d’audience

Audition de partie civile de Monsieur Stéphane GICQUEL, Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Victimes d’Accidents Collectifs et d’Attentats (FENVAC)

 Monsieur GICQUEL, vous êtes le représentant légal de la FENVAC, vous êtes entendu en qualité de partie civile, vous n’avez donc pas à prêter le serment légal. Le Tribunal vous écoute:

Stéphane GICQUEL: Merci de me donner la parole au nom de la Fédération. Je tiens à rappeler que la FENVAC est uniquement composée de familles de victimes de catastrophes. Elle a été créée en 1994 car le traitement de ces évènements était catastrophique. On travaille donc sur les dispositifs de gestion de crise en partenariat avec certaines entreprises mais également avec le ministère de la justice, notamment. Actuellement nous apportons notre aide à de nombreuses victimes d’accidents collectifs, comme la catastrophe de Brétigny ou le crash du vol air Algérie.

Je voudrais revenir sur trois points:

– D’abord, comment on est entré en contact avec les victimes

Lorsque j’ai rencontré les victimes de la tempête Xynthia, ces dernières se sentaient très seules, Elles étaient déjà organisées en association et dans leur malheur elles ont eu la chance de rencontrer quelques personnes qui ont pu les aider, les soutenir.

Cette association que j’ai trouvé parmi les plus sérieuses a satisfait aux critères de sérieux et de représentativité imposés pour recevoir l’agrément.

Les victimes de la tempête Xynthia n’ont pas eu d’accompagnement ni de reconnaissance, j’ai entendu par exemple de la part d’un ministère que cet évènement était une catastrophe naturelle qui ne relevait pas d’une infraction pénale.

Par ailleurs, je m’étonne de voir que pour Xynthia on est dans une approche conflictuelle entre les victimes et les autorités. La FENVAC est partie civile dans une trentaine de procédure et jamais on a vu une telle coupure, généralement il y a toujours des relations entre victimes et autorités publiques. Une des missions assignées par le Ministère de la justice est de venir en aide à la création d’une association et donc tous reconnaissent l’intérêt d’un dialogue avec les associations, dans le cadre de la catastrophe de Brétigny il y a un vrai dialogue entre les associations et SNCF ET RFF. Pour le crash air Algérie, deux coordonnateurs ont été nommés afin de faciliter les échanges entre les victimes et les autorités publiques entre autre. Or là pour Xynthia il n’y a aucun dialogue. Jamais n’ont été évoquées les questions autour de la création d’une stèle ou d’un lieu de mémoire. Certes, mettre le nom des victimes d’une tempête dans une station balnéaire n’est peut-être pas glamour mais c’est important pour elles. Je voulais réagir sur ce conflit.

-Ensuite, mon deuxième point concerne la considération par rapport aux victimes:

Les victimes de la tempête Xynthia sont désormais dans la communauté des victimes de catastrophes, or c’est un « statut » particulier. Après la catastrophe, il y a une forte médiatisation et beaucoup d’empathie mais ça ne dure pas, six mois après les faits les gens ont oublié. Dans le domaine professionnel on ne comprend pas, donc des difficultés naissent pour ces victimes qui deviennent gênantes, donc c’est pourquoi vivre en groupe devient important pour elles. je ne voudrais pas avoir la prétention de parler pour elle mais ayant moi-même perdu des membres de ma famille lors du Tsunami, je sais que désormais elles vivent différemment.

– Enfin, dernier point, je voudrais souligner l’importance pour les victimes de l’étape judiciaire.

La réponse pénale participe du travail de la mémoire et permet une reconnaissance de l’individu. Depuis les années 1990, on veut en France dépénaliser les catastrophes surtout lorsque les élus locaux sont en cause, plusieurs lois successives sont venues renforcer cela notamment la loi Fauchon du 10 juillet 2000.

Les victimes n’ont pas de haine ni d’esprit de revanche mais une grande attente par rapport à la procédure judiciaire. Pourquoi? Simplement parce que la survenance de la catastrophe a été vécue comme une trahison. Il y a une perte de confiance envers l’autorité de tutelle.

On ne vit pas dans une société aseptisée, le risque zéro n’existe pas, néanmoins, l’attitude des prévenus qui semble être dans le déni impacte considérablement sur la façon dont ces victimes vont vivre. Certes, La Faute sur Mer n’a pas les moyens de la ville de Paris (avec laquelle on a un partenariat), mais il faut assumer. L’empathie ça peut être des mots, une attitude et c’est réparateur. Voilà pourquoi la FENVAC travaille avec des entreprises telles que SNCF, RFF. C’est le but de pouvoir ensemble trouver les mots pour venir en aide aux victimes.

Pour finir, la justice participe de la prévention des risques. Quel autre moyen que l’enquête judiciaire pour découvrir la vérité des faits ? Or, cette décision du Tribunal aura une portée au delà de Xynthia. L’enjeux de ce procès ce n’est pas la sanction pénale mais c’est la prévention des risques.

Le Président: j’aurais seulement une question, avez-vous eu des contacts avec des représentants de la mairie de La Faute sur Mer depuis Xynthia?

Stéphane GICQUEL: Non, je n’ai jamais été contacté par l’un des membres de la mairie.

 

Audition de partie civile de Madame Anette ANIL, victime rescapée

La nuit de la tempête j’étais dans ma maison, j’ai entendu la météo notamment les alertes et comme je me suis beaucoup renseignée sur l’état des digues, j’ai suivi les consignes, c’est à dire, j’ai protégé ce qui avait à l’extérieur. Les alertes concernaient toujours le vent. J’ai regardé les coefficients de marée et j’ai entendu qu’il y avait un risque de submersion alors j’ai surveillé les marées.

On était avec mon mari très attentif, on s’est levé une première fois, rien, et ensuite des bruits de tuiles. Je me suis levée pour regarder une nouvelle fois et j’ai vu un filet d’eau, j’ai appelé immédiatement mon mari.

On s’est habillé, préparé, l’eau est montée très vite! La voiture est partie avec le courant. Mon mari a dit qu’on devait arrêter de patauger dans l’eau donc on s’est installé sur ce qu’il y a de plus haut dans la maison, on s’est installé sur un meuble.

La porte fenêtre a explosé, on a regardé l’heure et il restait au moins une heure de marée.

L’eau a commencé à descendre, elle s’est arrêtée et on s’est dit que comme il y avait des digues l’eau allait nous coincer.

A 8h on a réussi à aller dans la maison de mes parents qui avait un étage, l’eau nous arrivait au dessus de la taille. il y avait pas un bruit, j’ai dit à mon mari: « mais ils sont pas tous morts!!! ».

On a été secourus à 11h par un vieux monsieur en barque. mes parents de 90 ans ne voulaient pas partir ça a été terrible. Dans leur maison il y avait 1m20, 1m30 d’eau.

Le Président: vous avez été réveillée par les tuiles qui se décrochaient?

Mme ANIL: oui c’est exact.

Le Président: Dans votre audition, vous avez dit qu’il y avait du vent mais pas autant que lors de la tempête de 1999:

Mme ANIL: oui le vent n’avait rien à voir avec celui que l’on avait connu en 1999 où lors de cette tempête les arbres de notre jardin ont été complètement arrachés.

Quand j’ai vu l’eau, j’ai compris qu’il y avait eu un problème avec les digues.

Le Président: Vous avez dû monter sur un buffet afin de vous protéger de l’eau?

Mme ANIL: si on avait été derrière la porte on serait mort, l’eau l’ a arrachée et s’est engouffrée dans la maison.

Le Président: le courant était-il fort?

Mme ANIL: un moment l’eau s’est calmée, ça s’est stabilisé. Tous les meubles flottaient.

Le Président: vous étiez sur le qui vive une partie de la nuit mais vous avez fini par vous endormir quand même?

Mme ANIL: oui car il annonçait du vent seulement mais on a été attentif quand même on s’est réveillé plusieurs fois.

Le Président: vous voulez dire autre chose sur la nuit?

Mme ANIL: non

Le Président: vous habitez à nouveau dans votre maison?

Mme ANIL: oui après un an de travaux nous y sommes retournés. Tout a été détruit et refait, il a fallu un an de travaux.

On a cherché un logement au départ, on s’est regroupé avec mes parents et des cousins du lotissement l’ostéa dans une maison. Nous étions 6 en tout. Mon père était malade et mon cousin blessé.

Lorsque l’on a dû quitter nos maisons, on est parti sans rien ni médicament ni lunettes. Mon papa était traumatisé.

Le Président: quand on vit une telle catastrophe on doit essayer de se rapprocher de gens pour nous venir en aide. Avez vous fait des démarches à la mairie de la Faute sur Mer?

Mme ANIL: on a été aidé par nos enfants et des amis. Ma fille nous a dit qu’il fallait s’inscrire sur une liste de personnes rescapées. Mes cousins étaient sur aucune liste ça nous a traumatisés. J’ai été m’inscrire avec ma fille. On était habillé avec des vêtements prêtés qu’on avait récupéré du secours catholique. On était recouverts de boue.

Avec ma fille, on a croisé à la mairie la première adjointe Madame BABIN qui ne nous a même pas saluées ni demandées comment on allait, j’ai été marquée par cela .

Le Président: vous avez eu des contacts avec les autorités publiques, préfecture, mairie ou conseil général ?

Mme ANIL: on a fait des démarches et quelques jours plus tard on a eu la visite de gendarmes pour prendre des nouvelles de mon papa qui est un ancien gendarme.

Rien de la part des autorités locales, c’est moi qui avais contacté le conseil général pour mes parents.

Le Président: un point d’accueil a-t-il été mis en place par les autorités pour accueillir les sinistrés?

Mme ANIL: je ne sais pas, les premiers jours j’étais dans un autre village.

Le Président: vous avez perdu des proches ce jour là ?

Mme ANIL: non

Le Président: parlez nous du fait que vous soyez devenue membre du syndicat des chauveau:

En 2003 quand on est arrivé à la Faute, mon père a voulu que j’aille à sa place à une AG du syndicat des CHAUVEAU. Il y avait treize personnes, le président du syndicat a annoncé qu’un arrêté préfectoral avait demandé une étude sur l’état de la digue. J’ai senti des réticences sur le fait que cet arrêté les oblige à mener une étude.

J’ai voulu m’intéresser à ce syndicat et aux biens de celui-ci.

J’ai appelé le président pour consulter des documents mais il a refusé. Je me suis procurée les statuts or il était précisé que les documents relatifs au syndicat étaient consultable par tous. Le président a fini par me remettre les registres demandés. Je consulte le document et je vois le nom de mon mari qui figure sur les documents. Je suis interpellée et donc j’ai décidé de prendre contact avec la sous-préfecture pour rencontrer les personnes s’occupant du syndicat et consulter les archives. Pendant tout le mois d’août avec mon mari on a consulté les archives du syndicat. Après avoir appris beaucoup de choses sur le fonctionnement du syndicat, j’ai voulu en être membre. J’avais pour projet lors de la prochaine réunion d’AG de me faire élire.

Le vote a eu lieu, je n’ai pas eu la majorité, mais en rentrant chez moi, j’ai à nouveau consulté les statuts et j’ai découvert que la procédure n’avait pas été respectée. Il fallait envoyer le nom des candidats à la sous préfecture qui devait désigner les membres. J’ai donc envoyé ma candidature à la sous-préfecture et j’ai été nommée au sein du syndicat.

J’ai été très mal reçue, j’étais le vilain petit canard. Là encore j’ai rencontré des difficultés pour obtenir des informations. C’était une forteresse ce syndicat, on se méfiait de moi.

Le Président: qu’est ce qui vous a motivé pour entrer dans ce syndicat?

Mme ANIL: je ne comprenais pas pourquoi une personne pouvait être dans le syndic sans le savoir, comme ça avait été le cas pour mon mari. Je voulais comprendre.

Le Président: votre père a été maire de La Faute?

Mme ANIL: oui il a été maire 6 mois avant de rencontrer des problèmes de santé, ensuite il a été 1er adjoint longtemps.

Le Président: pour quelles raisons vous a-t-on refusé l’accès au dossier?

Mme ANIL: aucun motif n’a été donné, c’est une forteresse.

Le Président: vous vous êtes adressée à la DDE ou à la sous-préfecture?

Mme ANIL: à la sous-préfecture.

Le Président: vous avez vous même remarqué que la digue se dégradait?

Mme ANIL: oui j’habitais juste derrière, je voyais bien que la digue n’était pas sûre, elle n’était pas de la même hauteur partout.

Le président lit un courrier de René MARRATIER du 30 janvier 2007 adressé à la sous-préfète, dans lequel il s’insurge de la désignation de Madame ANIL expliquant qu’elle n’est fautaise que depuis peu de temps contrairement à d’autres qui s’étaient présentés et résidants à la Faute depuis plusieurs générations.

Le Président: avez-vous eu des inimitiés avec René MARRATIER? Il a eu des vocables à votre égard qui ne sont pas communs.

Mme ANIL: non je pense que c’est juste un monde fermé et tous les moyens étaient bons pour nous empêcher d’intégrer ce syndicat. Les propos sont rudes, je n’apprécie pas.

Le Président: votre père a été maire, ils ont siégé dans le même conseil municipal, cela peut-il expliquer l’animosité de René MARRATIER à votre égard?

Mme ANIL: non je ne pense pas.

Assesseur: on avait peut-être peur que vous découvriez quelque chose?

Mme ANIL: peut-être. Aujourd’hui la digue a été rehaussée mais seulement au niveau de la cuvette, je continue a m’inquiéter.

Me SAINTAMAN: vous faites parti des personnes ayant fait des démarches pour avoir des informations sur l’état de la digue? Le maire a-t-il donné des informations avant Xynthia?

Mme ANIL: aucune

Me SAINTAMAN: quelle a été l’attitude de René MARRATIER vis-à-vis de vous après la tempête et notamment après le décès de votre père dû en partie au choc de la tempête?

Mme ANIL: je ne l’ai jamais rencontré après la tempête

Me SAINTAMAN: je rappelle que sur la façade de votre maison des individus ont tagué des insultes et notamment « AVIF=des pourris »

Quels sont les liens entre René MARRATIER et l’ASA?

Mme ANIL: en tant que maire il avait le droit d’assister aux réunions du syndicat et avec Maslin ils ont été nommés suppléants.

Me DENIS: Est ce que M.BABIN et M.MARRATIER forment un clan?

Mme ANIL: oui il y avait un clan dans la forteresse.

Le ministère public: en juin 2006, vous avez demandé à Monsieur BABIN de vous recevoir. Il a refusé. Vous lui avez demandé les archives de l’ASA, là encore il vous a opposé une fin de non recevoir. Vous connaissez les raisons de ces fins de non recevoir?

Mme ANIL: non je pense vraiment qu’il s’agissait d’une forteresse, j’y suis rentrée par une faille, ils n’ont pas respecté les statuts.

Le ministère public: en consultant les archives vous avez remarqué des plaintes pour signaler l’état des digues?

Mme ANIL: oui deux courriers de 1994 et 1999 d’un monsieur.

Le ministère public: vous avez lu les journaux du trait d’union, il y avait des éléments historiques et géographiques sur la constitution de la Faute?

Mme ANIL: oui dans les très vieux numéros dactylo.

Pour la défense:

Me ROCHERON-OURY: J’ai une question et deux observations.

Les travaux de rehaussement après Xynthia ont été fait sur les propriétés privées en urgence ou sur le domaine maritime?

Mme ANIL: après Xynthia j’ai su qu’il y avait eu des travaux mais je ne m’en suis pas occupée, je m’occupais de moi et mes parents qui étaient très affectés.

Deux observations: tout d’abord je précise que la digue a tenu et de plus je voudrais qu’on se pose une question : que ce serait-il passé si l’arrêté préfectoral de 2009 avait été pris plus tôt ? C’est une question que je voudrais qu’on se pose en évoquant le fond.

Audition de François ANIL, partie civile:

 J’ai eu des tensions et une poussé d’adrénaline quand tout a explosé avec la pression de l’eau. Les deux cloisons ont été arrachées.

On est passé en mode robot, on fait les choses sans réfléchir.

Le 8 juin 2007, un arrêté préfectoral portant application partielle du PPRI est délivré et je vois avis défavorable maire, ça m’interpelle. J’ai écris au maire pour avoir une copie de son avis défavorable. C’est un monde très fermé comme le disait mon épouse.

J’aimerais revenir sur les propos tenus ce matin s’agissant de la réalisation du mémorial. Les élus m’ont dit que c’était difficile pour les autorités publiques de s’investir dans une association partie civile dans un procès qui pourrait mettre l’Etat en cause. j’ai donc crée une nouvelle association ayant seulement pour objet la réalisation de ce mémorial. On choisit une sculpture et en juillet 2013 on a fait l’inauguration. Lors d’une réunion à la préfecture de la vendée où MARRATIER présente un projet de mémorial au préfet ce dernier lui demande s’il a été fait de concert avec les victimes et notamment moi, René MARRATIER répond que oui alors que non c’était faux, il s’agissait d’un mensonge.

Le Président: le 11septembre 2006 vous faites un courrier à René MARRATIER pour lui indiquer des problèmes sur la digue, pour lui rappeler l’arrêté du 7 juillet 2005, vous évoquez le PCS, vous avez eu une réponse à cette lettre?

ANIL: non donc j’ai écrit au préfet et huit jours plus tard des travaux étaient réalisés.

Le Président: vous avez envoyé d’autres courriers?

ANIL: non j’ai jamais eu de réponse ni du maire ni des élus locaux

Le Président: vous avez écrit au sous préfet des Sables pour lui indiquer que les habitations avaient été construites sur des zones inondables?

ANIL: oui j’ai écrit à plusieurs reprises mais j’ai jamais eu de rdv. on a eu des réponses mais avec mon épouse on voulait des actions. Après Xynthia avec mon épouse ont s’est dit qu’on avait échoué.

Me DENIS (partie civile) : vous occupez toujours votre maison et si oui à quelles conditions (travaux)?

ANIL: la commune de la Faute a désormais un PPRI depuis 2012 et donc c’est contraignant il faut un niveau refuge a au moins 5,30 m.

Notre maison a un niveau de 5m40.

Les prescriptions du PPRI est le fruit de discussion entre la DDE et l’AVIF.

Le Président: vous vous sentez en sécurité ou vous avez toujours une appréhension?

ANIL: il y a toujours un risque donc je ne me sens pas en sécurité. Les mesures doivent être prises

Me SAINTAMAN: quel est le retentissement de la catastrophe sur vous? René MARRATIER a-t-il pris de vos nouvelles? A-t-il mis en place une cellule psychologique?

M.ANIL: non rien.

Me SEBAN: il y a bien eu une cellule psychologique d’abord à la mairie de l’Aiguillon puis la mairie de la Faute.

Le Président: sous l’égide de qui?

Me SEBAN: La mairie de la Faute.

Le ministère public: non, de l’Etat.

Me ROCHERON-OURY: vous nous dit que c’est vous qui avait dit au préfet que la Faute n’avait plus de PPRI? Qui était ce préfet?

ANIL: c’était Monsieur GROS.

Me ROCHERON-OURY : Je m’interroge, pourquoi les membres de la DDE, de la préfecture ne sont pas sur le banc des prévenus!!!!

Interrogatoire de MARRATIER:

Le Président : Je vais vous demander de commenter les déclarations de Monsieur et Madame ANIL qui eux avaient la notion de risque.

Le Président: ce matin vous nous avez dit que vous n’aviez pas eu connaissance de l’écho fautais or madame ANIL explique qu’elle en mettait dans votre boite aux lettres. Vous avez trouvé ce journal dans votre boite aux lettres?

René MARRATIER: oui j’ai déjà lu l’écho fautais mais jamais rien sur la prévention des risques.

Le Président: (il reprend et lit des articles de l’écho fautais faisant référence à la prévention des risques, au PPRI, au PCS…) Monsieur MARRATIER est-ce des articles polémiques? M. ANIL et l’écho fautais ont-ils donné de fausses informations sur les risques? Ont-ils manqué d’objectivité?

René MARRATIER: non pas du tout. Non ils ne manquent pas d’objectivité.

Le Président: ils vous interpellent par la voie de l’écho Fautais, comment prenez vous vos responsabilités?

René MARRATIER: oui j’ai fais des choses mais j’avais pas l’impression que j’étais dans une zone de risque.

Le Président: vous ne répondez pas à la question!

Me SEBAN: je vais reformuler, en matière d’informations sur les risques vous pensez en avoir fait assez?

René MARRATIER: non.

Le Président: les ANIL vous ont clairement interpellé, ils vous ont parlé des différents plan… mais vous n’avez jamais répondu malgré la perche qu’il vous ont tendu?

Pourquoi n’avoir pas répondu?

Ils vous interpellent et vous ne répondez pas? Pourquoi ne pas avoir entamé une relation pour expliquer vos actions?

René MARRATIER: je ne l’explique pas.

Le Président: c’est curieux que vous ne preniez pas la peine de répondre aux courriers de Monsieur ANIL qui vous interpelle sur les risques et sur vos responsabilités? pourquoi ne pas les avoir rassuré?

René MARRATIER: on a pas fait obstacle à la population pour qu’ils aillent consulter les documents. Pourquoi interdire la consultation de documents ?

Le Président: il y a quelqu’un qui ment. Monsieur ANIL ou VOUS?

René MARRATIER: ce ne sera pas toujours moi le menteur! Il y avait pas de velléité à laisser les gens consulter les documents.

Le Président: vous avez un contentieux personnel vis-à-vis de Madame ANIL?

René MARRATIER: non, c’est vrai que quand on lit le courrier c’est pas moral mais bon…

Le Président: c’est pas un courrier anodin, vous l’envoyez à la sous préfète ? Vous la mettez sur la sellette? Ça va loin : « je veux savoir pourquoi elle a été nommée ». Le contenu est d’une grande véhémence! Pourquoi avoir stigmatisé Madame ANIL?

René MARRATIER: c’était lié au fait qu’elle était pas élue mais nommée par le Préfet.

Le Président: si elle a été élue!

René MARRATIER: je ne savais pas.

Le Président: il y a forcement quelque chose derrière cette animosité?

René MARRATIER: aujourd’hui je m’en excuse. Je reconnais que la charge était violente, il y avait sûrement une raison, je sais pas, je pensais peut être qu’elle avait été nommée par le préfet. Je ne sais plus, j’ai oublié

Le Président: l’argument de l’oubli est un peu facile, les faits sont tout de même récents !

René MARRATIER: je ne me souvenais pas de ce courrier.

Le Président: le Tribunal peut ne pas vous croire, je cherche à savoir pourquoi vous avez une telle animosité envers eux!

René MARRATIER: je n’ai pas d’animosité.

Le Président: le Tribunal peut ne pas vous suivre.

Assesseur: la simple connaissance d’un risque ne vous permet-elle pas d’en parler à la population, peu importe les contraintes administratives ?

René MARRATIER: j’ai communiqué avec les administrés.

Me ROSENTHAL: vous avez exploité une société de transport de fret?

René MARRATIER: oui

Me ROSENTHAL: Combien de salarié?

René MARRATIER: 20-25 salariés.

Me ROSENTHAL: combien de camions?

René MARRATIER: 10 et 12

Me ROSENTHAL: donc vous savez ce qu’est une faute lourde.

Le ministère public: vous nous avez dit que vous n’avez pas conscience du risque, que vous viviez dans une zone de relative tranquillité, comment tenir de tels propos quand on vit sur un territoire avec 3 risque majeurs?

René MARRATIER: je pensais qu’on pouvait les surmonter, on avait fait quelques petites actions.

Le ministère public: que vous inspirent les déclarations de Mme ANIL sur le fait qu’elle ait eu un carton de plaquettes informatives et qu’elle les a distribué alors qu’à la mairie vous avez reçu les documents mais ils sont restés à l’accueil?

René MARRATIER: ils étaient à l’accueil, la population venait s’enquérir et prendre les documents. Beaucoup de personnes ont eu le document.

Le ministère public: depuis le début vous dites que c’est une petite commune avec peu de moyen mais Madame ANIL a elle seule a fait plein de choses, à la mairie vous aviez les moyens de faire passer ces informations, pourquoi n’avoir pas au moins distribué cette plaquette?

René MARRATIER: vous allez dire que je me décharge sur mon personnel, mais c’est resté à la mairie.

Me SEBAN: au regard de Xynthia, vous pensez que le travail d’information a été insuffisant? Vous regrettez?

René MARRATIER: complètement.

Me SEBAN: au fond vous n’aviez pas dans l’idée qu’il ne fallait pas affoler les gens car vous n’aviez pas conscience des risques?

René MARRATIER: non pas du tout je n’avais pas en tête de ne pas vouloir affoler les gens, j’avais conscience de rien. J’ai même acheté un bien sur une zone inconstructible!

 Interrogatoire de Monsieur BABIN

Le Président: pouvez-vous réagir sur les déclarations de M. et Mme ANIL?

Philippe BABIN: j’ai eu des échanges avec Mme ANIL, je l’ai rencontrée une fois. Pour les documents qu’elle a demandé (pv et comptes rendus des réunions du syndicats de la digue) de mémoire j’ai dis que c’étaient des documents internes au syndicat et qu’ils n’étaient pas consultables par les personnes extérieures. Or c’est vrai qu’il s’agissait d’une erreur de ma part et donc à la suite de cela, j’ai informé Mme ANIL qu’elle pouvait les consulter. Je les ai déposés à la mairie à son attention.

Je suis certain d’avoir apporté une réponse à toutes les lettres de Madame ANIL.

Je n’ai rien à cacher sur les archives du syndicat, donc si j’ai fais une opposition à Madame ANIL c’est parce que d’un point de vue légal je devais refuser. Je n’avais aucun intérêt à cacher des documents à Madame ANIL.

Le Président: comment prenez-vous la nomination de Madame ANIL au sein du syndicat?

Philippe BABIN: je l’apprends de quelqu’un de la sous-préfecture qui m’explique que le vote de l’AG n’était pas conforme aux statuts et qu’elle est nommée au sein du syndicat. Je me dis à ce moment qu’il y aura de l’opposition car nous ne partageons pas les mêmes points de vue et que ce n’est pas logique qu’elle soit nommée car on ne respectait pas le vote de l’AG.

Le Président: que pensez vous du ressenti de Madame ANIL? Etait-elle persona non grata?

Philippe BABIN: je ne sais pas, je ne peux pas réagir sur le ressenti de quelqu’un.

Audition de partie civile Christian VASSELIN

Je n’étais pas présent sur place, c’est ma fille, son compagnon et leurs deux enfants qui ont vécu la catastrophe. Je dépose pour elle car elle ne s’en sent pas capable.

En 1995 on a acheté cette résidence secondaire à La Faute sur Mer. Cette nuit, vers 5h ma fille sent de l’humidité sur le matelas, elle pensait avoir laissé la salle de bain ouverte. elle a regardé par la fenêtre et a vu l’inondation. elle a pris ses enfants (3 ans et 9 mois) et est montée sur la mezzanine avec son compagnon. Ils ont appelé les secours qui ont dit qu’ils étaient débordé et qu’ils pouvaient pas venir avant le matin. Le lendemain les secours leur disent qu’ils sont toujours débordés et qu’ils ne peuvent pas venir immédiatement.

Ils ont fini par être secouru et ont dû trouver quelqu’un par eux pour les emmener à gru. Mais ils n’avaient ni argent ni moyen d’y parvenir. Les secours étaient complètement désorganisés.

Le Président: comment votre fille et vos petits enfants ont-ils évolué?

C’était très difficile, ma fille a fait une dépression!

Le président: quand votre fille est entendue, elle a des symptômes traumatiques, elle avait très peur de l’eau des évènements climatiques… est-ce que ça s’est atténué?

Ca va un peu mieux avec le temps ça s’est estompé.

Pour ma petite fille aussi qui faisait pipi partout et qui avait peur de la mer, elle disait que la mer était entrée à la maison.

Le Président: vous avez terminé?

Non j’ai plein de questions et notamment sur la délivrance du permis personne, jamais personne ne nous a averti des risques d’inondation. Je n’ai jamais eu aucune information dans ma boite aux lettres ni aucune communication de la mairie.

Je trouve qu’aujourd’hui il y a encore des gens qui minimisent les faits, les personnes qui ont des responsabilités ne doivent pas oublier et prendre leur responsabilité.

Le Président: vous êtes marqué encore aujourd’hui?

Avec ma femme on y était pas mais vous n’imaginez pas le nombre de scénarios que l’on s’est fait encore aujourd’hui on a du mal à dormir en imaginant ce qui aurait pu se produire et on culpabilise car pendant 15 ans on a amené nos enfants dans des coins risqués. On peut vivre dans des lieux risqués mais il faut le savoir, on doit en être informé.

Audition de Eveline VANIER partie civile

En voyant l’eau monter, j’ai compris que les digues avaient « pété », pourtant je ne suis pas dans la cuvette. L’eau est arrivée vers 5h, j’ai réveillé mes enfants. Ma fille handicapée a fait une crise d’épilepsie qui a duré très longtemps. J’ai du faire des allers-retours, pour chercher son Doudou, des couches, de la nourriture… C’était une nuit d’horreur. Si je n’avais pas eu de culture du risque je ne serais plus là et ma fille Lucie non plus.

En me réveillant j’ai vu dans la chambre de Lucie 20 cm d’eau et très vite elle est montée à 80 cm.

Malgré l’inondation de ma maison, j’ai du survivre, faire chauffer de l’eau et cuire des pâtes pour ma fille.

J’ai pas été évacué car Lucie ne le pouvait pas elle était trop agitée. Mes voisins nous ont aidé. Lucie était dans un mauvais état. Elle en garde beaucoup de séquelles, elle ne veut plus sortir. Xynthia a aggravé son état, elle était polyhandicapée à la naissance et depuis Xynthia c’est pire. Elle ne sort que trois semaines par an pour aller dans une colonie spécialisée.

Le Président: comment vous allez?

Moi je vis, je relativise. J’accuse la municipalité de ne pas avoir informé les habitants et de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour nous protéger.

Me SAINTAMAN: Je précise que Madame VANIER est restée 48h avec sa fille à l’étage, votre maison a été nettoyée par les voisins alors que la mairie et notamment René MARRATIER connaissait le handicap de votre fille?

Madame VANIER: oui juste une équipe de bénévole. Personne de la mairie ne m’est venu en aide.

 

FIN DE LA JOURNÉE

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