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Le camping municipal de la Faute-sur-Mer doit être évacué

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Vue aérienne des mobile homes de la Faute-sur-Mer les pieds dans l’eau, le 3 mars
© AFP/Bertrand Guay

AFP
19/03/2010 | Mise à jour : 15:21

Un arrêté préfectoral a mis en demeure d’évacuer « d’ici le 15 avril dernier délai » et « aux frais de la commune » le camping municipal de La Faute-sur-Mer, submergé par la tempête Xynthia et construit illégalement sur le domaine maritime.

Selon l’arrêté préfectoral du 15 mars affiché à l’entrée du camping, qui fait suite à un courrier adressé le 4 mars au maire de La Faute-sur-Mer, René Marratier, par le préfet de la Vendée, Jean-Jacques Brot, le maire est mis en demeure « de faire évacuer, aux frais de la commune, d’ici le 15 avril 2010 dernier délai » l’ensemble des biens présents sur le site.

Le camping municipal « Côte de Lumière », d’une capacité de 480 places, existe depuis plus de 40 ans, mais il a été installé de façon « illégale » sur le domaine maritime, selon la préfecture.

Les usagers du camping ont été alertés par courrier le 10 mars, mais selon eux ils se retrouvent seuls pour gérer la situation.

« Il nous faut un gros coup de main, on n’a aucune aide, nous sommes preneurs de toutes les bonnes volontés car je ne vois pas comment on peut réussir pour le 15 avril », a expliqué à l’AFP Michelle Verinaud, présidente de l’association des usagers.

« L’arrêté empêche les bénévoles de pénétrer sur le camping, ainsi que les véhicules. Alors les gens viennent rechercher leurs petites affaires, ce qu’ils peuvent, avec des brouettes, mais c’est très dangereux », assure la présidente qui souhaiterait que la préfecture autorise bénévoles et véhicules des propriétaires à pénétrer dans le camping afin de faciliter l’évacuation.

« Nous avons 200 mobile homes sur le camping, mais c’étaient (pour les occupants) des petites maisons: ils avaient installé des haies, des terrasses, parfois des cabanons, le plus ancien y vient depuis 43 ans, c’est une population âgée pour la moitié d’entre eux de plus de 70 ans », explique-t-elle.

Seule avancée vendredi, l’arrivée d’un quad avec remorque fourni par la mairie pour aider les usagers du camping, précise Mme Verinaud.

En raison de l’âge avancé des mobile homes, les occupants « sont très mal indemnisés. Certains ont mis toutes leurs économies ici et l’argent va passer dans le remorquage ou la destruction du mobile home, au maximum certains espèrent toucher des assurances 3.500 euros », note la présidente.

La quasi-totalité des 29 morts de la tempête en Vendée résidaient à la Faute-sur-Mer.

Des piles de matelas sur les trottoirs, des montagnes de meubles dans les jardins : deux semaines après la tempête Xynthia, qui a fait 53 morts en France et dévasté des centaines de maisons dimanche 28 février, le soleil n’a pas fini de sécher les côtes ravagées de Charente-Maritime et de Vendée. Mais pendant que les milliers de maisons inondées sont vidées et récurées, chacun sait que le débat sur l’urbanisation intensive de ce littoral à risque ne fait que commencer.

Muni des résultats de l’enquête commandée pour déterminer les causes de la catastrophe, le président de la République, Nicolas Sarkozy, doit se rendre dans ces deux départements, mardi 16 mars, pour préparer « les décisions destinées à améliorer leur protection contre les aléas naturels dans les années à venir ».

Les maires ont été sévèrement mis en cause, au lendemain du drame, pour avoir développé leur commune dans des zones inondables. Le préfet de Vendée, Jean-Jacques Brot, entré en fonction deux semaines seulement avant la tempête, a eu des mots très durs contre des municipalités accusées d’avoir ignoré les mises en garde répétées des services de l’Etat.

Alors que l’Assemblée nationale comme le Sénat envisagent de former des commissions d’enquête, les élus locaux refusent de porter seuls le chapeau. « C’est toute une chaîne de responsabilités qui est en cause. L’Etat, les municipalités, les promoteurs, les propriétaires, les assureurs : tout le monde connaissait les risques », résume le maire de La Tranche-sur-Mer, Serge Kubryk, qui prépare une communauté de communes avec La Faute-sur-Mer et L’Aiguillon-sur-Mer, les deux villages les plus durement touchés de Vendée.

Si les municipalités ont à tout le moins manqué de prudence, les critiques virulentes de la préfecture masquent aussi un réveil bien tardif des services de l’Etat. Pour sa défense, la préfecture de Vendée brandit aujourd’hui le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) élaboré par sa direction départementale de l’équipement (DDE), dont les communes auraient retardé l’application. La Faute-sur-Mer, où 29 habitants ont péri noyés, y apparaît presque entièrement en rouge, couleur synonyme d’interdiction de construire en raison d’un risque majeur. L’Aiguillon-sur-Mer, de l’autre côté de l’estuaire du Lay, affiche une bonne quantité de bleu foncé – risque important – et deux vastes zones rouges, dont la pointe de l’Aiguillon, superbe décor sauvage aujourd’hui dévasté où 250 maisons ont été construites, pour la plupart en toute illégalité, depuis les années 1950.

Problème : ce document n’a été élaboré qu’en 2008, alors que l’urbanisation était déjà largement achevée. « Jusque-là, nous avions pour référence un PPRI daté de 2002, d’après lequel L’Aiguillon ne compte aucune zone rouge et où les lotissements de La Faute sont en bleu clair », témoigne le maire de L’Aiguillon, Maurice Milcent, en étalant la carte sur son bureau. C’est d’ailleurs toujours ce document qui fait foi, le nouveau PPRI n’ayant pas encore été soumis à l’enquête publique, en raison notamment de l’opposition du maire de La Faute, René Marratier.

« En toute légalité »

« On peut se demander quel était le sens d’inscrire en zone rouge des parcelles déjà entièrement couvertes de lotissements », observe Joël Sarlot, vice-président du conseil général de Vendée et président du Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement. D’autant plus, ajoute M. Kubryk, que toutes les constructions ont été menées avec la bénédiction des services de l’Etat : « Non seulement, la DDE ne s’est pas opposée aux permis de construire, mais dans de petites communes comme La Faute-sur-Mer, c’est la DDE elle-même qui instruit directement ces permis. L’Etat connaissait donc parfaitement la situation. »

Il savait, ainsi, que les lotissements de la « cuvette » de La Faute-sur-Mer étaient bâtis à 3,70 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer, quand le dossier départemental des risques majeurs établi par la préfecture stipule un niveau minimum de 4 mètres.

« Le vrai drame, c’est que l’essentiel des constructions ont été faites en toute légalité, analyse un responsable régional du littoral. C’est une succession d’erreurs collectives, face à une demande d’urbanisation colossale et à d’énormes intérêts économiques. » Une situation moins facile à résoudre que la recherche d’un coupable.

Grégoire Allix

>LA ROCHE-SUR-YON, 14 mars 2010 (AFP) – 21h21

A La Faute-sur-Mer, commune ravagée par la tempête Xynthia où la majorité des 29 victimes vendéennes ont été dénombrées, l’UMP arrive très largement en tête avec 47,02%, et Europe Ecologie à l’inverse réalise un score très bas, en quatrième position avec seulement 6,18%. Dans cette commune à l’urbanisme effréné, où l’impact de la tempête a profondément marqué les habitants, la liste PS est en deuxième position avec 29,14%, et la liste FN en troisième position (8,17%). Le maire de la Faute-sur-Mer, René Marratier, est sans étiquette. Même résultat, en moins marqué tout de même dans la commune voisine l’Aiguillon-sur-Mer, elle aussi douloureusement marquée par le passage de Xynthia: la liste UMP est largement en tête (39,57%), Europe-Ecologie est en quatrième position avec 8,46% des votes, derrière le Front national (11,72%), et le PS (31,91%).

Par LAURENT JOFFRIN Directeur de Libération

L’Etat central n’a pas toujours tort… C’est devenu une figure obligatoire du discours public que de prêcher la décentralisation des compétences, de critiquer l’administration «lointaine», le «pouvoir de Paris», la «rigidité» des règles nationales, trop uniformes, abstraites, aveugles aux réalités locales. L’exemple de La Faute-sur-Mer, lieu d’un drame humain cruel et évitable, fournit à ces idées toutes faites un parfait contre-exemple. La reconstitution des origines exactes de la tragédie, que nous livrons ici en exclusivité, montre que c’est l’autorité administrative étatique, celle du préfet en l’occurrence, qui avait vu juste et que c’est le pouvoir local qui s’est gravement fourvoyé. Plus neutre, plus impartial, soucieux de la sécurité autant que des impératifs communaux, les responsables préfectoraux avaient clairement indiqué à l’avance les risques encourus par ceux qui ont voulu construire là où il ne fallait pas. L’enchevêtrement des intérêts au sein de la commune, appuyé sur la légitimité de l’élection, a eu raison de ces avertissements raisonnables. Il eût fallu, pour prévenir l’accident, que l’administration imposât sa décision aux élus locaux. On n’aurait pas manqué, dans ce cas, de dénoncer une ingérence inadmissible. Alors qu’on n’est pas loin, aujourd’hui, de reprocher à la même administration une abstention qu’on avait exigée à l’époque au nom de l’autonomie locale. Le jacobinisme, si souvent dénoncé, est aussi une manière de faire prévaloir l’intérêt collectif. On l’oublie trop souvent.

Article paru le 12 mars dans le journal Libération.

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Deux semaines après la tempête Xynthia, les interrogations demeurent sur la frénésie immobilière des élus de La Faute-sur-Mer, qui ont autorisé la construction de lotissements dans une zone soumise à des risques de «submersion marine» mentionnés par certains permis de construire signés de leur main (voir fac-similé ci-dessous). Etait-il prudent de construire en contrebas d’une digue sur des terrains situés dans une «cuvette», terme employé par le secrétaire d’Etat au Logement, Benoît Apparu ?

Des documents en notre possession font apparaître que l’adjointe en charge de l’urbanisme, Françoise Babin, ou des membres de sa famille, avaient des intérêts personnels directs dans ces opérations. Sont concernés les lotissements des Voiliers et des Doris, où ils possédaient des terrains, et qui figurent parmi les zones les plus meurtries par la tempête. Xynthia a fait 27 morts à La Faute-sur-Mer dans la nuit du 27 au 28 février. Un médecin urgentiste de l’Hôpital de Fontenay-le-Comte (Vendée), propriétaire d’une résidence secondaire, a perdu sa femme, sa mère et deux de ses enfants dans le quartier des Voiliers, contigu à celui des Doris.

Champignons. Près d’une centaine de pavillons ont été édifiés dans ces deux zones depuis une dizaine d’années. Un activisme immobilier pour le moins imprudent, au vu de la topographie des lieux et des risques de submersion. L’autorisation de lotir aux Doris (84 terrains à bâtir) a été signée par le maire, René Marratier, le 1er octobre 1999. Puis, les permis de construire sont allés bon train et les maisons ont poussé comme des champignons sur des terrains où, jadis, broutaient des vaches.

L’histoire de ce lotissement mérite d’être racontée tant charge d’élu et intérêts particuliers semblent entremêlés. Tout commence par une réunion du conseil municipal de La Faute-sur-Mer, le 11 juillet 1996, qui doit délibérer sur l’aménagement urbain dans lequel s’inscrit le projet des Doris. «Mme Babin étant directement concernée par l’objet de la délibération qui va suivre, elle quitte la salle et ne prend part ni à la discussion ni au vote», peut-on lire dans un compte rendu des délibérations du conseil municipal que s’est procuré Libération. Les élus prennent connaissance des documents d’urbanisme. «Chacun estime que ce schéma trouve tout à fait sa place dans ce secteur puisqu’il est urbanisé de part et d’autre.» Le projet est approuvé«par quatorze voix pour, et une abstention». Aucun vote contre. Le lotissement est réalisé par une association foncière urbaine (AFU) dans laquelle Françoise Babin a des parts avec quatre autres associés. Dans les années qui suivront, en tant qu’adjointe au maire chargée de l’urbanisme, elle signera plusieurs permis de construire pour l’édification de maisons dans ce lotissement.

Clés en main. Viennent ensuite les Voiliers, «lotissement réalisé par la SARL Les Voiliers représentée par M. Babin Philippe […] en vue de la réalisation de 35 lots à usage d’habitation», indique l’autorisation, signée 11 décembre 2002 par le maire. Philippe Babin est le fils de l’adjointe. Dans cette opération, il est propriétaire des terrains et parfois promoteur immobilier. Il vend des espaces ou des maisons en Véfa (vente en état futur d’achèvement), autrement dit clés en mains. Là encore, des permis de construire délivrés sur ce lotissement portent la signature de sa mère.Nous avons tenté de joindre l’élue, sans succès. Philippe Babin, en revanche, nous a précisé que «toutes ces constructions ont été réalisées conformément aux règles qui ont été validées lors de la constitution de ces lotissements». Il souligne que les permis de construire étaient instruits par la DDE, qui propose au maire de les accepter ou de les refuser. «On n’a pas tiré avantage de la situation», dit-il.

Sur un permis de construire que s’est procuré Libération, daté de décembre 2007 et signé par Françoise Babin, apparaît la mention suivante : «Le terrain du projet est situé dans une zone d’aléa moyen à fort de submersion marine», conformément «à l’arrêté préfectoral […] du 12 juillet 2007». C’est à partir de cette date, en effet, que les préfets qui vont se succéder en Vendée s’inquiètent de la dangerosité du secteur, et tentent d’imposer aux communes de La Faute-sur-Mer et de L’Aiguillon-sur-Mer un plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) prévoyant notamment la création de zones rouges où il serait interdit de construire. Mais les services de l’Etat se heurtent à la résistance des élus, focalisés sur le développement de l’activité touristique et économique de leurs communes, qui avait pour corollaire une activité immobilière débridée (Libération du 8 mars). Pour cette raison le PPRI n’a toujours pas été validé à ce jour. Il reviendra peut-être à la justice de dire s’il y a eu «prise illégale d’intérêt» de l’adjointe au maire pour les opérations immobilières dans lesquelles elle et sa famille étaient concernées.

Deux semaines après le drame de la tempête Xynthia, des questions relatives à la responsabilité de l’Etat et des collectivités locales sont posées. En Vendée, des rapports de préfecture révèlent en effet que les dangers d’inondations étaient prévisibles dans les zones les plus touchées par la tempête.

En 2006, le préfet de la Vendée de l’époque, Christian Decharrière, avait adressé une lettre au maire de la commune de La Faute-sur Mer, commune la plus touchée par la tempête, en précisant que la commune se trouvait totalement concernée par les risques de submersion marine et qu’elle restait à ce jour mal protégée.
Or, en vertu des articles L 2212-25, L 2212-4 et L 2215-1 du Code Général des collectivités territoriales, le maire de la commune de La Faute-sur-Mer et la Préfecture de Vendée avaient pour obligation d’agir au titre de leurs pouvoirs de police générale.
Les conséquences sont claires : les habitants des constructions inondées ou leurs assurances pourraient ainsi prétendre à obtenir réparation de leur préjudice pour obtenir réparation de leur préjudice.

Reste donc à attendre le rapport qui sera envoyé au Président de la République sur les causes de la catastrophe….

Audrey GREGUS
Juriste

Enquête

Dans cette commune, où la tempête a fait 27 morts, l’Etat s’est souvent heurté aux élus, en prônant plus de prudence dans les zones inondables.

Par TONINO SERAFINI

La Faute-sur-Mer le 2 mars 2010.

La Faute-sur-Mer le 2 mars 2010. (© AFP Frank Perry)

Après le désastre humain de la tempête Xynthia qui a fait 27 morts sur la seule commune de La Faute-sur-Mer et 29 au total en Vendée, la recherche des responsabilités a commencé. Dans une ambiance tendue. Car depuis plusieurs années, c’est le bras de fer au sujet des zones inondables entre services de l’Etat et élus locaux.

Au centre de la polémique, la question récurrente de l’urbanisation de cette commune, qui comptait 151 habitants en 1929, mais 1 035 aujourd’hui, et pas moins de 40 000 l’été, grâce à une construction massive de résidences secondaires.

Une urbanisation incontrôlée, vu les risques de «submersion marine» ? Des documents que s’est procurés Libération, montrent qu’à partir de 2006, les services de l’Etat ont tenté de faire prévaloir un développement plus prudent. Mais ils se sont souvent heurtés à l’opposition des maires de la Faute-sur-Mer et de l’Aiguillon-sur-Mer, l’autre commune frappée par la tempête avec 2 morts. Les documents, lettres et comptes rendus de réunions notamment, montrent des élus focalisés sur la défense des intérêts bien compris de propriétaires de terrains à bâtir dans leurs communes. Les prix de ces parcelles varient dans une fourchette de 70 000 à 155 000 euros. Mais s’ils sont déclarés non constructibles, ils ne valent plus rien. C’était le cas de certaines parcelles classées en zone rouge par le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) que tentaient d’imposer les services de l’Etat.

A la Faute-sur-Mer, parmi les propriétaires de terrains, figure la famille Babin, comme le prouvent des actes notariés. La mère, Françoise Babin, est adjointe au maire, chargée de l’urbanisme. Son fils, Philippe Babin, est agent immobilier et promoteur. La SARL Babin, qui possède l’Agence de la Plage, a réalisé, notamment sur les terrains de la famille, des lotissements dans les rues de l’Ostréa et du Chasse-Marée au début des années 2000. Et plus récemment le lotissement des Voiliers, dont des maisons ont été livrées en 2008. La question du conflit d’intérêts peut légitiment être posée sur ces opérations.

«Cuvette». Libération s’est rendu vendredi à l’Agence de la plage pour tenter de recueillir la réaction de Philippe Babin. Refus. Une tentative de contact téléphonique à son domicile, hier, n’a pas davantage abouti. Pour sa part, René Marratier, maire de la commune depuis 1989, nous a indiqué qu’il n’y avait «absolument pas» eu de conflits d’intérêts dans toutes ces opérations immobilières. Et n’a pas souhaité s’étendre sur les questions d’urbanisation dans les zones indondées. Dans les secteurs des Voiliers ou de la rue de l’Ostréa, on compte de nombreux morts. Mais ces maisons, comme d’autres édifiées bien avant dans les rues avoisinantes, ont été réalisées en zone bleue, c’est-à-dire en zone constructible. On se demande comment tout ce secteur, coincé entre l’estuaire du Lay (délimité par une digue) et la mer, a pu être déclaré urbanisable. Force est de constater que jusqu’en 2007, l’Etat comme les élus locaux, ont laissé faire. D’un point de vue topographique, cette zone est une véritable «cuvette», selon les termes de Philippe de Villiers, président du conseil général de Vendée. Si l’eau passe au-dessus de la digue (ce qui a été le cas), les maisons se retrouvent dans un lac avec de l’eau qui monte jusqu’au niveau des gouttières de toit.

Ce n’est qu’à partir de 2006-2007 que l’Etat a commencé à y regarder de près, en voulant imposer un PPRI. Conséquence du plan : des terrains encore disponibles se sont retrouvés en zone rouge et donc inconstructibles. Au grand dam des élus locaux. comme le prouvent trois lettres adressées aux préfets successifs, par René Marratier, et dont Libération s’est procuré une copie. «Avez-vous pensé aux propriétaires pour qui ces terrains représentent le fruit d’une vie de travail et qui du jour au lendemain n’ont plus rien ?» s’insurge le maire de la Faute-sur-Mer dans un courrier de mars 2007. «N’y a-t-il pas là purement et simplement spoliation du bien en question ?» Plus loin, il stigmatise les services de l’Etat, «qui décident des mesures à prendre sans tenir compte de l’avis des élus qui eux sont sur le terrain et connaissent parfaitement les lieux».

«Report». Des lettres du même acabit sont envoyées en janvier 2008 et en octobre 2009. Dans cette dernière, le maire fait part de ses «plus vives réserves quant à l’application des mesures préconisées dans le cadre du PPRI». Raison de sa contestation ? «Depuis plus d’un siècle qu’elles existent, les digues situées sur la commune n’ont jamais cédé». L’Etat de son côté tient à graver le PPRI dans le marbre, jugeant que les communes de l’Aiguillon et de la Faute sont «fortement exposées à des phénomènes de submersion marine» (lire ci-contre). Exactement ce qui s’est produit. Très remonté contre le plan, le conseil municipal de la Faute-sur-Mer ira jusqu’à adopter le 10 novembre 2009 une délibération demandant le «report de trois mois» de l’enquête publique qui l’accompagne. Après coup, la catastrophe a montré qu’il y avait urgence en effet. La question du devenir de ce quartier, meurtri et toujours exposé, demeure.

Par Angélique Négroni


Crédits photo : AFP

Le rapport sur la tempête Xynthia doit être remis à Nicolas Sarkozy très prochainement. Il établira les responsabilités dans la catastrophe.

Près de quinze jours après la tempête Xynthia, à l’origine de 53 morts, le prérapport sur les causes de la catastrophe doit être remis dans les prochains jours au président de la République. Les digues qui ont cédé seront recensées afin d’entreprendre des travaux en urgence. Les règles d’urbanisme sur le littoral ainsi que les plans de prévention des risques d’inondation seront au cœur de la réflexion. Un rapport final est attendu dans deux mois. Leurs auteurs sont retournés à La Faute-sur-Mer, en Vendée, la commune la plus touchée par la tempête. Ici, les inondations ont causé la mort de 29 personnes. Retour sur un drame que certains estimaient «prévisible».

Un danger identifié

Dès 2001, des études menées par la préfecture de Vendée soulignent les risques d’inondation. Une lettre du préfet de l’époque, Christian Decharrière, adressée au maire de La Faute-sur-Mer, le rappelle en 2006 : «Votre commune se trouve totalement concernée par les risques de submersion marine et reste à ce jour mal protégée.»

Deux ans plus tard, nouvelle mise en garde. La direction départementale de l’équipement indique dans un rapport : «La zone de l’estuaire du Lay est la zone la plus dangereuse du département.» C’est sur ce petit territoire, coincé entre l’océan et le fleuve, qu’a été érigé le village de La Faute-sur-Mer.

L’opposition entre l’État et les élus

À la menace d’un danger, les élus opposent le dynamisme économique de leur commune. «Le tourisme est la grande affaire de la région», souligne Jean Renard, professeur de géographie et spécialiste du littoral vendéen. Les terres agricoles se sont transformées peu à peu en zones constructibles. «Construite sur de vastes espaces gagnés sur la mer», La Faute-sur-Mer compte aujourd’hui 1 200 habitants en hiver et 40 000 en été. Alors, quand le préfet veut interdire le camping de la commune en 2006, la population descend dans la rue. Depuis 2001, le représentant de l’État tente surtout de mettre en place un plan de prévention des risques d’inondations qui va rendre certains terrains inconstructibles. Les négociations avec les élus s’éternisent. À l’issue de multiples réunions et échanges de lettres, l’État décide de passer en force, six ans plus tard, en imposant certaines mesures limitant la construction. «Nous ne sommes plus au temps de Napoléon, explique un haut fonctionnaire. Aujourd’hui, l’autorité de l’État se discute.» Le maire de La Faute, René Marratier, s’insurge : «Avez-vous pensé aux propriétaires pour qui ces terrains représentent le fruit d’une vie de travail et qui du jour au lendemain n’ont plus rien ?» écrit-il au préfet en mars 2006. Pour le président du conseil général, Philippe de Villiers, la délivrance des permis de construire ne devrait plus être confiée aux maires, soumis à une trop forte pression. Ou devrait être soumis à un meilleur contrôle de l’État, ce que devrait recommander le rapport.

Des digues contestées

Ces remparts sont au cœur de la polémique. La digue est de La Faute-sur-Mer «n’a jamais fait l’objet d’un diagnostic approfondi de la part du maître d’ouvrage», peut-on ainsi lire dans un rapport en 1998. Le maire, lui, rétorque que «depuis plus d’un siècle qu’elles existent, les digues situées sur la commune n’ont jamais cédé». Il est vrai qu’elles ont résisté à la dernière tempête. Mais, en ne faisant pas barrage à la mer, qui est passée par-dessus, ces structures témoignent aujourd’hui de leur faiblesse, selon le député UMP des Bouches-du-Rhône, Christian Kert. «La hauteur des digues avait été calculée pour protéger de terres agricoles. Pour la sécurité de la population, certaines ne sont plus assez élevées», souligne ce dernier estimant qu’il «faudra dans certains cas avoir le courage d’abandonner des lotissements».

Une tempête exceptionnelle

Pour construire les plans de prévention, les experts prennent en compte un phénomène climatique censé ne se produire qu’une fois par siècle. «Or il semble que la mer ait dépassé le niveau maximum», indique un ingénieur. Ainsi, Xynthia conduira sans doute à revoir les valeurs de référence utilisées pour mesurer le risque de submersion marine.

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Zone interdite (mkv)

Des catastrophes pas si naturelle que ça (flv)

Documentaire de l'agence CAPA diffusé sur FR3 (wmv)

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