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On se demande souvent ce qu’est devenu l’Etat et où il se cache. Cette épine dorsale française fait profil bas depuis qu’elle doit faire front à la coalition de tous ceux qui veulent sa disparition : tenants du libéralisme sauvage, européanistes et toutes les forces insidieuses de la décentralisation. Quand l’Etat revient, on aimerait que ce ne soit pas pour se montrer terrible et implacable comme la statue du Commandeur envers les faibles et ceux qui souffrent : c’est le cas aujourd’hui avec les victimes de la tempête Xynthia.

Le plan d’expropriation des zones noires de La Faute-sur-Mer semble avoir été concocté par un préfet qui aurait fait son stage de préfecture dans la Chine de Mao ou dans l’Ukraine de Staline : la compassion n’est pas sa première langue. Mais n’accablons pas ce fonctionnaire si peu accessible à la détresse humaine, il ne fait qu’obéir aux directives venues d’en haut. Et, pour le coup, l’Etat qui n’hésite pas à appliquer aux victimes innocentes des inondations le principe de la double peine mérite bien d’être appelé le plus froid des monstres froids. On va ajouter à la douleur de ceux qui ont vu leur maison dévastée le malheur de la quitter et de la voir détruite par les bulldozers.

On se demande parfois si les hommes qui nous gouvernent ont un cœur. S’ils ont jamais eu une maison et tous les souvenirs, les bonheurs et les tristesses qui s’y rattachent. Ces pierres inanimées, savent-ils qu’elles ont une âme ? La brutalité avec laquelle on agit avec les habitants de La Faute-sur-Mer, en dépit des tergiversations de M. Borloo, apparaît d’autant plus injuste que c’est l’Etat qui ne s’est pas montré à la hauteur de ses devoirs en abandonnant à des maires laxistes, inconséquents ou affairistes – ou peut-être les trois à la fois – la délivrance de permis de construire dans une zone à risques.

L’Etat a été lâche en délaissant ses prérogatives. Il reprend trop tard du poil de la bête. Qu’il s’interroge plutôt sur son incapacité, en l’occurrence, à protéger l’intérêt général contre les intérêts particuliers : il a été mou quand il fallait être ferme ; il est implacable quand il faudrait simplement être humain. Mais il est peu probable que ces expropriations aient jamais lieu : ce n’est pas seulement sur le corps des vieux habitants de La Faute-sur-Mer agrippés à leurs souvenirs que les bulldozers devront passer, c’est sur le cœur compatissant de tous les Français indignés.

Jean-Marie Rouart

Xynthia: manifestation contre « les zones noires » en Vendée,  le tourisme des curieux

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Jeudi 15 avril 2010

XYNTHIA : DEPOT D’UN REFERE AU TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE NANTES

L’association des victimes des inondations de la Faute-sur-Mer, de l’Aiguillon-sur-Mer et des
environs (AVIF) a déposé ce jour au Tribunal administratif de Nantes une requête en référé,
par l’intermédiaire de son avocate, Maître Corinne LEPAGE, associée du cabinet HUGLO
LEPAGE & ASSOCIES CONSEIL.

Cette requête a pour objectif d’obtenir en urgence la communication :

– des études ayant servi de fondement à la détermination des « zones noires », et des « zones
jaunes », sur les communes de LA FAUTE-SUR-MER et de L’AIGUILLON-SUR-MER ;

– des études démontrant que les moyens de sauvegarde et de protection des populations
s’avèrent plus coûteux que les indemnités d’expropriation, conformément aux dispositions de
l’article L. 561-1 du Code de l’environnement ;

– des études et décisions relatives à l’entretien des digues le territoire des communes de LA
FAUTE-SUR-MER et de L’AIGUILLON-SUR-MER ;

– des études et décisions relatives à l’élaboration du Plan de Prévention du Risque Inondation
(PPRI) sur le territoire des deux communes ;

– des mesures adoptées afin de prévenir les conséquences dommageables dès l’alerte donnée
par Météo France le 26 février 2010 annonçant la tempête Xynthia ;

– de l’étude réalisée en octobre 2008 par la DDE de la VENDEE, relative aux risques
d’inondation sur les communes de L’AIGUILLON-SUR-MER et de LA FAUTE-SUR-MER.

600 personnes se sont mobilisées ce dimanche après-midi, à La Faute et à L’Aiguillon, pour contester «l’action de l’Etat, sans concertation», concernant les zones noires délimitées dans les deux communes après les inondations liées à Xynthia. Deux fois plus nombreux que la semaine dernière, les manifestants ont procédé à un lâcher de 600 ballons pour «aider à réaliser le nombre de maisons à détruire que cela représente rien que sur La Faute». René Marratier, maire de La Faute, et Maurice Milcent, maire de L’Aiguillon, ont exprimé un soutien public aux manifestants. Ce dernier a toutefois précisé : «Je me bats pour avoir des explications et pour ce qu’il est possible d’obtenir, pas pour l’impossible qui n’est pas raisonnable.»

ofredac (lr)
Ouest-France

Quatre cents habitants de La Faute et de L’Aiguillon ont exprimé leur colère, hier.Mais le préfet n’a rien cédé.
La déception des 400 manifestants était grande, hier, à 18 h, à la sortie de la délégation composée de quelques sinistrés et d’élus. « Le préfet a du caractère, nous aussi, commentait, à la sortie, Maurice Milcent, le maire de L’Aiguillon, les traits tirés. On se bat toujours pour la révision des zones noires et sauver les maisons où il n’y a pas eu d’eau. » René Marratier, maire de La Faute, la commune la plus endeuillée avec 29 morts, est déterminé comme jamais. « Si l’on rase toutes ces maisons, notre commune est condamnée. »

Au final, le face à face État/sinistrés n’a débouché sur rien de concret. Au grand dam des habitants, remontés contre les ministres venus faire la veille « la pédagogie du zonage ». « On nous parle de zones solidaires au lieu de zones noires… Bien, mais ça change quoi, demande Jean-Claude Pénicaud, un habitant de La Faute-sur-Mer. Rien. Nos maisons, ils veulent quand même les raser. » Il jure que l’on ne le fera pas partir d’ici, « sauf les pieds devant ».

Jean-Pierre Gallais, autre sinistré, raconte son histoire kafkaïenne. La veille de l’annonce des zones noires, le 8 avril, il se tenait prêt « à soutenir des sinistrés qui risquaient de perdre leurs maisons inondées ». C’est pourtant lui qui s’est retrouvé du mauvais côté du trait, « avec 10 centimètres d’eau ».

Les sinistrés expriment leur incompréhension sur les panneaux bricolés pour la manif. Le président du conseil général, qui soutient l’État, est la cible de quelques attaques en règle. « Touché par Xynthia, coulé par l’État, abandonné par Villiers », a écrit celui-ci. Une autre manifestation est prévue aujourd’hui à L’Aiguillon.

Philippe ECALLE.

Lefigaro.fr
16/04/2010 | Mise à jour : 09:09 Réactions (9)
Ségolène Royal a une nouvelle fois attaqué ce matin le plan de zonage défini par l’Etat en Charent-Maritine et en Vendée, après le passage de la tempête Xynthia. « Nous avons subi une catastrophe terrible, un désarroi considérable […]. Un deuxième coup nous est arrivé sur la tête avec ce zonage décidé de manière unilatérale », a déclaré la présidente PS de la région Poitou-Charentes. Selon elle, « il faut respecter les gens qui sont dans la souffrance […]. Ce qu’il faut maintenant, c’est suspendre ce plan de zonage ».

Après la visite sur le terrain de Jean-Louis Borloo, Ségolène Royal a reconnu que la situation avait « bougé ». « Nous nous en plaignons pas », a-t-elle dit. Mais « il faut engager les travaux sur les digues, monsieur Borloo n’en a pas parlé ; l’Etat n’a pas entretenu les digues, nous demandons que ces travaux puissent commencer », a-t-elle nuancé. « Le problème reste entier, il y a eu une parole d’apaisement, ce qui est déjà pas mal. Il faut franchir l’étape suivante, la suspension du zonage, l’ouverture de discussions et d’expertises contradictoires », a jugé Ségolène Royal.

La présidente PS de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, les maires de 33 communes de Charente-Maritime ainsi que sept associations de défense des victimes de Xynthia ont demandé mercredi à Bourcefranc-le-Chapus «la suspension du zonage».

Dans une lettre ouverte, adressée à Nicolas Sarkozy et à François Fillon, les signataires demandent notamment la suspension «du zonage et l’ouverture immédiate d’une concertation des maires et des associations avant un nouveau zonage sur la base d’une expertise contradictoire non contestée», a expliqué Ségolène Royal.

Ce courrier comporte trois autres demandes: le déblocage immédiat des fonds promis, le respect du principe de rapidité afin que «chaque personne soit reçue individuellement pour connaître le montant des indemnités auxquelles elles peuvent prétendre» et «l’engagement d’un plan d’urgence des travaux sur les digues», a détaillé la présidente PS du conseil régional.

Elle a tenu à rappeler que, jusqu’à présent, «il n’y a pas le premier euro qui est arrivé dans les communes au titre des indemnisations d’urgence».

Ségolène Royal a par ailleurs annoncé la mise en place par la région d’«un dispositif juridique de soutien pour les communes et les associations d’habitants».

Le député-maire (UMP) de Châtelaillon-Plage (Charente-Maritime), Jean-Louis Léonard, a qualifié aujourd’hui de « strictement inapplicable » la mise en oeuvre après la tempête Xynthia de « zones noires » dont le périmètre a été confirmé par le Premier ministre François Fillon.

« C’est strictement inapplicable, et dans dix ans on aura toujours des gens qui habiteront dans les zones noires », a indiqué à l’AFP M. Léonard, dont la commune abrite une partie du village des Boucholeurs, où plusieurs maisons ont été classées en « zone noire » décrétée inhabitable.

« Il va y avoir un certain nombre d’adaptations pour des raisons strictement techniques car le tracé est tellement absurde et il va y avoir une somme de contentieux », a ajouté le député.

« Je comprends que ce soit très difficile pour un gouvernement de désavouer les services de terrain, mais nous avons mis en évidence un certain nombre d’aberrations qui démontrent que le travail était soit mal commandé soit bâclé », a-t-il ajouté.

AFP

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Le tracé des « zones noires » que contestent les propriétaires concernés par les démolitions prévues après la tempête Xynthia a été fait après des études menées par des ingénieurs et des techniciens de l’Equipement (dont la DDTM et la DREAL).

Pour identifier les zones présentant un danger pour la vie humaine, les experts ont notamment utilisé des photographies satellitaires faites pendant la tempête du 28 février, fait des relevés sur le terrain et échangé avec les maires des communes concernées, selon des informations fournies par les préfectures de Vendée et Charente-Maritime.

La définition des zones a été faite selon une méthode établie au plan national et appliquée au niveau départemental, en combinant plusieurs critères :

+ La hauteur et la vitesse de l’eau constatées pour chaque zone lors de la tempête

+ La proximité de digues et leur état, exposant certaines habitations à une inondation brutale

+ La topographie des sites lorsqu’elle aggrave les effets de l’inondation (cuvettes) ou rendent impossible les évacuations d’urgence

+ La possibilité de se protéger avec l’aménagement de refuges dédiés ou l’établissement de zones de repli accessibles par des chemins hors d’eau.

À cela s’ajoutent en Vendée :

+ la prise en compte de l’histoire, avec la cartographie de trois inondations provoquées par des tempêtes en 1877, 1940 et 1941

+ La prise en compte de risques supplémentaire comme la crue du Lay, la rivière qui sépare les communes de la Faute-sur-mer et de l’Aiguillon sur Mer « qui n’était pas en niveau de crue maximale au moment de la tempête », selon préfecture.

+ Le niveau de marée exceptionnelle car « le 28 février dernier, il y avait un fort coefficient mais pas une marée exceptionnelle qui aurait pu entraîner des inondations encore plus importantes », selon la même source.

+ L’usure du cordon dunaire qui protège la commune de la Faute sur-Mer

+ La nécessité d’avoir des secteurs homogènes pour l’intervention des secours en cas d’inondation

Au terme des études, deux types de zones ont été identifiées :

+ Les « zones noires », présentant un danger avéré de mort dans lesquels les maisons seront rasées et les habitants relogés. Au total, 1.510 logements ont été classés dans cette catégorie, 915 en Vendée et 595 en Charente-Maritime.

+ les « zones jaunes », présentant un risque pouvant être maîtrisé par des prescriptions complémentaires, avec la mise en place d’un programme de protection sur la base de systèmes d’alerte et d’évacuation, de prescriptions techniques pour les bâtiments ou de protections collectives.

Le cabinet d’avocats de la député européenne Corine Lepage défend les sinistrés qui veulent continuer à habiter en zone inondable
ENTRETIEN
Corinne Lepage, avocate, députée européenne et présidente de Cap 21 .

La Croix : Votre cabinet d’avocats Huglo-Lepage défend des sinistrés qui veulent continuer à vivre en zone inondable. N’est-ce pas en contradiction avec vos convictions écologiques ?

Corinne Lepage : La construction en zone inondable est une aberration contre laquelle je me bats depuis de longues années. Cela n’empêche pas qu’il faille gérer les états de fait et étudier la situation des sinistrés. Et cette situation est compliquée.

Parmi les personnes qui veulent rester à La Faute-sur-Mer ou à L’Aiguillon-sur-Mer, certains sont propriétaires de maisons très anciennes, d’autres de maisons plus récentes qui ont été construites dans une zone à risques dont l’aléa inondation a été qualifié de « faible à moyen » dans les documents d’urbanisme et les actes de vente. Cela signifie qu’ils peuvent avoir les pieds dans l’eau.

S’il y a de fait un risque vital, personne n’a envie de mourir. En revanche, tout le monde veut comprendre pourquoi des maisons qui n’ont pas été inondées se retrouvent en zone noire et doivent être détruites, alors que d’autres qui ont été inondées seront maintenues.

Mais cette fois-ci l’État ne se montre-t-il pas exemplaire ?

Je ne suis évidemment pas contre une politique d’interdiction dans les zones à risques. Et je ne dis pas qu’une telle politique n’est pas fondée. Mais, pour l’instant, elle n’est absolument pas justifiée. Nous ne disposons pas des documents qui détaillent les critères retenus pour délimiter ces zones noires. Vous pouvez exiger des habitants qu’ils fassent le sacrifice de leur maison si vous leur expliquez précisément pourquoi. Or, l’État a dit, avec une extrême brutalité : « Vous allez démolir. »

Qu’aurait-il dû faire ?

L’État aurait dû agir de manière concertée avec les élus et les associations et procéder par étapes : déterminer des zones à risques et reloger les habitants le temps que soient menées les études nécessaires pour apprécier au cas par cas s’il faut ou non démolir. C’eût été une démarche légale. Et la réaction des habitants aurait été moins violente.

Voulez-vous dire que les zones noires ne sont pas légales ?

On peut s’interroger. Il y a deux fondements juridiques possibles, les PPRI, ou plans de prévention des risques d’inondations, et la loi Barnier de 1995. À La Faute-sur-Mer, un PPRI provisoire a été adopté en 2007 qui permettait d’interdire de construire et d’habiter dans certaines zones. Mais, faute de plan définitif, il n’autorise pas à démolir. De plus, ce plan ne comportait aucune préconisation pour construire en zone inondable. Autre souci, les zones noires retenues ne coïncident pas avec les zones rouges inscrites dans ce PPRI.

Deuxième fondement juridique : la loi Barnier de 1995, qui crée un fonds d’indemnisation et permet à l’État d’exproprier lorsqu’il y a risque vital en raison de menaces d’éboulement, d’affaissement ou de crue torrentielle. Premier problème, le risque de submersion marine n’était pas prévu. Mais admettons qu’il le soit, il faut aussi apporter la preuve qu’il est plus onéreux de faire les travaux d’adaptation des habitations que de les détruire. La loi, en outre, prévoit d’organiser une enquête publique avant publication de l’arrêté d’expropriation.

Affirmer sans dossier et sans enquête publique que des maisons seront démolies est pour le moins hardi. Rien n’indique que la loi est correctement appliquée. On est dans la précipitation et l’invention juridique, sur fonds de capharnaüm politique avec une multiplication de déclarations contradictoires sur ces zones noires révisables ou intangibles.

Celles-ci ont-elles un avenir ?

Localement, il y aura des destructions, mais, si les limites des zones noires ne doivent pas bouger, il faudra de sérieux arguments pour le justifier. Et si on entre dans cette logique de zones noires, c’est toute la politique française de gestion des risques, restée virtuelle depuis vingt ans, qui doit être revue, non seulement dans les zones inondables, où il serait bon que l’on finisse par appliquer les PPRI, mais aussi dans les zones à risque industriel, où les mêmes plans de prévention n’avancent pas d’un pouce.
Recueilli par Marie VERDIER

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

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Débat avec PPDA sur FR3 (wmv)

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