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Audition de M. Christophe LEMAIRE, partie civile :

Cette nuit-là, on n’a pas pu dormir car le vent soufflait très fort. Ma femme et moi avions une chambre au rez-de-chaussée, et mes enfants à l’étage. C’est mon portable qui me servait de réveil, à même le sol, qui s’est allumé, j’ai mis la main par terre et j’ai senti qu’il y avait de l’eau. J’ai dit à ma femme « une canalisation a cédé dans la tempête ». J’ai avancé dans la maison et j’ai vu qu’il y avait de l’eau partout. J’ai trempé mon doigt et je me suis aperçu que c’était de l’eau salée. « La digue a cédé, il faut monter à l’étage ». On est montés à l’étage et on a vu l’eau monter, une marche, deux marches, trois marches… On se demandait comment on allait faire si l’eau continuait à monter jusqu’à l’étage. On a attendu, puis l’eau a stagné, à 80cm. On a regardé par la fenêtre, la mer était là.

Il fallait qu’on sache pour le père de ma femme. Lorsque la tempête s’est calmée, au petit jour, j’ai ouvert les volets manuels à l’étage, je suis descendu. Ma voiture a réussi à démarrer, et je suis allé jusqu’aux Flots Bleus, où les pompiers m’ont arrêté. Je ne pouvais pas aller plus loin. Donc je suis revenu à la maison, et là j’ai vu un monsieur avec une remorque et une barque, je suis allé l’aider pour la mettre à l’eau. Je l’ai aidé, on a poussé la barque pour voir mon beau-père, la famille de ce Monsieur…

Sur le chemin, on voit des gens qui nous font signe, et on décide d’aller les aider. C’était Monsieur et Madame Anil et leurs parents, on les met tous dans la barque et au sec. On repart ensuite, pour aller voir nos familles. A un moment, on est obligés de laisser l’embarcation car il y avait comme un dos d’âne. On est parti à pied, et nos chemins se sont séparés. J’arrive chez mon beau-père, et j’ai trouvé son corps, inanimé. J’ai tremblé de tous les côtés, mes jambes se sont raidies. Là je me suis dis qu’il fallait que je rentre sinon c’était moi qui allait mourir, et je suis rentré en pensant à comment j’allais annoncer ça à ma femme et mes enfants.

Le Président : Il y avait quelle hauteur d’eau chez votre beau-père ?

On voit qu’il y avait eu au moins 3 mètres d’eau, sur les murs, et quand je suis arrivé il y avait 1m50.

Le Président : Les portes–fenêtres avaient éclatées ?

Oui. La porte d’entrée était fermée. Derrière, côté jardin, le portillon, les volets, la porte, sont fermés à clés. Je suis rentré par le garage, tout est sans dessus dessous. J’appelle, personne ne me répond, et je vois son corps, avec une grosse tâche de sang et une fracture ouverte au tibia. Là j’ai tremblé de tous les côtés, il fallait que je rentre impérativement. Et sur le chemin, je pensais à comment j’allais l’annoncer à ma femme et mes enfants.

Le Président : Vous étiez à la Faute depuis longtemps ?

Depuis août 2005. On a vécu pendant 3 ans chez le père de ma femme, le temps de trouver un travail et un logement.

Le Président : Le soir, vous aviez prévu la tempête ?

Oui, il y avait beaucoup de vent, mais on ne nous avait pas prévenu de submersion.

Assesseur : Vous êtes arrivé en 2005 à la Faute. Est-ce qu’une manière générale, vous avez été sensibilisé à un risque par la mairie ou d’autres personnes ?

Non.

Assesseur : Est-ce que vous avez reçu la plaquette du PPRI ?

Non.
Assesseur : Est-ce que vous vous promeniez sur la digue ?

Oui, régulièrement.

Assesseur : Est-ce que vous aviez constaté des changements au fils des années sur la digue ?

Je n’ai pas fais attention.

Assesseur : Est-ce que vous connaissiez l’altimétrie de votre terrain ?

Non.

Me DENIS (partie civile) : Vous avez relaté avoir entendu le vent souffler très fort. Vous ne dormiez pas à cause de ça.

Non, on n’a pas dormi de la nuit.

Me DENIS : Qu’avez-vous fait juste avant de vous recoucher, avant d’avoir senti l’eau près de votre portable ?

On est montés, avec ma femme, pour rassurer nos enfants qui avaient peur de la tempête. Il n’y avait pas d’eau. Puis on est descendus se coucher, et même pas une minute après j’ai senti l’eau par terre.

Me DENIS : L’eau s’est donc engouffrée silencieusement, très rapidement. Vous estimez avoir eu de la chance de ne pas dormir ?

Oui.

Me DENIS : Votre beau-père était locataire. Connaissiez-vous l’ASA des Marais ?

Non.

Me DENIS : Saviez-vous que le propriétaire de votre beau-père, avait écrit au président de l’ASA des Marais en disant que la digue s’affaissait notamment ? Qu’il avait écrit, de nouveau en 1999, pour se plaindre de l’état des digues ?

Non.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Est-ce que vous avez reçu une aide matérielle ou financière de la part de la mairie ?

Non. Uniquement une machine à laver de la part de mon employeur.

Me SEBAN (défense) : Vous étiez locataire vous-même de l’office HLM de Vendée Logement. Vous avez eu 80cm d’eau dans votre logement, à peu près. Quand votre compagne a fait le 112, que lui a-t-on répondu ?

Elle a appelé les secours, ils lui ont dit qu’il fallait attendre. Je ne me rappelle plus, il faut lui demander à elle.

Me ROCHERON-OURY (défense) : Elle sera entendue cette après-midi. Avant Xynthia, pouviez-vous imaginer que la mer puisse passer au-dessus de la digue ?

Non.

Me ROCHERON-OURY : Et que la digue puisse se briser ?

Non.

Audition de Mme Lise BENEZRA-GOLDBERG, partie civile :

Je suis la fille de Monsieur et Madame BENEZRA, qui avaient une résidence secondaire à la Faute et qui sont décédés pendant la tempête.

Ils avaient acquis ce terrain en 1969, grâce à Monsieur BABIN. Puis ils ont construit en 1976. Ils étaient là pendant les vacances scolaires. J’étais là aussi, la première semaine, je leur ai dis au-revoir le vendredi.

On leur a dit pour la tempête, mais ils n’étaient pas si inquiets que ça. Dans la soirée, je me suis couchée, je n’ai pas fais plus attention. C’est le lendemain matin qu’on a vu à la télévision ce qui s’était passé. On n’avait pas de nouvelles, pendant toute la journée. J’ai appelé des amis, qui sont allés au gymnase, j’ai appelé l’hôpital. J’ai su qu’ils étaient décédés le lundi après-midi. On a pris la route le mardi pour faire la reconnaissance des corps.

Le lendemain on est retournés à la maison, tout était apocalyptique. L’eau était montée jusqu’à 10cm du plafond. On est rentrés ensuite pour les obsèques. Mon mari y est retourné la semaine d’après, il a récupéré un sac à main à la mairie, qui avait été ramené.

Le Président : Vous avez aussi une maison à la Faute ?

Oui, depuis 1999, elle est en construction. Je venais à chaque vacance scolaire.

Le Président : Aviez-vous été sensibilisée d’une manière ou d’une autre des dangers ?

Non. Mon père un peu, il avait un bateau, il connaissait les dangers de la mer.

Le Président : Vous avez appris qu’au début de la nuit du samedi, le port de l’Aiguillon était déjà inondé ?

Lorsqu’on est venus pour les corps, la dame qui nous a hébergés à l’Aiguillon nous a raconté que sa fille avait vu, pendant la nuit en rentrant de sortie, le port inondé.

Le Président : Vous avez des reproches à faire ?

La surveillance des tempêtes, on aurait peut-être pu mieux surveiller, avertir les gens, les faire sortir.

Assesseur : Vous aviez une maison à la Faute. Elle a été inondée ?

Oui, 1m30 d’eau.

Me DENIS (partie civile) : Vous avez rappelé que votre maman aurait préférée être plus proche du bourg. Pourquoi ont-ils acheté à cet endroit alors ?

Car Monsieur Babin (père) avait dit que c’était plus calme, que c’était mieux.

Me DENIS : Diriez-vous que la famille Babin connaissait bien ce terrain ?

Oui.

Me DENIS : À ce sujet, vous saviez que votre père avait déposé une demande de permis de construire pour un auvent. Est-ce pour ça qu’ils étaient à la Faute en hiver ?

Oui, car ils ne seraient pas venus sinon, ils ne venaient pas en hiver. On a appris après qu’il y avait eu un refus pour raison de sécurité, risque d’inondations.
Me DENIS fait remarquer que ce refus, signé de Françoise BABIN, opposait des risques d’ordre public concernant les inondations.

Me DENIS : Vous êtes rentrées plus tôt que d’habitude lors de ces vacances ?

Oui, car je devais récupérer ma fille, sinon je serais partie le dimanche.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Pourriez-vous préciser que vos parents n’avaient pas d’inquiétude ce soir là ?

Je confirme.

Me SAINTAMAN : Vous avez parlé du sac de votre mère, qui a été retrouvé sur le toit, et vous avez dû faire une démarche à la mairie pour le récupérer, alors que personne n’avait songé à vous appeler ? Si vous n’aviez pas eu cette information de vos voisins, vous n’auriez pas su qu’il y avait ce sac ?

Je confirme.

Me SAINTAMAN : Pourriez-vous indiquer au Tribunal les conséquences médicales de cette tempête ? Vous avez déposé des certificats médicaux indiquant un traumatisme psychologique qui aurait pu se dégrader en dépression, mais vous avez fait face ?

C’était l’année du bac de ma fille et du brevet de mon fils, je me suis investie pour qu’ils réussissent.

Procureur : Vous connaissiez bien la Faute, et donc la digue ?

Pour moi ce n’était pas une digue. Je pensais qu’à tout moment il pouvait y avoir de l’eau qui passe au-dessus, un petit peu. Je sais que le terrain juste derrière était marécageux.

Procureur : Lorsque vous-même vous avez cherché un terrain, vous n’avez pas été attirée par ces terrains ?

Non, on a préféré près de la pinède.

Me SEBAN (défense) explique que lorsque Monsieur Marratier sera entendu, il apportera des explications sur le fonctionnement tumultueux de la mairie de la Faute les jours qui ont suivi la tempête, et qu’il était difficile de prévenir tout le monde des effets personnels retrouvés.

Me SEBAN (défense) : Vos parents avaient terminé de construire cette maison en 1981 ?

Non, en 1976.

Me SEBAN : Je vois un certificat de conformité de cette maison qui est daté de 1981, fourni par le directeur départemental de l’équipement.

Je ne sais pas, pour moi elle est construite en 1976.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Juste une précision, je pense que les parties civiles attendront les explications de Monsieur Marratier avec d’autant plus d’impatience que Madame TABARY n’a pu récupérer son dossier médical que plus de deux ans après la tempête.

Me ROCHERON-OURY (défense) : Auriez-vous pu penser que la digue pouvait se rompre ?

Non.

Me ROCHERON-OURY : Juste une précision sur l’information régulière donnée par l’Echo Fautais : je rappelle que depuis septembre 2004 et jusqu’à la dissolution en 2009, l’information a été fournie par Monsieur Babin de manière totale et complètement transparente.

Audition de M. Loïc CHARNEAU, partie civile :

J’embauche en 1987 en tant que responsable du camping municipal, puis après responsable du port de la Faute sur Mer, ce que je suis toujours. J’habite à l’Aiguillon.

Le soir de la tempête, on mangeait tous ensemble, ma famille, pour les 16 ans de mon fils.

Le samedi matin, j’étais sur le port de la Faute pour mon travail. Le samedi après-midi, vers 16h, je ne me suis pas déplacé au port. Il y avait 94 de coefficient mais il n’y avait pas de vent, un beau ciel-bleu, j’étais en train de jouer avec des amis, à la pétanque.

Le soir je rentre à la maison, et j’ai vu à la télévision une vigilance rouge. « Bon, il faudra faire attention au vent. »

Vers 2h du matin, mon fils et moi on se lève en même temps, le vent nous a réveillé. On va dans la cour pour voir, mais rien de spécial. Ma femme nous demande de rentrer pour faire attention au vent. On se recouche, mais on n’arrive pas à dormir. Vers 3h du matin, environ, mon plus jeune fils, dont la chambre est 10cm plus basse que les autres, se lève et me dit qu’il y a de l’eau.

C’est la panique tout de suite dans la maison. On a eu en tout 40cm d’eau, donc on a évacué pendant toute la nuit, toute la famille. Dehors il y avait 60-70cm d’eau. Je suis sorti, mais j’avais de l’eau jusqu’à la ceinture.

Je suis retourné dans la maison, le temps passait, on a vidé la maison. Le jour se pointe, ma voiture était noyée, celle de mon fils pareil. Plus de véhicules, plus de portables, plus de courant. C’est là que j’ai vu mon mécano, une rue derrière, avec un 4×4 surhaussé. Je récupère un véhicule avec lui, on va directement sur la Faute, et là on voit toute cette eau partout. Il y avait deux mètres d’eau partout.

Ma mère ne savait pas nager, ma sœur avait un handicap. On était inquiets. On a longé la digue jusqu’au port. Au port on a vu ce niveau d’eau qu’il y avait partout. Ma mère habitait à vol d’oiseau à 200m du port. Je voyais bien. On prend des petites embarcations avec mon frère et un de mes fils, mes autres enfants prennent une autre embarcation. Les pompiers étaient là aussi. On a vu des professionnels du port de la Faute, qui ont sauvé des gens cette nuit-là, on n’en parle pas assez. Ils m’ont fait signe que ce n’était pas la peine, que c’était fini pour ma mère et ma sœur. Mais on y est allés quand même, il y avait 2m, 2m50 d’eau. On a rien vu, on avait qu’une peur c’était de voir un corps dans l’eau.

On est retournés à la maison, pour s’en occuper. La semaine est passée, je me suis occupé des obsèques. J’ai passé mon temps à m’occuper de la commune de la Faute, avec une équipe, à passer dans les lotissements, à nettoyer le port.

Moi, j’étais au port depuis 1992, je travaillais avec les marées tous les jours. Tous les jours je voyais la digue. Pourquoi on ne m’a pas prévenu de la surcote ? Je savais que cette digue avait des risques depuis longtemps. Des surcotes, elles existaient, par rapport à l’eau douce, pas à l’eau salée. Pourquoi on n’a pas entretenu les digues ? Pourquoi les pompiers ne sont pas passés dans les rues la nuit de la tempête ? Moi si on m’avait prévenu, toutes les embarcations auraient été prêtes ? Voilà mes questions, voilà pourquoi je suis à l’AVIF. J’aimerai bien avoir les réponses. Je pense que ma mère et ma sœur auraient dû partir avant cette tempête. On prévient les gens, on ne les laisse pas dans l’ignorance.

Le Président : Vous faite parti d’une famille implantée à la Faute ?

Mon grand-père pêchait des grenouilles dans les zones de lotissement. C’est des zones qu’on aurait jamais du construire.

Le Président : Qu’avez-vous pensé des lotissements qui se construisaient ?

Moi, j’aurais voulu habiter à la Faute, mais je ne pouvais pas, pour des raisons financières.

Le Président : Est-ce que vous étiez au courant des submersions marines du milieu du siècle dernier ?

Non, c’était des champs à l’époque, ça n’a marqué personne.

Le Président : Est-ce que vous pensiez que cette digue aurait pu subir un débordement ?

Les risques sont toujours les mêmes. Tous les ans, tout ce qu’on faisait, c’était faucher les herbes dessus. C’est tout ce qu’on faisait sur ces digues. Ils ont fait un enrochement, sur les côtés uniquement. Mettre du poids sur de la vase, ça a tassé, forcément. Et ils n’ont rien fait sur le dessus, juste sur le côté.

Le Président : Lorsqu’il y avait des marées importantes, à quelle hauteur se trouvait l’eau ?

Par exemple, cette année avec les marrées en janvier ou au mois de mars, c’était limite. Avec l’eau douce. Cette digue était dangereuse depuis longtemps. On voyait des points faibles. On voyait des risques, mais des risques comme ça, non. Si j’avais su qu’il y avait 2m50, j’aurai bouché. Je ne pensais pas du tout qu’il y aurait pu y avoir 2m50.

Le Président : Vous n’aviez pas fait le rapprochement entre le risque et la maison de votre mère et votre sœur ?

Non, je ne pensais pas du tout que ça aurait pu passer 2m50 au-dessus.

Le Président : Est-ce que vous saviez si votre mère et votre sœur avaient reçu des informations ?

Non, pas du tout, elles n’ont rien reçu.

Assesseur : Vous connaissez bien la commune. Selon vous, il aurait fallu combien de temps pour informer la population la nuit de la tempête ?

Une demi-heure, pour les réveiller, ça va très vite. Si on empêche les gens de dormir, c’est déjà peut-être sauver la moitié.

Assesseur : Vous êtes toujours employé du port. Est-ce que vous vous êtes ouvert auprès des élus à propos d’un éventuel risque ?

Oui, je m’intéresse vraiment au sujet maintenant, j’ai une formation particulière, je participe à toutes les réunions.

Assesseur : Mais avant la tempête ?

J’ai vu la digue qui se tassait. La hauteur de la digue diminuait.

Assesseur : Vous en avez parlé avec les élus ?

Non, pas du tout. Ce n’était pas alarmant. Juste avant la tempête, je pensais être en sécurité.

Assesseur : Quel regard portez-vous sur le développement de l’urbanisation à proximité de la digue ?

C’était des champs gorgés d’eau, on aurait pu éviter de faire ces lotissements.

Assesseur : Est-ce qu’il aurait été possible, pour vous, de mettre en place une surveillance humaine le soir de la tempête ?

Oui, bien sûr, il y avait des gens compétents qui aurait pu surveiller, faire prévenir les gens. Il était impossible de laisser les gens dans les maisons.

Me DENIS (partie civile) : Si vous aviez été informé de la surcote, vous auriez compris ce qui allait se passer ?

Oui, j’aurais été sûr que ça serait passé par dessus. J’aurais moi-même pris des mesures, sans l’avis de personne. J’aurais fais quelque chose. Mon employeur ne m’a rien dit.

Me DENIS : C’était qui, votre employeur ?

Monsieur Marratier.

Me DENIS : Vous saviez qu’il était au courant de cette surcote ?

Je l’ai appris lundi dernier, qu’il était courant dès 16h de la surcote d’un mètre.

Me DENIS : Vous êtes toujours employé de la Faute sur Mer, comment ça s’est passé après la tempête ?

J’étais exclu de tout, j’étais écarté jusqu’aux élections. J’ai appris qu’il pouvait se représenter, qu’il pouvait savoir qui était partie civile. J’ai travaillé beaucoup plus pour essayer d’oublier un peu la tempête. J’ai reçu un courrier comme quoi mon travail ne correspondait plus du tout. J’ai attendu les élections, c’était vital pour mon emploi. Si Monsieur Marratier repassait, je ne pouvais pas continuer, j’aurais démissionné.

Me DENIS : On vous a reproché votre engagement à l’AVIF ?

Ah oui, les gens de l’AVIF, on n’est pas les plus aimés de la commune.

Me DENIS : En dehors de cette lettre de reproche, avez-vous eu ensuite autre chose ?

Des collègues ont eu des promotions que je n’ai pas eues, alors que j’avais plus d’ancienneté, plus d’expérience. Le maire m’a fait comprendre que c’était sa décision.
J’ai aussi passé une formation, qui était validée au bon vouloir du maire, et j’ai été le seul sur 17 à ne pas avoir été validé. Au bon vouloir du maire, voilà.

Me ROSENTHAL (partie civile) : Savez-vous si la commune était propriétaire de bateaux, de type semi-rigide, au moment de la tempête ?

La commune a toujours eu des bateaux, des moteurs, pour la surveillance de la côte et la plage. Ils étaient aux entrepôts municipaux.

Me ROSENTHAL : Ces bateaux n’étaient pas au port donc. Combien de temps il faut pour aller des entrepôts au port ?

10mn, en voiture.

Me ROSENTHAL : Combien de personnes peut-on embarquer sur un semi-rigide de 5,50m environ ?

Environ 7-8 personnes.

Me ROSENTHAL : Pensez-vous que si ces bateaux avaient été mobilisés, ils auraient pu sauver des personnes ?

Oui, s’il y avait eu une mise en place de mesures dès 16h, beaucoup de choses auraient pu être faites.

Me SEBAN (défense) : Est-ce que le personnel de la mairie de la Faute, à la suite des évènements, ont été mobilisés ?

Oui, tous les employés, chacun avait son poste bien défini.

Me SEBAN : Vous avez fait plus d’heure que d’habitude ?

Oui, et je n’étais pas le seul, on a fait du bénévolat.

Me SEBAN : Dans votre témoignage, vous dites que vous êtes issu d’une des plus anciennes familles de la Faute et que vous n’avez pas entendu parler des anciennes submersions.

Non.

Me SEBAN : Autre chose, vous habitez l’Aiguillon, avez-vous eu une information dans cette commune sur les dangers ?

Non.

Me SEBAN : Encore une chose, à propos des bateaux de la commune, ils n’étaient pas au port ?

Non, on ne les sortait que les deux mois d’été, pour la surveillance du littoral, pour les CRS.

Me SEBAN : Vous indiquez qu’à aucun moment vous n’avez entendu la sirène des pompiers de l’Aiguillon ?

Pas du tout, ni sur la Faute, ni sur l’Aiguillon.

Me SEBAN : Vous posez aussi la question de savoir où était la personne de permanence alors qu’on était en vigilance rouge ?

Oui. Je ne sais pas où ils étaient, ils auraient dû être prêts, comme en 1999. Nous, les gens du village, on a été au courant de rien.
En tant que responsable de port, j’ai des contacts avec les autres. Les gens ont été prévenus, nous en Vendée, rien du tout. Ils étaient au courant.

Me SEBAN : En Vendée, dans les autres ports ?

Je ne sais pas, mais en tout cas à l’Aiguillon et à la Faute, il ne s’est rien passé.

Me SEBAN : Vous aviez raconté qu’un ami passait un permis hauturier à Nantes, et qu’il avait été mis au courant d’une possible submersion ?

Oui, plein de gens étaient au courant.

Me SEBAN : Ce soir-là, vous aviez des gens de votre famille qui étaient en mer ?

Un frère était à la pêche à la civette, c’était la période. Il a fait comme les autres pêcheurs, ils se sont aperçus trop tard de la surcote.

Me SEBAN : Au bout du compte, vous avez des questions sur l’action de la mairie, mais aussi sur les services de secours, les pompiers, les services responsables de l’organisation ?

Bien sûr.

Me ROCHERON-OURY (défense) : Vous avez déclaré que vous étiez employé au port de la Faute à l’époque. Vous y êtes toujours. Vous avez également déclaré vous sentir en sécurité avant la tempête ?

Oui bien sûr.

Me ROCHERON-OURY : Pensiez-vous que la digue aurait pu se rompre ?

Pas spécialement se rompre, mais qu’il y avait des dangers, oui.

Me ROCHERON-OURY : Auriez-vous pu, par votre fonction, imaginer qu’il pouvait y avoir des brèches ?

Oui, mais on n’imaginait pas de tels risques.

Me SCHMITZ (défense) : En tant que responsable du port, avez-vous eu connaissance du bulletin de météo France annonçant la vigilance rouge ?

J’ai vu la vigilance rouge vers 17h, mais pas l’annonce de la surcote.

Me SCHIMTZ : Vous avez dit que vous aviez été réveillé, avec votre fils, par la violence du vent. Aurait-il été possible d’être présent sur la digue malgré le vent, sans danger ?

Sans danger, je ne peux pas le dire, mais je pense qu’on aurait pu la surveiller pendant la tempête.

Me ROSENTHAL (partie civile) : Monsieur Marratier connaissait-il votre numéro de téléphone mobile ?

Je ne pense pas.

Me ROSENTHAL : Donc vous n’avez pas reçu d’appel de monsieur Marratier ?

Non pas du tout.

Me HENON (défense) : Vous avez parlé de la présence de bateaux. Est-ce qu’à votre connaissance les pompiers disposait de bateaux ?

A l’époque, ils en avaient un petit sur le port de la Faute.

Me HENON : Est-ce que vous avez eu connaissance de travaux qui étaient en train d’être réalisés sur la digue avant la tempête ?

Oui, ils avaient refait la digue en amont, mais ils ne l’avaient pas raccordé jusqu’au pont. Et aussi un enrochement qui n’était pas fini avant la tempête, ils n’avaient fait que les côtés.

Audition de Mme Evangelia CHARNEAU, partie civile (épouse de Loïc CHARNEAU) :

Je suis très émue par le témoignage de mon mari. Cette nuit-là ca été très compliqué. Un traumatisme pour nous tous. Quand on s’est rendu compte qu’effectivement il y avait de l’eau dans la maison, mon premier réflexe a été d’essayer de joindre ma belle-mère et mon beau-fils, mais en vain, et pour cause.

On ne pouvait pas prendre les voitures. Il a fallu nettoyer la maison. Mes fils étaient très inquiets pour leur grand-mère et leur tante. Il a fallu attendre le jour. J’ai fais plusieurs allers-retours à cette fameuse cantine de l’Aiguillon, mais il n’y avait pas de nouvelles.

J’ai appris qu’il y avait des personnes décédées. On s’est rendus aux ambulances, j’ai décris à une personne comment étaient ma belle-mère et ma belle-sœur, et j’ai compris dans son regard qu’elles étaient bien là. On a eu la confirmation le soir qu’elles étaient décédées.

On a eu la visite de mon beau-frère, qui nous a soutenu moralement. J’ai cette vision qui me hante, de voir mon mari et mon beau-frère, mes fils et un de mes neveux dans cette embarcation, qui cherchaient, qui appellaient. On savait qu’elles étaient sous l’eau, mais on voulait pas y croire.

Ma belle-mère m’a connu petite, elle m’a vu épouser son fils. Ses petits-enfants, c’était sa raison de vivre.

Je viens de me rendre compte aujourd’hui qu’il a été dur pour mon mari de vivre ce qu’il a vécu, je ne pensais pas qu’il souffrait autant, c’est quelqu’un de très pudique, qui est toujours inquiets pour les autres, mais pour lui non.

Pour revenir à ce qu’il a évoqué, effectivement j’ai repris un établissement ostréicole. Il fallait que je fasse travailler cette entreprise, alors j’avais fait des demandes de place de marchés sur plusieurs communes. J’ai eu une réponse qui, sans surprise, était négative pour la Faute. C’était dans la continuité par rapport à mon mari. Mon mari a vu, un jour, Monsieur Marratier qui passait sur le port, il lui a demandé la raison de ce refus. Ce dernier a répondu qu’il n’était pas au courant, qu’il fallait refaire une demande. C’est ce que j’ai fais. J’ai appris qu’on m’avait refusé car il y avait déjà un marchand d’huitres sur le marché. Bien sûr, j’aurais dû m’en douter, il n’y avait aussi qu’un primeur, qu’un marchand de vêtements…
Pour ma nouvelle demande, entretemps il y avait eu les élections, et la réponse a été très vite positive, j’ai pu faire mes marchés sur la commune de la Faute.

Le Président : Avant de monter votre entreprise, vous travailliez déjà dans le domaine de la pêche ?

Non, absolument pas, c’est une reconversion.

Le Président : Est-ce que vous aviez connaissance d’un risque d’inondation à la Faute ou à l’Aiguillon ?

Non pas du tout. Ça ne faisait pas parti des préoccupations, on ne pense à tout ça, on ne se l’imagine pas.

Le Président : Votre belle-mère et votre belle-sœur n’étaient pas plus sensibilisées à ce risque ?

Non pas du tout, elles se sentaient en sécurité. Ma belle-mère aimait Monsieur Marratier. Je ne comprends pas, quand on est aimé par des gens, on prend soin de sa population. C’est une petite commune, tout le monde connaît tout le monde.

Assesseur : Est-ce que vous avez eu des contacts de la mairie de la Faute, suite à ces décès ?

Aucun. Pas de condoléances, rien.

Me SEBAN (défense) : Vous résidez à l’Aiguillon depuis 25 ans. Est-ce que vous avez été avertie par la mairie de l’Aiguillon du risque d’inondation ?

Non.

Me SEBAN : Vous avez vu votre mari se consacrer à l’aide aux sinistrés, comme le reste du personnel de la mairie ?

Mon mari, oui. Je ne sais pas pour le reste du personnel. J’étais inquiète pour mon mari. A la suite du décès de son père, il avait eu un cancer. On était déjà fragilisés psychologiquement, notre 3ème fils avait fait, avant la tempête, une méningite. J’étais attentive à la santé de mon mari, il voulait aider ces pauvres gens. Lui-même était très touché.

Me SEBAN : Dernière question : est-ce que ce soir là, avant que l’eau n’arrive à votre maison, vous aviez vraiment identifié le risque du vent comme en 1999 ?

Oui, comme tout le monde, on pensait au vent. Mais là il y avait l’eau en plus…

Me ROCHERON-OURY (défense) : Vous vous sentiez en sécurité derrière cette digue. Est-ce que, là encore, vous auriez pu imaginer que cette digue aurait pu se rompre ?

J’en connais moins que mon mari sur ces digues, mais pour moi tout ce qui entoure ces communes devait être fait pour la sécurité, ça me paraissait évident.

Audition de Mme Liliane CHARNEAU-TURCAN, partie civile (sœur de Loïc CHARNEAU) :

Ça faisait 40 ans que mes parents habitaient à la Faute sur Mer. Moi je suis partie en 1968, j’avais 16 ans. J’y revenais très souvent, j’ai toujours eu beaucoup de contacts avec mes parents et avec mes frères et soeurs. Nous avons toujours été entre la Faute et l’Aiguillon. Nous étions une famille de 8 enfants.

En ce qui concerne la tempête, j’étais à mon domicile en Eure et Loir. Nous effectuions quelques travaux et n’avons pas plus suivi les différentes informations, ni le soir ni le lendemain. J’ai été informée par ma sœur aînée, vers 12h30, qui n’arrivait pas à joindre ni ma mère, ni Maryvonne. J’ai allumé la télévision et j’ai été tout de suite très inquiète. J’ai eu des informations par un de mes frères, qui m’a dit qu’ils cherchaient sans trouver. J’ai essayé les numéros verts, mais pas de réponse.

Dès 13h20, j’ai décidé de partir seule, de faire les trois heures de route pour aller sur la Faute pour voir ce qu’il se passait. Je restais en contact téléphonique, dans ma voiture, et à un certain moment, sachant que personne n’avait retrouvé maman et Maryvonne, je me suis dit que je ne les reverrai pas. C’est un sentiment qui m’a complètement écrasé.

Je suis arrivée tout de suite chez l’un de mes frères, à l’entrée de l’Aiguillon. Quand j’ai vu ces étendues d’eau, partout, partout… Je ne savais pas, je n’avais pas compris avant d’où l’eau pouvait venir. Je pensais plutôt à la mer, pas au Lay. En arrivant, tout le monde était inquiet, et à 17h on a eu officiellement un coup de fil nous informant que maman et Maryvonne étaient décédées noyées. Tout s’est précipité ensuite, ma sœur aînée est arrivée de Toulouse, on a passé une soirée épouvantable, vous l’imaginez bien.

Le lendemain matin, on nous a demandé d’aller reconnaître les corps. J’y suis allée avec ma sœur aînée. Quand j’ai vu les corps, j’ai été très frappée par le visage de maman, on pouvait y lire une terreur indéfinissable. Je savais qu’elle avait souffert, que ça avait du être affreux. Une autre chose qui m’avait choquée, c’était de voir Maryvonne, nue sous le drap, alors qu’elle était très pudique.

Elles se sont vues mourir, elles ont vu la mort, je peux imaginer maintenant après tous ces témoignages ce qu’ont vécu ma maman et ma sœur.

Je sais que j’ai un frère aîné qui était sur son bateau et qui a passé un coup de fil à ma mère. Il a vu la vague arriver, je sais qu’il a téléphoné chez maman, sans réponse. Je sais que peu de temps après, mon plus jeune frère a reçu un coup de fil de ma sœur, disant qu’il y avait de l’eau dans la maison. Mais lui ne savait pas ce qu’il se passait, il n’avait pas idée. Il y a eu un deuxième coup de fil : « l’eau monte, l’eau monte beaucoup ». Il leur a dit : « habillez-vous, prenez quelques affaires et montez au plus haut que vous pouvez. » Ce qu’elles ont dû faire. On a également retrouvé les sacs à mains. Il y a eu un 3ème coup de fil, je me permets de le dire, alors que mon frère n’est pas là. Maryvonne était en larme, maman hurlait, « on va se noyer, on va se noyer ». Elles savaient très bien qu’elles allaient y rester.

On imagine énormément de choses. C’est quelque chose qui nous hante, qui me hante. On ne sait pas. J’ai entendu le témoignage du médecin légiste, qui disait que la noyade était la pire des morts. Ça ravive ce sentiment de douleur.

Si je suis aujourd’hui à cette barre, c’est que même si on ne peut rien faire contre les éléments, on ne peut pas pardonner lorsqu’on sait, qu’on aurait pu prévenir. Si mes frères avaient été prévenus de ce qui aurait pu arriver, jamais maman ne serait restée là.

Si je suis aussi à cette barre, c’est que j’ai une petite sœur, qui est là, qui avait le même handicap que Maryvonne, elles étaient très proches. Ma hantise a aussi été de voir partir ma sœur Jacqueline.

On a besoin de réponses, on a su après qu’il y a eu des SMS, des fax, des mails. On sait qu’il y a eu une alerte. Je pense qu’il doit y avoir une vigilance, qu’on doit être à l’écoute de certaines choses. On doit prévenir les gens. C’est quelque chose d’impensable. D’où la décision d’être là, d’être partie civile, de savoir un peu plus.

Je voudrais signaler une petite chose, je ne sais pas si Maman aimait bien Monsieur Marratier, elle ne m’a jamais dit de mal ou de bien de ce Monsieur. Je ne me suis jamais posé de question sur ces risques. Mais ce que je sais, c’est qu’à aucun moment on a eu une poignée de main, un regard, quelque chose de la part de Monsieur Marratier. Pas de cartes, pas de condoléances. Il n’y avait rien. Je l’ai revu une année après, lors d’une cérémonie religieuse il est passé à côté de moi, et il n’y a jamais eu un seul regard. Alors que quand on connaît la famille Charneau comme elle pouvait être connue à la Faute, je pense que quand même il y a quelque chose qui a manqué.

Si aujourd’hui il y a tant de colère, c’est à cause du comportement de Monsieur Marratier. Et je m’aperçois que je ne suis pas la seule à le dire.

Il faut savoir aussi une chose, car j’ai entendu des témoignages de personnes de la mairie. Je ne remets rien en cause, je sais que ça a été très dur. Mais je pense que quand même, quand quelqu’un vient chercher des certificats de décès, et qu’on nous demande : « il faudrait qu’elle signe ce papier ». « Vous voulez quoi ? Une signature de Madame Charneau ? On vient chercher les certificats de décès et vous voulez qu’elle signe ? » Un petit peu de tact, de logique, je ne sais pas…

Les obsèques ont eu lieu le mercredi, et je me suis rendu à la maison le jeudi, en mettant des bottes. Il est vrai que quand j’ai vu tout ça, c’était indescriptible, tout ce qu’on avait vécu dans cette maison, sans dessus dessous, tout était affreux.

Je me suis occupée de l’entreprise pour nettoyer la maison, et j’avais demandé à ce que l’on mette certaines choses de côté, je ne pouvais pas être là tous les jours. Je me souviens de l’entreprise qui m’appelle pour me dire que je pouvais revenir. J’ai trouvé un tas, un tas de choses au niveau du portail, tout était entassé. Il y avait tout, toutes leurs affaires, tous nos souvenirs, tout. Ça m’a choquée. J’ai essayé de récupéré : une couette pleine de boue, des peluches, quelques photos. Tout est parti. J’ai 62 ans, et bien j’ai 62 ans d’une vie qui est partie comme ça dans la boue.
Et elles, elles sont parties dans ces eaux froides, et ça c’est quelque chose qui ne passera jamais. Je crois que c’est quelque chose que j’aurais jusqu’à mon dernier jour.

Le Président : Votre frère a évoqué les difficultés qu’il avait eu avec son employeur (ndlr : Monsieur Marratier). Vous en avez pensé quoi ?

C’était dans la continuité des choses, le comportement de ce Monsieur… Mais je ne comprends pas quand même. La sensibilité, je ne l’ai pas vue chez Monsieur Marratier.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Pourriez-vous indiquer si votre mère ou votre sœur, si informées d’un risque d’inondation, seraient restées chez elles ? Avaient-elles le moyen d’aller ailleurs ?

Ah oui, elles avaient le moyen. Si vraiment elles avaient eu l’information d’une inondation, aucun de mes 3 frères sur place ne les auraient laissées là.

Le Président : Le propriétaire qui louait la maison à votre mère et votre sœur a été entendu, et a confirmé qu’il avait loué à votre famille depuis 1985, que lui-même n’avait eu jamais connaissance d’un risque, et que s’il avait eu connaissance d’un risque, il n’aurait pas mise la maison en location.

Suspension d’audience

Audition de M. Michel DUBOIS, partie civile :

Je viens témoigner du décès de mes parents, Pierre et Germaine Dubois. J’étais à mon domicile, j’ai suivi sommairement les alertes, mais sans plus. Le dimanche matin, j’ai pris les informations à la télévision vers les 9h. J’ai eu connaissance des dégâts à la Faute, et j’ai essayé de joindre mes parents, sans succès.
J’ai décidé vers 10h d’aller là-bas. En arrivant vers 11h, par la Tranche, j’ai eu conscience de quelque chose de grave. J’ai réussi à rejoindre le littoral, j’ai vu que l’inondation était totale. Il était impossible d’avancer dans la rue de mes parents. J’ai contacté les pompiers qui étaient sur place en leur demandant d’aller au domicile de mes parents, mais manifestement ils ne connaissaient pas trop les lieux. On m’a indiqué qu’il y avait un poste de regroupement à l’Aiguillon, donc j’y suis allé, je n’ai rien vu sur les listes.

J’ai vu la voisine immédiate de mes parents, Madame Fontenay, avec qui j’ai pu discuté brièvement malgré son état de fatigue, et qui m’a confirmé que mes parents étaient bien là la veille. Je me suis dit que si elle s’en était sortie, j’avais encore de l’espoir pour mes parents. Je suis retourné à la Faute, j’ai sollicité de nouveau les pompiers mais n’ai pas vraiment eu de confirmation. J’ai vu également les gens des taxis-ambulances de la Côte de Lumière, dont je connaissais l’ancien gérant, qui m’a dit qu’il n’avait pas récupéré les corps de mes parents.

En même temps, je contactais ma famille, je n’arrivais pas à joindre mon frère. Mon épouse a réussi, et nous nous sommes retrouvés à l’Aiguillon vers les 15h. Il n’y avait encore rien sur les listes.

On est retournés à la Faute et on a profité d’un moment d’inattention des gendarmes pour monter dans une barque d’un riverain, et on est allés voir la maison. Là j’ai dis à mon frère qu’on risquait de voir des choses difficiles.

Effectivement, la maison était défoncée. On a constaté la présence d’eau, les meubles qui flottaient, la cloison effondrée, le lit qui flottait. On s’est mis à chercher dans l’eau, à tâtons. On a finit par les trouver tous les deux, côte à côte, dans la cuisine. On les a sortis de l’eau, on les a pris dans nos mains. On les a disposés tous les deux, allongés, sur le lit qui flottait. Ensuite je suis sorti pour alerter les secours, mais les hélicoptères ne m’ont pas vu. Je me suis avancé dans l’allée, des pompiers en jet-ski m’ont vu, je leur ai indiqué notre macabre découverte. Ensuite, les secours se sont enchaînés, ils ont pris en charge les corps de nos parents.

On a prévenu la famille ensuite. J’ai appris après par les taxis-ambulances que mes parents étaient au funérarium et qu’il était possible de passer. La gendarmerie nous a accueillis, nous a permis de reconnaître officiellement les corps.

Le Président : Vos parents habitaient une maison de plain-pied ?

Oui, construite en 1978.

Le président : Il y avait-il une trappe pour rejoindre les combles ?

Dans le garage oui, mais pas dans leur chambre.

Le Président : Est-ce que vos parents avaient déjà évoqué des inondations ?

Oui, car en hiver de l’eau douce stagnait sur le chemin. De l’eau de pluie. Ils avaient même un puits qui était très haut en hiver. Mais rien d’autre.

Le Président : Vous avez, vous même, une maison à la Faute ?

Oui, elle a été inondée de 40cm d’eau car elle était surélevée.

Le Président : Vous fréquentiez la Faute avec vos parents depuis longtemps ?

Depuis l’âge de 21 ans, depuis que mes parents s’étaient installés.

Le président : Vous aviez une connaissance d’un risque ?

Non, aucune.

Le Président : Vos parents avaient plusieurs maisons à la Faute ?

Oui, ils faisaient de la location immobilière, ils avaient 4 maisons dans cette allée.

Le Président : Surélevées, pour palier aux risques d’inondations ?

Non, elles étaient conçues au niveau naturel.

Le Président : Pour vous, la seule crainte, c’étaient les remontées d’eau douce l’hiver ?

Oui, je confirme.

Assesseur : Est-ce que vous aviez connaissance de l’altimétrie du terrain ?

Non.

Assesseur : Les 40cm, ça correspond à 2 rangées de parpaings ?

Cette maison était naturellement surélevée. Ces risques d’inondations, c’était l’eau de pluie.

Maitre DENIS (partie civile) : Vous indiquez que vos parents n’avaient pas de crainte. S’ils avaient été informés du moindre risque, auraient-ils pu se rendre à un autre endroit que leur résidence secondaire ?

Oui, leur résidence principale se trouve à Luçon, ils ne seraient pas restés là. Il y avait d’autres solutions. Ils ne seraient pas restés là.

Maitre DENIS : Ce qui démontre qu’ils n’avaient pas peur, malgré la tempête annoncée.

Effectivement.

Maitre DENIS : Ils connaissaient Monsieur Marratier ?

Oui, mon père connaissait Monsieur Marratier, ça leur arrivait de prendre des apéritifs ensemble chez des voisins.

Maitre DENIS : Comprenez vous la réaction de Monsieur Marratier depuis Xynthia ?

Non, j’avoue que je ne comprends pas. Monsieur Marratier a fait part au tribunal de ses soucis de santé, alors que malgré tout il se représente à un 5ème mandat. C’est un comportement que j’ai du mal à comprendre.

Maitre SAINTAMAN (partie civile) : Pourriez-vous préciser les suites de la tempête, sur votre santé ?

J’ai essayé de faire face à ce sinistre dès les premiers mois, puis il a fallu que je suive un traitement antidépressif et que je suive un psychologue.

Audition de M. Daniel DUBOIS, partie civile :

Je n’ai pas été entendu par la gendarmerie, j’étais très proche de mes parents, on a travaillé longtemps ensemble. J’ai travaillé à l’auto-école avec eux. On a poussé l’activité, notamment quand j’étais moniteur chez eux, et ensuite je leur donnais un coup de main.

Je n’ai pas eu connaissance de l’inondation où j’habite, en campagne. On a subi la tempête le samedi soir, on a été réveillés avec mon épouse. On a mal dormi, on était réveillés par la tempête de vent. On a eu des coupures d’électricité, ce qui fait qu’on a eu des inondations dans notre cave, car la pompe est tombée en panne. Le dimanche matin, on a écopé notre cave. Autour de la maison, il y avait quelques tuiles, des peupliers qui étaient tombés. Pas de téléphone, ni fixe ni portable, pas d’électricité, pas de télé : aucune information. C’est pour ça que mon frère n’a jamais réussi à me joindre le matin, et moi je n’avais pas l’information de l’inondation. Ensuite, ma belle-sœur a réussi à m’avoir vers 14h30 en me disant d’aller à la Faute pour aider mon frère, car il y avait eu des inondations.

Arrivé ensuite à l’Aiguillon, j’ai vu les hélicoptères, et là j’étais très inquiet. J’ai réussi à passer devant les gendarmes, et j’ai rejoins mon frère. J’ai vu qu’il était très inquiet, il ne m’a rien dit. Il sait que je suis sensible, que je pars vite, et il ne m’a rien dit. Il m’a emmené par la pinède, parce que tout le reste était bloqué. Arrivés sur la rue, j’ai compris. Tout était inondé. On était encore bloqués par les cordons de gendarmerie, et Michel est retourné à l’Aiguillon pour voir les listes.

Moi, je n’en pouvais plus, j’essayais de me faufiler à droite, à gauche, pour rejoindre la maison des parents, et je n’ai pas pu passer avec les habitations, les débris, les murets. J’ai rebroussé chemin, on s’est retrouvés, et je lui ai dis : il faut qu’on y aille. On a pris une barque, et là j’ai tout cassé, j’ai cassé le carreau, j’ai appelé.

On les a trouvé, ils étaient enlacés dans la cuisine, je ne sais pas si ils ont essayé de s’échapper. On ne sait pas. On les a pris, ils étaient dénudés, on les a mis sur le lit qui flottait. Tout flottait. Je criais de douleur. On est sortis, un jet-ski est passé, nous a tiré, et puis voilà.

Evidemment j’avais noyé mon portable, mon épouse n’arrivait pas à me joindre, elle était inquiète. Elle nous avait rejoins à la faute et avait laissé les enfants chez mes beaux-parents. Elle ne pouvait pas passer non plus. On s’est retrouvés, entretemps on était passés chez les beaux-parents de Michel pour prévenir la famille la plus proche.

Le lendemain, le lundi, il a fallu y retourner, reconnaître les corps, puis tout s’enchaîne très vite, voilà.

Il a fallu reprendre le travail. Au bout de 3 semaines, je n’en pouvais plus, j’ai craqué, psychologiquement, physiquement. J’ai demandé un arrêt de travail, c’était la première fois en 30 ans. J’ai eu 1 mois ½, l’entreprise déclinait pendant ce temps. D’ailleurs je remercie toute l’équipe de chez nous qui ont tenu la boîte pendant ce temps, sinon je crois qu’elle ne serait plus là.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Votre frère, Michel, a indiqué qu’il n’y avait pas d’antagonisme particulier entre votre père et Monsieur Marratier. Comprenez-vous l’attitude de Monsieur Marratier alors qu’il ne s’en est visiblement pas inquiété ?

Monsieur Marratier, je ne le connaissais pas trop. Au niveau de l’inquiétude, effectivement on a jamais rien reçu, pas de fleurs, rien. Sur le registre des condoléances, les cartes, il n’y en avait pas une de la mairie.

Remarque de Maitre SEBAN (défense) : nous produirons aux débats l’ensemble des couronnes qui ont été envoyées et payées par la mairie de la Faute. Je comprends la douleur, mais qu’on n’accuse pas Monsieur Marratier, nous produirons l’ensemble des éléments floraux, les cartes étaient accrochées aux couronnes.

Me SAINTAMAN (partie civile) : Vous ne pouvez pas faire dire aux victimes ce qu’elles ne disent pas.

Réaction de la partie civile : On n’a rien eu, pas un mot, pas un coup de fil.

Me SEBAN : Monsieur Marratier nous dit qu’il y avait un mot sur la couronne.

Le Président : le Tribunal a enregistré tout ce qui a été dit.

Audition de Mme Giselle ARNAULT, partie civile (compagne de Monsieur Lemaire) :

Je ne sais pas trop par où commencer. Le 27 au soir, mon conjoint est arrivé du travail, et comme il vous l’a expliqué, on a eu de l’eau, des glouglous. L’eau est montée très vite, sournoisement. Quand je suis montée à l’étage, ma fille m’a demandé si on allait mourir. Je lui ai répondu que non, et quand je me suis retournée sur la petite fenêtre qui donnait par le toit sur le boulevard du Lay, l’eau était là. C’est arrivé très, très vite. J’ai pensé à mon père, et je me suis dis qu’ils étaient tous morts là-bas. De là, j’ai pleuré, mes enfants ne disaient rien, avec mon conjoint on était inquiets. J’ai réussi à joindre les pompiers, vers 4h52, pour leur demander d’aller sauver mon papa, en donnant l’adresse. « S’il vous plait, allez-y ». Ils m’ont répondu qu’ils ne pouvaient pas être là avant 7 ou 8h du matin. Je ne comprenais pas pourquoi, mais en fait ils n’arrivaient pas à passer par le pont. Les heures ont passées, j’ai enfin vu la lumière bleue des pompiers arriver, ils nous ont demandé si tout allait bien. Je leur ai dit que oui, et je leur ai demandé d’aller voir mon papa. Ils ont essayé de traverser le boulevard du Lay, qui était rempli, rempli d’eau. De ce qu’on voyait à l’étage, ce n’était pas possible que les gens soient encore en vie là-bas.

Après, comme vous l’a expliqué mon mari, il est descendu dans l’eau, avec une barque. Il a retrouvé mon père, il est revenu, entretemps il y a un policier qui est venu chez moi en demandant de préparer un sac avec des affaires sèches. J’étais dans la chambre, mes enfants étaient assis dans l’escalier. Mon conjoint est arrivé, et c’est là qu’il m’a annoncé le décès de mon père. J’ai couru, je suis allée dehors voir les pompiers, je leur ai demandé d’aller chercher le corps de mon père, car sinon il allait partir avec l’eau et je n’aurais jamais pu l’enterrer.

Il faut savoir que depuis qu’on avait eu cette maison, en 2008, papa venait manger à la maison tous les midis, et moi j’allais lui faire à manger le soir. Le samedi 27 au soir, je suis allée lui faire à manger. Ses derniers mots ont été : « bonne nuit ma chérie, à demain ». Et il n’y a jamais eu de lendemain. Mon père, c’était tout pour moi, et de l’avoir perdu aussi brutalement… Je m’attendais à quelque chose d’à peu près normal, une crise cardiaque, je ne sais pas… Mais non.

Je tiens à dire, par rapport aux propos qui ont été dis : je n’ai jamais rien eu, pas de mot, pas de fleurs, de la part de Monsieur le maire. Lorsque je me suis trouvée une fois à la mairie, il était à moins de deux mètres de moi, il était juste à côté, il n’a pas même pas daigné me donner une poignée de main. Il ne m’a même pas regardée.

Je crois que c’est tout.

Le Président : Avec votre père, le samedi 27 au soir, vous n’aviez pas évoqué l’arrivée de la tempête ?

Non.

Le Président : Vous habitiez depuis plusieurs années à la Faute ?

Oui on avait déménagé en août 2005, on avait habité pendant quelques années chez mes parents.

Le Président : Vous étiez au courant des risques d’inondation ?

Aucunement.

Le Président : Vous avez dit, « ils sont tous morts là-bas » lorsque vous avez vu l’eau arriver. Vous saviez que vous étiez à un point plus haut ?

Non, mais j’avais l’habitude de prendre cette route, je savais que c’était une cuvette, je savais bien que c’était fini. La cour derrière chez papa était très basse, je savais que c’était fini.

Le Président : Votre père vivait dans une maison sans étage, avec des combles accessibles ?

Oui, par le garage.

Le Président : Vous habitiez loin de la digue ?

Non, pas loin, moins d’un kilomètre.

Le Président : Vous vous promeniez de temps en temps sur cette digue ?

Non, mais papa oui. Le 27 au soir, il est arrivé peu de temps après moi, et il m’a dit qu’à ce moment là, au port, il se promenait sur la route goudronnée, et il m’a dit « c’est bizarre, il y a de l’eau ». Il a regardé par la fenêtre la girouette des voisins pour voir le sens du vent. Il m’a dit que le vent venait de Nord / Nord-Ouest et qu’il ne fallait pas que le vent vire Sud / Sud-Ouest, sinon il y aurait des problèmes.

Le Président : Selon vous, ça signifiait quoi ?

Je ne sais pas. Beaucoup de vent, des branches cassées, comme tout le monde. Je pense qu’il pensait plutôt à ça.

Me SEBAN (défense) : A quelle heure avait vous réussi à avoir les pompiers ?

J’ai essayé deux fois sans rien avoir, après j’ai eu quelqu’un tout de suite.

Me SEBAN : Je comprends votre mémoire et votre ressenti, mais j’ai ici une facture de la SARL « Myosotis », adressée à la mairie de la Faute, qui dit que la mairie a commandé une couronne avec le nom de votre père.

Non, ça n’a pas été livré.

Me SEBAN : C’est tout ce que je peux vous dire, Madame.

Je n’ai vraiment pas eu cette couronne de fleur. Je tiens à dire aussi, le dimanche matin, lorsqu’on s’est retrouvés à la cantine – je ne croyais pas au début que mon père était mort -, j’étais par terre, tous les voisins se sont agenouillés, m’ont pris dans les bras, m’ont dit : « je suis désolé ».

Audition de Madame Françoise BEAUGET, partie civile :
La partie civile : Mes beaux-parents étaient des gens formidables. Ils ont préféré acheter une maison familiale sur la Faute. C’est Monsieur Babin, père, qui leur a vendu leur maison. C’était une maison de plain-pied, prévue pour être une maison de vacances.
Nous sommes partis 20 ans sur la côte d’azur pour des raisons professionnelles, et nous ne sommes pas revenus pendant 20 ans. J’appelais ma belle-mère régulièrement, ils nous racontaient ce qu’il se passait, la construction des maisons, alors que pour nous c’était inondable et inconstructible.
On avait vu que c’était inondable, car notre fils ramassait des têtards dans les flaques. Mais on ne pensait pas à l’eau de mer, on pensait à l’eau douce. Quand on est revenus au bout de 20 ans, on n’a pas reconnu le quartier, au point d’oublier qu’il y avait la mer. Des fleurs, des arbres, une jolie route.
On s’est installés, on était très liés. On était d’ailleurs revenu en Vendée car on ne voulait pas les laisser vieillir seuls. Toute la famille était réunie, mon beau-frère est revenu aussi.
Quand il y a eu le tsunami de 2004, j’ai soulevé le problème de la mer un jour, j’ai demandé à ma belle-mère : « vous ne pensez pas, étant donné que vous habitez en-dessous du niveau de la mer, que ça peut arriver aussi ? »
La réponse a été claire : « non, nous ne craignons rien, on est protégés par les digues, Madame Françoise Babin nous a rassuré, on est en sécurité ».
Pour eux, la famille Babin était une famille de référence. Ils étaient rassurés.
Le 28 février, c’est l’anniversaire de notre fille. Ce samedi, ma belle-mère m’appelle et me dit : « tu sais, il y a beaucoup de vent alors on va pas venir ». Si on nous avait dit qu’ils craignaient quelque chose, on habite à 40km, on serait allés les chercher Monsieur le Président.
On savait qu’il y avait une tempête, mais sans plus. Le dimanche matin, on n’a pas allumé la télévision. C’est une amie qui m’a appelée, donc a commencé à voir les images. Entretemps mon beau-frère a pris sa voiture et est parti à la Faute.
La première chose qu’on a faite, c’est appeler la préfecture qui nous a dit de ne pas bouger. On a attendu dans l’angoisse. Mon beau-frère est passé, il a commencé à chercher ses parents. Il a essayé d’avancer, il n’a pas réussi, puis il a reçu de l’aide d’une barque de pompiers. Il a réussi à arriver dans la maison et il a trouvé les corps de mes beaux-parents. Il nous a prévenu.
Mon frère a dû me raconter 100 fois la même chose. Cette histoire. Il était obsédé même s’il est mort aujourd’hui. Il est allé reconnaître les corps. La seule personne qui l’a réconforté, c’est Monsieur Sarkozy. Il n’a jamais eu un mot de Monsieur Marratier.

René Marratier ne nous a pas adressé la parole alors mes beaux-parents ne devaient pas être ses amis, puisqu’il a dit que les sinistrés étaient ses amis. La mise en terre a eu lieu tard, car le cimetière était sous l’eau.
Après, les choses se sont enchaînées. On est venus pour les funérailles. On a reçu des fleurs de la mairie nous, le vendredi. La semaine suivante, on nettoyait la maison, dans la boue, le fioul car la cuve de nos voisins s’est déversée… On a commencé à mettre les choses sur le trottoir. Nous avons vidé la maison. On a vu les pinces ramasser 60ans de vie. Les journalistes nous trouvaient eux.
Le facteur est passé, il y avait un recommandé daté du 9 mars de la Mairie, à M. et Mme BEAUGET, disant qu’ils ne devaient plus entrer dans leur maison, car elle était dangereuse. Cette lettre nous a choquée. Des bénévoles nous ont aidés. Pas la Mairie.
Puis nous sommes rentrés chez nous. Mon mari était anéanti d’avoir perdu ses parents ainsi. Nous étions très très proches. Nous nous voyions toutes les semaines.

Cette année là, mon mari a fait une crise cardiaque, il a eu 3 pontages. Les docteurs ont dit que sans doute sa crise cardiaque était due à son traumatisme. Mon beau frère lui aussi était très très choqué. Il n’a reçu aucune aide sauf de l’AVIF. Nous avons survécu pour notre petite Camille, notre fille. Mon beau frère n’avait pas cette chance. Il ne parlait que de la tempête, que de ses parents et de ses heures qu’il a passées dans l’eau. Il a eu un cancer et il s’est laissé mourir. Son cancérologue a dit que l’on ne peut pas écarter le fait que son cancer soit dû à un choc émotionnel. Notre famille a été décimée par Xynthia. Le manque d’attention a été un vrai choc. Mme Babin m’a dit qu’elle aimait bien mes beaux-parents. Mais pourquoi n’est-elle pas venue aux obsèques ? Ils y vivaient bien à la Faute sur mer.

Nous n’irons pas demain à la Faute sur mer. Je ne veux pas aller voir le tas de terre qui représente la maison du bonheur. J’ai envie de vomir lorsque j’y vais. On ne peut plus y aller à la Faute sur mer. Du paradis, c’est devenu l’enfer pour nous.

Le Président : Votre belle-mère vous a dit être rassurée par le risque d’inondation ?

La partie civile : Elle a dit être admirative du remblaiement, on avait vu les camions et les pompes. Il n’y avait d’ailleurs plus d’eau dans le puits de mon beau-père. L’assèchement fonctionnait. Mais l’accident du tsunami en Thaïlande m’a fait réfléchir.
Ils pensaient que dès lors qu’ils avaient eu un permis de construire, on était bon. Que dès lors que l’on construisait d’autres maisons, c’était bon. Ils avaient confiance. Et en France, les gens prennent leurs responsabilités.

Avec ce procès, je voulais savoir s’ils ont souffert. J’ai ma réponse : oui. Je voulais savoir s’ils ont eu peur, j’ai ma réponse : manifestement oui. Je voulais savoir si l’on pouvait prévoir cette catastrophe, j’ai ma réponse : oui. Je voulais savoir si le niveau d’eau était prévisible, j’ai ma réponse : oui. Je voulais savoir si René Marratier avait reçu un sms, oui. Je voulais savoir pourquoi il ne nous a pas prévenu, c’est parce que il ne sait pas se servir d’un ordinateur. Je voulais savoir pourquoi il n’y a pas eu d’évacuation, j’ai ma réponse, il n’avait pas les moyens de le faire, pourtant il y avait une solution. Peut-être ne savait-il pas qui vivait là l’hiver ? Le procès m’a donné plein de réponses. Mais pas celles que j’attendais.

Le Président : Les responsabilités n’ont pas encore été évoquées, il reste 3 semaines de débats.

La partie civile : Mais j’ai déjà entendu les informations que j’attendais.

Le Président : Le tribunal vous remercie.

 

Audition de Mme Mireille LOUINEAU, partie civile :

Le Président : Vous êtes la fille de marguerite GAUTREAU ?

La partie civile : Oui, et je n’habite pas à la Faute sur mer. Je voudrais vous dire, j’ai perdu mon papa lorsque j’étais enfant. J’ai perdu mon frère en 2009. Il ne me restait que ma mère. Xynthia me l’a enlevée.

Il était prévu que nous allions chez maman et Rémi ce weekend là. Le weekend d’avant ma belle sœur y était. On devait y aller samedi soir mais avec mon travail, j’ai fini tard. A 20h15, j’ai appelé ma maman, et je lui ai dit que nous viendrions le lendemain matin. Elle m’a dit surtout, s’il y a du vent, tu ne viens pas.

C’est le premier jour depuis 2 mois que mon frère est mort, c’est le premier jour où elle avait décidé de revivre. Je lui ai dit au revoir. Je ne la reverrais jamais. Le lendemain, on était très heureux d’aller chez notre mamie. Le matin, je l’ai appelée, car on se téléphonait beaucoup. On a essayé sur le fixe, sur le portable de Rémi ou de maman. On s’est dit qu’ils étaient partis faire des courses.

On est partis tôt, car on était déçus de ne pas y être allé la veille. On avait beaucoup à se dire depuis la mort de mon frère. Mes enfants avaient 8 et 11 ans et le matin nous n’avons que regardé Guili.

Sur la route de la Tranche sur mer, on a vu que le vent avait soufflé et que l’eau était montée. Je voyais aussi un bout de digue, comme cassée et une voiture penchée aussi.
On est passé par la rue du Casino et on a vu des pompiers. On était au courant de rien. On s’inquiétait, par où passer ? Mon mari a dit ne t’inquiète pas, on va passer par une autre route. On a réalisé à ce moment qu’il y avait eu une inondation. Je me suis inquiétée pour ma maman, encore une épreuve à traverser pour ma maman. Sa maison du bonheur et sa retraite paisible…

On est passé par la route des pécheurs professionnels. On a vu des gens courir. Certains disaient qu’il y avait de l’eau au bardage. Je ne savais pas ce que c’était. Mon mari comprenait un peu. On nous a dit que tout le monde était à la cantine de l’Aiguillon, mais moi je me disais qu’ils étaient chez Rémi. Mais les volets étaient fermés.

Là bas, j’ai aperçu Rémi, quel soulagement. Ma fille a couru devant, elle voulait voir sa mamie. Entre temps, des gens m’ont aperçue et reconnue. Yannick LANGE visiblement m’a informé du décès de maman, mais lorsque je suis entrée dans la cantine j’ignorais qu’il y avait eu des morts.

J’ai vu Rémi, un vieillard triste. Je ne trouvais pas ma maman. Remi s’excusait. Le syndrome du survivant… Il disait qu’il n’avait rien pu faire. J’entendais les mots, mais je n’imprimais rien. Je ne comprenais pas. Il m’a dit elle est encore dans l’eau. Et là, j’ai compris. Rémi disait qu’il avait échoué dans sa promesse à mon frère. Il avait juré à mon frère lorsqu’il est mort de prendre soin de sa mère. Il s’excusait encore. Moi, je le remercie, maman n’est pas décédée seule. Ma fille était là, mais je ne m’en suis pas occupée. Mon mari a demandé aux pompiers de prendre en charge les enfants. Rémi était en colère, pourquoi n’ont ils pas fait sonner la sirène des pompiers ? Personne n’a eu d’humanité ce soir là. René Marratier, vous dites que vous êtes un papy, mais ma maman était aussi une mamie. Je suis en colère. Ma maman avait un toit à 3km de là, ils y sont même allés, s’ils avaient su, ils seraient allés chez Rémi ce soir là.

Le Président : Votre mère s’est installés en 2006 ?

La partie civile : En 2002, à l’Aiguillon pour des raisons professionnelles, elle avait un travail à la Mairie. On est des terres nous. Elle a vendu la maison de famille et elle a fait construire sa maison à la Faute sur mer. Elle travaillait encore, elle n’était pas une vieillarde, elle travaillait à temps plein. Elle voulait y passer sa retraite. Cette maison était magnifique. Ils avaient tout prévu pour leurs vieux jours et pour un fauteuil roulant. Elle s’y projetait. Et cette maison était aussi faite pour nous recevoir.

Elle avait même pensé à un nom pour la baptiser, GUITOLOMA, c’est le début des prénoms de tous ses petits enfants. On n’était pas réceptifs, mais ça veut dire beaucoup. Elle voulait un étage au départ.

Le Président : Cette maison était le fruit de toute une vie, elle n’aurait jamais pris le risque de construire sur une zone inondable ?

La partie civile : Non, parce que l’on est des terres. Elle ne savait pas. On ne pensait pas que la rivière pouvait être un risque. Elle avait vendu notre maison de famille, les meubles. Notre vie entière et tous nos souvenirs sont partis avec Xynthia. On était endeuillé. On n’avait pas l’énergie pour laver cette maison. Donc, il ne reste rien de nos souvenirs d’enfance. Car tout était sous la boue. On était des zombies. Jamais elle n’aurait mis ses petits enfants en danger.

Concernant son permis de construire, il date de 5 ans avant juin 2007. Le retard volontairement pris pour faire le PPRI, c’est choquant. Le seul risque exprimé sur son permis était les termites. Alors que des gens savaient, s’ils l’on retardé. Il y a des raisons derrière.

Le Procureur : Que savez-vous de l’histoire du terrain de votre maison ?

La partie civile : Elle a signé son achat le jour de ses 60 ans. Elle a acheté le terrain aux BABIN, son permis de construire a été délivré par Françoise Babin, et la construction a été assurée par Patrick Maslin. Quelle prise en charge…

Je voudrais dire que l’on a fait face à un déni complet des victimes. J’ai aussi reçu la lettre adressée à ma maman lui disant de ne pas entrer dans cette maison. Le facteur n’a pas compris. J’ai éclaté en sanglots. Il y a 29 victimes, ils n’avaient pas de grandes diligences à faire. J’ai reçu une petite couronne. Il n’y avait aucun mot de condoléance, on va peut-être finir par nous croire.

 

Audition de Jean-Loup ROUSSEAU, partie civile :

La partie civile : Je suis ici pour plusieurs raisons, pour mon frère Patrice et son épouse Murielle qui sont décédés. Je suis là aussi pour ma mère qui a perdu son fils de 56 ans et la maman de Murielle qui a perdu sa fille de 56 ans et porc le frère de Murielle. Pour les 3 fils de Patrice aussi, qui sont désespérés et 2 ne voulaient pas venir.

Je ne connais de Xynthia, que ce qu’on m’en a relaté. Moi, j’habite à Paris. J’avais vu le samedi, une alerte tempête. A partit de dimanche, ma mère s’est faite du soucis, comme les parents de Murielle et leurs enfants. L’un était en vacances. Mais en essayant de savoir ce qu’il s’est passé, et en l’absence de réponse, ils ont décidé d’aller à la Faute sur mer. Ils se sont répartis la tâche, l’un cherchait leur père qui devait être chez des amis. On a tous téléphoné. Le lundi, on ne savait toujours rien. Le mardi ? Anthony apprenait que leurs parents étaient décédés et un autre frère s’est chargé des formalités administratives. C’est ma femme au téléphone qui m’a annoncé cela. J’ai quitté mon travail et suis rentré. Quel choc. On a tenté de sauvegarder un maximum d’affaires.

Je suis ici aussi parce que je culpabilise un peu. Lorsque j’ai vu l’alerte rouge, je n’ai pas tenté de joindre mon frère. Je ne l’ai pas averti. Je m’en veux. Je vais me permettre de lire ce qu’une alerte rouge signifie : vigilance rouge, l’attention s’impose, des évènements dangereux son prévus, tenez-vous au courant et respecter les consignes données par les pouvoirs publics.

Il n’y a pas eu de consignes. Tout ce que je sais, c’est que depuis décembre 2008, ils habitaient aux voiliers. Ils trouvaient cela curieux parfois de voir les mats des voiliers de leur salon. Je lui avais demandé : tu es sous le niveau de ma mer ? J’étais inquiet, mais il m’a répondu : t’inquiètes pas je suis protégé par une digne.

Depuis on cauchemarde tous. La maison est épouvantable. J’ai eu l’occasion de revoir les lieux lors d’une commémoration. Monstrueux. La trace d’eau à 15 cm du plafond. Les murs détruits, tout sans dessus dessous.

Pour tous les gens présents à ce moment là, on a vécu une grande solitude, d’avoir été seul pour toutes les démarches. On n’a pas été aidé. Au départ, on leur avait même refusé de faire rapatrier les corps, il s’en est chargé lui.

Lorsque mon frère est allé à l’enterrement, 4 personnes de sa commune sont venues à l’enterrement et l’église était pleine. Il n’y avait pas de représentant de la Faute sur mer. Pas de gerbe.

Il fallait dégager de la maison. La machine à laver a d’ailleurs disparu.

Maître SAINTAMAN: Est ce que ce que vous entendez ici vous aide à comprendre les circonstances du décès ?

La partie civile : Oui, je comprends l’horreur qu’ils ont vécue maintenait.

Maître SAINTAMAN : Votre frère était locataire de Françoise Babin, elle avait délivré le permis de construire, et Patrick Maslin était le constructeur.

La partie civile : Oui, je le savais.

Maître SAINTAMAN : Françoise Babin avait refusé la construction d’un haut vent pour des raisons de sécurité ?

La partie civile : Oui.

Maître SAINTAMAN : Elle aurait pu s’opposer au permis de construire alors. Vous pouvez trouver la carte d’aléa accolée au contrat mais les Babin n’ont donné qu’une information partielle car la carte est en noir et blanc et donc illisible.

Maître ROCHERON-OURY : Les permis de construire étaient validés par la DDE et les permis de construire comportent bien un plan en couleur, contrairement à ce que disent les avocats des parties civiles.

La partie civile : J’habite dans une région à risque : la Loire. Il existe un livre où l’auteur décrit tout dans son livre. Mais le conseil municipal protège ses habitants, une voiture, un porte voix, des affichettes. Alors je ne peux pas entendre qu’il manquait de moyens pour prévenir des gens qui sont en danger.

Je travail dans une entreprise où le risque est le risque d’incendie. On doit donc faire régulièrement des exercices. Et on sait tous comment réagir. On ne refuse pas d’y travailler à cause du risque, mais on sait quoi faire. C’est le bon exemple, quand une alarme sonne tout le monde sort. Ce n’est pas compliqué. Alors il est inadmissible que la municipalité n’ait pas agi.

Maître SEBAN : René Marratier ne nie pas le risque, mais René Marratier dit juste qu’il n’a pas été prévenu du risque. Il n’a jamais dit qu’il ne pouvait pas prendre sa voiture.

 

Les auditions des parties civiles s’achèvent.

 

Le Président : Demain, jeudi 25 septembre, le Tribunal se déplace à la Faute sur mer. Des cars sont à la disposition des parties civiles attendues à 13 h30 devant les Atlantes. Le départ se fera à 14h. Les parties civiles peuvent en bénéficier. Pour ceux qui résident la bas, ils peuvent se rendre sur le site au niveau du mémorial. Vous devez venir avec votre badge. Idem pour les prévenus. Le convoi sera accompagné de la gendarmerie. Le transport est silencieux. Aucun commentaire et aucune mesure ne seront faites. Il est interdit de capter des images durant le déplacement.

Un géomètre expert met en place demain les matérialisations demandées. Cela vise à ce que le Tribunal prenne conscience de la réalité topographique du lieu.

Le convoi sera composé, du Tribunal, puis des prévenus et leurs avocats, des parties civiles et leurs avocats et enfin de la presse.

L’audience débutera à 15h et sera suspendue à la Faute sur mer.

L’audience reprendra Lundi 29 septembre à 14h. Si quelqu’un a constaté des difficultés, il pourra en faire part lors de la reprise de l’audience lundi.

Les avocats sont dispensés de porter une robe durant le déplacement.

L’audience est suspendue.

 

Fin de la journée.

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